‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 113 sur 124 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

emplois de celte vérité si ingrate pour ceux qui la pratiquent. En •voyant son triste sort, dépeint dans ces divers animaux et végétaux, aucun civilisé ne sera tenté de pratiquer la vérité, quoi qu'en disent nos philosophes qui, cherchant à nous duper, ne veulent pas qu'on connaisse le sort fâcheux réservé aux amants de la vérité.

Les tableaux de nos passions deviennent très-gracieux lorsqu'on les étudie en détails comparatifs, comme serait une échelle des degrés de sotlise , de bel esprit et de bon esprit, représentés par les coiffures d'oiseaux : leurs huppes, crêtes, appendices, aigrettes, colliers, excroissances, et ornements de tête. L'oiseau étant l'être qui s'élève au-dessus des autres, c'est sur sa tête que la nature a placé les portraits des sortes d'esprit dont les têtes humaines sont meublées. Aigle, vautour, paon, dr«ate, perroquet, faisan, coq, pigeon, cygne, canard, oie, dinde, pintade, serin, chardonneret, etc., sont, quant à l'extérieur des têtes, le port/ait de l'intérieur des nôtres. L'analyse comparative de leurs coiffures fournit une galerie amusante, un tableau des divers genres d'esprit ou de sottise, dévolus à chacun des personnages dont ces oiseaux sont l'emblème.

L'aigle, Image des rois, n'a qu'une huppe chétive et fuyante en .sigae de la crainte qui agite l'esprit des monarques, obligés de s'entourer de gardes, et entourer leurs sujets d'espions pour échapper aux complots. Le faisan peint le mari jaloux tout préoccupé des risques d'infidélité et, pour s'en garantir, épuisant les ressorts de son esprit. Aussi voiton, du cerveau d'un faisan, jaillir en tout sens des plumes fuyantes. ( Le genre fuyant est symbole de crainte. ) On voit une direction contraire dans la huppe du pigeon, relevée audacieusement, peignant famant sûr d'être aimé, et dont l'esprit est libre d'inquiétude, ûer du succès.

Parmi les coiffures d'oiseau, la plus digne d'étude est celle du coq, emblème de l'homme du grand monde, l'homme à bonnes fortunes ; tnuis comme les analogies ne sont intéressantes que par opposition des contrastes, il faut, à côté du coq, décrire son moule opposé, le canard, emblème du mari ensorcelé qui ne voit que par les yeux de sa femme. La nature, en affligeant le canard mâle d'une extinction de voix, représente ces maris dociles qui n'ont pas le droit de répliquer quand leut femme a parlé; aussi le canard, lorsqu'il veut courtiser sa criarde feiaelle, se présente-t-il humblement, faisant des inflexions de tête et de genoux, comme un mari soumis, mais heureux, bercé d'illusions; en signe de quoi la tête du canard baigne dans le vert chatoyant, couleur de l'illusion.

Le coq dépeint le caractère opposé, l'homme courtois qui, sans maîtriser les femmes, sait tenir son rang avec elles ; c'est l'homme de éoa esprit} aussi la nature fait-elle jaillir de son cerveau la plus belle et fa plus précieuse des coiffures, une SÉRIE de chair belle et bonne,

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autant que celle du dronte est déplaisante et inutile, comme le sot orgueilleux qu'elle représente. Mais laissons ce joli Mijet, qui nous con duirait trop loin.

J'en al dit assez pour démontrer que le grimoire de l'analogie est enfin surpris; que la théorie de l'analogie et des causes en création va être pleinement dévoilée, sauf études : quœriie et invenietis.

Quant aux naturalistes actuels, bornés à observer des effets lorqu'ils chantent les beautés du grand livre de la nature, ne ressemblent-ils pas au sénateur aveugle qui fit l'amusement de la cour de Domitien P Dans le conseil sur l'apprêt du fameux turbot, ce sénateur avait le dos tourné au poisson, et ne le voyant pas, il s'extasiait sur sa beauté. Tels sont nos écrivains prônant les beautés du grand livre dont ils ne comprennent pas une ligne, pas même les hiéroglyphes les plus intelligibles, comme la chenille, emblème dégoûtant des 4 sociétés odieuses qui acheminent au mécanisme sociétaire ; elles sont représentées par les 4 sommeils de la chenille, i laquelle succède la chrysalide, emblème de l'état mixte ou garantisme, et le papillon emblème de l'harmonie sociétaire.

Si l'on échoue sur des tableaux si frappants, comment en expliquetait-on de plus difficiles, tels que le haricot et le pois représentant les Petites Hordes et les Petites Bandes ( Chap. XXI et XXII ), corporations bien inconnues de nos moralistes ! S'ils veulent enfin s'initier au grimoire de la nature, il faut faire trêve d'orgueil académique, et se réfoudre à l'étude facile des passions et de l'analogie ; le premier qui sut* vra cette marche entraînera tout. Quel affront pour ces savants d être réduits à prêcher l'obscurantisme, comme Gicéron : latent ista omnia crassis occultata et circumfusa tenebris, etc., et de ne rien comprendre aux tableaux de choses dont ils s'occupent chaque jour, pas même aux portraits de leur cheval de bataille, de leur auguste vérité, peinte dans r le cygne et la girafe, qui figurent la vérité inutile, dont on n'emploie , que l'enveloppe ; et dans le cerf figurant la vérité poursuivie par les grands et l'administration ( par l'homme et le chien) ! »*

Pour essayer de rallier un noyau de savants à l'étude de la nature et des causes en création, je publierai prochainement un volume d'Initiative, intitulé : première centaine d'analogies, que je choisirai parmi les plus amusantes, les plus propres à faire goûter cette nouvelle aclence, qui seule peut répandre du charme sur l'étude de la nature, donner à chaque animal ou végétal ou minéral, un corps, une âme, un esprit, un visage.

Venons au but de cet acticle, au débit qu'obtiendront les feuilles abréviatives des analogies découvertes. Lorsque la science aura été exposée dans un bon traité, appuyée d'un millier de tableaux intéressants par des descriptions complètes, et non par des croquis parcellaires, comme j'en ai donné sur la rave et le perroquet, la vente des feuilles a 3 sous, y compris le sou de bénéfice alloue, sera au moins de mille

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