‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 117 sur 124 · I. OANBZDATUBJB SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

I. OANBZDATUBJB SPÉCULATIVE

Il faut se garder de compter pour cette fondation sur aucun des partis politiques : libéraux, absolutistes et mixtes seraient de mauvais juges , tout absorbés dans la polémique et les intrigues électorales; si on les sert de cette controverse banale, ils sont ébaubis comme un chat dépaysé, changé de logis.

Les libéraux, qui ne tiennent qu'aux mots et non aux choses, suspecteraient la théorie pour l'honneur d'un mot ; ils exigeraient que les 15 phases de progrès ré^el fussent nommées civilisation perfectible, nom «qui ne convient qu'aux phases où régnent la fourberie commerciale et ie morcellement agricole.

Les absolutistes ont pour caractère l'effarouchement; ils poussent la crainte de révolution jusqu'à la déraison : semblables à Pourceaugnac effarouché par les apothicaires, et croyant voir partout des lavements. Ainsi les absolutistes, qui ne rêvent que répression, s'effarouchent à l'i-

CANDIDATURE SPECULATIVE. 469

dée de métamorphose universelle et subite, quelque heureuse qu'elle puisse être.

11 faut donc se garder de spéculer sur des partis. On doit s'adresser à an de ces hommes qui ont de grands moyens en fortune ou en influence et qui, ayant manqué un ministère, seront flattés de s'élever subitement à un poste bien supérieur, tout en faisant d'énormes bénéfices. Quant aux partis, ils peuvent voir aux chap. L et LI que, même en se bornant à organiser la 4e phase du tableau précédent, en créant dans les campagnes la ferme fiscale garante, et dans les villes Ventrepôt Irinaire concurrent, on obtiendrait déjà dix fois plus d'améliorations que le libéralisme et la philosophie n'osent en rêver; on verrait cesser en moins de 3 ans la mendicité, l'indigence, les fourberies, les brigandages, les extorsions fiscales, etc. Les gouvernements y gagneraient grandes propriétés, grands revenus, moyens d'extinction des dettes, et stabilité sans inquiétude.

Une classe vivement intéressée à celle heureuse innovation est celle des journalistes de Paris, tous assis sur un volcan. Si l'absolutisme triomphe, comme tout l'annonce, il leur donnera à tous un congé de réforme, sans distinction de partis, et ne conservera qu'une seule gazette assoupissante, comme à Yienne ou Madrid. D'autre part, si on procède à sortir de la civilisation, les journaux obtiennent le lendemain triple nombre d'abonnés, cours en tous pays, et main-levée du bâillon, parce que les querelles politiques seront oubliées à l'instant.

Ce changement importe surtout au parti libéral, très-chancelant ; s'il regagnait du terrain, une ordonnance ou un coup d'état en ferait raison. 11 oublie que l'opinion est peu de chose, qu'en civilisation le 8e oppresseur l'emporte sur les 7/8** résistants, et qu'en lutte politique, il faut des moyens neufs et non des discours. Il faut que les deux partis soient bien aveuglés pour ne pas reconnaître que l'unique voie de salut est de s'élever plus haut que la civilisation, et non pas de rétrograder comme ils le font tous deux. Quoi qu'en disent les libéraux, c'est rétrograder que d'organiser la discorde permanente entre les princes et les peuples, tandis que les opérations de garantisme, telles que la ferme fiscale et l'entrepôt concurrent, établiraient la concorde, l'unité de vues, d'intérêts et d'action entre toutes les classes. Alors les absolutistes comprendraient qu'il leur convient de tendre au progrès réel, et non pas de retourner au 10§ siècle ; mais ils s'obstineront nécessairement dans les voies obscurantes, si on persiste à leur tendre le piège du faux libéralisme, vraie cataracte intellectuelle, puisqu'il repose sur quadruple cécité du monde savant.

1° Cécité des économistes qui, pour nous enrichir, emploient la plus petite et la plus coûteuse réun'on, celle de famille; et la plus grande fourberie possible ou concurrence anarchique des marchands.

2° Cécité des moralistes qui veulent donner à l'homme dts vertus avant de lui donner du pain, veulent armer l'homme contre ses passions, vantent la vérité et l'amour du trafic ou mensonge.

470 l'USTTACE.

3° Cécité des politiques, organisant la ruine du peuple par la baisse du salaire, par l'exubérance de population et cent autres monstruosités, 4° Cécité des méthaphysiciens qui prétendent que Dieu a créé les passions au hasard, ou sans révéler à l'homme les lois de leur harmonie , et qui croient étudier l'homme, sans étudier l'attraction, moteur de l'homme.

On remplirait des pages sur lesabsurdîtés de chacune de ces 4 sciences, dont le quadrille forme la cataracte intellectuelle, servant de guide à l'esprit libéral. Faut-il s'étonner qu'il ne sache que perpétuer le mal, et que ses antagonistes le repoussent comme une coupe empoisonnée î Lequel des deux partis est le plus obscurant, ou de celui qui rétrograde franchement, ou de celui qui promettant le progrès social, est de fait immobiliste, ne voulant pas que l'esprit humain avance au-delà du bourbier civilisé, s'efiforçant de nous ramener à la 2e phase de civilisation, aux: commotions démocratiques, et poussant l'autre parti à la rétrogradation par les craintes qu'il lui inspire.

Lorsqu'enfin le remède à cette anarchie est découvert, chacun sentira combien il est fâcheux de manquer d'un ressort d'opposition aux vandales, d'un jury examinateur des inventions , obligé de poser, en séance publique et en présence de l'inventeur, des questions dont la première serait celle-ci : Est-il certain que l'auteur ait continué la théorie commencé par Newton, l'étude de l'attraction ; qu'il l'ait étendue du matériel au passionnel ? Ensuite de la décision affirmative, d'autres questions succéderaient, et le débat réduirait au silence la détraction qui atout pouvoir, tant qu'on ne lui oppose pas un contrepoids, tant qu'il n'existe dans le monde savant, comme dans le monde commercial, qu'une concurrence de fraude, sous le masque de vérité et de liberté.

Prenons en flagrant délit cet obscurantisme scientifique. Dernièrement • un physicien de France, M. Arago, démontrait (Annuaire du bureau des longitudes, 1829) que l'invention du mécanisme à vapeur est due à Papin, Français natif de Blois. Molesté d'abord par l'Académie des sciences de Paris, Papin fut accueilli en 1681 par la société royale de Londres; et 80 ans plus tard, en 1764, Watt se fit passer pour inventeur dé ce mécanisme, qu'il avait un peu travesti, selon l'usage des plagiaires. Ainsi la France revendique après coup toutes les découvertes, même les minuties comme la soupe Rumford. Pourquoi donc est-elle si vandale envers les inventeurs, qu'aucun d'eux ne peut, DE SON VIVANT, trouver accès et examen méthodique eu France P Elle prétend aujourd'hui:

Que la vaccine, attribuée à Jenner, est du français Rabaud ; Que l'enseignement mutuel, attribué à l'école de Lancastre, est du français Saint-Pàulet ;

Que l'arbre encyclopédique, attribué à Bacon, est du sieur Savigny deRethel;

Que le bateau à vapeur n'est point de Fulton, mais du comte de Jouflftoy ( Version de 1822 ) ;

Que ledit bateau n'est ni de Jouffroy ni de Watt, mais de Papin,mort 11 y a un siècle (Versionde 1820 ).

Il faut dono qu'un inventeur soit trépassé depuis Jong-temps pour trouver grâce aux yeux des académiciens français! Là-dessus M. Arago nous dit :

L homme de génie est toujours méconnu quand il devance son siècledans quelque genre que ce soit.

C'est la faute de ces corps savants que Thomas a dénoncés avant M Arago, en disant : « Le dernier des crimes qu'on pardonne est. celui* d'annoncer des vérités nouvelles. » Consentiront-ils à être justes dans cette circonstance, à faire examiner le calcul de l'attraction ; ou bien suivront-ils leur méthode usitée, diffamer un inventeur dans les journaux et faire refuser l'insertion de sa réplique? On ne voit autre chose en France que détraction dans le monde savant, fourberie dans le monde mercantile, et calomnie dans le monde électoral. Tels sont les trophées de la belle France régénérée par le commerce et la philosophie.

Aucune classe n'est plus dupe de ces travers que les philosophes et les savants. Chacun d'entre eux pourra, en Harmonie, se former un revenu (93) bien supérieur au médiocre budget de 400,000 fr., qu'ils se partagent dans Paris. J'ai indiqué dans l'épilogue un de ces moyens de fortune colossale, j'en ajoute quatre.

2° Les récompenses unitaires (93). Qu'un ouvrage couronné obtienne . 1 franc, par vote moyen* des phalanges, c'est 500,000 fr.

3° La vente directe. SI l'ouvrage est bon, la consommation de T ou 8 exemplaires par phalange fait 4 millions d'exemplaires avec profit estimé cinq sous, c'est pour l'auteur deux millions de fr.

Quel coup de fortune pour ces écrivains qui, aujourd'hui, se plaignent que tout le bénéfice est pour les libraires ! Quel motif pour ceux de Paris de prendre leurs mesures pour que la langue française soit adoptée, comme langue unitaire provisoire, pendant le premier siècled'harmonie! Cette affaire importe surtout aux journalistes de Paris, qui, dans ce* cas, auraient subitement cours par tout le globe, et qui verraient tripler le nombre de leurs abonnés, du moment où la fondation d'une phalange d'essai près Paris1 exciterait une curiosité ardente et ferait oublier les vieilles disputes politiques, pour ne s'occuper que des approches du bonheur général.

4« Autre amorce pour les écrivains : ils se plaignent tout demanquer de sujet; ils en sont réellement dépourvus, lis auront, outre' l'analogie ( 459 ), beaucoup de sujets excessivement féconds, neufs et faciles, entra autres la glose critique des 4 sciences philosophiques. On en réimprimera tous les ouvrages notables, avec la glose en regard ( vdyefr-ev

deux exemples sur le Télémaque, IV, 477, et sur L'Homme des champs, 660 ). Ce seul sujet pourra, pendant plus de vingt ans, entretenir de nombreux écrivains, avec débit à 20 par phalange, dix millions d'exemplaires.

Enfin l'enseignement sera une autre mine d'or pour les savants* artistes et lettrés. Les sciences et les arts devenant productifs dans l'harmonie, 11 faudra que tout le peuple reçoive la haute instruction ; mais on n'aura pas le vingt-millième des instituteurs nécessaires : on se les disputera pour former des écoles normales de canton, pour inspecter des provinces, des districts ; les moindres savants de no3 cités obtiendront de forts dividendes sur plusieurs cantons; et, par cette seule branche de travail, ils jouiront des bénéfices et du lustre dont jouit en France un grand maître de l'Université.

C'est donc à eux un acte de démence que de contrecarrer l'examen et l'essai de la théorie d'attraction industrielle : Duperie d'autant plus grande, que depuis vingt ans ils protègent une secte d'association fausse, dirigée par M. Owen; secte qui n'a aucun moyen neuf. 11 faut, à ce sujet, conclure sur ce qui a été dit aux pages 4, 153, 369, et dessiller les yeux sur le compte de ces loups couverts de peaux de brebis, La crédulité qu'ils ont obtenue est un des indices les plus frappants de la cataracte intellectuelle qui offusque notre siècle.

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