‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 69 sur 218 · SERPENTINES · texte numérisé non relu

SERPENTINES

Ce nom de serpentine vient de la variété des petites taches que ces pierres présentent lorsqu’elles sont polies, et qui sont assez semblables aux taches de la peau d'un serpent : la plupart de ces pierres sont pleinement opaques ; mais il s'en trouve aussi qui ont naturellement une demi - transparence, ou qui la prennent lorsqu’elles sont amincies. Ces serpentines demi-transparentes ont plus de dureté que les autres , et ce sont celles qui approchent le plus du jade par ces deux caractères de demi -transparence et de dureté; d’ailleurs elles diffèrent des autres serpentines , et ressemblent encore au jade olivâtre par leur couleur verdâtre, uniforme, sans taches, et sans mélange d’autres couleurs, tandis qu’il y a des taches en grand nombre et des couleurs diverses dans toutes les serpentines opaques. Celles (pii sont demi - transparentes , étant plus dures que les autres, reçoivent un beau poli, mais toujours un peu gras comme celui du jade; elles sont assez rares, et les naturalistes qui ont eu occasion de les observer en distinguent deux sortes, toutes deux à demi transparentes lorsqu’elles sont réduites à une petite épaisseur : l’une paroit composée de filamens réunis les uns contre les autres, et présente une cassure fibreuse; on l’a trouvée en Saxe près de

Zobiltz, où elle a été nommée pierre néphrétique , a cause de sa grande ressemblance avec le jade verdâtre qui porte aussi ce nom : l’autre se trouve en Suède, et ne présente pas de fibres , mais des grains dans sa cassure.

Les serpentines opaques et tachées sont bien plus communes que ces serpentines demi - transparentes , de couleur uniforme ; presque toutes sont au contraire marquetées ou veinées, et variées de couleurs différentes; elles ont des taches de blanc, de gris, de noir, de brun, de vert, et de rougeâtre : quoique plus tendres que les premières, et même moins dures que le marbre, elles se polissent assez bien; et comme elles ne font aucune effervescence avec les acides , on les distingue aisément des beaux marbres, avec lesquels on pourroit les confondre par la ressemblance des couleurs et par leur poli. D’ailleurs, loin de se calciner au feu comme le marbre, toutes les serpentines s’y durcissent et y résistent même plus qu’aucune autre pierre vitreuse ou calcaire; on peut en faire des creusets comme l’on en fait avec la molybdène, qui, quoique moins dure (pie les serpentines, est, au fond, de la même essence, ainsi que toutes les autres stéatites.

« A deux lieues de la ville de Grenade ,

minéraux:.

dit M. Bowles, se trouve la fameuse carrière de serpentine de laquelle on a tiré les belles colonnes pour les salons de Madrid, et plusieurs autres morceaux qui. ornent le palais du roi. Celte serpentine prend un très-beau poli. »

Nous ne connoissons point de semblables carrières en France; cependant M.Guettard a observé que les rivières de Cervières et de Guil en Dauphiné entraînoient d’assez gros morceaux de serpentine, et qu’il s en trouve même dans la vallée de Souliers , ainsi que dans plusieurs autres endroits de cette province : on en voit de petites colonnes dans l’église des Carmélites à Lyon.

En Italie , les plus grands morceaux de serpentine que l’on commisse sont deux colonnes dans l’église de Saint -Laurent à Rome. La pierre appelée gnbro par les Florentins est une sorte de serpentine. «Il y a, dit M. Faujas de Saint-Fond , des gabros verdâtres ou jaunâtres avec des taches d’un vert plus ou moins foncé; d’autres sont chargées de taches rougeâtres demi-transparentes, sur un fond verdâtre : on remarque dans plusieurs gabros des micas de différentes couleurs. . . J’ai dans ma collection un très-beau gabro d’Italie, d’une consistance dure, d’un poli gras, mais très-éclasant, mêlé de diverses nuances, d’un rouge très - vif sur un fond noir - verdâtre, dans lequel on voit de petites lames de mica traverser le vert. «Celte pierre est si commune aux environs de Florence, que l’on s’en sert pour paver les rues , comme pour orner les maisons et les églises; il y en a de très-beaux morceaux dans celle des Chartreux , à trois milles de Florence.

En comparant les densités du talc avec celles des micas et des serpentines, nous verrons, i° qu'il n’y a que les micas noirs et la serpentine libreuse dont la pesanteur spécifique soit plus grande que celle du talc 1 ; 20 que tous les autres micas sont un peu moins denses que le talc * ; 3° que toutes les serpentines, à l’exception de la fibreuse , sont moins denses que le talc et les micas3. On pourroit donc en inférer que, dans la serpentine fibreuse et dans le mica noir, les parties micacées sont plus rapprochées et plus intimement unies que dans les autres serpentines et micas , ou plutôt on doit penser qu’il est entré dans leur composition une certaine quantité de parties de schorl ou de fer qui leur auroit donné ce surplus de densité : je dis de fer, parce que la partie \erte de ces ser|>entines, étant réduite en poudre, est attii able à l’aimant; ce fer y est donc dans le même état que le sablon magnétique de la platine, et non pas en état de chaux.

1. Pesanteur spécifique du talc de Moscovie , 2791 7 ; du inica noir, 29004 ; de ta serpentine demitransparente fibreuse, 29960. (Table de M. Bris-

sou. )

2. Pesanteur spécifique du talc de Moscovie, 27917; du mica blanc, 27044; du mica jaune, 26546. ( Ibidem .)

3. Pesanteur spécifique de ta serpentine d’Italie , ou gabro des Florentins, 24^96; de la serpentine opaque tachée de noir et de blanc, 23767 ; de la serpentine opaque tachée de noir et de gris, 22646 ; de la serpentine opaque veinée de noir et de d’olivâtre, 26939 ; de la serpentine demi-transparente , ?.58o3 (Ibidem.)

V%\V\i\\\\V\\\WVVWWVlWV\V\ WWWVkWV^>V%VWV\\VVV%V«

Page 1