est impossible de fondre la platine ou or
DE LA. PLATINE
c’est que cet alliage de fer et d’or , produit par un accident de nature, n’est pas, comme les métaux , d'une densité constante , mais d’une densité variable et réellement diffé-
blanc dans un crensel sans addition. Il résiste à un feu aussi vif et même plus fort que celui qui fond les meilleurs creusets.... Il fondroit beaucoup plus aisément sur les charbons, sans creuset; mais on ne peut le traiter ainsi, quand on n’en a pas une livre, et j’étois dans ce cas. Le phlogistique des charbons ne contribue en aucune manière à la fu» sion de ce inétat ; mais leur chaleur animée par le soufflet de forge est beaucoup plus forte que celle du creuset » ( Description de l’Or blanc, etc. , par M. Schoeffer, Journal étranger, mois de novembre 1757.) J’ai pensé sur cela comme M. Schoeffer, et j’ai cru que je viendrois h bout de fondre parfaitement la platine en la faisant passer à travers les charbons ardeus , et en assez grande quantité pour pouvoir la recueillir en fonte; M. de Morveau a bien voulu conduire cette opération en ma présence : pour cela nous avons fait construire , au mois d’aoùt dernier, 1781, une espèce de haut fourneau de treize pieds huit pouces de hauteur totale , divisé en quatre parties égales ; savoir, la partie inférieure de forme cylindrique, de vingt pouces de haut sur vingt pouces de diamètre, formée de trois dalles de pierre calcaire posées sur une pierre de même nature creusée légèrement en fond de chaudière : ce cylindre étoit percé, vers le bas, de trois ouvertures disposées aux sommets d’un triangle équilatéral inscrit; chacune de ces ouvertures étoit de huit pouces de longueur sur dix de hauteur, et défendue à l’extérieur par des murs en brique, à la manière des gardes-tirans des fours à porcelaine.
La seconde partie du fourneau , formée de dalles de même pierre , étoit en cône de douze pouces de hauieur, ayant au bas vingt pouces de diamètre et neuf pouces au dessus; les dalles de ces deux parties étoient entretenues par des cercles de fer.
La troisième partie, formant un tuyau de neuf pouces de diamètre et de cinq pieds de long , fut construite en brique.
U11 tuyau de tôle de neuf pouces de diamètre et six pieds de hauteur, placé sur le tuyau de brique, formoit la quatrième et dernière partie du fourneau. On avoit pratiqué une porte vers le bas pour la commodité du chargement.
Ce fourneau ainsi construit, on mit le feu vers les quatre heures du soir : il tira d’abord assez bien ; mais ayant été chargé de charbon jusqu’aux deux tiers du tuyau de brique , le feu s’éteignit . et 011 eut assez de peine à le rallumer et à faire descendre les charbons qui s’engorgeoient. L’humidité eut sans doute aussi quelque part à cet effet. Ce ne fut qu’à minuit que le tirage se rétablit ; on l’entretint jusqu'à huit heures du matin en chargeant de charbon à la hauteur de cinq pieds seulement, et bouchant alternativement un des tisarts pour augmenter l’activité des deux autres.
Alors on jeta dans ce fourneau treize onces de platine mêlée avec quatre livres de verre de bouteille pulvérisé et tamisé, et on continua de charger de charbon à la même hauteur de cinq pieds au dessus du fond.
Deux heures après on ajouta même quantité de platine et de verre pilé.
On aperçut vers le midi quelques scories à l’ouverture des tisarts : elles étoient d’un verre grossier, tenace, pâteux , et présentoient à leur surface des
Büffon. III.
renie suivant les circonstances , en sorte que telle platine est plus ou moins pesante que telle autre, tandis que, dans tout vrai métal, la densité est égale dans toutes les parties de sa substance.
M. de Morveau a reconnu , comme moi et
grains de platine non attaqués : on fit rejeter dans le fourneau toutes celles que l’on put tirer.
On essaya de boucher à la fois deux tisarts , et l’élévation de la flamme fit voir que le tirage en étoit réellement augmenté ; mais les cendres qui s'amonceloient au fond arrêtant le tirage, on prit le parti de faire jouer un très-gros soufflet en introduisant la buse dans un des tisarts , les autres bouchés , et pour tors on enleva le tuyau de tôle qui devenoit inutile.
On reconnut vers les cinq heures du soir que les cendres étoient diminuées ; les scories mieux fon dues contenoient une infinité de petits globules de platine : mais il ne fut pas possible d'obtenir un laitier assez fluide pour permettre la réunion des petits culots métalliques; on arrêta le feu à minuit.
Le fourneau ayant été ouvert après deux jours de refroidissement, on trouva sur le fond une masse de scories grossières, formées des cendres vitrifiées et de quelques matières étrangères portées avec le charbon ; la platine y étoit disséminée en globules de différentes grosseurs, quelques-uns du poids de vingt-cinq à trente grains , tous très-atti râbles à l’aimant : on observa dans quelques parties des scories une espèce de cristallisation en rayons divergens, comme l’asbeste ou l’hématite striée. La chaleur avoit été si violente, que, dans tout le pourtour intérieur, la pierre du fourneau étoit complètement calcinée de trois pouces et demi d’épaisseur, et même entamée en quelques endroits par la vitrification.
Les scories pulvérisées furent débarrassées , par un lavage en grande eau, de toutes les parties de chaux et même d’une portion de la terre. On mit toute la matière restante dans un très grand creuset de plomb noir, avec une addition de six livres d’alcali extemporané ; ce creuset fut placé devant les soufflets d’une chaufferie; en moins de six heures le creuset fut percé du côté du vent ; et il fallut arrêter le feu, parce que la matière qui en sortait couloit au devant des soufflets.
On reconnut le lendemain, à l’ouverture du creuset, que la masse vitreuse qui avoit coulé, et qui étoit encore attachée au creuset, tenoit une quantité de pelits culots de platine du poids de soixante à quatre-vingts grauis chacun, et qui étoient formés de globules refondus ; ces culots étoient de même très-magnétiques , et plusieurs présentoient à leur surface des élémens de cristallisation. Le reste de la platine étoit à peine agglutiné.
O11 pulvérisa grossièrement toute la masse; et en y promenant le barreau aimanté, on en retira près de onze onces de platine, tant en globules qu’en poussière métallique. Cette expérience fut faite aux forges de Ruffon , et en même temps nous répétâmes dans mon laboratoire de Montbard l’expérience de la platine malléable : on fit dissoudre un globule de platine dans l’eau régale; on précipita la dissolution par le sel ammoniac ; le précipité , mis dans un creuset au feu d’une petite forge , fut promptement revivifié, quoique sans fusion complète. Il s’étendit très-bien sous le marteau , et les parcelles atténuées et divisées dans le mortier d’agate se trouvèrent encore sensibles à l’aimant.
Minéraux.
avec moi , que la platine est en elle-même magnétique, indépendamment du sablon ferrugineux dont elle est extérieurement mêlée et quelquefois environnée. Comme cette observation a été contredite, et que M. Schaeffer a prétendu qu’eu faisant seulement rougir la platine elle cessoit d’être attirable à l’aimant; que d’autres chimistes en grand nombre ont dit qu’a près la fonte elle éloit absolument insensible à l’action magnétique, nous ne pouvons nous dispenser de prcseiifer ici le résultat des expériences et les faits relatifs à ces assertions.
MM. Macquer et Raumé assurent avoir reconnu « qu’en poussant à un très - graiid feu pendant cinquante heures la coupellation de la platine , elle a voit perdu de son poids; ce qui proitve que tout le plomb avoil passé à la coupelle avec quelque matière qu’il avoit enlevée , d’autant que cette platine passée à cette forte épreuve de coupelle étoit devenue assez ductile pour s’étendre sous le marteau. » Mais s’il éloit bien constant que la platine perdit de son poids à la coupellation, et qu’elle en perdît d’autant plus que le feu est plus violent et plus long-temps continué, cette coupellation de cinquante heures n’éloit encore qu'imparfaite, et n’a pas réduit la platine à son état de pureté. <■< On n’étoit pas encore parvenu , dit avec raison M. de Morveau , à achever la coupellation de la platine , lorsque nous avons fait Voir qu’il étoit possible de la rendre complète au moyen d’un feu de la dernière violence. M. de Ruffon a donné le detail de ces expériences qui ont fourni un bouton de platine pure, et absolument privé de plomb et de tout ce qu’il auroit pu scorifier; et il faut observer que cette platine manifesta encore un peu de sensibilité à l’action du barreau aimanté lorsqu’elle fut réduite en poudre; ce qui annonce que cette propriété lui est essentielle, puisqu’elle ne peut dépendre ici de l’alliage d’un fer étranger. » Ou ne doit donc pas regarder la platine comme un métal pur, simple, et pariait, püisqu’én la purifiant autant qu’il est possible , elle contient toujours des parties de fer qui la rendent sensible à l’aimant. M. de Morveau a fondu la platine , sans addition d’aucune matière métallique, par un fondant composé de huit parties de verre pulvérisé, d’une partie de borax calciné, et d’une demi -partie de poussière de charbon. Ce fondant vitreux et salin fond également les mines de fer et celles de tous les autres métaux; et après cette fusion, où il n’entre ni fer ni aucun autre métal , la platine broy ée dans un mor-
tier d’agate étoit encore attirable à l’aimant. Ce même habile chimiste est le premier qui soit venu à bdtil d’allier la platine avec le fer forgé, au moyeu du fondant que nous venons d’indiquer ; cet alliage du fer forgé avec la platine est d’une extrême dureté ; il reçoit un très -beau poli qui ne se ternit point à l’air, et ce seroit la manière la plus propre de toutes de faire des miroirs de télescope.
Je pourrois rapporter ici les autres expériences par lesquelles M. de Morveau s’est assuré que le fer existe toujours dans la platine la plus purifiée ; on les lira avec satisfaction dans son excellent ouvrage 1 : on y trouvera, entre autres choses utiles, l’indication d’un moyen sur et facile de reeonnoitre si l'or a été falsifié par le mélange de la platine; il suffit pour cela de faire' dissoudre dans l’eau régale une portion de cet or suspect , et d’y jeter quelques gouttes d’une dissolution de sel ammoniac; il n’y aura aucun précipité si l’ôr est pur, et au contraire il se fera un précipité d’un bedù jaune s’il est mêlé de platine ; on doit seulement avoir attention de ne pas etendre la dissolution dans beaucoup d’eau. C’est en traitant le précipité de la platine par une dissolution concentrée de sel ammoniac, et en lui faisant subir un feu de la dernière violence, qu’on peut la rendre assez ductile pour s’étendre sous le marteau; mais dans cet état de plus grande pureté, loisqu’on la réduit en poudre, elle est encore attirable à l’aimant. La platine est donc toujours mêlée de fer, et dès lors on ne doit pas la regarder comme un métal simple : cette vérité , déjà bien constatée , se confirmera encore par toutes les expériences qu’on voudra tenter pour s’en assurer. M. Margraff a précipité la platihe par plusieurs substances métalliques; aucune de ces précipitations ne lui a donné la platine en étal de métal, mars toujours sous la forme d’une poudre brune : ce fait n'est pas le moins important de tous les faits qui mettent ce minéral hors de la classe des métaux simples.
M. Lewis assure que l’arsenic dissout aisément la platine; M. de Morveau, plus exact dans ses expériences , a reconnu que cette dissolution n étoit qu’imparfaite, et que l’arsenic corrodoit plutôt qu’il ne dissolvoit la platine, et, de tous les essais qu’il a faits sur ces deux minéraux joints ensemble , il conclut qu’il y a entre eux une très-grande affinité ; « ce qui ajoute, dit-il, aux faits qui
i. É/émens de Chimie .
DE LA PLATITfE.
établissent déjà tant de rapports entre la platine et le fer. » Mais ce dernier fait ajoute aussi un degré de probabilité à mon idée sur (‘existence d’une petite quantité d’arsenic dans cette substance composée de fëret d’or.
A tous ces faits qui me semblent démontrer que la platine n’est point un métal pur et simple, mais un mélange de fer et d’or tous detlx altérés, dans lequel ces deux métaux sortt intimement unis, je dois ajouter Une observation qui ne peut que lés confirmer : il y a des mines de fer, tenant or et argent, qii’il est impossible, mêmeavec seize arties de plomb, de réduire en scories uides; elles sont toujours pâteuses et filantes, et par conséquent l’or et l’argent qu’elles contiennent ne peuvent s’en séparer que pour se joindre au plorhb. On trouve, en une infinité d’endroiis, dessables ferrugineux tenant de l’or : mais jusqu’à présent on n’a pu, par la fonte en grand, en séparer assez d’or pour payer les frais; le fer qui se ressuscite retient l’or, ou bien l’or reste dans les scories *. Cette union intime de 1 or avec le fer dans ces sablons ferrugineux, qui tous sont très-magnétiques et semblables au sablon de la platine, indique que cette même union peut bien être encore plus forte dans la platine où l’or a souffert, par quelques vapeurs arsenicales, une altération qui l’a privé dè sa ductilité ; et cette union est d’autant plus difficile à rompre, que ni lun ni l’autre dè ces métaux n'existent dans la platine en leur état de nature , puisque tous deux y sont dénués de la plupart de leürs propriétés métalliques.
« Toutes les expériences que j’ai faites sur la platine, m’écrit M. Tillet, me conduisent à croire qu’elle n’est point un métal sirfiple, que le fer y domine, mais qu 'elle ne contient point cT or. » Quelque confiance que j’aie aux lumières de ce savant académicien, je ne puis me persuader que la partie dense de la platine ne soit pas essentiellement de l’or, mais de l’or altéré, et auquel notre art n’a pu jusqu'à présent rendre sa première forme. Ne seroit-il pas plus qu’éiàhnant qu’il existât en deux seuls endroits du monde une
ï. T rai te de ta Fonte des mines de Schlutter, l. I , }>. i$3 et i 84. On doit néanmoins observer que le procédé indiqué par M. Hellot, d’après Sclilutier, n’esl peut-être pas le meilleur qu'on puisse employer pour tirer l’or et l’urgent du fer. M. de Grignon dit qu’il faut seorifier par le soufre, rafraîchir par le plomb, et coupeller ensuite; il assure que le sieur Vatrin a tiré de l’or du fer avec quelque bénéfice , et qu’il en a traité dans un an quarante milliers qui venoient des forges de M. de La Blouze eu Nivernttis « t Berri , d’une veine de mine de fer qui a cessé (te fournir de ce minéral aurifère.
matière aussi pesante que l’or, qui ne seroit pas de l’or, et que cette matière si dense qu’on voudroit supposer différente de l’or ne se trouvât néanmoins que dans des mines d’or? Je le répète, si la platine se trouvoit, comme les autres métaux, dans toutes les parties du monde, si elle se trouvoit en mines particulières et dans d’autres minesque celles d’or, je pourrois penser alors, avec M. Tillet, qu’elle ne contient point d’or, et qu’il existe en effet une autre matière à peu près aussi dense que l’or, dont elle seroit composée avec un mélange de fer ; et , dans ce cas, on pourroit la regarder comme un septième métal, surtout si l’on pouvoit parvenir à en séparer le fer ; mais, jusqu’à ce jour, tout me semble démontrer ce que j’ai osé avancer le premier, que ce minéral n’est point un métal simple, mais seulement un alliage de fer et d’or; il me paroi t même qu’on peut prouver, par un seul fait , que cette substance dense de la platine n’ést pas une matière particulière essentiellement différente de l’or, puisque le soufre, ou sa vapeur, agit sur tous les métaux, à l’exception de l’or, et que 11’agissant point du tout sur la platine, on doit en conclure que la substance dense de ce minéral est de même essence que celle de l’or; et l’on ne peut pas objecter que, par la même raison, la platine ne contienne pas du fer, sur lequel l’on sait que le soufre agit avec grande énergie, parcé qu’il faut toujours se souvenir que le fer contenu dans la platine n’est point dans soit état métallique, mais réduit en sablon magnétique, et que, dans cet état, le soufre ne l'attaque pas plus qu’il n’attaqué l’or.
M. le baron de Sicketigen, homme aussi recommandable par ses qualités personnelles et ses dignités que par ses grandes connoissances en chimie, a communiqué à l’Académie des Sciehcès, en 1778, les observations et les expériences qu'il avoit faites sur la platine, et je fais ici volontiers l’éloge dè son travail, quoique je ne sois pas d’accord avec Itii sur quelques points que nous atons probablement vus d’une manière différente: par exemple, il annonce, par son expérience 21 , que le nitreen fusion n'altère pas la platiné; je ne puis m’empêcher de lui faire observer que les expériences des autres chimistes, et en particulier celles de M. de Morveau, prouvent le contraire, puisque la platine, ainsi traitée, se laisse attaquer par l’acide vitrioliqne et par l’eau-forte.
L’expérience 22 de M. le baron de Sickengen paroît confirmer le soupçon que j’ai toujours eu , que la platine ne nous ar-
MINÉRAUX
rive pas telle qu’elle sort de la mine, mais seulement après avoir passé sous la meule, et très-probablement après avoir été soumise à l’amalgame; les globules de mercure que M. Schaeffer et M. le comte de Milly ont remarqués dans celle qu’ils traitoient viennent à l’appui de celte présomption, que ie crois fondée.
J'observerai , au sujet de l’expérience 55 de M. le baron de Sickengen , qu’elle avoit été faite auparavant, et publiée dans une lettre qui m’a été adressée par M. de Morveau , et qui est insérée dans le Journal de physique, tome VI, page 193. Ce que M. de Sickengen a fait de plus que M. de Morveau , c’est qu’ayant opéré sur une plus grande quantité de platine, il a pu former un barreau d’un culot plus gros que celui que M. de Morveau n’a pu étendre qu’eu une petite lame.
Je ne peux me dispenser de remarquer aussi que le principe posé pour servir de base aux conséquences de l’expérience 56 ne me paroît pas juste ; car un alliage, même fait par notre art, peut avoir ou acquérir des propriétés différentes dans les substances alliées, et par conséquent la platine pourroit s’allier au mercure sans qu’on pût en conclure qu’elle 11e contient pas de fer ; et même cette expérience 56 est peutêtre tout ce qu’il y a de plus fort pour prouver au moins l’impossibilité de priver la platine de tout fer, puisque cette platine revivifiée que l’on nous donne pour la plus pure, et qui éprouve une sorte de décomposition par le mercure, produit une poudre noire martiale attirable à l’aimant, et avec laquelle on peut faire le bleu de Prusse. Or, pour conclure, comme le fait l’illustre auteur (expérience 5g), que l’analyse n’a point de prise sur la platine, il auroit fallu répéter sur le produit de l’expérience 59 les épreuves sur le produit de l’expérience 56, et démontrer qu’il ne donnoit plus ni poudre noire , ni atomes magnétiques , ni bleu de Prusse; sans cela, le procédé qui fait l’amalgame à chaud n’est plus qu’un procédé approprié, qui ne décide de rien.
J’observe encore que l’expérience 64 donne un résultat qui est plus d’accord avec mon opinion qu’avec celle de l’auteur; car, par l’addition du mercure, le fer, comme la platine, se sépare en poudre noire, et cela seul suffit pour infirmer les conséquences qu'on voudroit tirer de cette expérience. Enfin , si nous rapprochons les aveux de cet habile chimiste, qui ne laisse pas de convenir «que la platine ne peut jamais être
privée de tout fer... qu’il n’est pas prouvé quelle soit homogène... qu’elle contient cinq treizièmes de fer qu’on peut retirer progressivement par des procédés très-compliqués... qu’enfin il fan», avant de rien décider, répéter sur la platine réduite toutes les expériences qu’il a faites sur la platine brute... » il nous paroît qu’il ne devoil pas prononcer contre ses propres présomptions, en assurant , comme il le fait , que la platine n’est pas un alliage , mais un métal simple.
M. Bowles , dans son Histoire naturelle de l’Espagne, a inséré les expériences et les observations qu’il étoit plus à portée que personne de faire sur cette matière, puisque le gouvernement lui avoit fait remettre une grande quantité de platine pour l’éprouver*, néanmoins il nous apprend peu de chose, et il attaque mon opinion par de petites raisons. En X753, dit-il, le ministre me fit livrer une quantité suffisante de platine, avec ordre de soumettre celte matière à mes expériences , et de donner mon avis sur le bon et le mauvais usage qu’on pourroit en faire. Cette platine qu’on me remit étoit accompagnée de la note suivante : <« Dans « l’évêclié de Popayan, suffragant de Lima, « il y a beaucoup de mines d’or, et une en- « tre autres nommée Choco; dans une partie « de la montagne se trouve en grande quan- « tité une espèce de sable que ceux du pays « appellent platine ou or blanc. » En examinant cette matière, je trouvai qu’elle étoit fort pesante et mêlée de quelques grains d’or couleur de suie.... Apres avoir séparé les grains d’or, j’ai trouvé que la platine étoit plus pesante que l’or à 20 karats ; en ayant fait battre quelques grains sous le marteau, je vis qu’ils setendoient de cinq ou six fois leur diamètre, et qu’ils restoient blancs comme l’argent ; mais les ayant envoyés à un batteur d’or, ils se brisèrent sous les pilons... Je voulus fondre cette platine à un feu très-violent; mais les grains ne firent que s’agglutiner... J’essayai de la dissoudre par les acides; le vitriolique et le nitreux ne l’attaquèrent point ; mais l’acide marin parut l’entamer ; et ayant versé une bonne dose de sel ammoniac sur cet acide, je vis toute la platine se précipiter en une matière couleur de brique : enfin, après un grand nombre d’expériences raisonnées , je suis parvenu à faire avec la platine du véritable bleu de Prusse. Ayant reconnu par ces mêmes expériences que la platine contenoit un peu de fer, et m’étant souvenu que, dans mes premières opérations, les grains de pla«
DE IA PLATINE. 09
tine exposés à un feu violent avoient contrarié entre eux une adhérence très-superficielle, puisqu’il ne falloit qu’un coup assez léger pour les séparer, je conclus que cette adhérence éloil l’effet de la fusion d’une couche déliée de fer qui les recouvroit, et que la substance métallique intérieure n’y avoit aucune part et ne contenoil point de fer. » Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de nous arrêter ici pour faire sentir le foible de ce raisonnement et le faux de la conséquence qu’en tire M. Bowles. Cependant il insiste; et, se munissant de l’autorité des chimistes qui ont regardé la platine comme un nouveau métal simple et parfaft, il argumente assez longuement contre moi. « Si la platine, dit-il, étoit un composé d’or et de fer, comme le dit M. de Buffon , elle devroit conserver toutes les propriétés qui résultent de cette composition, et cependant une foule d’expériences prouvent le contraire. » Cet habile naturaliste n’a pas fait attention que j’ai dit expressément que le fer et l’or de la platine n’étoient pas dans leur état ordinaire , comme dans un alliage artificiel; et s’il eût considéré sans préjugé ses propres expériences, il eût reconnu que toutes prouvent la présence et l’union intime du sablon ferrugineux et magnétique avec la platine, et qu’aucune ne peut démontrer le contraire. Au reste, comme les expériences de M. Bowles sont presque toutes les mêmes que celles des autres chimistes, et que je les ai e’x posées ci discutées ci-devant, je ne le suivrai plus loin que pour observer que , malgré ses objections contre mon opinion , il avoue néanmoins « que quoiqu’il soit persuadé que la platine est un métal s ni generis , et non pas un simple mélange d’or et de fer, il n’ose , malgré cela , prononcer affirmativement ni l’un ni l’autre, et que, quoique la platine ait des propriétés différentes de celles de tous les autres métaux connus, il sait trop combien nous sommes éloignés de connoître sa véritable nature. »
Au reste, M. Bowles termine ce chapitre sur la plaline par quelques observations intéressantes. « La platine, dit-il, que je dois au célèbre don Antonio de Ulloa , est une matière qui se rencontre dans des mines qui contiennent de l’or; elle est unie si étroitement avec ce métal qu’elle lui sert comme de matrice, et que ce n’est qu’avec beaucoup d’efforts et à grands coups qu’on parvient à les séparer; en sorte que si la platine abonde à un certain point dans une mine, on est forcé de l’abandonner, parce
que les frais et les travaux nécessaires pour faire la séparation des deux métaux absorberoient le profit.
« Les seules mines d’où l’on tire la platine sont celles de la Nouvelle-Grenade ; et enparticuliercellesde Choco et de Barbacoa sont les plus riches. Il est remarquable que cette matière ne se trouve dans aucune autre mine , soit du Pérou , soit du Chili , soit du Mexique. Au reste, la platine se trouve dans les susdites mines, non seulement en masse, mais aussi en grains séparés comme des grains de sable. Enfin il faut être réservé à tirer des conséquences trop générales des expériences qu’on auroit faites sur une pareille quantité de platine tirée d'un seul endroit de la mine ; expériences qui pourroient être démenties par d’autres expériences faites sur celles d’un autre endroit des mêmes mines.... Remarquant continue M. Bowles, que la platine contenoit du fer, et que le cobalt en contient aussi , qu’on trouve beaucoup de grains d’or de couleur de suie mêlées avec la platine, que celte espèce nouvelle de sable métallique est unique dans le monde , qu’elle se trouve en abondance dans une montagne aux environs d’une mine d’or , et qu’il y a beaucoup de volcans dans ce pays, je me suis persuadé que la montagne renferme du cobalt comme celle de la vallée de Gistan, dans les Pyrénées d’Aragon; que le feu d’un volcan aura fait évaporer l’arsenic et aura formé quelque chose de semblable au régule de cobalt ; que ce régule se fond et se mêle avec l’or, quoiqu’il contienne du fer, et que le feu appliqué pendant un grand nombre de siècles, privant la matière de sa fusibilité, aura formé ce sable
métallique que les grains d’or de forme
irrégulière et de couleur de suie sont aussi l’effet du feu d’un volcan lorsqu’il s’éteint; que les grains de platine qui contractent adhérence à cause de la couche légère de fei étendue à leur surface sont le résultat ae la décomposition du fer dans legrand nombre de siècles qui se sont écoulés depuis que le volcan s’est éteint, et que ceux qui n’ont point cette couche ferrugiueuse n’ont pas eu assez de temps depuis l’extinction du volcan pour l’acquérir. Cela paroîtra un songe à plusieurs; mais je suis le grand argument de M. de Buffon. » M. Bowles a raison de dire qu’il suit mon grand argument: cet argument consiste en effet en ce que la platine n’est point, comme les métaux , un produit primitif de la nature, mais une simple production accidentelle qui ne
MINÉRAUX
se trouve qu’en deux endroits dans le monde enlier; que cet accident, comme je l’ai dit, a été produit par le feu des volcans, et seulement sur des mines d’or mêlées de fer, tous deux dénaturés par l’action continuée d’un feu très-violent; qu’à ce mélange de fer et d’or il se sera joint quelques vapeurs arsenicales qui auront fait perdre à l’or sa ductilité, et que de ces combinaisons très-naturelles et cependant accidentelles, aura résulté la formation de la platine. Ces dernières observations de M. bowles, loin d’infirmer mon opinion, semblent au contraire la confirmer pleinement : car elles indiquent dans la platine non seulement le mélange du fer, mais la présence de l’arsenic; elles annoncent que la platiue d’un endroit n’est pas de même
qualité que celle d’un autre endroit; elles prouvent qu’elle se trouve en masse dans deux seules mines d'or, ou en grains et grenailles dans des montagnes toutes composées de sablon ferrugineux , et toujours près des mines ,d’or et dans des contrées volcanisées. La vérité de mon opinion me paroîl donc plus démontrée que jamais; el je suis convaincu que plus on fera de recherches sur l’iiistoire naturelle de la platine, et d’expériences sur sa substance, plus on reconnoitra qu’elle n’est point un métal simple ni d’une essence pure, mais un alliage de fer et d’or dénaturés, tant par la violence et la continuité d’un feu volcanique que par le mélange des vapeurs sulfureuses et arsenicales, qui auront ôté à ces métaux leur couleur et leur ductilité.
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