DE L’ANTIMOINE
primitif et de la production des pyrites après la chute des eaux : aussi les mines primordiales d’antimoine sont en filons et en minerais comme celles de plomb; maison en trouve qui sont mélangées de matières ferrugineuses, et qui pasoissent être d’une formation postérieure. Le minerai d’antimoine, comme les galènes du plomb, est composé de lames minces plus longues ou plus courtes, plus étroites ou plus larges, convergentes ou divergentes, mais toutes lisses et brillantes d’un beau blanc d’argent : quelquefois ces premières mines d'antimoine contiennent, comme celles du plomb, une quantité considérable d’argent ; et de la décomposition de cette mine d’antimoine tenant argent, il s’est formé des mines par la stillation des eaux, qui ne sont dès lors que de troisième formation. Ces mines, qu’on appelle mines en plumes à cause de leur légèreté , pourroient avoir été sublimées par l’action de quelque feu souterrain. Elles sont composées de petits filets solides et élastiques, quoique tres-déliés et assez courts, dont la couleur est ordinairement d’un bleu noirâtre, et souvent variée de nuances vitreuses, ou plutôt de reflets de couleurs irisées , comme cela se voit sur toutes les substances demi-transparentes et très-minces : telle est cette belle miue d’antimoine de Felsobania , si recherchée par les amateurs pour les cabinets d’histoire naturelle. Il y a aussi de ces mines dont les filets sont tous d’une belle couleur rouge, et qui, selon M. Bergman , contiennent de l’arsenic. Toutes ces mines secondaires d’antimoine , grises , rouges , ou variées , sont de derniere formation, et proviennent de la décomposition des premières.
Nous avons en France quelques bonnes mines d’antimoine; mais nous n’en tirons pas tout le parti qu’il seroit aisé d’en tirer, puisque nous faisons venir de l’étranger la plupart des préparations utiles de ce Minéral. M. Le Monnier, premier médecin ordinaire du roi a particulièrement observé les mines d’antimoine de la haute Auvergne.
« Celle de Mercœur, à deux lieues de Brioude, étoit, dit-il, en pleine exploitation en 1739, et l’on sentoit de loin l’odeur du soufre qui s’exhale des fours dans lesquels ou fait fondre la mine d’antimoine. La mine s’annonce par des veines plombées qu’on aperçoit sur des bancs de rochers qui courent à fleur de terre.... Cette mine de Mercœur fournit une très-grande quantité d’antimoine. Mais il y a encore une autre mine beaucoup plus riche au Puy de La Fage, qiii n’est qu’à une
Burrov. III.
lieue de Mercœur : elle est extrêmement pure , et rend souvent soixante-quinze pour cent; les aiguilles sont toutes formées dans les filons de cette mine , et l’antimoine qu’on en tire est aussi beau que le plus bel antimoine de Hongrie Un des plus petits
filons, mais des plus riches, de la mine de Mercœur, et qui n’a que deux pouces de large, est uni du côté du nord à un rocher franc, qui est une gangue très-dure, parsemée de veines de marcassite ; et du côté du midi , il est contigu à une pierre assez tendre et graveleuse.... Après cette pierre, suivent différens lits d’une terre savonneuse, légère, capable de s’effeuilleter à l’air, et dont la couleur est d’un jaune citron : cette terre, mise sur une pelle à feu, exhale une forte odeur de soufre; mais elle ne s’embrase pas. « M. Le Monnier a bien voulu nous envoyer, pour le Cabinet du Roi , un morceau tiré de ce filon , et dans lequel on peut voir ces différentes matières. Il rapporte, dans ce même Mémoire, les procédés fort simples qu’on met en pratique pour fondre la mine d'antimoine en grand , et finit par observer qu’indépendamment de ces deux mines de La Fage et de Mercœur, il y en a plusieurs autres dans cette même province, (pii , pour la plupart, sont négligées. MM. Hellot et Guettard font mention de celles de Langeac, de Chassignol, de Pradot , de Montel , de Brioude , et de quelques autres endroits. Il y a aussi des mines d’antimoine en Lorraine, en Alsace, en Poitou, en Bretagne, en Angoumois, et en Languedoc. Enfin M. de Gensanne a observé dans le Yivarais un gros filon de mine d’antimoine mêlé dans une mine de charbon de terre; ce qui prouve, aussi bien que la plupart des exemples précédens , que ce minéral se trouve presque toujours dans les couches de la terre remuée et déposée par les eaux.
L’antimoine ne paroît pas affecter des lieux particuliers comme l’étain et le mercure ; il s’en trouve dans toutes les parties du monde : en Europe, celui de Hongrie est le plus fameux et le plus recherché.
On en trouve aussi dans plusieurs endroits de l’Allemagne; et l’on prétend avoir vu de l’antimoine natif en Italie, dans le canton de Sainte-Flore, proche Mana; ce qui ne peut provenir que de l’effet de quelques feux souterrains qui auroieut liquéfié la mine de ce demi-métal.
En Asie, les voyageurs font mention de l’antimoine de Perse et de celui de Siam. En Afrique, il s’en trouve, au rapport de
MINÉRAUX
Léon l’Africain, au pied du mont Atlas. Enfin Alphonse Barba dit qu’au Pérou les mines d'antimoine sont en grand nombre , et quelques voyageurs en ont remarqué à Saint- Domingue et en Virginie.
On fait grand usage en médecine des préparations de l’antimoine, quoiqu’on l’ait d abord regardé comme poison plutôt que comme remede. Ce minéral pris dans sa mine, et tel que la nature le produit, n’a que peu ou point de propriétés actives; elles ne sont pas même développées après sa fonte en antimoine cru , parce qu’il est encore enveloppé de son soufre : mais des qu’il en est dégagé par la calcination ou la vitrification , ses qualités se manifestent ; la
chaux, le foie et le verre d’antimoine sont tous de puissans émétiques; la chaux est même un violent purgatif , et le régule se laisse attaquer par tous les sels et par les huiles; 1 alcali dissout l’antimoine cru, tant par la voie sèche que par la voie humide, et le kermès minéral se tire de cette dissolution. Toutes les substances salines ou hiu leuses développent dans l’antimoine les vei tus émétiques ; ce qui semble indiquer que ce régule n’est pas un demi-métal pur, :.t qu’il est combine avec une matière saline qr. lui donne cette propriété active, d’où l’oa peut aussi inférer que le foie de soufre a souvent eu part à sa minéralisation.
DU BISMUTH, ou ÉTAIN DE GLACE.
Daxts le règne minéral , rien ne se ressemble plus que le régule d’antimoine et le bismuth par la structure de leur substance; ils sont intérieurement composés de lames minces d’une texture et d’une figure semblables , et appliquées de même les unes contre les autres : néanmoins le régule d’antimoine n’est qu’un produit de l’art, et le bismuth est une production de la nature. Tous deux, lorsqu’on les fond avec le soufre, perdent leur structure en lames minces , et prennent la forme d’aiguilles appliquées les unes sur les autres : mais il est vrai que le cinabre du mercure et la plupart des autres substances dans lesquelles le soufre se combine , prennent également cette forme aiguillée, parce que c’est la forme propre du soufre , qui se cristallise toujours en aiguilles.
Le bismuth se trouve presque toujours pur dans le sein de la terre : il n’est pas d’un blanc aussi éclatant que le blanc du régule d’antimoine; il est un peu jaunâtre, et il prend une teinte rougeâtre et des nuances irisées par l’impression de l’air.
Ce demi-métal est plus pesant que le cuivre, le fer et l’étain 1 ; et , malgré sa grande dènsité , le bismuth est sans ductilité : il a même moins de ténacité que le plomb, ou plutôt il n’en a point du tout ; car il est très-cassant et presque aussi friable qu’une matière qui ne seroit pas métallique.
i. La pesanteur spécifique du bismuth natif est de 90202; celle du régule de bismuth, de 98227 ; tandis que la pesanteur spécifique du cuivre passé à la filière, c’est-à dire du cuivre le plus comprimé, n*est que de 88785. Voyez la Table de M. Bnsson.
De tous les métaux et demi-métaux, te bismuth est le plus fusible; il lui faut moins de chaleur qu’à l’étain, et il communique de la fusibilité à tous les métaux avec lesquels on veut l’unir par la fusion. L’alliage le plus fusible que l’on connoisse est, suivant M. d’Arcet, de huit parties de bismuth, cinq de plomb et trois d’étain; et l’on a observé que ce mélange se fondoit dans l’eau bouillante, et même à quelques degrés de chaleur au dessous.
Exposé à l'action du feu, le bismuth se volatilise en partie et donne des fleurs comme le zinc, et la portion qui ne se volatilise pas se calcine à peu près comme le plomb. Cette chaux de bismuth, prise intérieurement, produit les mêmes mauvais effets que celle du plomb, elle se réduit aussi de même en litharge et en verre. Enfin on peut se servir de ee demi-métal comme du plomb pour purifier l’or et l’argent ; l’un de nos plus habiles chimistes assure même « qu’il est préférable au plomb , parce qu’il atténue mieux les métaux imparfaits, et accéléré la vitrification des terres et des chaux. « Cependant il rapporte dans le même article une opinion contraire. « Le bismuth, dit-il, peut servir comme le plomb à la purification de l’or et de l’argent par l’opératiou de la coupelle, quoique moins bien que le plomb, suivant M. Pemer. » Je ne sais si cette dernière assertion est fondée : l'analogie semble nous indiquer que le bismuth doit purifier l’or et l’argent mieux, et non pas moins bien , que le plomb, car le bismuth atténue plus que le plomb les autres métaux , non seulement