‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 59 sur 218 · CALCÉDOINE · texte numérisé non relu

CALCÉDOINE

que de l’émail blanc, et d’autres qui prennent une demi-transparence bleuâtre. Dans d’autres morceaux , cette pâte bleuâtre offre des reflets et un chatoiement qui font ressembler ces calcédoines à des girasols, et les rapprochent de l’opale, laquelle semble participer en effet de la nature de la calcédoine, ainsi que nous l’avons dit à son article.

Au reste, les calcédoines mélangées de pâte d’agate commune , ou les agates mêlées de calcédoine, sont beaucoup plus communes que les calcédoines pures; de meme que les agates , sardoines , et cornalines pures ,

sont infiniment plus rares que les agates mêlées et brouillées de ces diverses pâtes colorées ; car la substance vitreuse étant la même dans toutes les agates, et les parties métalliques ou terreuses colorantes ayant pu s’y mélanger de mille et mille manières, il n’est point étonnant que la nature ait produit avec tant de variétés les agates mêlées de diverses couleurs , tandis que les agates d’une seule couleur pure sans mélange , et d’une belle transparence, sont assez rares et toujours en très-petit volume.

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PIERRE HYDROPHANE.

Cette pierre, se trouvant ordinairement autour de la calcédoine , doit être placée immédiatement après elle; toutes deux font corps ensemble dans le même bloc , et cependant diffèrent l’une de l’autre par des caractères essentiels : les naturalistes modernes ont nommé cette pierre oculus mundi , et ils me paroissent s’être mépris lorsqu ils l’ont mise au nombre des agates ou calcédoines; car cette pierre hydrophane n’a point de transparence, elle est opaque et moins dure que l’agate, et elle en diffère par la propriété particulière de devenir transparente, et même diaphane , lorsqu’on la laisse tremper pendant quelque temps dans l’eau : nous lui donnons, par cette raison, le nom de pierre hydrophane. Cette propriété, qui suppose l'imbibition intime et prompte de l’eau dans la substance de la pierre, prouve en même temps que cette substance est d’une autre texture que celle des agates, dont aucune ni s’imbibe d’eau. Enfin ce qui démontre plus évidemment combien la structure ou la composition de cette pierre hydrophane diffère de celle des agates ou calcédoines, c’est la grande différence qui se trouve dans le rapport de leurs densités 1 : celle de l’hydrophane n’est que d’environ o.üooo , tandis que celle des agates et calcédoines est de 26 à 27000. Il est vrai que la substance de toutes deux est quartzeuse; mais la texture de l’hydrophane est poreuse comme une éponge, et celle des agates et calcédoines est solide et pleine : on ne doit donc regarder cette pierre hydrophane et poreuse que comme un agré-

1. La pesanteur spécifique de l'agate est de 7.5901, et ce'.Ie de la pierre oculus mundi ou hydrophane n’est que de 22950. (Table de M. Brisson.)

Buffon. III.

gat de particules ou grains quartzeux qui ne se touchent que par des poinls , et laissent entre eux des interstices continus qui font la fonction de tuyaux capillaires, et attirent l’eau jusque dans l’intérieur el au centre de la pierre ; car sa transparence s’étend et augmente à mesure qu’on la laisse plus longtemps plongée dans l’eau : elle ne devient mêmeentièrementdiaphanequ’après un assez long séjour soit dans l’eau pure, soit dans toute autre liqueur; car le vin, le vinaigre, l’esprit de-vin , et même les acides minéraux, produisent sur celte pierre le même effet que l’eau ; ils la rendent transparente sans la dissoudre ni l’entamer ; ils n’en dérangent pas la texture, et 11e font qu’en remplir les pores, dont ensuite ils s’exhalent par le seul dessèchement ; elle acquiert donc ou perd du poid à mesure que le liquide la pénètre ou l’ahandonne en s’exhalant, et l’ou a observé que les liquides aidés de la chaleur la pénètrent plutôt que les liquides froids.

Cette pierre, qui n’étoit pas connue des anciens, n’avoit pas encore de nom dans le siècle dernier : il est dit dans les Éphémèrides d’ Allemagne , année 1672, qu’un lapidaire qui a\oit trois de ces pierres eu fit présent d’une au consul de Maritnbourg, et la lui donna comme une pierre précieuse qui n’avoit pas de nom ; l’une de ces pierres, ajoute le relateur, étoit encore dans sa gangue de quartz : celle qui fut donnée au consul de Marienbourg n’étoit que de la grosseur d’un pois et d’une couleur de cendre; elle étoit opaque; et lorsqu’elle fut plongée dans l’eau, elle commença, au bout de six minutes, à paroitre diaphane par les bords;

MINÉRAUX

elle devint d’un jaune d’ambre; elle passa ensuite du jaune à la couleur d’améthyste, au noir, au blanc, et enfin elle prit une couleur obscure, nébuleuse, et comme enfumée; tirée de l’eau, elle revint à son premier état d’opacité, après s’ètre colorée successivement, et dans un ordre inverse, des mêmes teintes qu’elle avoil prises auparavant dans l’eau. Je dois remarquer qu'on n’a pas vu cette succession de couleurs sur les pierres qui ont été observées depuis; elles ne prennent qu’une couleur et la conservent tant qu’elles sont imbibées d’eau.

1YJ. Gerhard, savant académicien de Berlin, a fait beaucoup d’ol)ser\ations sur cette pierre hydrophane; il dit avec raison qu’elle forme l’écorce qui environne les opales et les calcédoines d’Islande et de Féroé, et qu’on la trouve également en Silésie, où elle constitue l’écorce brunâtre et jaunâtre de la chrysoprase. D’apres les expéi iences chimiques que M. Gerhard a laites sur cette pierre, il croit qu elle est composée de deux tiers d’alun sur un tiers de terre vilrifiable et de matière grasse. Mais ce savant auteur ne nous dit pas quelle est celte matière grasse ; on peut lui demander si c’est de la graisse, de l’huile, ou de l’eau-mère de sel; et ces deux tiers d’alun sont-ils de l’alun pur, ou seulement de la terre alumineuse? Quoi qu'il en soit, il nous apprend qu’il a fan la découverte d’une pierre en Siiésie, qui présente les mêmes phénomènes que celle-ci.

•«Cette pierre, dit-il, est foibiement transparente : mais plongée dans l’eau elle le devient complètement; il lui faut seulement plus de temps pour acquérir toute sa transparence. » De plus, par les recherches particulières que M. Gerhard a faites de ces pierres hydrophanes , il assure en avoir vu qui avoient jusqu’à deux pouces un quart de longueur sur un pouce un huitième de largeur, et plus d’un pouce d’épaisseur par un bout, et il dit qu’on les trouve dans la matière intercalée entre les couches des calcédoines de l'île de Féroé.

Il est vrai que toutes ces pierres hydrophanes ne sont pas également susceptibles de prendre, à volume égal, le même degré de transparence : les unes deviennent bien plus diaphanes, ou le deviennent en bien moins de temps que les autres; il y en a qui changent de couleur, et qui de grises deviennent jaunes par l’imbibition de l’eau : mais nous avons vu plusieurs de ces pierres dont les unes éloient grises, les autres rou-

geâtres, d’autres verdâtres, et qui ne changement pas sensiblement de couleur dans l’eau , où elles prenoient une assez belle transparence. M. le docteur Titius , savant naturaliste, et directeur du Cabinet d’histoire naturelle à Dresde, m’a fait voir quelques unes de ces pierres, et m’a confirmé le fait avancé par M. Gerhard, que V hydrophane grise est une matière qui se trouve intercalée entre les couches de la calcédoine; M. Daubenton, de 1 Académie des Sciences, a vérifié ce fait en réduisant à une petite épaisseur quelques unes des couches opaques grises ou blanches qui se trouvent souvent entre les couches des calcédoines. Il y a aussi toute apparence que cette même matière sert quelquefois d’enveloppe, et recouvre la couche extérieure des calcédoines; car on a vu des hydrophanes .grises qui avoient trop d’épaisseur pour qu’on puisse les regarder comme des couches de lames intercalées dans la petite masse des calcédoines. On peut aussi présumer qu’en recherchant sur les cornalines, sardoines et agates coloiées, les couches opaques qui les enveloppent ou les traversent, on trouvera des hydrophanes de diverses couleurs, rougeâtres, jaunâtres, verdâtres, semblables à celles que m’a montrées M. Titius ; et je pense que cette matière qui fait la substance des hydrophanes n'est que la portion la plus giossiere du suc vitreux qui forme les agates : comme les parties de cette maiiere ne sont pas atténuées, elles ne peuvent se réunir d’assez près pour prendre la demi-transparence et la dureté de l’agate; elles forment une substance opaque, poreuse et friable, à peu près comme le grès. Ce sont en effet de petits grains quarlzeux réunis plutôt que dissous, qui laissent entre eux des vides continus et tortueux en tous sens, et dans lesquels la lumière s’éteint et ne peut passer que quand ils sont remplis d’eau ; la transparence n’appartient donc pas à la pierre hydrophane, et ne provient uniquement que de l’eau qui fait alors une partie majeure de sa masse; et je suis persuadé qu’en faisant la même épreuve sur des grès amincis, on les rendrait hydrophanes par leur imbibilion dans l’eau. Il n’est donc pas nécessaire de recourir, avec M. Gerhard, à la supposition d’une terre mêlée de matière grasse, pour rendre raison de la transparence que ces pierres acquièrent par leur immersion et leur séjour dans l’eau ou dans tout autre liquide transparent.

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