ÉPILOGUE
coup sûr, cet oiseau représente quelqu'une des relations de paternité ? en effet, le serin est le petit enfant gâté, il veut vivre de friandises, de sucreries; les enfants gâtés ont un babil agréable, dépeint par ie gazouillement du serin i il est impérieux, furibond comme eux; il se fait bien servir et obéir ; aussi la nature lui a-t-elle placé la couronnesur la tête, par emblème de l'enfant gâté qui est roi dans le ménage, commandante père et mère, à sœurs et bonnes : tout fléchit sous sa loi.
Eludions de plus grands mystères, à l'aide de la couleur jaune raillée par les plaisants. Observons sur la tête du perroquet kakatoès, une bannière jaune en aigrette. Molière dirait que c'est la bannière du.. .. mariage, cela est vrai ; mais expliquons dans quel sens. Les perroquets sont f emblème des sophistes du monde philosophique ; par analogie, cet oiseau manie très-bien la parole, mais il n'a que du verbiage sans raison. Tels sont les brillants systèmes de la philosophie représentés par des variantes contrastées dans la distribution des couleurs dont le perroquet est chamarré : l'un a du jaune en sommet d'aile, et du rouge en pointe; l'autre a le rouge en sommité, le jaune en pointe; ainsi les sophistes, comme Epicure et Zenon, sont dans leurs dogmes la contre-partie l'un de l'autre. Sur quoi reposent iout teur échafaudage de systèmes ? Sur le régime de famille, sur ie morcellement par petits ménages coujagaux: toute la philosophie roule sur ce vicieux pivot, qui est l'antipode du régime sociétaire. Il faut, par analogie, que le perroquet pivotai, qui est le blanc, déploie la bannière jaune, emblème du groupe de paternité : ce groupe est la base de tous les systèmes sociaux conçus par la philosophie; aussi le perroquet banneret, le kakatoès est-il baignant dans le jaune qui colore toutes les plumes inférieures de son corps.
Ce serait un sujet fécond en analogies, que l'étude du perroquet; négligeons-la, puisqu'elle nous dévoilerait tous les côtés faibles des philosophes qui, préchant la tolérance et les charmes de la vérité, sont aussi peu enclins à pratiquer la tolérance, qu'à entendre la vérité sur leui ga\oir-faire.
C'est une étrange contradiction, chez les sophistes, que de poser en principe V unité et V analogie du système de la nature (Schelling, p. 14), et vouloir que les fanaux de direction fournis par la nature, comme la gamme septénaire des couleurs primitives, no soient analogues A RIEN! SI l'unité et l'analogie existent réellement, il faut bien que ce fanal primitif soit emblème de quelque chose ! De quoi donc, sinon des passions? Prétendra-t-on que cette gamme de couleurs primitives ne représente que des harmonies matérielles, comme les sept côtes combinées et la clavicule, les sept os du crâne et le frontal, les sept notes musicale» prononcées et la 8e d'écho ? C'est accumuler contre la philosophie quatre griefs d'ignorance ; car si la nature cumule ainsi les analogies en matériel, il faut, selon le principe d'unité, qu'elles se reproduisent en passionnel et qu'on sache déterminer, parmi les passions, une gamme de
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7 ressorts primordiaux, non compris les gammes secondaires par 12 en semi-tons, par 24 en majeur et mineur, pur 32 en transitions, etc., etc.
Abrégeons snr ces fastidieux principes, revenons à la pratique ; reprenons les détails d'analogie des couleurs; et passant du jaune au rouge, mettons en scène un charmant emblème, le chardonneret dont la tête •coiffée de rouge, baigne dans le rouge couleur de l'ambition, selon la ■gamme précédente. Cet oiseau est l'opposé du serin : son plumage grlstx>ueux, mais propre et lustré, indique une pauvreté industrieuse ; il dépeint l'enfant issu de parents pauvres, tenu sévèrement, élevé par «eux aux idées ambitieuses,, à la prétention de s'avancer. 11 est préoccupé de cette idée et, par analogie, son cerveau baigne dans le rouge, couleur de l'ambition. Son ramage, emblème de l'esprit cultivé, égale celui du serin, qui est le portrait de l'enfant riche et pourvu de bons maîtres. Ainsi, l'enfant pauvre et stimulé s'élèvera au même degré d'éducation et d'instruction que l'enfant opulent ; il saura dérober la science qu'on prodigue au riche ; et comme il ne parviendra à cette Instruction que par les secours de sa famille, la nature a empreint de jaune les pennes de son aile, pour indiquer que son élévation est due au soutien de sff famille, au groupe de paternité figuré par le jaune. Cet enfant pauvre ne s'épouvante pas des ronces de la science ; il surmonte les obstacles de l'étude, il deviendra habile jurisconsulte, fameux médecin. Par analogie, le chardonneret se plait sur le chardon, plante épineuse et sympathique avec la classe rustique habituée aux épines de l'industrie. C'est pour figurer ces rapports que la nature met en sympathie, sur le chardon, deux personnages constrastés : le chardonneret, emblème de l'enfant studieux issu du paysan, et l'àne, emblème du paysan, de son patois ou broiement risible, de sa nourriture chetive, de sa résignation aux mauvais traitements, et de sa sotte obstination dans les vicieuses méthodes.
Ici le chardon présente double analogie : une sensuelle, une spirituelle. Le paysan aime les liqueurs fortes , les mets piquants et les émotions violentes, comme l'aspect des supplices ; delà vient que l'âne, emblème du paysan, aime à se nourrir des piquants du chardon, et envisager un précipice effrayant.
C'est ainsi que, par entremise de l'analogie, les êtres les plus dédaignés, l'âne et le chardon, inspirent de l'intérêt. Ce que Boileau a dit de la mythologie s'applique mieux encore à l'analogie :
« Là pour nous enchanter, tout est mis en usage
» Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage. »
Sans l'analogie, la nature n'est qu'un vaste champ de ronces ; les 73 systèmes de la botanique ne sont que 73 tiges de chardon. Rousseau les a bien qualifiés de science rebutante, qui vient cracher du grec et
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du latin' au ne* de» dattiesl Dites aux dames, peur le* intéresser, qa* tel effet de passions est dépeint dans tel Végétal'; monfeez-lee* 1» variétés de l'amour dans l'iris, la tubéreuse, l'œillet, la hyacinthe, I*pèche, l'abricot, le pigeon et le coq, vous lesaiBOTcertx raietuc àl'étndfr qu'en leur débitant vus- légendes barbares, vesTronees' académique : T&AGOP&tiorf, MÊS«M»nrAfîtH«iyrOMi TttntiuafiUAj mobomn» drum. Joli concert pour attirer le beaneexe à l'étude!
Sansreeeurfr auffvégétau* brfltaite, aux bosquet* deCytbère, on peut dans les .plantes les plus* bourgeoises, dans le chou et l'oignon, expliquer des analogies très^graciouses; Essayons :
Le chou est emblème de l'amour mystérieux, de ses intrigues secrètesv masquées par centuple ruse, pour échapper aux argus et aux obstacle*. De même, le chou cache sa fleur sous les votles de cent feuilles emboîtées. Ses feuilles, bouîllonnées et ondoyantes, figurent les efforts astucieux d'amants obligés de cacher leur lien ; elles sont plutôt bleues que vertes, < parce que l'azur est1 la couleur de l'amour; l'arar domine dans la feuille dé l'oinièt qui peint la jeune-fille fatiguée par réplétion d'amour, privation d'amant.
Le chou-fleur qui est centre-partie du chou- dépeint la situation opposée; l'amonr sans obstacle, ni mystère ; les ébats de la jeunesse libre qui voltige de plaisir en plaisir; aussi- le chou-fleur est-il un océan de fleurs, image des charmes du bel' âge : sa feuille n'est, ni arurée, ni bouillonnée, parce que la jeunesse libre, formant des orgies, est peu amoureuse, n'a pas besoin de recourir aux astuces, comme la jeunesse entravée dont le chou est symbolique.
Le chou-fleur a comme certains végétaux un vice de fétidité; il infecte l'eau et le local où il cuit; l'artichaut lnfeete la main qui le cueille, et l'asperge infecte les urines. Dans ce vice commun aux 3 plantes, la nature' dépeint différents désordres de l'amour libre : observons ce< tableau dans le chou-fleur emblème du jeune homme à bonnes fortunée, . du séducteur en Vogue; de l'homme pouf qut les amours sont1 un ooéaa de fleurs. Un tel hbttime sème le trouble dans les familles, il n'est bruit que de femmes et Allés séduites par lut: delà les caquets, lea querelle* domestiques, les incidents fâcheux ; et par emblème le choufleur infecte l'élément symbolique delà famille, selon ce tableau :
Terre, Air, Arôme, Eau, X Feu,
Amitié, Ambition, Amour, Famille, lînîté.
On explique de même, par analogie aux désordres d'amour, les deux Infections que produisent l'asperge et l'artichaut ; mais ces sujets seraient trop obscènes : la tendre et simple nature est parfois trop êimpie, trop amie de l'auguste vérité. Parmi ses tableaux , il eu est beau* coup qui1 ne sont pas admissibles eh ; bonne aHttpag»ie$ et je nepofflfr* raie gueres expliquer* par écrit, les emWèmeérqoe fbttitafBeeitt. l'asperge
sur l'analogie. 46$
et l'artichaut, ton» deux hiéroglyphes de scandales amoarenx qui sont très-bien dépeints dan» leurs feuilles, leurs fruits et toutes leurs habitudes. On ne peut les expliquer qu'en comité d'hommes, tant le tableau est fidèle, surtout en y joignant les contreparties, comme le cardon* qui est l'opposé de l'artichaut : l'on représente la fille d'honneur, et l'autre la libertine.
Toutefois, les vérités crues de l'analogie «ont bien admissibles sur ce qui touche aux classes et* caractères subalternes. Qu'on explique, dan» la chèvre et le bouc, un tableau des mœurs vénales du peuple? en amour, cela n'offensera que des gens qui ne savent pas lire; quant' aux avares sordides, on ne craindra pas* de leur présenter un miroir dans le pourceau et le chêne, deux portraits d'avariée qui doivent se convenir et s'assembler, car ils sent le même tableau en diverses nuances $ aussi le fruit du chêne, le gland, n'est-il en affinité qu'aveele cochon.
L'analogie dissipera nos préjugés en politique, ainsi qu'en morale. Deux analyses de la ruche et du guêpier réduiront àr leur juste valeur nos préjugés sur les libertés administratives et les garanties * l'unité d'action est moulée dans la ruche, la duplicité dans le guêpier; ce sont deux analogies magnifiques.
Un vice des beaux esprits cfvHtoés, vice qui lésa égarés dans l'étude de la nature, est de ne pas rapporter tout aux convenances de l'homme. Selon ce principe, quels que soient les tableaux fournis par l'abeille et la guêpe, l'une dépeint le bien, puisqu'elle nous donne richesse composée, par le miel et la cire $ l'autre dépeint le mal, puisqu'elle donne pauvreté composée par son carton inutile et ses ravages. Telle est aussi l'araignée, image du commerce mensonger, du piège de libre concurrence.
Les analogies sont déjà très-séduisantes isolément, par la fidélité du pinceau de la nature. On vante le tableau du tartufe peint par Molière, . la fleur dite Amannte et le reptile nommé- Caméléon, sont des tableaux de l'hypocrisie plus parfaits encore. Pour en juger il faudrait une longue description de toutes les partie* de ces deux moulés»
Les analogies redoublent de charme quand elles sont présentées en contraste et en graduation. L'aigle et le vautour nous dépeignent deux autorités qui s'élèvent de fait au rang suprême, qui savent régner ; mais il est des princes qui se traînent, et sont incapables de régnerils ont pour emblèmes l'autruche, ou pauvre d'esprit, grand corps sans tête 5 et le dronte, image du sot orgueilleux, tête ignoble dont le cerveau ne produit qu'une crête ridicule et inutile à l'homme, ainsi que tout le corps de l'oiseau.
Pour faciliter l'étude de l'analogie, il faut assembler des galettes de portiaïtesur un même sujet: s'agit-il de l'auguste vérité, il faut étudier oombfaémeiit les emblèmes de vérité -, tels sont le cygne, la girafe, le cerf, le sapin, le cèdre, le lys, tous hiéroglyphes des différents