PIERRE MEULIÈRE
trouvée qu’en petite quantité , et da s lesquelles la substance vitreuse étoit pure ou très-peu mélangée, n’onl aussi que peu ou point de trous, et ne forment pour ainsi dire qu’une grande pierre à fusil continue, et semblable aux agates imparfaites qui se trouvent quelquefois disposées par lits horizontaux d’une assez grande étendue; et ces pierres dont la masse est pleine et sans trous ne peuvent être employées pour moudre les grains, parce qu'il faut des vides dans le plein de la masse pour que le frottement s’exerce avec force, et que le grain puisse être divisé et moulu, et non pas simplement écrasé ou écarlié : aussi rejette-t-on, dans le choix de ces pierres, celles qui sont sans cavités , e! l’on ne faille en meules que celles qui présentent des trous; plus ils sont multipliés, mieux la pierre convient à l’usage auquel on la destine.
Ces pierres meulières ne se trouvent pas en grandes couches, comme les bancs de pierres calcaires , ni même en lits aussi étendus que ceux des pierres à plâtre; elles ne se présentent qu’en petits amas, et forment des masses de quelques toises de diamètre sur dix ou tout au plus vingt pieds d’épaisseur; et l’on a observé, dans tous les lieux où se trouvent ces pierres meulières , que leur amas ou monceau porte immédiatement sur la glaise, et qu’il est surmonté de plusieurs couches d’un sable qui permet à l’eau de s’infiltrer et de déposer sur la glaise les sucs vitreux et calcaires dont elle s’est chargée en les traversant. Ces pierres ne sont donc que de seconde et même de troisième formation ; car elles ne sont composées que de particules vitreuses et calcaires que l’eau détache des couches supérieures de sables et graviers, en les traversant par une longue et lente stillation dans toute leur épaisseur ; ces sucs pierreux , déposés sur la glaise qu’ils ne peuvent pénétrer, se solidifient à mesure que l’eau s’écoule ou s’exhale, et ils forment une masse concrète en lits horizontaux sur la glaise : ces lits sont séparés, comme dans les pierres calcaires de dernière formation, par une espèce de bousin ou pierre imparfaite, tendre, et pulvérulente; et les lits de bonne pierre meulière ont depuis un jusqu à trois pieds d’épaisseur; souvent il n’y en a que quatre ou cinq bancs les uns sur les autres , toujours séparés par un lit de bousin , et l’on ne commit en France que la carrière de La Ferté-sous-Jouarre dans laquelle les lits de pierre menliere soient en pius grand nombre. Mais partout ces petites carrières sont circonscrites , isolées , sans
appendice ni continuité avec les pierres adjacentes ; ce sont des amas particuliers qui ne se sont faits que dans certains endroits où des sables vitreux, mêlés de terres calcaires ou limoneuses, ont été accumulés et déposés immédiatement sur la glaise, qui a retenu les stillations de l’eau chargée de ces molécules pierreuses : aussi ces carrières de pierre meulière sont-elles assez rares et ne sont jamais fort étendues, quoiqu’on trouve en une infinité d’endroits des morceaux et des petits blocs de ces mêmes pierres dispersés dans les sables qui portent sur la glaise.
Au reste , il n’y a dans la pierre meulière qu’une assez petite quantité de matière calcaire, car cette pierre ne fait point effervescence avec les acides : ainsi la substance vitreuse recouvre et défend la matière calcaire, qui néanmoins existe dans cette pierre et qu’on en peut tirer par le lavage, comme l’a fait M. Geoffroy. Cette pierre n’est qu’un agrégat de pierres à fusil réunies par un ciment plus vitreux que calcaire; les petites cavités qui s’y trouvent proviennent non seulement des intervalles que ce ciment laisse entre les pierres à fusil , mais aussi des trous dont ces pierres sont elles-mêmes percées. En général, la plupart des pierres à fusil présentent des cavités, tant a leur surface que dans l’intérieur de leur masse, et ces cavités sont ordinairement remplies de craie; et c’est de cette même craie mêlée avec le suc \itreux qu’est composé le ciment qui réunit les pierres à fusil dans la pierre meulière.
Ces pierres meulières ne se trouvent pas dans les montagnes et collines calcaires ; elles ne portent point d’impressions de coquilles; leur structure ne présente qu’un amas de stalactites lamelleuses de pierres à fusil, ou de congélations fistuleuses des molécules de grès et d’autres sables vitreux, et l’on pourroit comparer leur formation à celle des tufs calcaires , auxquels cette pierre meulière ressemble assez par sa texture : mais elle en différé essentiellement par sa substance. Ce n’est pas qu’il n’y ait aussi d’autres pierres dont on se sert faute de celle-ci pour moudre les grains. « La pierre de la carrière de Saint-Julien, diocese de Saint-Pons en Languedoc, qui fournil les meules de moulin à la plus grande partie de cette province, consiste, dit M. de Gensanne, en un banc de pierre calcaire parsemé d’un silex trèsdur . de l’épaisseur de quinze ou vingt pouces, et tout au plus de deux pieds; il se trouve à la profondeur de quinze pieds dans la
MINÉRAUX
terre, et est recouvert par un autre banc de roche calcaire simple qui a toute cette épaisseur, en sorte que, pour extraire les meules, on est obligé de couper et déblayer ce banc supérieur , qui est tres-dur , ce qui coûte un travail fort dispendieux. » On voit par celte indication que ces pierres calcaires parsemées de pierres à fusil, dont on se sert
en Languedoc pour moudre les grains , ne sont pas aussi bonnes et doivent s égrener plus aisément que les vraies pierres meulières , dans lesquelles il n’y a qu’une petite quantité de matière calcaire intimement mêlée avec le suc vitreux , et qui réunit les pierres à fusil dont la substance de cette pierre est presque entièrement composée.
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SPATHS FLUORS.
C’est le nom que M. Margraff a donné à ces spaths ; et comme ils sont composés de matière calcaire et de parties sulfureuses ou pyriteuses, nous les mettons à la suite des matières qui sont composées de substances calcaires mélangées avec d’autres substances : on auroit dû conserver à' ces spaths le nom de fluors, pour éviter la confusion qui résulte de la multiplicité des dénominations ; car on ies a appelés spaths pesans , spaths vitreux , spaths phosphoriques , et l’on a souvent appliqué les propriétés des spaths pesans à ces spaths fluors, quoique leur origine et leur essence soient très-différentes. Margraff luimême comprend sous la dénomination de spaths fusibles ces spaths fluors , qui ne sont point fusibles.
« 11 y a , dit-il, des spaths fusibles composés de lames groupées ensemble d’une manière singulière; ces lames n’ont aucune apparence , et leur couleur tire sur le blanc de lait : d’autres affectent une figure cubique ; ils sont plus ou moins transparens, et diversement colorés : on les connoît sous les noms de fluors , de fausses améthystes , eje fausses émeraudes , de fausses topazes ,
de fausses hyacinthes, etc lisse
trouvent ordinairement dans les filons des mines, et servent de matrice aux minéraux qu’ils renferment ; ils sont outre cela un peu plus durs que les spaths phosphoriques, c’est-à-dire que les spaths d’un blanc de lait* — Les spaths fusibles vitreux , c’est-àdire ceux qui affectent une figure cubique, soumis au feu jusqu’à l’incadescenee, jettent des étincelles dans l’obscurité; mais leur lueur est fort foible ; après quoi ils se divisent par petits éclats. Les spaths fusibles phosphoriques, soumis à la même chaleur, jettent une lumière très-vive et très-foncée ; ensuite ils se brisent en plusieurs morceaux qu’on a beaucoup plus de peine à réduire
en poudre que les éclats des spaths fusibles vitreux. » Les vrais spaths fluors sont donc désignés ici comme spaths fusibles et spaths vitreux , quoiqu’ils ne soient ni fusibles m vitreux ; et quoique cet habile chimiste semble les distinguer des spaths qu’il appelle phosphoriques , les différences ne sont pas assez marquées pour qu’on ne puisse les confondre, et il est à croire que ce qu’il appelle spath fusible vitreux et spath fusible phospfiorique se rapporte également aux spatns fluors, qui ne différent les uns des autres que par le plus ou moins de pureté : et en effet, deux de nos plus savans chimistes, MM. Sage et Demeste, ont dit expressément que les spaths vitreux, fusibles , ou phosphoriques, ne sont qu'une seule et même chose ; or ces spaths fluors , loin d’être fusibles, sont très-réfractaires au feu : mais il est vrai qu’ils ont la propriété d’être, comme le borax , des fondans très-actifs ; et c’est probablement à cause de cette propriété fondante qu’on leur a donné le nom de spaths fusibles : mais on ne voit pas pourquoi ils sont dénommés spaths vitreux fusibles , puisque de tous les spaths il n’y a que le seul feld spath qui soit en effet vitreux et fusible.
Quelques habiles chimistes ont confondu ces spaths fluors avec les spaths pesans, quoi que ces deux substances soient très-différentes par leur essence, et qu’elles ne se ressemblent que par de légères propriétés : les spaths fluors réduits en poudre prennent, par le feu , de la phosphorescence comme les spaths pesans ; mais ce caractère est équivoque, puisque les coquilles et autres matières calcaires réduites en poudre prennent, comme les spaths pesans et les spaths fluors, de la phosphorescence par l’action du feu : et si nous comparons toutes les autres propriétés des spaths pesans avec celles des
SPATHS FLUORS.
spaths fluors , nous verrons que leur essence n’est pas la même, et que leur origine est bien différente.
Les spaths pesans sont d’un tiers plus denses que les spaths fluors 1 , et cetle seule propriété essentielle démontre déjà que leurs substances sont très-différentes : M. Romé de l’Isle fait mention de quatre principales sortes de spaths fluors, dont les couleurs, la texture, et la forme de cristallisation, diffèrent beaucoup ; mais tous sont à peu près d’un tiers plus légers que les spaths pesans, qui d’ailleurs n’ont, comme les pierres précieuses, qu’une simple réfraction, et sont par conséquent homogènes, c’est-àdire également denses dans toutes leurs parties; tandis que les spaths fluors au contraire offrent , comme tous les autres cristaux vitreux ou calcaires, une double réfraction, et sont composés de différentes substances , ou du moins de couches alternatives de différente densité.
I,es spaths fluors sont dissolubles par les acides, même à froid, quoique d’abord il n’y ait que peu ou point d’effervercence , au lieu que les spaths pesans résistent constamment à leur action , soit à froid , soit à chaud : ils ne contiennent donc point de matière calcaire, et les spaths fluors en contiennent en assez grande quantité, puisqu’ils se dissolvent en entier par l’action des acides.
Ces spaths fluors sont plus durs que les spaths calcaires, mais pas assez pour étinceler sous le briquet , si ce n’est dans certains points où ils sont mêlés de quartz, et c’est par là qu’on les distingue aisément du feld-spath, qui, de tous les spaths, est le seul étincelant sous le choc de l’acier : mais ces spaths fluors diffèrent encore essentiellement du feld-spath par leur densité , qui est considérablement plus grande2, et par leur résistance au feu , auquel ils sont trèsréfractaires , au lieu que le feld-spath y est très-fusible; et d’ailleurs, quoiqu'on les ait dénommés spaths vitreux, parce que leur cassure ressemble à celle du verre, il est certain que leur substance est différente de celle du feld-spath et de tous les autres verres primitifs ; car l’un de nos plus habiles
i. La pesanteur spécifique du spath pesant , dit pierre de Bologne , est de 444°9 ! celte dn spath pesant octaèdre, de 447 12 » tandis qne celle do spath fluor d’Auvergne n’est que de 3og43 ; celle du spath fluor cubique violet, 31757 ; celle du spath fluor cubique blanc, 3i555. (Tables de M. Brisson.)
a. La pesanteur spécifique des spaths fluors est , comme l’on vient de le voir, de 3o à 3iooo; et celle du feld-spath n’est que de a5 à 16000.
minéralogistes, M. Monnet, a reconnu par l’expérience que ces spaths fluors sont principalement composés de soufre et de terre calcaire. M. de Morveau a vérifié les expériences de M. Monnet , qui consistent à dépouiller ces spaths de leur soufre. Leur terre dessoufrée présente les propriétés essentielles de la matière calcaire; car elle se réduit en chaux et fait effervescence avec les acides ; il n’est donc pas nécessaire de supposer dans ces spaths fluors, comme l’ont fait M. Bergman et plusieurs chimistes après lui, une terre de nalure particulière, différente de toutes les terres connues, puisqu’ils ne soni réellement composés que de terre calcaire mêlée de soufre.
M. Scheele avoit fait, avant M. Monnet, des expériences sur les spaths fluors blancs et colorés , et il remarque avec raison que ces spaths different essentiellement de la pierre de Bologne, ou spath pesant, ainsi que de l’albâtre et des pierres séléniteuses , qui sont phosphoriques lorsqu’elles ont été calcinées sur les charbons ; cet habile chimiste avoit en même temps cru reconnoître que ces spaths fluors sont composés d’une terre calcaire combinée, dit-il, avec un acide qui leur esi propre et qu’il ne désigne pas; il ajoute seulement que l’alun et le fer semblent n’être qu’accidentels à leur composition. Ainsi M. Monnet est le premier qui ait reconnu le soufre, c’est-à-dire l’acide vitriolique uni à la substance du feu , dans ces spaths fluors.
M. le docteur Demeste , que nous avous souvent eu occasion de citer avec éloge, a recueilli avec discernement et avec son attention ordinaire les principaux faits qui ont rapport à ces spaths, et je ne peux mieux terminer cet article qu’en les rapportant ici d’après lui. « La nature, dit -il, nous offre les spaths phosphoriques en masses plus ou mois considérables , tantôt informes et tantôt cristallisées ; ils sont plus ou moins transparens, pleins de fentes ou fêlures, et leurs couleurs sont si variées, qu’on les désigne ordinairement par le nom de la pierre précieuse colorée dont ils imitent la nuance J’ai vu beaucoup de
ces spaths informes près des alunières entre Civila-Vecchia et la Tolfa ; ils y servent de gangue à quelques filons de la mine de plomb sulfureuse connue sous le nom de galène : on les trouve fréquemment mêlés avec le quartz en Auvergne et dans les Vosges, et avec le spath calcaire dans les mines du comté de Derby en Angleterre.
«Quoique ces spaths phosphoriques, et
surtout ceux en masses informes, soient ordinairement fendillés, cela n’empêche pas qu’ils ne soient susceptibles d’un fort beau poli ; on en rencontre même des pièces assez considérables pour en pouvoir faire de petites tables, des urnes, et autres vases désignés sous les noms de prime d'émeraude, de prime d’améthyste, etc. M. Romé de l’isle a nommé albâtres vitreux ceux de ces spaths qui, formés par dépôts comme les albâtres calcaires, sont aussi nuancés par zones ou rubans de différentes couleurs, ainsi qu’on en voit dans l’albâtre oriental. Ces albâtres vitreux se trouvent en abondance dans certaines provinces d’Angleterre, et surtout dans le comté de Derby : ils sont panachés ou rubanés des plus vives couleurs, et surtout de différentes teintes d’améthystes sur un fond blanc ; mais ils sont toujours étonnés , et comme formés de pièces de rapport dont on voit les joints; ce qui est un effet de leur cristallisation rapide et confuse. J’en ai vu à Paris de très - belles pièces qui y avoient été apportées par M. Jacob t'orster On rencontre aussi quel-
quefois de ce même spath en stalactites coniques , et même en stalagmites ondulées :
mais il est beaucoup plus extraordinaire de le trouver cristallisé en groupes plus ou moins considérables, et dont les cubes ont quelquefois plus d’un pied de largeur sur huit à dix pouces de hauteur; ces cubes, tantôt entiers , tantôt tronqués aux angles ou dans leurs bords , varient beaucoup moins dans leur forme que les rhombes du spaih calcaire : en récompense, leur couleur est plus variée que celle des autres spaths; ils sont rarement d’un blanc mat : mais lorsqu’ils ne sont pas diaphanes ou couleur d’aigue-marine, ils sont jaunes, ou rougeâtres, ou violets, ou pourpres, ou roses, ou verts, et quelquefois du plus beau bleu. »
Il me reste seulement à observer que la terre calcaire étant la base de ces spaths fluors , j’ai cru devoir les rapporter aux pierres mélangées de matière calcaire, tandis que la pierre de Bologne et les autres spaths pesans, tirant leur origine de la terre végétale et ne contenant point de matière calcaire , doivent être mis au nombre des produits de la terre limoneuse , comme nous tâcherons de le prouver dans la suite de cet ouvrage.