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DU COBALT

De tous les minéraux métalliques, le cobalt est peut-être celui dont la nature est la plus masquée, les caractères les plus ambigus, et l’essence la moins pure. Les mines dérobait, tres-différentes entre elles, n’offrent d’abord aucun caractère commun , et ce n’est qu’en les travaillant au feu qu’on peut les reconnoître par un effet très-remarquable, unique , el (pii consiste à donner aux émaux une belle couleur bleue. Ce n’est aussi que pour obtenir ce beau bleu que l’on recherche le cobalt; il n’a aucune autre propriété dont on puisse faire un usage utile, si ce n’est peut-être en l’alliant avec d'autres minéraux métalliques *. Ses mines sont assez rares et toujours chargées d’une grande quantité de matières étrangères; la plupart contiennent plus d’arsenic que de cobalt ; et dans toutes le fer est si intimement lié au cobalt, qu’on ne peut l’en séparer. Le bismuth se trouve aussi assez souvent interposé dans la substance de ces mines; on y a reconnu de l’or, de l’argent, du cuivre ; et quelquefois toutes ces matières et d’autres encore s’y trouvent mêlées ensemble , sans compter les pyrites qui sont aussi souvent intimement unies à la substance du cobalt. Le nombre de ces va-

i. M. Baume dit, dans sa Chimie expérimentale ,

avoir fait entrer le cobalt dans un alliage pour les

robinets de fontaine ; que cet alliage pouvoit se mouler parfaitement, et n’étoit sujet à aucune espèce de rouille.

riétés est donc si grand, non seulement dans les différentes mines de cobalt, mais aussi dans une seule et même mine, que les nomenclateurs en minéralogie ont cru devoir en faire plusieurs especes, et même en séparer absolument un autre minéral qui n’étoit pas rotinn avant le travail des mines de cobalt; ils ont donné le nom de nickel a à cette substance, qui diffère en effet du cobalt, quoiqu’elle ne se trouve qu’avec lui. Tous deux peuvent se réduire en lin régule dont les propriétés sont assez différentes pour qu’on puisse les regard< r connue deux différentes sortes de minéraux métalliques.

Le régule de cobalt n’alTecte guère de figure régulière i. * 3, et n’a pas de forme déterminée : ce régule est très-pesant, d’une couleur grise assez brillante, d’un tissu serré, d’une substance compacte et d’un grain fin; sa surface prend en peu de temps, par l’impression de l’air, une teinte rosacée ou couleur de fleur de pêcher ; il est assez dur, et n’est point du tout ductile : sa densité est néanmoins plus grande que celle de l’étain, du fer, et du cuivre; elle est à très-peu près

i. Cronstedt a donne le nom de nickel à cotte substance, parce qu’elle se trouvé dans les mines de cobalt, que les Allemands nomment kup fer-nickel. M. Bergman observe que quoiqu’on trouve fréquemment du cobalt natif, il est toujours uni au fer, à l’arsenic, et au nickel.

3. M. l’abbé Mongçz assure néanmoins avoir obtenu un régule de cobalt eu cristaux composés do faisceaux réguliers.

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égale à la densité de l’acier ». Ce régule du cobalt et celui du nickel sont, apres le bismuth, les plus pesantes des matières auxquelles on a donné le nom de demi-metaux ; et l’on auroil certainement mis le bismuth, le cobalt, et le nickel au rang des métaux, s’ils avoient eu de la ductilité : ce n’est qu’à cause de sa grande densité que l’on a placé le mercure avec les métaux, et parce qu’on a en même temps supposé que sa fluidité pouvoit être considérée comme l’extrême de la ductilité.

Les minières de cobalt s’annoncent par des efflorescences à la surface du terrain; ces efflorescences sont ordinairement rougeâtres, et assez souvent disposées en étoiles ou en rayons divergens, qui quelquefois se croisent. Nous donnerons ici l’indication du petit, nombre de ces mines que nos observateurs ont reconnues en France et dans les Pyrénées aux confins de l’Espagne : mais c’est dans la Saxe et dans quelques autres provinces de l’Aile magne qu’on a commencé à travailler et que l’on travaille encore avec succès et profit les mines de cobalt; et ce sont les minéralogistes allemands qui nous ont donné le plus de lumières sur les propriétés de ce minéral et sur la manière dont on doit le traiter.

Le premier et le plus sûr des indices extérieurs qui peuvent annoncer une mine prochaine de cobalt est donc une efflorescence minérale, couleur de rose, déstructuré radiée, à laquelle on a donné le nom de fleurs de cobalt ; quelquefois cette matière n’est point en forme de fleurs rouges, mais en poudre et d’une couleur plus pâle. Riais le signe le plus certain et par lequel on pourra reconnoitre le véritable cobalt est la terre bleue qui l’accompagne quelquefois; et an défaut de cet indice, ce sera la couleur bleue qu’il donne lorsqu’il est réduit en verre; car, si la mine (pii paroit être de cobalt se convertit en verre noir, ce ne sera que de la pyrite; si le verre est d’une couleur rousse, ce sera de la mine de cuivre, au lieu (pie la mine de cobalt donnera toujours un verre bleu de saphir : c’est probablement par cette ressemblance à la couleur de saphir, qu’on a donné à ce verre bleu de cobalt le norn de saphre ou safre. Au reste, on a aussi appelé safre la chaux de cobalt qui est en poudre rougeâtre et qui ne provient que de la calci-

i. T. a pesanteur spécifique du régule de cobalt est de 78119; celle du régule de nickel , de 78070 ; et la pesanteur spécifique de l’acier écroui et treuipé est de 78(80; celle du fer forgé n’est que de 77880.

nation de la mine de cobalt; le safre qni est dans le commerce est toujours mêlé de sable quartzeux qu’ori ajoute en fraude pour en augmenter la quantité, et ce safre ou chaux rougeâtre de. cobalt donne aussi par la fusion le même bien que le verre de cobalt, et c’est à ce verre bleu de safre que l’on donne le nom de smalt.

Pour obtenir ce verre avec sa belle couleur , on fait griller la mine de cobalt dans un fourneau où la flamme est réverbérée sur la matière minérale réduite en poudre, ou du moins concassée : ce fourneau doit être surmonté de cheminées tortueuses dans lesquelles les vapeurs qui s’élèvent puissent être retenues en s’attachant à leurs parois; ces vapeurs s’y condensent en effet , et s’y accumulent en grande quantité spqs la forme d’une poudre blanchâtre, que l’on détache en la raclant ; cette poudre est de l’arsenic, dont les mines de cobalt sont toujours mêlées; elles en fournissent en si grande quantité par la simple torréfaction , que tout l’arsenic blanc qui est dans le commerce vient des fourneaux où l’on grille des mines de cobalt, et c’est le premier produit qu’on en tire.

La matière calcinée qui reste dans le fourneau après l’entière sublimation des vapeurs arsenicales est une chaux trop réfractaire pour être fondue seule; il faut y ajouter du sable vitrescible, ou du quartz, qu’on aura fait auparavant torréfier pour les pulvériser; sur une partie de chaux de cobalt, on met ordinairement deux ou trois parties de cette poudre vitreuse, à laqu’elle on ajoute une partie de salin pour accélérer la fusion ; ce mélange se met dans de grands creusets placés dans le fourneau , et , pendant les dix ou douze heures de feu qui sont nécessaires pour la vitrification, on remue souvent la matière pour en rendre le mélange plus égal et plus intime; et lorsqu’elle est entièrement et parfaitement fondue, on la prend tout ardente et liquide avec des cuillers de fer, et on la jette dans un cuvier plein d’eau, où se refroidissant subitement elle n’acquiert pas autant de durée qu’à l’air, et devient plus aisée à pulvériser ; elle forme néanmoins des masses solides qu’il faut broyer sous les pilons d’un bocard , et faire ensuite passer sous une meule pour la réduire enfin en poudre très- fine et bien lavée, qui est alors du plus beau bleu d’azur, et toute préparée pour entrer dans les émaux.

Comme les mines de cobalt sont fort mélangées et très - différentes les unes des

MINÉRAUX

autres , et que l’on donne vulgairement le nom de cobalt à toute mine mêlée de matières nuisibles r, et surtout d’arsenic, on est forcé de les essayer pour les reconnoître et s’assurer si elles contiennent en effet le vrai cobalt qui donne au verre le beau bleu. Il faut dans ces essais rendre les scories fort fluides et très-nettes, pour juger de l’intensité de la couleur bleue que fournit la mine convertie d’abord en chaux et ensuite en verre ; on doit donc commencer par la griller et calciner , pour la mettre dans l’état de chaux. Il se trouve, à la vérité, quelques morceaux de minerai où le cobalt est assez pur pour n’avoir pas besoin d’ètre grillé, et qui donnent leur bleu sans cette préparation ; mais ces morceaux sont très -rares, et communément le minerai de cobalt se trouve mêlé d’une plus ou moins grande quantité d’arsenic qu’il faut enlever par la sublimation. Cette opération, quoique trèssimple, demande cependant quelques attentions ; car il arrive assez souvent que , par un feu de grillade trop fort , le minerai de cobalt perd quelques nuances de sa belle couleur bleue; et de même il arrive que ce minerai ne peut acquérir cette couleur , s’il n’a pas été assez grillé pour l’exalter; et ce point précis est difficile à saisir. Les unes de ces mines exigent beaucoup plus de temps et de feu que les autres : ce ne peut donc être que par des essais réitérés et faits avec soin que l’on peut s’assurer à peu près de la manière dont on doit traiter en grand telle ou telle mine particulière.

Dans quelques-unes on trouve une assez forte quantité d’argent, et même d’or, pour mériter un travail particulier, par lequel on en extrait ces métaux. Il faut pour cela ne calciner d’abord la mine de cobalt qu'à un feu modéré; s’il étoit violent, l’arsenic qui s’en dégageroit brusquement emporteroit avec lui une partie de l’argent et de l’or , lequel ne s’y trouve qu’allié avec l’argent.

Mais ces mines de cobalt qui contiennent une assez grande quantité de cet argent mêlé d’or pour mériter d’être ainsi travaillées sont très-nres en comparaison de celles qui ne sont mêlées que d’arsenic , de fer ,

t. La langue allemande a même attaché au mot de cobalt ou cobolt l’idée d’un esprit souterrain , malfaisant, et malin, qui se plaît à effrayer et à tourmenter les mineurs ; et comme le minerai de cobalt, à raison de l’arsenic qu’il contient , ronge les pieds et les mains des ouvriers qui le travailllent , on a appelé en général cobalt? les mines dont l’arsenic fait la partie dominante. ( Mémoire sur le cobalt, par M. Saur, dans ceux des Savons étrangers , tome I.)

et de bismuth ; et avant de faire des essais qui ne laissent pas d être coûteux , il faut tâcher de reconnoître les vraies mines de cobalt, et de les distinguer de celles qui ne sont tpie des minerais d’arsenic, de fer, etc.; et si l’on ne peut s’en fier à cette connoissance d’inspection, il ne faut faire que des essais en petit , sur lesquels néanmoins on ne peut pas absolument compter; car, dans la même mine de cobalt , certaines parties du minéral sont souvent très-différentes les unes des autres, et ne contiennent quelquefois qu’une si petite quantité de cobalt, qu’on ne peut en faire usage 2.

La substance du cobalt est plus fixe au feu que celle des demi -métaux, même que celle du fer et des autres métaux imparfaits : aussi vient-on à bout de les séparer du cobalt en les sublimant et en les volatilisant par des feux de grillage réitérés. La fixité de cette substance approche de la fixité de l’or et de l’argent ; car le régule de cobalt n'entre pas dans les pores de la coupelle, en sorte que si l’on expose à l’action du feu sur une coupelle un mélange de plomb et de cobalt , le plomb seul pénètre les pores de la coupelle en se vitrifiant , tandis que le cobalt réduit en scories reste sur la coupelle, ou est rejeté sur ses bords ; ces scories de cobalt étant ensuite fondues avec des matières vitreuses donnent le bleu qu’on nomme sa/re; et lorsqu’on les mêle à parties égales avec l'alcali et le sable vitrescible, elles donnent l’émail bleu qu’on appelle smâlt.

Le régule de cobalt peut s’allier avec la plupart des substances métalliques; il s’unit intimement avec l’or et le cuivre, qu’il rend aigres et cassans : on ne l’allie que difficilement avec l’argent, le plomb, et même avec l’arsenic, quoique ce sel métallique se trouve toujours mêlé par sa nature dans la mine de cobalt. Il en est de même du bismuth, qui se refuse à toute union avec le régule de cobalt ; et quoiqu’on trouve souvent le bismuth mêlé dans les mines de cobalt, il ne lui est point uni d’une manière intime, mais simplement interposé dans la mine de cobalt sans la pénétrer; et au contraire lorsque le cobalt est une fois joint au soufre par linlermède des alcalis, son union avec le bismuth est si intime, qu’on ne peut les

2. Une manière courte d’éprouver si une mine de cobalt fournira de beau bleu, c’est de la fondre dans un creuset avec deux ou trois fois son poids de borax , qui deviendra d’un beau bleu si le cobalt est de bonne qualité. "Voyez V Encyclopédie , article Cobalt.

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