ONYX
Le nom d 'onyx 1 , qu’on a donné de préférence aux agates dont les lits sont de couleurs différentes , pourroit s’appliquer assez généralement à toutes les pierres dont les couches superposées sont de diverses substances ou de couleurs différentes. Théophraste a caractérisé l’onyx en disant qu’il est varié alternativement de blanc et de brun: mais il faut observer que quelquefois les anciens ont donné improprement le nom d’onyx à l’albâtre; et c’est faute de lavoir remarqué que plusieurs modernes se sont perdus dans leurs conjectures au sujet de l’onyx des anciens, ne pouvant concilier des
1. Onjx, en grec, signifie ongle; et l’imagination des Grecs n’étoit pas restée en défaut sur cette dénomination pour lui former une origine élégante et mythologique. « Ü11 jour, disoient-ils , l’Amour trouvai. t Venus endormie, lui coupa les ongles avec le fer d’une de ses flèches et s’envola : les rognures tombèrent sur le sable du rivage de l’Inde ; et comme tout ce qui provient d’un corps céleste ne peut pas périr, les Parques les ramassèrent soigneusement , et les changèrent en cette sorte de
pierre qu’ou appelle onjrx. »
caractères qui en effet appartiennent à des substances très-différentes.
De quelque couleur que soient les couches ou zones dont sont composés les onyx, pourvu que ces mêmes couches aient une certaine régularité, la pierre n’en est pas moins de la classe des onyx , à moins cependant qu’elles ne soient rouges; car alors la pierre prend le nom de sardonyx , ou sardoine-onyx : ainsi la disposition des couleurs en couches ou zones fait le principal caractère des onyx, et les distingue des agates simples , qui sont bien de la même nature et peut eut offrir les mêmes couleurs, mais confuses , nuées , ou disposées par taches et par veines irrégulières.
11 y a des jaspes, des cailloux opaques, et même des pierres à fusil, dans lesquels on voit des lits ou des veines de couleurs différentes, et qu’on peut mettre au nombre des onyx. Ordinairement les agates-onyx, qui de toutes les pierres onyx sont hs pins belles, n’ont néanmoins que peu de transparence , parce que les couches brunes, noires,
MINERAUX
ou blanches et bleuâtres de ces agates, sont presque opaques, et 11e laissent pas apercevoir la transparence du fond de la pierre sur laquelle ces couches sont superposées parallèlement ou concentriquement, el presque toujours avec uue épaisseur égale dans loule l’étendue de ces couches. Il y a aussi des onyx que l’on appelle agates œillees , el que les anciens avoient distingués par des dénominations propres : ils nonunoient triopkthalmos el Lycophthalmos ceux qui présenloient la forme de trois ou quatre petits yeux rouges , el donnoient le nom d 'honninodes à une agate qui présentbit un cercle de couleur d’or, au centre duquel eloit une tache verte.
Les Grecs 1 , qui ont excellé dans tous les beaux-arts, avoient porté à un haut point
1. Plusieurs artistes grecs s'immortalisèrent par la gravure sur pierres fines. Pline nomme Apollonide, Cronias, ilioscoride «pu grava la lèle d Au guslc, l-'tpielle servit de sceau aux Césars . mais le premier de ces artistes . ajoute-t-il . fut Pyrgoléle ; el Alexandre . par le même edil ou il defeudmt à tout autre qu’à Apelie de le peindre, et a tout autre qu'à l.ysippe de modeler sa statue, n’accordoit qu’au seul Pyrgntèle l'bonneur de graver son effigie. Voyez Pline, livre XXX Vil, nu 4.
de perfection la gravure en creux et en relief sur les pierres : ils reehereboient les belles agales-on)x pour en faire des camées; il nous reste plusieurs de ces pierres gravées dont nos connoisseurs ne peuvent se lasser d’admirer la beauté du travail, la correction du dessin, la netlelé et la finesse du Irait dans le relief, qui se détache si parfaitement du fond de la pierre qu’on le croiroil fait à part et ensuite colle sur celte même pierre : ils clioisissoienl pour ces beaux camees les onyx blancs et rouges, ou de deux autres couleur* qui iranelioieiil fortement l'une sur l’autre. Il y a plusieurs agates qui n oui que deux eouches ou lits de couleurs diflerentes : mais 011 en connoil d autres qui ont trois el même quatre lits bien distincts, du brun prolond et noir, du blanc mat, du bleu noir, tl du jaune rougeâtre, ces onyx de trois el quatre couleurs .-mut plus rares, el sont en plus petit volume que ceux de deux couleurs, qui se trouvent communément avec les autres agates. Les anciens tiroienl de l’Egypte les plus beaux onyx, et aujourd'hui I ou en trouve dans plusieurs provinces de l’Orient , el particulièrement en Asie.
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CALCEDOINE.
La calcédoine est encore une agate, mais moins belle que la cornaline, la sardoine, el la prase; elle est aussi moins transparente, et sa couleur est indécise, laiteuse, et bleuâtre : celte pierre est donc fort au dessous non seulement 'des cornalines et des sardoines , mais même des agates qui ne sont point laiteuses, et dont la demi - transparence est nette; aussi donne-t-on le nom de calcédoine à toute agate dont la pâle est nuageuse et blanchâtre.
Les calcédoines en petiles masses, grosses comme des lentilles ou des pois, sont trèscommunes et se trouvent en immense quantité : j’en ai vu par milliers dans des mines de fer en grains ; elles y éloient elles-mêmes en petits grains arrondis , qui paroissen! avoir été usés par le frottement dans leur transport par le mouvement des eaux : la plupart n’étoient donc que des débris de niasses plus grandes; car 011 trouve communément les calcédoines en stalactites d’un assez grand volume, tantôt mamelonnées et tantôt en lames aplaties ; elles forment sou-
vent la base des onyx, dans lesquels on voit le lit de calcédoine surmonté d'un lit de cornaline ou de sardoine. Les calcédoines sont aussi quelquefois ondées et ponctuées de rouge ou d’orangé, et se rapprochent par là des cornalines el des sardoines ; mais les onyx les plus estimés , et dont on fait les plus beaux camees , sont ceux qui , sur un lit d’agate purement blanche, portent un ou plusieurs lits de couleur rouge, orangee , bleue, brune ou noire, de couleurs, eu un mot, dont les couches différentes tranchent vivement et nettement lejiaisseur de la pierre. Ordinairement la calcédoine est laiteuse, blanche ou bleuâtre, dans toute sa substance. On en trouve do cette sorte de très-gros et grands morceaux , qui paroisseni avoir fait partie de couches épaisses et assez étendues : les plus beaux échantillons que nous en connoissions ont été trouvés aux îles de Féroé, et l’on peut en voir un de six à sept pouces d’épaisseur au Cabinet du Roi. On distingue dans ce morceau des couches d’un blanc aussi mat et aussi opaque