CHAPITRE LV
Analogies «pêelftiwi 4m mouvement*
Les beaux esprits qui nous disent : îunioers est fait Sur ie inodèle de Pâme humaine ; ta même idée se réfléchit constamment du tôni dans chaque partie (Schelling, p. U). Nous diront-ils comment un cèdre ou une rave, qui font partie de ('univers, nous réfléchissent une idée de tout? quelle portion de l'univers est dépeinte dans un chou, un oignon, dans un chêne, un oranger?
Interrogeons d'abord les raves qui vont répandre des torrents de lumière et se montrer dignes du haat rang que leur assigne te morale. C'est une pépinière de belles analogies que la bourgeoise famille des raves et betteraves, carottes et panais, sâlsifi*, céleris et toutes racines qui nourrissent l'homme. Leur collection représente les coopérateurs du travail agricole : chacun de ces
légumes s'aHie avec la classe dont il est le portrait. La grosftb rave morale reste à la table des gros paysans dont elle eat l'image; le navet, moins rustique, est VemWènie du fermier huppé, traitant avec les grands; aussi le navet peut-il, moyennant de bons apprêts, figurer aux bonnes tables; la petite rave ronde peint Hiomme opulent qui , â la campagne, effleure l'agriculture, en prend une légère idée ; la petite rave, pivotante ou allongée, peint cet homme riche approfondissant le sujet, faisant son délassement de l'agronomie; tontes detîx, par analogie, figurent sans aucun apprêt aux tables de la classe riche dont elles dépeignent l'intervention superficielle en agriculture.
Ainsi chaque sorte de raves s'aocoîle avec ses pareilles : il en est de môme des autres racines : la carotte représente l'agronome raffiné, expérimenté, utile par tout; aussi est-elle un légume précieux , employé par la confiserie et la médecine, légume utile en tous sens, fournissant par sa feuille un fourrage salutaire, par la torréfaction un parfum de potage, etc.; le céleri, dans son acerbe saveur, dépeint les amours champêtres, les tendres paysans et paysannes se courtisant à grands coups de poing.
L'étude de l'analogie est à double fin, elle conduit à l'agréable et à l'utile. C'est pour nous une triste énigme que l'histoire naturelle, tant que nous ignorons les effets de passions dépeints hiéroglyphiquement dans chaque substance, comme je viens de les expliquer trop brièvement sur quelques légumes. Des fleurs peuvent nous plaire, mais elles ont plus de charme quand on connaît le sens de ces tableaux ; quand on apprend, par vingt détails explicatifs sur chaque fleur, que la rose peint la fille vierge et pudique ; l'œillet peint la fille pressée par le besoin d'amour ; l'hortensia peint la coquette; la scabieuse peint la prude; etc.
Ceci ne touche qu'à l'agréable ; il est un but bien autrement important dans la science de l'analogie, c'est de découvrir les propriétés cachées de toutes les substances des divers règnes; il faut toujours que le hasard vienne à notre secours pour nous indiquer leurs vertus occultes : pendant 3,000 ans le catë fut dédaigné dans les champs de Moka, jusqu'à ce que les chèvres, par leur ivresse, en eussent décelé la propriété. Il en serait de même encore du quina , du mercure et des autres antidotes, si le hasard ne nous eût enseigné leurs emplois curatifs.
Il s'agit donc de déterminer, par calcul général sur l'ensemble des règnes, toutes les propriétés des substances; nous connaîtrons
alors le remède aux maladies les plus rebelles à l'art, telles que goutte, rhumatisme, épilepsie, hydrophobie, etc. La théorie de l'analogie peut seule nous conduire à ce but. On demandera pourquoi je me suis borné sur ce sujet à des parcelles d'étude? C'est qu'il m'eût fallu, pour aborder la théorie générale, au moins trois années d'étude sur l'histoire naturelle , et je n'ai pas pu y donner ce temps. Je lègue au monde savant cette nouvelle science et tant d'autres dont je ne puis que livrer la clé, me bornant à la branche de l'attraction industrielle et du mécanisme sociétaire.
Pour aperçu d'analogie, en ce qui touche à l'utile, mettons en scène la betterave, illustrée dans le monde mercantile à qui elle a fait cadeau du faux sucre qui fait couler et gâter les confitures au bout de six mois. Cette plante va nous expliquer une des méthodes à suivre en recherches d'analogie, la règle du contact des extrêmes. »
Tout est lié en système de la nature ; les analogies se lient entre elles, et la connaissance de l'une conduit à d'autres. Si l'on avait su que la canne à sucre et sa liqueur sont emblèmes de l'unité sociétaire en industrie (unité composée alliant l'accord matériel et l'accord passionnel), on aurait cherché le contre-sucre, ou sucre simple et faux, dans un emblème de l'unité industrielle simple, de l'action combinée sans passion, telle qu'on la voit dans nos bagnes à nègres et à fabricants où le peuple, à force de tortures ou de privations, se soumet à une discipline d'industrie combinée. C'est arriver par excès de malheur à l'unité d'action, où l'on arrivera en harmonie par excès de bonheur. On trouve, dans ce contraste, un contact d? extrêmes.
Les réunions d'unité simple en culture doivent être dépeintes dans quelqu'un des végétaux hiéroglyphiques de la classe agricole : elles sont figurées par la betterave, fruit de sang, d'où on voit ruisseler le sang ; il est l'image de ces esclaves forcés à l'unité simple d'action, par les tortures. Ladite racine doit contenir la liqueur d'unité simple et fausse, le contre-sucre, fade, sans mordant, et qui, à dose double, sucre moins que celui de canne. C'est une caricature du vrai sucre, comme l'unité d'action matérielle, dans nos bagnes d'esclaves coloniaux, est une caricature de l'unité passionnée des travaux harmoniens, dont la force productive sera double et quadruple de celle des travaux civilisés.
Il faudrait appuyer ces analogies d'amples détails, d'abord sur
les feuilles des végétaux cités. La feuille crispée de la betterave dépeint le travail violenté des esclaves et ouvriers ; la feuille grotesque de la rave étale un massif supérieur dominant plusieurs follicules inférieures, c'est l'image du chef de famille villageoise qui s'adjuge tout le bénéfice, pour le bien de la morale ; il prend tout, et ne laisse rien aux enfants et valets. Dans la pomme de terre, qui peint le travail facile des groupes et séries passionnées, une feuille bien graduée et entrecoupée de follicules minimes peint l'assemblage des inégaux, et des enfants associés en travail avec les pères.
On vient de voir, au sujet du contre-sucre, que l'étude de l'analogie procède comme l'algèbre par des raisonnements et des comparaisons; et qu'appliquée à chaque substance, elle en déterminera les propriétés cachées, les antidotes naturels des maladies qui sont l'écueil de l'art, et les emplois utiles en divers genres.
Entre autres fruits à recueillir du calcul de l'analogie, on y trouvera la preuve théorique de l'immortalité de l'âme (ch. LVI), preuve dont on ne soupçonnait pas l'existence et qu'on ne songeait pas à chercher.
Pour encourager cette nouvelle science, à laquelle on devra tant de lumières et de charme, on accordera une récompense d'un sou par feuille publiant des analogies découvertes , pourvu qu'elles aient été contrôlées en jury provincial, et réduites à leur plus simple expression.
Ce prix d'un sou par feuille de \ 6 pages in 8°, rendra aux auteurs une somme d environ douze mille francs par ligne, tout au mbins. Celui qui aura pu fournir une page de 40 lignes, aura environ 500,000 francs de bénéfice; et celui qui aura fourni une feuille entière, huit millions de francs.
L'ouvrage, en totalité, pourra contenir quatre mille tomes égaux à celui-ci, et quatre cents tomes en abrégé restreint. Dans l'impatience de connaître les analogies, le globe les fera publier en abrégé, feuille par feuille, à mesure d'invention. Ce sera un moyen de favoriser les études; car tout étant lié dans cette science, dès qu'une feuille de \ 6 pages dévoilera une trentaine d'analogies nouvelles, chaque lecteur, homme ou femme, pourra en tirer parti dans l'exploration, et découvrir à son tour quelque analogie qui, admise pour J0 ou 20 lignes, lui vaudra 425 ou 250,000 francs. Je vous le demande, moralistes, cette nouvelle science, vraie, utile et belle, ne vaudra- Selle pas mieux que vos tristes doctri-
434 section vu. — svainfcsx généiulk du mouvement.
nos sur le mépris des richesses et l'amour du trafic, doctrines où tout est faux et impraticable?
Il existe plus d'un million d'analogies à déterminer. Dès qu'on en aura trouvé et publié seulement une collection de 500, tout seca entraîné; les naturalistes mêmes condamneront leur système, et proclameront l'insuffisance, la stérilité des classifications actuelles, toutes entachées du déiaut de swplism*, toutes classant des car ractères matériels sans faire mention des passionnels. Chacun se ralliera à L'analogie qui marie les deux classifications: j'en puis donner pour initiative une collection de 200 articles très-varié*; j'en aurais donné plus, de 2,000 si j'avais pu employer trois années exclusivement à l'étude de l'histoire naturelle, surtout des branr cbes négligées, ambigu, etc.
Dire qu'une science nouvelle, du contera d'en viroa 400 tomes, rendra aux auteurs douze mille franc* par li$ner e'est de qpej faire palpiter le coeur de tout barbouilleur do pépie* ; il se contenterait de gagner seulement douze sou$ par ligne. Observons que je parle ici des lignes de 4n apparition, lignes contrôlées at réduites par jury. Il faudra, sur ce profit gigantesque, une preuve bien exacte, bien arithmétique : elle se trouve plus loin, à l'Epilogue où je dois revenie sur l'analogie.
Ceux qui en désirent des aperçus inomssucdnûts^ peuvent consulter les articles Atomique m régnes animal et végétai (III, 212 à 240) ; Cosmogonie appliquée (M, 244 à 268).