PIERRE-DE-LARD ET CRAIE D’ESPAGNE
On a donné ces noms impropres aux pierres dont il est ici question parce que ordinairement elles sont blanches comme la craie, et quVIlcs ont un poli graisseux qui leur donne de la ressemblance avec le lard. Nous en eonnoissons de deux sortes, qui ne nous offrent cpie de très - légères différences : la première est celle qui porte le nom de pietrede-lard , et dont on fait des magots à la Chine; et la seconde est celle à laquelle on a donné la dénomination de craie (T Espagne, mais tiès-impropreuient , puisqu’elle n’a aucun autre rapport avec la craie que la couleur et l’usage qu’011 en fait en la taillant de même en crayons pour tracer des ligues blanches; car celle craie d’Espagne et la pierrede-lard de la Chine sont toutes deux des stéatites ou pierres lalqueuses dont la substance est compacte el pleine, sans appa-
hut'FOIf. III.
rence de couches, de lames ou de feuillets: elles sont blanches, sans taches et sans couleurs variées ; elles 11’ont pas autant de dureté qu’en oui les serpentines et les pierres ollaires, quoique leur densité soit plus grande que celle de ces pierres '.
Celte pierre craie d’Espagne est d’autant plus mal nommée , qu’on îa trouve en plusieurs autres contrées 2 ; on l’appelle en Italie pietra di sarlori, pierre des tailleurs d’habits,
1. La pesanteur spécifique de la craie d’Espagne est de 2790*, c’esl-à-dire presque égale à celle du talc La pesanteur spécifique de la pierre-de-lard de la Chine est de z58^4. c’est à-dire à peu près égale à celle de la serpentine opaque veinée de noir et d’olivâtre, mais considérablement moindre que celle de la plupart des autres serpentines et pierres ollaires
2. Eu Allemagne, dans le margraviat de Bareith; en .Suisse , etc.
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parce que ces ouvriers s’en servent pour ra\er leurs étoiles. Ordinairement elle est blanche : cependant il y eu a de la grise, de la rouge, de la marbrée; de couleur jaunâtre et verdâtre, dans quelques contrées. Cette pierre n’a de rapport avec la craie cpie par sa mollesse : on peut l’entamer avec l’ongle dans son étal naturel; mais elle durcit au feu comme toutes les autres pierres talcpieuses ; elle est de meme douce au toucher et ne prend qu’un poli gras.
La pierre-de lard, dont les Chinois font un si grand nombre de n tagots, est de la même essence (pie cette pii rre craie d’ lis pagne : communément elle es1 blanche; cependant il s’en trouve aussi û autres couleurs, et particulièrement de couleur rose, v.c qui donne à ces figures l’apparence de la chair. Ces pierres-de-lard, suit de la Chine, soit d'Espagne ou des autres contrée? de. l’Europe, sont moins dures que les serpentines et les pierres ol la ires , et néanmoins ou peut les employer aux memes mages, et en faire des vases et de la vaisselle de cuisine (pii résiste au feu, s’y durcit , et ne s’imbibe pas d’eau; elles ne different , en un mol, des pierres ollaires que parce qu’elles sont plus tendres et moins colorées. M. boit, (pii a comparé celle pierre-de-lard de la Chine avec la craie d’Espagne, les pierres ollaires, et les serpentines, dit avec raison que « toutes ces pii rres sont de la meme essence. On y aperçoit souvent . quand on les rompt, des particules brillantes de talc ; l’air n’y cause d’autre changement que de les durcir un peu davantage ; si on les jette dans l’eau, i! s’y en imbibe un peu avec sifflement; mais elles ne s’\ dissolvent pas comme largile. . . La poudre de ces pierres forme avec l’eau une pâte qu’on peut jtélrir aisément. Suivant les dilléi eus degrés du feu auquel
on les expose , elles se durcissent jusqu’au point d’étinceler abondamment lorsqu’on les frappe contre l’acier, et elles prennent alors un beau poli celles blanchissent pour l’ordinaire à un feu découvert, et c’est par cette blancheur que la terre de la Chine l emporte si fort sur les autres especes; mais un feu renfermé la jaunit. L’espèce jaune de celte terre rougit au contraire, son rouge devient même vif; il en sort des étincelles, et son poli égale presque celui du jaspe : cela me fait soupçonner que ces tètes excellemment gravées, ces statues et ces autres monumens des anciens ouvriers , dont I art , la durée et la dureté font aujourd'hui l’admiration des nôtres, ne sont autre chose (pie des ouvrages faits avec des terres stéaiiques sur lesquelles on a pu travailler à souhait, et qui, avant acquis au feu la dureté des pierres, ont finalement été embellies de la polissure qui y subsiste encore.
<• En sculptant exactement cette terre crue, on en peut faire les plus excellens ouvrages des stagiaires, qui reçoivent ensuite au feu une parfaite dureté , qui sont susceptibles du pl us beau poli, et (pii résistent à toutes les causes de destruction.
« Mais surtout les chimistes peuvent s’en serv ir pour faire les fourneaux et les creusets les plus solides, et qui résistent admirablement au feu et à la vitrification. »
Tout ce que dit ici M. boit s’accorde parfaitement avec ce que j’ai pensé sur la naiiire et la dureté du jade, (pii , par son poli gras et par rendurcissement qu'il jnend au leu, doit être mis au nombre des pierres talqueu- «es; le.s sauvages de l'Amérique n’aiucient pu percer m graver le jaile s'il eut e.i la dureté (pie nous lui connoissons , et sans doute ils la lui oui donnée par le moyen du ieu.
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