‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 6 sur 218 · DU BISMUTH · texte numérisé non relu

DU BISMUTH

dans la purification de l’or et de l’argent par la fonte, mais même dans les amalgames avec le mercure, puisqu’il divise et atténue l’étain , et surtout le plomb , au point de le rendre, comme Ini-mème, aussi fluide que le mercure; en sorte qu’ils passent ensemble en entier à travers la toile la plus serrée ou la peau de chamois , et que le mercure ainsi amalgamé a besoin d’être converti en cinabre, et ensuite revivifié, pour reprendre sa première pureté. Le bismuth avec le mercure forment donc ensemble un amalgame coulant ; et c’est ainsi que les droguistes de mauvaise foi falsifient le mercure , qui ne paroit pas moins coulant , quoique mêlé d’une assez grande quantité de bismuth.

L’impression de l’air se marque assez promp'ement sur le bismuth par les couleurs irisées qu’elle produit à sa surface, et bientôt succèdent h ces couleurs de petites efflorescences qui annoncent la décomposition de sa substance. Ces efflorescences sont une sorte de rouille ou de céruse assez semblable à celle du plomb ; cette céruse est seulement moins blanche et presque toujours jaunâtre. C’est par ces efflorescences en rouille ou céruse que s’annoncent les minières de bismuth. L’air a proJuit cette décomposition à la superficie du terrain qui les recèle: mais, dans l’intérieur, le bismuth n’a communément subi que peu ou point d’altération; on le trouve pur ou seulement recouvert de cette céruse; et ce n’est que dans cet état de rouille qu’il est minéralisé : et néanmoins, dans sa mine comme dans sa rouille, il n’est presque jamais altéré en entier 1 ; car on y voit toujours des points ou des parties très-sensibles de bismuth pur et tel que la nature le produit.

Or cette substance, la plus fusible de toutes les matières métalliques, et en même temps si volatile , et qui se trouve dans son état de nature en substance pure , n’a pu être produite, comme le mercure, que trèslong-temps après les métaux et les autres minéraux plus fixes et bien plus difficiles à fondre : la formation du bismuth est donc à peu près contemporaine à celle du zinc, de l’antimoine et du mercure. Les matières métalliques plus ou moins volatiles les unes que les autres , et toutes reléguées dans l’atmosphère par la violence de la chaleur, n’ont pu tomber que successivement et peu

i. Quoiqu’on n’ait pas trouvé en Allemagne de bismuth uni au soufre, il est cependant certain, dit M. Bergman, qu’il y en a dans quelques montagnes de Suède , et particulièrement à Riddarchywari en Westmanie.

de temps avant la chute des eaux : le bismuth en particulier n’est tombé que longtemps après les autres, et peu de temps avant le mercure; aussi tous deux ne se trouvent pas dans les montagnes vitreuses ni dans les matières produites par le feu primitif, mais seulement dans les couches de la terre formées par le dépôt des eaux.

Si l’on tient le bismuth en fusion à l’air libre, et qu’on le laisse refroidir très-lentement , il offre à sa surface de beaux cristaux cubiques et qui pénètrent à l’intérieur. Si, au lieu de le laisser refroidir en repos, on le remue en soutenant le feu , il se convertit bientôt en une chaux grise , qui devient ensuite jaune et même un peu rouge par la continuité d’un feu modéré ; et en augmentant le feu au point de faire fondre cette chaux , elle se convertit en un verre jaune rougeâtre, qui devient brun lorsqu’on le fond avec du verre blanc ; et ce verre de bi muth, sans être aussi actif, lorsqu’il est fondu , que le verre de plomb , ne laisse pas d’attaquer les creusets.

Ce demi-métal s’allie avec tous les métaux: mais il ne s’unit que très-difficilement par la fusion avec les autres demi-métaux et terres métalliques; l’antimoine et le zinc, le cobalt et l’arsenic, se refusent tous à cette union : il a en particulier si peu d’affinité avec le zinc, que quand on les fond ensemble ils ne peuvent se mêler; le bismuth, comme plus pesant, descend au fond du creuset , le zinc reste au dessus et le recouvre. Si on mêle le bismuth en égale quantité avec l’or fondu, il le rend très-aigre, et lui donne sa couleur blanche II ne rend p<B l’argent si cassant que l’or, quoiqu’il lui donna aussi de l’aigreur sans changer sa couleur; il diminue le rouge du cuivre ; il perd luimême sa couleur blanche avec le plomb , et ils forment ensemble un alliage qui est d’un gris sombre; le bismuth mêlé en petite quantité avec l’étain lui donne plus de brillant et de dureté ; enfin il peut s’unir au fer par un feu violent.

Le soufre s’unit aussi avec le bismuth par la fusion, et leur composé se présente, comme le cinabre et l’antimoine cru, en aiguilles cristallisées.

L’aride vilriolique ne dissout le bismuth qu’à l’aide d’une forte chaleur, et c’est par cette résistance à l’action des acides qu’il se conserve dans le sein de la lerre sans altération : car l’acide marin ne l’attaque pas plus que le vilriolique; il faut qu’il soit fumant, et encore il ne l’entame que foiblement et lentement. L’acide nitreux seul

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peut le dissoudre à froid : cette dissolution, qui se fait avec chaleur et effervescence , est transparente et blanche quand le bismuth est pur; mais elle se colore de vert s’il est mêlé de nickel, et elle devient rouge de rose et cramoisie s’il est mélangé de cohalt. Toutes ces dissolutions donnent un sel en petits cristaux au moment qu’on les laisse refroidir.

C’est en précipitant le bismuth de ces dissolutions qu’on l’obtient en poudre blanche, douce et luisante; et c’est avec cette poudre qu’on fait le fard qui s’applique sur la peau. Il faut laver plusieurs fois cette poudre pour qu’il n’y reste point d’acide, et la mettre ensuite dans un flacon bien bouché; car l’air la noircit en assez peu de temps , et les vapeurs du charbon ou les mauvaises odeurs des égouts, des latrines, etc., changent presque subitement ce beau blanc de perle en gris obscur, en sorte qu’il est souvent arrivé aux femmes qui se servent de ce fard de devenir tout à coup aussi noires qu’elles vouloient paroitre blanches.

Les acides végétaux du vinaigre ou du tartre, non plus que les acerbes, tels que la noix de galle, ne dissolvent pas le bismuth, même avec le secours de la chaleur, à moins qu’elle ne soit poussée jusqu’à produire l’ébullition; les alcalis ne l’attaquent aussi que quand on les fait bouillir; en sorte que, dans le sein de la terre , ce demi-métal paroît être à l’abri de toute injure, et par conséquent de toute minéralisation, à moins qu’il ne rencontre de l’acide nitreux, qui seul a la puissance de l’entamer : et comme les sels nitreux ne se trouvent que très-rarement dans les mines, il n’est pas étonnant que le bismuth, qui ne peut être attaqué que par cet acide du nitre ou par l’action de l’air, ne se trouve que si rarement minéralisé dans le sein de la terre.

Je ne suis point informé des lieux où ce demi-métal peut se trouver en France; tous les morceaux que j’ai eu occasion de voir venoient de Saxe, de Bohême et de Suède;

il s en trouve aussi à Saint-Domingue , et vraisemblablement dans plusieurs autres parties du monde ; mais peu de voyageurs ont fait mention de ce demi-métal, parce qu’il n’est pas d’un usage nécessaire et commun ; cependant nous l’employons non seulement pour faire du blanc de fard, mais aussi pour rendre l’étain plus dur et plus brillant. On s’en sert encore pour polir le verre, et même pour l’élamer; et c’est de cet usage qu’il a reçu le nom d'étain de glace.

Les expériences que l’on a faites sur ses propriétés relatives à la médecine n’ont découvert que des qualités nuisibles; et sa chaux prise intérieurement produit des effets semblables à ceux des chaux de plomb, et aussi dangereux : on en abuse de même pour adoucir les vins trop acides et désagréables au goût.

Quelques minéralogistes ont écrit que la mine de bismuth pouvoit servir, comme celle du cobalt , à faire le verre bleu d’azur:

« Elle laisse, disent-ils, suinter aisément une su' stanc" semi-métallique que l’on nomme bismuth ri cL glace , et ensuite elle

laisse une terre grise et fixe, qui, par sa vitrification, donne le bleu d’azur. » Mais cela ne p juve pas que le bismuth fournisse ce bleu; car, dans sa mine, il est très-souvent mêlé de cobalt, et ce bleu provient sans doute de cette dernière matière. La terre grise et fixe n’est pas une terre de bismuth, mais la terre du cohalt qui étoit mêlé dans cette mine, et auquel même le bismuth n’étoit pas intimement lié, parce qu’il s’en sépare à la première fonte et à un feu trèsmodéré : et nous verrons qu’il n’y a aucune affinité entre le cobalt et le bismuth; car quoiqu’ils se trouvent très-souvent mêlés ensemble dans leurs mines, chacun y conserve sa nature; et au lieu d’être intimement uni, le bismuth n’est qu’interposé dans les mines de cobalt, comme dans presque toutes les autres où il se trouve, parce qu'il conserve toujours son état de pureté native.

DU ZINC1

Le zinc ne se trouve pas , comme le bismuth, dans un état natif de minéral pur,

i. Paracelse est le premier qui ait employé le nom de zinc. Agricula le nomme contre-feyn ; on l’a appelé stannum indicum , parce qu’il a été apporté des Indes en assez grande quan ité dans le siècle

ni même, comme l’antimoine, dans une seule espèce de mine; car on le tire également de la calamine ou pierre calaminaire et de la

dernier : les auteurs arabes n’en font aucune mention , quoique l’art de tirer le zinc de sa mine existe depuis long-temps aux Indes orientales.

DU ZINC

blende, qui sont deux matières différentes par leur composition et leur formation , et qui n’ont de commun que de renfermer du zinc. La calamine se présente en veines continues comme les autres minéraux ; la blende se trouve, au contraire , dispersée et en masses séparées dans presque toutes les mines métalliques. La calamine est principalement composée de zinc et de fer 1 ; la blende contient ordinairement d’autres minéraux avec le zinc ». La calamine est d’une couleur jaune ou rougeâtre , et assez aisée à distinguer des autres minéraux; la blende, au contraire, tire son nom de son apparence trompeuse et de sa forme équivoque 3 : il y a des blendes qui ressemblent à la galène de plomb; d’autres qui ont l’apparence de la corne et que les mineurs allemands appellent horn-blende ; d’autres qui sont noires et luisantes comme la poix, auxquelles ils donnent le nom de pitcli-blende ; et d’autres encore qui sont de différentes couleurs, grises, jaunes, brunes, rougeâtres, quelquefois cristallisées et même transparentes , mais plus souvent opaques et sans ligure régulière. Les blendes noires, grises, et jaunâtres , sont mêlées d’arsenic ; les rougeâtres doivent cette couleur au fer; celles qui sont transparentes et cristallisées sont chargées de soufre et d’arsenic ; enfin toutes contiennent une plus ou moins grande quantité de zinc.

Non seulement ce demi-métal se trouve dans la pierre calaminaire et dans les blendes, mais il existe aussi en assez grande quantité dans plusieurs mines de fer concrètes ou en grains, et de dernière formation; ce qui prouve que le zinc est disséminé presque partout en molécules insensibles qui se sont réunies avec le fer dans la pierre calaminaire et dans les mines secondaires de ce métal, et qui se sont aussi mêlées dans les blendes

1. M. Bergman a soumis à l’analyse la calamine de Hongrie, et il a trouvé qu’elle tenoit au quintal quatre-vingt-quatre livres de chaux de zinc, trois livres de chaux de fer, douze de silex , et une d’argile ; sur quoi j’observerai que la matière de l’argile et celle du silex ne sont qu’une seule et même substance, puisque le silex se réduit en argile en se décomposant par les élémens humides.

2. M. Bergman a trouvé que la blende noire de Danemora tenoit au quintal quarante-cinq livres de zinc, neuf de fer, six de plomb , une de régule d’arsenic, vingt-neuf de soufre, quatre de silex , et six d’eau.

3. Ce mot blende signifie , dans le langage des mineurs allemands, une substance trompeuse, parce qu’il y en a qui ressemble à la galène de plomb.

( Dictionnaire d’ Histoire naturelle , par M. de Bomare, article Blende (blind , éblouir, tromper les yeux).

avec d’autres minéraux et avec des matières pyriteuses. Ce demi-métal ne peut donc être que d’une formation postérieure à celle des métaux , et même postérieure à leur décomposition, puisque c est presque toujours avec le fer décomposé qu’on le trouve réuni. D’ailleurs, comme il est très-volatil, il n’a pu se former qu’après les métaux et minéraux plus fixes, dans le même temps à peu près que l’antimoine, le mercure, et l’arsenic : ils étoient tous relégués dans l’atmosphère avec les eaux et les autres substances volatiles pendant l’incandescence du globe, et ils n’en sont descendus qu’avec ces mêmes substances : aussi le zinc ne se trouve dans aucune mine primordiale des métaux, mais seulement dans les mines secondaires produites par la décomposition des premières.

Pour tirer le zinc de la calamine ou des blendes, il suffit de les exposer au feu de calcination; ce demi-mélal se sublime en vapeurs , qui , par leur condensation, forment de petits flocons blancs et légers auxquels on a donné le nom de fleurs de zinc .

Dans la calamine ou pierre calaminaire , le zinc est sous la forme de chaux : en faisant griller celte pierre , elle perd près d’un tiers de sou poids; elle s’effleurit à l’air, et se présente ordinairement en masses irrégulières, et quelquefois cristallisées; elle est presque toujours accompagnée ou voisine des terres alumineuses : mais quoique la subslance du zinc soit disséminée partout, ce n’est qu’en quelques endroits qu’on trouve de la pierre calaminaire. Nous citerons tout à l’heure les mines les plus fameuses de ce minéral en Europe ; et nous savons d’ailleurs que le toutenague qu’on nous apporte des Indes orientales est un zinc , même plus pur que celui d’Allemagne : ainsi l’on ne peut douler qu’il n’y ait des mines de pierres calaminaires dans plusieurs endroits des régions orientales , puisque ce n’est que de cette pierre qu’on peut tirer du zinc d’une grande pureté.

La minière la plus fameuse de pierre calaminaire est celle de Calmsberg, près d’Aixla-Chapelle; elle est mêlée avec une mine de fer eu ocre : il y en a une autre qui est mêlée de mine de plomb au dessous de Namur. On prétend que le mot de calamine est le nom d’un territoire d’assez grande étendue, près des confins du duché de Limbourg, qui est plein de ce minéral. « Tout le lerrain, dit Lémery, à plus de vingt lieues à la ronde, est si rempli de pierres calamiuaires , que les grosses pierres dont on se sert pour pa-

Si S MINÉRAUX.

ver, étant exposées au soleil, laissent voir une grande quantité de parcelles métalliques et brillantes. » M. de Gensanne en a reconnu une minière de plus de quatre toises de largeur au dessous du château de Montalet, diocèse d’Vzès ; on y trouve des pierres calaminaires ferrugineuses comme à Aix-la- Chapelle, et d’autres mêlées de mine de plomb comme à Namur, et l’on y voit aussi des terres alumineuses : on en trouve encore dans le Berri près de Bourges , et dans l’Anjou et le territoire de Saumur, qui sont également mêlés de parties ferrugineuses.

En Angleterre , on exploite quelques mines de pierre calaminaire dans le comté de Sommet set. La pierre de cette mine est rougeâtre à sa surface, et d’un jaune verdâtre à l’intérieur; elle est très-pesante, quoique trouée et comme cellulaire ; elle est aussi très-dure , et donne des étincelles lorsqu’on la choque contre l’acier : elle est soluble dans les acides. Celle du comté de Nottingham en diffère en ce qu’elle n’est pas soluble et qu’elle ne fait point feu contre l’acier, quoiqu’elle soit compacte, opaque, et cellulaire, comme celle de Sommerset ; elle en diffère encore par la couleur , qui est ordinairement blanche , et quelquefois d’un vert clair cristallisé. Ces différences indiquent assez que la calamine en général est une pierre composée de différens minéraux , et que sa nature varie suivant la quantité ou la qualité des matières qui en constituent la substance. Le zinc est la seule matière qui soit commune à toutes les espèces de calamine : celle qui en contient le plus est ordinairement jaune; mais on peut se servir de toutes pour jaunir le enivre rouge : c’est pour cet usage qu'on les recherche et qu’on les travaille, plutôt que pour en faire du zinc, qui ne s’emploie que rarement pur, et qui même n’est pas aussi propre à faire du cuivre jaune que la pierre calaminaire; d’ailleurs on ne peut en tirer le zinc que dans des vaisseaux clos, parce que non seulement il est trèsvolatil , mais encore parce qu’il s’enflamme à l’air libre; et c’est par la cémentation du cuivre rouge avec la calamine que la vapeur du zinc contenu dans cette pierre entre dans le cuivre, lui donne la couleur jaune , et le convertit en laiton.

La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mines de plomb; elle se trouve même fréquemment mêlée dans les mines de ce métal comme dans celles de fer de derniere formation : et lorsqu’elle y est très - abondante , comme dans la mine de R&mmelsberg , près Goslar , on en tire le

zinc en même temps que le plomb , en faisant placer dans le fourneau de fusion un vaisseau presque clos à l’endroit où l’ardeur du feu n’est pas assez forte pour enflammer le zinc, et on le reçoit en substance coulante ; mais quelque précaution que l’on prenne en le travaillant , même dans des vaisseaux bien clos, le zinc n’acquiert jamais une pureté entière , ni même telle qu’il doit l’avoir pour faire d’aussi bon laiton qu'on en fait avec la pierre calaminaire , dont la vapeur fournit les parties les plus pures du zinc ; et le laiton fait avec cette pierre est ductile, au lieu que celui qu’on fait avec le zinc est toujours aigre et cassant.

Il en est de même de la blende; elle donne comme la calamine, par la cémentation, du plus beau et du meilleur laiton qu’on ne peut en obtenir par le mélange immédiat du zinc avec le cuivre ; toutes deux même n’ont guère d’autre usage , et ne sont recherchées et travaillées que pour faire du cuivre jaune : mais , comme je l’ai déjà dit , ce ne sont pas les deux seules matières qui contiennent du zinc; car il est très -généralement répandu et en assez grande quantité dans plusieurs mines de fer ; on le trouve aussi quelquefois sous la forme d’un sel ou vitriol blanc ; et dans la blende il est toujours combiné avec le fer et le soufre.

Il se forme assez souvent, dans les grands fourneaux, des concrétions qui ont paru à nos chimistes 1 toutes semblables aux blendes naturelles; cependant il y a toute raison de croire que les moyens de leur formation

r. « Il y a des blendes artificielles qui imitent parfaitement les blendes naturelles dans leur tissu, leur couleur et leur phosphorescence.... J’en ai vu un morceau d’un noir luisant et feuilleté provenant des fonderies de Saint-Bel — Un autre morceau venant du même lieu donnoit , outre l’odeur du foie de soufre , des étincelles lorsqu’on le grattoit avec un couteau, et n’en donnoit point avec la plume.... et un troisième morceau venant des fonderies de Saxe, et qui est de couleur jaunâtre , éloit si phosphorique , qu’en le frottant de la plume on en tiroit des étincelles comme de la blende rouge de Schasffenberg. » ( Lettres du docteur Demeste, tome II, pages 179 et 180.) Je dois observer qu’on trouvoit en effet de ces blendes artificielles dans les laitiers des fonderies , mais que jusqu’ici l’on ne savoit pas les produire à volonté , et que même on ne pouvoit expliquer comment elles s’étoient formées ; on pensoit au contraire que l’art ne pouvoit imiter la nature dans la combinaison du zinc avec le soufre. M. de Morveau est le premier qui ait donné, cette année 1780, un procédé pour faire à volonté l’union directe du zinc et du soufre ; il suffit pour cela de priver ce demi-métal de sa volatilité en le calcinant, et de le fondre ensuite avec le soufre ; il en résulte une vraie pyrite de zinc qui a, comme toutes les autres pyrites, une sorte de brillant métallique.

DU ZINC

sont bien différens : ces blendes artificielles, produites par l’action du feu de nos fourneaux , doivent différer de celles qui se trouvent dans le sein de la terre, à moins qu’on ne suppose que celles-ci ont été formées par le feu des volcans ; et cependant il y a toute raison de penser que la plupart au moins n’ont été produites que par l’intermède de l'eau 1 , et que le foie de soufre , c’est-à-dire l’alcali mêlé aux principes du soufre, a grande part à leur formation.

Comme le zinc est non seulement trèsvolatil , mais fort inflammable, il se brûle dans les fourneaux où l’on fond les mines de 1er, de plomb , etc. , qui en sont mêlées ; cette fumée du zinc à demi brûlé se condense soun une forme concrète contre les parois 'es fourneaux et cheminées des fonderies c>t affineries : dans cet état on lui doune le .10111 de cadmie des fourneaux ; c’est une concrétion de fleurs de zinc qui s'accumulent souvent au point de former un enduit épais contre les parois de ces cheminées. La substance de cet enduit est dure ; elle jette des étincelles lorsqu’on la frotte rapidement ou qu’on la choque contre l’acier. Les parties de cette cadmie qui se sont le plus élevées , et qui sont attachées au haut de la cheminée, sont les plus pures et les meilleures pour faire du laiton 2 , parce que la cadmie qui s’est sublimée et élevée si haut y est moins mêlee de fer , de plomb, ou de tout autre minéral moins volatil que le zinc. Au reste, on peut aisément la recueillir: elle se lève par écailles dures , et il ne faut que la pulvériser pour la mêler et la faire

i. M. Bergman croit comme moi que les blende* naturelles ont été formées par l’eau, et il se fonde sur ce qu’elles contiennent réellement de l’eau ; il .lit aussi qu’on peut les imiter en unissant par la fusion le zinc , le fer, et le soufre.

s. On connoissoit très-bien , dès le temps de Pline, la cadmie des fourneaux, et on avoit déjà remarqué qu’elle étoit de qualité et de bonté différentes, suivant qu’elle se trouvoit sublimée plus haut ou plus bas dans les cheminées des fonderies: < F.st ipse lapis ex quo fit æs , cadrnia vocatur.... « Hic rursus iu fornacibus existit, aliainque noini- « nis soi originein recipit : fil autem egesta flaminis .< atque flatu lenuissima parte materiæ, et cameris :« lateribusve fornacum pro quantitate levitatis ap- «plicata. Tenuissima est in ipso fornacum ore qua

flammæ eructautur, appellata capnitis, exusta , et « niinia levitate similis favillæ : interior optiina , •< cameris dependens, et ab eo argumento botryitis

« cognomiuatn Tertia est in lateribus fornacum,

« quæ propter gravitntem ad caméras pervenire « non potuil ; harc dicitur placitis... Fluunt et ex ea «duoalia généra; onychitis , extra pene cærulea , « intus onychitæ maculis similis; ostracitis, tnta « nigra , et cæterarum sordidissima.... Omnis autem « cadrnia in Cypri fornacibus optiina. » ( Plin. , lib. XXXIV, cap. 10.)

fondre avec le cuivre rouge : et c’est peutêtre la manière la moins coûteuse de faire du laiton.

Le zinc, tel qu’on l’obtient par la fusion, est d’un blanc un peu bleuâtre et assez brillant : mais quoiqu’il se ternisse à l’air moins vite que le plomb, il prend cependant en assez peu de temps une couleur terne et d’un jaune verdâtre; et les nuances différentes de sa couleur dépendent beaucoup de son degré de pureté; car en le traitant par les procédés ordinaires, il conserve toujours quelques petites parties des matières avec lesquelles il étoit mêlé dans sa mine : ce n’est que très-récemment qu’on a trouvé le moyen de le rendre plus pur. Pour obtenir le zinc dans sa plus grande pureté il faut précipiter par le zinc même son vitriol blanc ; ce vitriol, décomposé ensuite par l’alcali, donne une chaux qu’il suffit de réduire pour avoir un zinc pur et sans aucun mélange.

La substance du zinc est dure et n’est point cassante; on ne peut la réduire en poudre qu’en la faisant fondre et la mettant en grenailles : aussi acquiert - elle quelque ductilité par l’addition des matières inflammables en la fondant en vaisseaux clos. Sa densité est un peu plus grande que celle du régule d'antimoine, et un peu moindre que celle de l'étain 3. Indépendamment de ce rapport assez prochain de densité, le zinc en a plusieurs autres avec l’étain : il rend, lorsqu'on le plie, un petit cri comme l’étain; il résiste de même aux impressions des élémens humides, et ne se convertit point en rouille : quelques minéralogistes l’ont même regardé comme une espèce d’étain, et il est vrai qu’il a plusieurs propriétés communes avec ce métal ; car on peut étamer le fer et le cuivre avec le zinc comme avec l’étain, et l’un de nos chimistes 4 a prétendu que cet étamage avec le zinc, qui est moins fusible que l’étain, et par conséquent plus durable, est en même temps moins dangereux que l’étamage ordinaire, dans lequel les chaudronniers mêlent toujours du plomb. On connoit les qualités funestes du plomb ; on sait aussi que l’étain contient toujours une petite quantité d’arsenic, et il faut conve-

3. La pesanteur spécifique du régule de zinc est de 71908 ; celle du régule d’antimoine, de 6702 1 ; et celle de l’étain pur de Cornouailles, de '72914 . la pesanteur spécifique de la blende n’est que de 4i665 ; il y a donc à peu près la même proportion dans les densités relatives de la blende avec le zinc, de l’antimoine cru avec le régule d’antimoine, et du cinabre avec le mercure coulant.

4. M Malouin, de l’Académie des Sciences , et médecin de la Faculté de Paris.

MINÉRAUX

nir que le zinc en contient aussi ; car lorsqu’on le fait fuser sur les charbons ardens , il répand une odeur arsenicale qu’il faut éviter de respirer; et, tout considéré , l’étamage avec du bon étain doit être préféré à celui qu’on feroil avec le zinc 1 , que le vinaigre dissout et attaque même à froid.

Si ces rapports semblent rapprocher le zinc de l’étain, il s’en éloigne par plusieurs propriétés ; il' est beaucoup moins fusible; il faut qu’il soit chauffé presque au rouge avant qu’il puisse entrer en fusion. Dans cet état de fonte , sa surface se calcine sans augmenter le feu, et se convertit en chaux grise , qui diffère de celle de l’étain en ce qu’elle est bien plus aisément réductible, et que, quand on les pousse à un feu violent, celle de l’étain ne fait que blanchir davantage , et enfin se convertit en verre, au lieu que celle du zinc s’enflamme d’elle-même et sans addition de matière combustible. On peut même dire qu’aucune autre matière, aucune substance végétale ou animale qui cependant semblent être les vraies matières combustibles , ne donnent une flamme aussi vive que le zinc. Celte flamme est sans fumée et dans une parfaile incandescence; elle est accompagnée d’une si grande quantité de lumière blanche, que les yeux peuvent à peine en supporter l’éclat éblouissant : c’est au mélange de la limaille du fer avec du zinc que sont dus les plus beaux effets de nos feux d’artifice.

Et non seulement le zinc est par lui-même très-combustible, mais il est encore phosphorique; sa chaux paroît lumineuse en la triturant ; et ses fleurs, recueillies au moment qu’elles s’élèvent, et placées dans un lieu obscur, jettent de la lumière pendant un petit temps *.

Au reste , le zinc n’est pas le seul des mi-

i. Cet étamage avec le zinc a été approuvé par la Faculté «Je médecine de Paris , mais condamné par l’Acadéru.e des Sciences et par la Société royale de médecine; et il a aussi été démontré nuisible par les expériences faites à l’Académie de Dijon en 1779.

a M. de Lassone, procédant un jour à la déflagration d’une assez grande quantité de zinc, en recueilloit 'es fleurs et les mettoit à mesure dans un large vaisseau ; il fut surpris de les voir enfore lumineuses quelques minutes après; et remuant ensuite ces fleurs avec une spatule , ayant obscurci davantage •<. laboratoire, il vit qu’elles étoient entièrement pénétrées de cette lumière phosphorique et diffuse, qui peu à peu s’affoiblit , s’éteignit, après avoir subsisté plus d’une heure. On peut voir dans son Mémoire tous les rapports qu’il indique entre le zinc et le phosphore. ( Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1772 , pages 38o et suivantes.)

nératix qui s’enflamme lorsqu’on le fait rougir : l’arsenic, le cuivre, et même l’antimoine, éprouvent le même effet ; le fer jette aussi de la flamme lorsque l’incandescence est poussée jusqu’au blanc, et il ne faut pas attribuer, avec quelques uns de nos chimistes, cette flamme au zinc qu’il contient, ni croire , comme ils 1p disent , que c’est le zinc qui rend la fonte aigre et cassante ; car il y a beaucoup de mines de fer qui ne contiennent point de zinc, et dont néanmoins le fer donne une flamme aussi vive que les autres fers qui en contiennent : je m’en suis assuré par plusieurs essais ; «t d’ailleurs on peut toujours reconnoitre, par la simple observation, si la mine que l’on traite contient du zinc, puisque alors ce demi-métal, en se sublimant , forme de la cadmie au dessus du fourneau et dans les cheminées des aifineries. Toules les fois donc que cette sublimation n’aura pas lieu, ou peut être assuré que le fer ne contient point de zinc, du moins en quantité sensible, et néanmoins le fer en gueuse n’en est pas moins aigre et cassant ; et cette aigreur, comme nous l’avons dit, vient des matières vitreuses avec lesquelles la substance du fer est mêlée, et ce verre se manifeste bien évidemment par les laitiers et les scories qui s’en séparent, tant au fourneau de fusion qu’à raffinerie. Enfin , cette fonte de fer qui ne contient point de zinc ne laisse pas de jeter de la flamme lorsqu’elle est chauffée â blanc; et dès lors ce n’est point au zinc qu’on doit attribuer celle flamme, mais au fer même, qui est en effet combustible lorsqu'il éprouve la violente action du feu.

La chaux du zinc, chauffée presque jusqu’au rouge, s’enflamme tout à coup et avec une sorte d’explosion, et en même temps les parties les plus fixes sont, comme nous l’avons dit, emportées en fleurs ou flocons blancs : leur augmentation de volume n’est pas proportionnelle à leur légèreté apparente, car il n’y a, dit-on, qu’un dixième de différence entre la pesanteur spécifique du zinc et celle de ses fleurs; mais lorsqu’on la calcine très-lentement et qu’on l’empêche de se sublimer en l’agitant continuellement avec une spatule de fer, l’augmentai iou du volume de celle chaux est de près d’un sixième. Au reste , comme comme la chaux du zinc est très-volatile, on ne peut la vitrifier seule; mais eu y ajoutant du verre blanc réduit en poudre et du salin , on la convertit en un verre couleur à' aigue-marine.

Plusieurs chimistes ont écrit que, comme le soufre ne peut contracter aucune union

DU ZINC. 5j

avec le zinc , il pouvoit servir de moyen pour le purifier; mais ce moyen ne peut être employé généralement pour séparer du zinc tous les métaux, puisque le soufre s’unit au zinc par l’intermède du fer.

Le zinc en fusion et sous sa forme propre s’allie avec tous les métaux et minéraux métalliques, à l’exception du bismuth et du nikel. Quoiqu’il se trouve très-souvent uni avec la mine de fer, il ne s’allie que très-difficilement par la fusion avec ce métal : il rend tous les métaux aigres et cassans. Il augmente la densité du cuivre et du plomb; mais il diminue celle de l’étain, du fer, et du régule d’antimoine. L’arsenic et le zinc , traités ensemble au feu de sublimation , forment une masse noire qui présente dans sa cassure une apparence plutôt vitreuse que métallique. Il s’amalgame très-bien avec le mercure. «« Si l’on verse, dit M. de Morveau, le zinc fondu sur le mercure, il se fait un bruit pareil à celui que fait l’immersion subite d’un corps froid dans de l’huile bouillante; l’amalgame paroit d’abord solide; mais il redevient fluide par la trituration. La cristallisation de cet amalgame laisse apercevoir ses élémensmème à la partie supérieure qui n’est pas en contact avec le mercure ; ce qui est différent des autres amalgames.... une once de zinc retient deux onces de mercure. » J’observerai que cette solidité que prend d’abord cet amalgame ne dépend pas de la nature du zinc , puisque le mercure seul, versé dans l’huile bouillante, prend une solidité même plus durable que celle de cet amalgame de zinc.

Les affinités du zinc avec les métaux sont, selon M. Gellert, dans l’ordre suivant : le cuivre, le fer, l’argent, l’or, l’étain et le plomb.

Autant la chaux de plomb est facile à réduire , autant la chaux ou les fleurs de zinc sont de difficile réduction : de là vient que la céruse, ou blanc de plomb, devient noire par la seule vapeur des matières putrides , taudis que la cliaux de zinc conserve sa blancheur. C’est d’après cette propriété éprouvée par la vapeur du foie de soufre , que M. de Morveau a proposé le blanc de zinc comme préférable, dans la peinture, au blanc de plomb : les expériences comparées ont été faites cette année 1781, dans la séance publique de l’Académie de Dijon; elles démontrent qu’il suffit d’ajouter à la chaux du zinc un peu de terre d’alun et de craie, pour lui donner du corps et en faire une bonne couleur blanche, bien plus fixe et bien moins altérable à l’air que la céruse ou blanc de

plomb, qu’on emploie ordinairement dans la peiuture à l’huile.

Le zinc est attaqué par tous les acides , et même la plupart le dissolvent assez facilement ; l’acide vitriolique n’a pas besoin d’être aidé pour cela par la chaleur, et le zinc paroit avoir plus d’affinité qu’aucune autre substance métallique avec cet acide ; il faut seulement, pour que la dissolution s’opère promptement , lui présenter le zinc en petites grenailles ou en lames minces, et mêler l’acide avec un peu d’eau, afin que le sel qui se forme n’arrête pas la dissolution par le dépôt qui s’en fait à la surface. Cette dissolution laisse, après l’évaporation, des cristaux blancs ; ce vitriol de zinc est connu sous le nom de couperose blanche , comme ceux de cuivre et de fer sous les noms de couperose bleue et de couperose 'verte. Et l’on doit observer que les fleurs de zinc, quoiqu’en état de chaux, offrent les mêmes phénomènes avec cet acide que le zinc même; ce qui ne s’accorde point avec la théorie de nos chimistes, qui veulent qu’en général les chaux métalliques ne puissent être attaquées par les acides. Ce vitriol de zinc, ou vitriol blanc, se trouve dans le sein de la terre, rarement en cristaux réguliers, mais plutôt en stalactites, et quelquefois en filets blancs; il se couvre d’une efflorescence bleuâtre s’il contient du cuivre.

L’acide nitreux dissout le zinc avec autant de rapidité que de puissance; car il peut en dissoudre promptement une quantité égale à la moitié de son poids : la dissolution saturée n’est pas limpide comme l’eau, mais un peu obscure comme de l’huile; et si le zinc est mêlé de quelques parties de fer , ce métal s’en sépare en se précipitant, ce qui fournit un autre moyen que celui du soufre pour purifier le zinc. L’on doit encore observer que la chaux et les fleurs de zinc se dissolvent dans cet acide et dans l’acide vitriolique, et que par conséquent cela fait une grande exception à la prétendue règle, que les acides ne doivent pas dissoudre les chaux ou terres métalliques.

L’acide marin dissout aussi le zinc trèsfacilement, moins pleinement que l’acide nitreux, car il ne peut en prendre que la huitième partie de son poids ; il ne se forme pas de cristaux après l’évaporation de cette dissolution, mais seulement un sel en gelée blanche et très-déliquescent, dont la qualité est fort corrosive.

Le zinc, et même les fleurs de zinc, se dissolvent aussi dans l’acide du vinaigre, et il eu résulte des cristaux; il en est de même

MINÉRAUX

de l’acide du tartre : ainsi tous les acides minéraux ou végétaux, et jusqu’aux acerbes, tels que ta noix de galle , agissent sur le zinc. Les alcalis, et surtout l’alcali volatil, le dissolvent aussi , et cette dernière dissolution donne après l’évaporation un sel blanc et brillant, qui attire l’humidité de l’air et tombe en déliquescence.

Voilà le précis de ce que nous savons sur le zinc : on voit qu’étant très-volatil, il doit être disséminé partout ; qu’étant susceptible

d’altération et de dissolution par tous les acides et par les alcalis, il peut se trouver en état de chaux ou de précipité dans le sein de la terre : d’ailleurs les matières qui le contiennent en plus grande quantité, telles que la pierre ealaminaire et les blendes, sont composées des détrimens du fer et d’autres minéraux ; l’on ne peut donc pas douter que ce demi-métal ne soit d’une formation bien postérieure à celle des métaux.

DE LA PLATINE

In n’y a pas un demi-siècle qu’on connoit la platine en Europe, et jamais on n’en a trouvé dans aucune région de l’ancien continent : deux petits endroits dans le Nouveau- Monde, l’un dans les mines d’or de Santa-Fé à la nouvelle Grenade, l’autre dans celle de Chuco, province du Pérou, sont jusqu’ici les seuls lieux d’où l’on ait tiré cette matière métallique, que nous ne connoissons qu’en grenailles mêlées de sablon magnétique, de paillettes d’or , et souvent de petits cristaux de quartz , de topaze, de rubis, et quelquefois de petites gouttes de mercure. J'ai vu et examiné de très-près cinq ou six sortes de platine que je m’étois procurées par diverses personnes et en difl’érens temps; toutes ces sortes étoient mêlées de sablon magnétique et de paillettes d’or ; dans quelques unes il y avoit de petits cristaux de quartz , de topaze, etc., en plus ou en moins grande quantité ; mais je n’ai vu de petites gouttes de mercure que dans l’une de ces sortes de platine '.U se pourroit donc que cet état de grenaille, sous lequel nous connoissons la platine, ne fût point son état naturel , et l’on pourroit croire qu’elle a été concassée dans les moulins où l’on broie les minerais d’or et d’argent , et que les gouttelettes de mercure qui s’y trouvent quelquefois ne viennent que de l’amalgame qu’on emploie au traitement de ces mines ; nous ne sommes donc pas certains que cette forme de grenaille soit sa forme native, d autant qu’il paroit, par le témoignage de quelques voyageurs, qu’ils indiquent la platine comme une pierre métallique très-dure, intraitable, dont néan-

t. M. Lewis et M. te comte de Milly ont tous deux reconnu des globules de mercure dans la platine qu'ils ont examinée. M. Bergman dit de même qu’il n’a point traité de platine dans laquelle il n’en ait trouvé.

moins les naturels du pays avoient, avant les Espagnols, fait des haches et autres inslrumens tranchans; ce qui suppose nécessairement qu’ils la trouvoient en grandes masses ou qu’ils avoient l’art de la fondre sans doute avec l’addition de quelque autre métal ; car par elle-même la platine est encore moins fusible que la mine de fer , qu’ils n’avoient pas pu fondre. Les Espagnols ont aussi fait différens petits ouvrages avec la platine alliée avec d’autres métaux. Personne en Europe ne la connoit donc dans son état de nature , et j’ai attendu vainement pendant nombre d’années quelques morceaux de platine en masse, que j’avois démandés à tous mes correspondans en Amérique. M. Bon les, auquel le gouvernement d’Espagne paroit avoir donné sa confiance au sujet de ce minéral, n’en a pas abusé; car tout ce qu’il en dit ne nous apprend que ce que nous savions déjà.

Nous ne savons donc rien, ou du moins rien au juste, de ce que l’histoire naturelle pourroit nous apprendre au sujet de la platine , sinon qu’elle se trouve en deux endroits de l’Amérique méridionale, dans des mines d’or , et jusqu’ici nulle part ailleurs ; ce seul fait, quoique dénué de toutes ces circonstances, suffit, à mon avis, pour démontrer que la platine est une matière accidentelle plutôt que naturelle; car toute subsiance produiie par les voies ordinaires de la nature est généralement répandue , au moins dans le> climats qui jouissent de la même température ; les animaux, les végétaux, les minéraux , sont également soumis à cette règle universelle. Cette seule considération auroit du suspendre l’empressement des chimistes, qui , sur le sim pie examen de cette grenaille, peut-être artificielle, et certainement accidentelle, n’ont pas hésité d’en faire un nouveau métal , et de placer cette matière nou-

DE LA PLATINE

velle non seulement au rang des anciens métaux, mais de la vanter comme un troisième métal aussi parfait que l’or et l’argent, sans faire réflexion que les métaux se trouvent répandus dans toutes les parties du globe; que la platine, si c’étoit un métal, se seroit 1 épaudue de même; que dès lors on ne devoit la regarder que comme une production acciuenlelle entièrement dépendante des circoust. nces locales des deux endroits où elle se

ouve.

Cette considération, quoique majeure, n’est pas la seule qui me fasse nier que la rlatiue soit un vrai métal. J’ai démontré par des observations exactes 1 qu’elle est toujours attirable à l’aimant; la chimie a lait de vains efforls pour en séparer le fer uont sa substance est intimement pénétrée; lu platine n’est donc pas un métal simple ut parfait, comme l’or et l’argent, puisqu’elle est toujours alliée de fer. De plus, t :us les métaux, et surtout ceux qu’on ap- ) elle parfaits, sont très-ductiles; tous les :iliages, au contraire, sont aigres; or la platine est plus aigre que la plupart des aluages, et même, après plusieurs fontes et dissolutions, elle n’acquiert jamais autant (<e ductilité que le zinc ou le bismuth , qui cependant ne sont que des demi-métaux, t-jus plus aigres que les métaux.

Mais cet alliage où le fer nous est démontré par l'action de l’aimant, étant d’une oensité approchante de celle de l’or, j’ai (•-•u être fondé à présumer que la platine . ’est qu’un mélange accidentel de ces deux métaux très-intimement unis; les essais qu’on a faits depuis ce temps pour tâcher de séparer le fer de la platine et de détruire son magnétisme ne m’ont pas fait changer d’opinion. La platine la plus pure, celle entre autres qui a été si bien travaillée par M. le baron de Sickengen* , et qui ne donne aucun signe de magnétisme , de-

i. Voyez le mémoire qui a pour titre Observations sur la platine, tome I, pape 3g3.

a. La platine, même la plus épurée, contient toujours du fer. M. le comte de Milly, par une lettre datée du 18 novembre 1781 , me marque « qu’ayant oublié pendant trois à quatre ans un morceau de platine purifiée par M. te baron de Sickengen, et qu’it avoit laissé daus de l’eau-forte la plus pure pendant tout ce temps, il s’y étoit rouillé, et que l’ayant retiré, il avoit étendu la liqueur qui restoit dans le vase dans un peu d’eau distillée, et qu’y ayant ajouté de l’alcali phlogistiquc , il avoit obtenu sur-le-champ un précipité très-abondant ; ce qui prouve indubitablement que la platine la plus pure, et que M. de Sickengen assure être dépouillée de tout fer, en contient encore , et que par conséquent le fer eptre dans sa composition.

vient néanmoins attirable à l’aimatit dès qu’elle est comminuée et réduite en trèspetites parties ; lu présence du fer est donc constante dans ce minéral , et la présence d’une matière aussi dense que l’or y est également et évidemment aussi constante; et quelle peut être cette matière dense , si n’est pas de l’or? Il est vrai que jusqu’ici l’on n’a pu tirer de la platine, par aucun moyen, l’or, ni même le fer qu’elle contient , et que pour qu’il y eût sur l’essence de ce minéral démonstration complète, il faudroit eu avoir tiré et séparé le fer et l’or , comme on sépare ces métaux après les avoir alliés ; mais ne devons-nous pas considérer, et ne l’ai-je pas dit, que le fer n’étant point ici dans son état ordinaire , et ne s’étant uni à l’or qu’après avoir perdu presque toutes ses propriétés , à l’exception de sa densité et de son magnétisme, il se pourroit que l’or s’y trouvât de même dénué de sa ductilité, et qu’il n’eût conservé, comme le fer, que sa seule densité? et dès lors ces deux métaux qui composent la platine sont tous deux dans un état inaccessible à notre art, qui ne peut agir sur eux, ni même nous les faire reconnoître en nous les préseniant dans leur état ordinaire. Et 11’est-ce pas par cetie raison que nous ne pouvons tirer ni le fer ni l’or de la platine, ni par conséquent séparer ces métaux , quoiqu’elle soit composée de tous deux ? Le fer, en effet, n’y est pas dans son état ordinaire, mais tel qu’on le voit dans le sablon ferrugineux qui accompagne toujours la platine: ce sablon, quoique très-magnétique, est infusible, inattaquable à la rouille, insoluble dans les acides; il a perdu toutes les propriétés par lesquelles nous pouvions l’attaquer; il ne lui est resté que sa den-ité et son magnétisme, propriétés par lesquelles nous ne pouvons néanmoins le méconnoître. Pourquoi l’or, que nous ne pouvons de même tirer de la platine, mais que nous y recotinoissons aussi évidemment par sa densité, n’auroit-il pas éprouvé, comme le fer, un changement qui lui auroit ôté sa ductilité et sa fusibilité? l’un est possible comme l’autre ; et ces productions d’accidens , quoique rares, ne peuvent elles pas se trouver dans la nature ? Le fer en état de parfaite ductilité est presque infusible, et ce pourroit être celte propriété du fer qui rend l’or dans la platine très-réfractaire. Nous pouvons aussi légitimement supposer que le feu violent d’un volcan ayant converti une mine de fer en mâchefer et en sablon ferrugineux magnétique, et tel qu’il se

MINÉRAUX

trouve avec là platine, ce feu aura en même temps, et par le même excès de force, détruit dans l’or toute ductilité ; car celte qualité n’est pas essentielle ni même inhérente à ce métal, puisque la plus petite quantité d’étain ou d’arsenic la lui enlève. Et d’ailleurs sait-on ce que pourroit produire sur ce métal un feu plus violent qu’aucun de nos feux connus? Pouvons-nous dire si dans ce fende volcan, qui n’a laissé au fer que son magnétisme et à l’or sa densité , il n’y aura pas eu des fumées arsenicales qui auront blanchi l’or et lui auront ôté toute sa ductilité, et si cet alliage du fer et de l’or, imbus de la vapeur d’arsenic , ne s’est pas fait par un feu supérieur à celui de notre art ? Devons-nous donc être surpris de ne pouvoir rompre leur union? et doit on faire un métal nouveau , propre, et particulier, une substance simple, d’une matière qui est évidemment mixte, d’un composé formé par accident en deux seuls lieux de la terre, d’un composé qui présente à la fois la densité de l’or et le magnétisme du fer, d’une substance , en un mot , qui a tous les caractères d’un alliage, et aucun de ceux d’un métal pur?

Mais comme les alliages faits par la nature sont encore du ressort de l’histoire naturelle, nous croyons devoir, comme nous l’avons fait pour les métaux , donner ici les principales propriétés de la platine; quoique très-dense, elle est très-peu ductile, presque infusible sans addition, si fixe au feu qu’elle n’y perd rien ou presque rien de son poids, irtültérable et résistant à l’action des élémens humides, indissoluble comme l’or dans tous les acides simples r ,

i. M. Tillet, l’un de nos plus savans académiciens, et très-exact observateur, a reconnu que, quoique la platine soit indissoluble en elle-même par les acides simples, elle se dissout néanmoins par l’acide nitreux pur, lorsqu’elle est alliée avec de l’argent et de l’or. Voici la note qu’il a bien voulu me communiquer à ce sujet : « J’ai annoncé dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1779, que la platine, soit brute, soit rendue ductile par les procédés connus , est dissoluble dans l’acide nitreux pur, lorsqu’elle est alliée avec une certaine quantité d’or et d’argent. Afin que cet alliage soit complet, il faut le faire par le moyen de la coupelle, et en employant une quantité convenable de plomb. On traite alors par la voie du départ le bouton composé des trois métaux, comme un mélange simple d’or et d’argent; la dissolution de l'argent et de la platine est complète, la liqueur est transparente, et il ne reste que l’or au fond du matras , soit dans un état de division si on a mis beaucoup d’argent, soit en forme de cornet bien conservé si on n’a mis que trois ou quatre parties d’argent égales à celle de l’or. 11 est vrai que si on

emploie trop de platine dans cette opération , l'or

et se laissant dissoudre comme lui par la double puissance des acides nitreux et marin réunis.

L'or mêlé avec le plomb le rend aigre, la platine produit le même effet ; mais on a prétendu qu’elle ne se séparoit pas en entier du plomb comme l'or, dans la coupelle, au plus grand feu de nos fourneaux; dès lors le plomb adhère plus fortement à la platine que l’or , dont il se sépare en entieri. 2. On peut même reconnoître par l’augmentation de son poids la quantité de plomb qu’elle a saisie, et qu’elle retient si puissamment que l’opération de la coupelle ne peut l'en séparer; celte quantité, selon M. Schoeffer, est de deux ou trois pour cent; cet habile chimiste, qui le premier a travaillé la platine, dit avec raison qu’au miroir ardent, c’est-à-dire à un feu supérieur à celui de nos fourneaux, on vient à bout d’en séparer tout le plomb et de la rendre pure; elle ne diffère donc ici de l’or qu’en ce qu’étant plus difficile à

mêlé avec elle la défend un peu des attaques de l’acide nitreux , et il en conserve quelques parties. 11 faut un mélange parfait des trois métaux pour que l’opération réussisse complètement : s’il se trouve quelques parties dans l’alliage où il n’y ait pas assez d’argent pour que la dissolution ait lieu , la platine résiste, comme l’or, à l’acide, et reste avec lui dans le précipité; mais si on 11e met dans l’alliage qu’un douzième de platine , ou encore mieux un vingt-quatrième de l’or qu’on emploie , alors on parvient à dissoudre le total de la piatine, et l’or mis en expérience ne conserve exactement que son poids. Il n’en est pas ainsi d’un alliage dans lequel il n’entre que de l’argent et de la platine : la dissolution n’en est proprement une que pour l’argent; la liqueur reste trouble et noirâtre, malgré une longue et forte ébullition; il se fait un précipité noir et abondant au fond du matras, qui ti’est que de la platine réduite en poudre et subdivisée en une infinité de particules , comme elle l’étoit dans l’argent avant qu’il fût dissous. Cependant si on laisse reposer la liqueur pendant quelques jours , elle s’éclaircit et devient d’une couleur brune qu’elle doit sans doute à quelques parties de la platine qu’elle a dissoutes , ou qu’elle tient en suspension. Il paroît donc que dans cette opération, c’est à la présence seule de l’or qu’est due la dissolution réelle et assez prompte de la platine par l’acide nitreux pur ; que l’argent ne contribue qu’indirecteinent à cette dissolution ; qu’il la facilite, à la vérité, mais que sans l’or il ne sert qu’à procurer une division mécanique de la platine ; et encore cette division n’a-t-elle lieu que parce que l’argent dissous lui-même ne peut plus conserver la platine subdivisée avec laquelle il faisoit corps. »

2. « L’or le plus pur ne se sépare jamais parfaitement du plomb dans la coupelle : si vous faites passer un gros d’or fin à la coupelle dans une quantité quelconque de plomb , le bouton d’or, quelque brillant qu’il soit , pèsera toujours un peu plus d’un gros. » ( Remarque communiquée par M. Tillet.)

DE LA PLATINE

fondre, elle se coupelle aussi plus difficilement.

En mêlant parties égales de platine et de cuivre, on les fond presque aussi facilement que le cuivre seul, et cet alliage est à peu près aussi fusible que celui de l’or et du cuivre. Elle se fond un peu moins facilement avec l’argent ; il en faut trois parties sur une de platine, et l’alliage qui résulte de cette fonte est aigre et dur. On peut en retirer l'argent par l’acide nitreux , et avoir ainsi la platine sans mélange , mais néanmoins avec quelque perte. Elle peut de même se fondre avec les autres métaux ; et ce qui est très-remarquable, c’est que le mélange d’une très-petite quautité d’arsenic, comme d’une vingtième ou d’une vingtquatrieme partie , suffit pour la faire fondre presque aussi aisément que nous fondons le cuivre ; il n’est pas même nécessaire d’ajouter des fondans à l’arsenic, comme lorsqu’on le fond avec le fer ou le cuivre ; il suffit seul pour opérer Irès-proinptement la fusion de la platine, qui cependant n’en devient que plus aigre et plus cassante. Enfin, lorsqu’on la mêle avec l’or, il n’y a pas moyen de les séparer sans intermède, arce que la platine et l’or sont également xes au feu ; et ceci prouve encore que la nature de la platine tient de très-près à celle de for. Ils se fondent ensemble assez aisément ; leur union est toujours intime et constante; et de même qu’on remarque des surfaces dorées dans la platine qui nous vient en grenailles , on voit aussi des filets ou petiies veines d’or dans la platine fondue. Quelques chimistes prétendent même que l’or est un dissolvant de la platine, parce qu’en effet si l’on ajoute de l’or à l’eau régale, la dissolution de la platine se fait beaucoup plus promptement et plus complètement; et ceci, joint à ce que nous avons dit de sa dissolution par l’acide nitreux, est encore une preuve et un effet de la grande affinité de la platine avec l’or. On a trouvé néanmoins le moyen de séparer l’or de la platine , en mêlant cet alliage avec l’argent 1 ; et ce moyen est assez sur

ï. « Lorsqu'on a mêlé de l’or avec de la platine, il y a un moyen sur de les séparer, celui du départ , en ajoutant au mélange trois fois autant d’argent, ou environ, qu’il y a d’or; l’acide nitreux dissout l’argent et la platine, et l’or tout entier en est séparé ; on verse ensuite de l’acide marin sur la liqueur chargée de l’argent et de la platine; sur-le-champ on a un précipité de l’argent seul ; et comme on a formé par là une eau régale , la platine n’en est que mieux maintenue dans la liqueur qui surnage l’argent précipité. Pour obte-

pour qu’on ne doive plus craindre de voir le titre de l’or altéré par le mélange de la platine.

L’or est précipité de sa dissolution par le vitriol de fer, el la platine ne l’est pas: ceci fournit un moyen de séparer l’or de la platine, s’il s’y trouvoit artificiellement allié ; mais eet intermède ne peut rien sur leur alliage naturel. Le mercure , qui s'amalgame si puissamment avec l’or, ne s’unit point avec la platine; ceci fournit un second moyen de reconnoître l’or falsifié par le mélange de la platine; il ne faut que réduire l’alliage en poudre et la présenter au mercure , qui s’emparera de toutes les particules d’or, et ne s’attachera point à celles de la platine.

Ces différences entre l’or et la platine sont peu considérables en comparaison des rapports de nature que ces deux substances ont l’une avec l’autre. La platine ne s’est trouvée que dans les mines d’or, et seulement dans deux endroits particuliers, et, quoique tirée de la même mine, sa substance n’est pas toujours la même ; car en essayant sous le marteau plusieurs grains de platine, telle qu’on nous l’envoie, j’ai reconnu que quelques-uns de ces grains s’étendoient assez facilement , tandis que d’aulres se brisoient sous un • percussion égale : cela seul suffiroit pour r are voir que ce n’est point un métal Lutif et d'une nature univoque, mais un riélanBo équivoque qui se trouve plus ou moirn aigrs, sei >n la quantité et la qualité des .matières alliées.

Quoique la f -latine sjit blanche à peu

nir ensuite la platine, on fait évaporer sur un bain de sable la liqueur qui la contient, et on traite le résidu par le flux noir, en y ajoutant de la chaux de cuivre propre à rassembler ces particules de platine ; on lamine après cela le bouton de cuivre qu’on a retiré de l’opération, et on le fait dissoudre à froid dans de i’esprit de nitre affoibli ; la platine se précipite au fond du matras, et, après un recuit, elle s’annonce avec scs caractères métalliques, mais avec un déchet de moitié ou environ sur la quantité de platine qu’on a employée. Voilà le procédé que j’ai suivi , et par lequel on voit que je n’ai rien pu perdre par un défaut de soin ; après des opérations réitérées on parvient à réduire la platine à peu de grains, et enfin à la perdre totalement. Ces expériences annoncent que la platine se décompose el n’est pas un métal simple ; îa matière noire et ferrugineuse se montre à chaque opération, et se trouve mêlée avec celle qui a conservé l’état métallique : celle matière noirâtre, qui n’a pu reprendre ses caractères métalliques, est fort légère el ne se précipite qu’avec peine; on ne croiroit jamais qu’elle eût appartenu à un métal aussi pesant que la platine; quatre ou cinq grains de cette matière décomposée ont le volume d’une noisette. {Noie de M. Tilltt.)

6a MINERAUX.

près comme l’argent, sa dissolution est jaune, et même plus jaune que celle de l’or; cette couleur augmente encore à mesure que la dissolution se sature, et devient à la fin tout-à-fait rouge. Cette dernière couleur ne provient - elle pas du fer toujours uni à la platine? En faisant évaporer lentement cette dissolution, on obtient un sel cristallisé semblable au sel d’or : la dissolution noircit de même la peau, et laisse aussi précipiter la platine, comme for, par l’éther et par les autres huiles éthérées; enfin son sel reprend, comme celui de l’or, son état métallique, sans addition ni secours.

Le produit de la dissolution de la platine paroît différer de l’or dissous, en ce que le précipité de platine , fait par l’alcali volatil , ne devient pas fulminant comme l’or; mais aussi peut - être que , si l’on joignoit une petite quantité de fer à la dissolution d’or , le précipité ne seroit pas fulminant. Je présume de même que c’est par une cause semblable que le précipité de la platine par l’étain ne se colore pas de pourpre comme celui de l’or ; et, dans le vrai , ces différences sont si légères en comparaison des grands et vrais rapports que la platine a constamment avec l’or, qu’elles ne suffisent pas, à beaucoup près , pour faire un métal à part et indépendant, d’une matière qui n’est trèsvraisemblablement qu’altérée par le mélange du fer et de quelques vapeurs arsenicales : car , quoique noire art ne puisse rendre à ces deux métaux altérés leur première essence, il ne faut pas conclure de son impuissance à l’impossibilité; ce seroit prétendre que la nature n’a pu faire ce que nous ne pouvons défaire , et nous devrions plutôt nous attacher à l’imiter qu’à la contredire.

Aucun acide simple , ni même le sublimé corrosif ni le soufre, n’agissent pas plus sur la platine que sur l’or; mais le foie de soufre les dissout également : toutes les substances métalliques la précipitent comme l’or, et son précipité conserve de même sa couleur et son brillant métallique; elle s’allie comme l’or avec tous les métaux et les demi -métaux.

La différence la plus sensible qu’il y ait entre les propriétés secondaires de l’or et de la platine, c’est la facilité avec laquelle il s’amalgame avec le mercure , et la résistance que la platine oppose à cette union.

Il me semble, que c’est par le fer et par l’arsenic dont la platine est intimement pénétrée, que l’or aura perdu son attraction avec le mercure , qui , comme l’on sait , ne peut

s’amalgamer avec le fer , et eneore moins

avec l’arsenic. Je suis donc persuadé qu’on pourra toujours donner la raison de toutes ces différences en convenant avec moi que la platine est un or dénaturé par le mélange intime du fer et d’une vapeur d’arsenic.

La platine mêl e en parties égales avec l’or exige un feu violent pour se fondre ; l’alliage est blanchâtre, dur, aigre, et cassant ; néanmoins, en le faisant recuire, il s’étend un peu sous le marteau. Si on met quatre parties d’or sur une de platine, il ne faut pas un si grand degré de feu pour les fondre : l’alliage conserve à peu près 1; couleur de l'or ; et l’on a observé qu’en gt néral l’argent blanchit l’or beaucoup plus que la platine. Cet alliage de quatre parties d’or sur une de platine peut s’étendre eu lames minces sous le marteau.

Pour fondre la platine et l’argent mêlés en parties égales, il faut un feu très-violenf et cet alliage est moins brillant et plus dur que l’argent pur : il n’a que peu de ductilité ■ sa substance est grenue, les grains en sont assez gros et paroisseut mal liés; et lor même que l’on met sept ou huit parties d’argent sur une de platine, le grain de l’a»liage est toujours grossier : on peut, par c mélange, faire cristalliser très-aisément l’argent en fusion1; ce qui démontre le pen d’affinité de ce métal avec la platine, puisqu’il ne contracte avec elle qu’une union imparfaite.

Il n’en est pas de même du mélange de la platine avec le cuivre; c’est de tous les métaux celui avec lequel elle se fond le plus facilement : mêlés à parties égales, l’alliage en est dur et cassant ; mais si l’on ne met qu’une huitième ou neuvième partie de platine, l’alliage est d’une plus belle couleur que celle du cuivre; il est aussi plus pur, et peut recevoir un plus beau poli ; il résiste beaucoup mieux à l’impression des élémeus humides; il ne donne que peu ou point de vert-de-gris, et il est assez ductile pour être travaillé à peu près comme le cuivre ordinaire. On pourroit donc, en alliant le cui-

i. « Les cristallisations constantes de l’argent ou il est entré de la platine semblent indiquer réellement le peu d’affinilé qu’il y a entre ces deux métaux ; il paroit que l’argent tend à se séjwrer de la platine. On a infailliblement des cristallisations d’argent bien prononcées en fondant huit parties d’argent pur avec une partie de platine et en les passant à la coupelle. J’ai remis, pour le Cabinet du Roi , des Imitions de deux gros ainsi cristallisés à leur surface ; la loupe la moins forte d’un microscope fait distinguer nettement les petites pyramides de l’argent. » (Remarque communiquée par M. Tiiïct.)

DE LA PLATINE

vre et la platine dans eette proportion , essayer d’en faire des vases de cuisine qui pourroipnt se passer d’étamage, et qui n’auroient aucune des mau\ aises qualités du cuivre, de l’étain, et du plomb.

La platine mêlée avec quatre ou cinq fois autant de fonte de fer, donne un alliage plus pur que cette fonte, et encore moins sujet à la rouille : il prend un beau poli ; mais il est trop aigre pour pouvoir être mis en œuvre comme l'alliage de cuivre. M. Lewis, auquel on doit ces observations, dit aussi que la platine se lond avec l’étain en toutes proportions, depuis parties égales jusqu’à vingt-quatre parties d'étain sur une de platine, et que ces alliages sont d’autant plus durs et plus aigres que la platine est en plus grande quantité, en sorte qu'il ne paroil pas qu’on puisse les travailler. Il en est de même des alliages avec le plomb, qui même exige un feu plus violent que ceux avec l’étain. Cet habile chimiste a encore observé que le plomb et l’argent ont tant de peine à s’unir avec la platine, qu’ii tombe toujours une bonne partie de la platine au fond du creuset dans sa fusion avec ces deux métaux, qui de tous ont par conséquent le moins d’affinité avec ce minéral.

Le bismuth, comme le plomb, ne s’allie qu’imparfaitement avec la platine, et l’alliage qui en résulte est cassant au point d’èlre friable : mais de la même maniéré que, dans les métaux, le cuivre est celui avec lequel la platine s’unit le plus facilement, il se trouve que, des demi-métaux, c’est le zinc avec lequel elle s’unit aussi le plus parfaitement. Cet alliage de la platine et du zinc ne changé point de couleur, et ressemble an zinc pur; il est seulement plus ou moins bleuâtre, selon la proportion plus ou moins grande de la platine dans le mélange : il ne se ternit point à l’air; mais il est plus aigre que le zinc , qui , comme l’on sait , s'étend sous le marteau. Ainsi cet alliage de la platine et du zinc , quoique facile, n’offre encore aucun objet d’utilité. Mais si l’on mêle quatre parties de laiton ou cuivre jaune avec une partie de platine, l'union paroît s’en faire d’une manière intime: la substance de l’alliage est compacte et fort dure: le grain en est très -fin et très -serré, et il prend un poli vif qui ne se ternit point à l’air. Sans être bien ductile, cet alliage peut néanmoins s’étendre assez sous le marteau pour pouvoir s’en servir à faire des miroirs de télescope et d'autres petits ouvrages dont le poli doit résister aux impressions de l’air.

J’ai cru pouvoir avancer, il y a quelques années l, et je crois pouvoir soutenir encore aujourd’hui , que la platine n’est point un métal pur, mais seulement un alliage d’or et de fer , produit accidentellement et par des circonstances locales. Comme tous nos chimistes, d’après MM. Schœffer et Lewis, avoient sur cela pris leur parti , qu’ils en avoient parlé comme d’un nouveau métal parfait , ils ont cherché des raisons contre mon opinion ; et ces raisons m’ont paru se réduire à une seule objection que je tâcherai de ne pas laisser sans réponse! « Si la platine , dit un de nos plus habiles chimistes 2 , étoit un alliage d’or et de fer, elle devroit reprendre les propriétés de l’or à proportion qu'on détruiroit et qu’on lui enlèveroit une plus grande quantité de son fer: et il arrive précisément le contraire; loin d'acquérir la couleur jaune, elle n’en devient que plus blanche, et les propriétés par lesquelles elle diffère de l’or n’en sont que plus marquées. « Il est très-vrai que si on mêle de l’or avec du fer dans leur état ordinaire, ou pourra toujours les séparer, en quelque dose qu’ils soient alliés, et qu’à mesure qu’on détruira et enlèvera le fer, l’alliage reprendra la couleur de l’or, et que ce dernier métal reprendra lui-même toutes ses propriétés dès que le fer eu sera séparé; mais n’ai-je pas dit et répété que le fer qui se trouve si intimement uni à la platine n’est pas du fer dans son état ordinaire de métal , (ju’il est au contraire comme le sablon ferrugineux qui se trouve mêlé avec la platine, presque* entièrement dépouillé de ses propriétés métalliques, puisqu’il est presque infusible, qu’il résiste à la rouille, aux ac ides, et qu’il ne lui reste que la propriété d’ètre attirable à l’aimant? Des lors l’objection tombe, puisque le feu ne peut rien sur cette sorte de fer; tous les ingrédiens, toutes les combinaisons chimiques ne peuvent ni l’altérer ni le changer, ni lui ôter sa qualité magnétique, ni même le séparer en entier de la platine, avec laquelle il reste constamment et intimement uni; et quoique la platine conserve sa blancheur et ne prenne }K)int la couleur de l’or après toutes les épreuves qu’on lui a fait subir , cela n’en prouve que mieux que l’art ne peut altérer sa nature. Sa substance est blanche et doit l’ètre en effet , en la supposant , comme je le fais , composée d’or dénaturé par l’arsenic, qui lui donne celte couleur blanche, et qui, quoique tres-volatil, peut néanmoins

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