IL RÉFUTATION DES OWENISTES
Depuis vingt ans environ, l'opinion est circonvenue par ces sycophantes de la secte Owen, gens très-dangereux, non par le mal qu'ils font, mais par le bien qu'ils empêchent; car en persuadant que leur chef est un homme intelligent en mécanisme sociétaire, ils ont tellement fasciné l'opinion, que chacun croit le problème entièrement résolu par la sagacité de M. Owen, qui, loin d'avoir en association la moindre connaissance, est précisément à l'opposé des méthodes naturelles dans sa bizarre doctrine, réduite à trois thèses des plus saugrenues que j'examinerai à quelques lignes d'ici.
On assure que la société qui le soutient a dépensé depuis vingt ans des sommes énormes pour faire retentir les journaux dés vertus de ce régénérateur présomptif, et le faire présenter au congrès de Vienne et à divers souverains. D'autres disent que c'est lui-même qui a fourni à tous ces frais, à l'aide de sa grande fortune ; en ce cas, il est bieu maladroit, car avec le quart des dépenses qu'il a faites pour être canonisé tout vivant, il aurait pu fonder la véritable association , et s'élever au plus haut degré de fortune, à une gloire durable, méritée.
Le public débonnaire, habitué depuis longues années à un chorus d'apologies sur ce nouveau thaumaturge, pense qu'on est un blasphémateur, si on ne considère pas M. Owen comme un saint; et qu'on est sacrilège»
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d on prétend donner sur l'association des lumières plus certaines que ses diatribes contre la propriété, la religion et le mariage.
Son plan de communauté a eu d'abord quelque vogue, parce que c'était un masque d'esprit de parti, un voile du plan secret qui tend à détruire les prêtres et le culte. Cette perspective rallia au prédicant Owen toute la coterie de l'athéisme; quant à ses deux autres dogmes, celui de communauté des biens est si pitoyable qu'il ne mérite pas de réfutation; celui de suppression subite du mariage est encore une monstruosité (Voyez 164).
La vraie association suivra les 3 routes opposées: 1° elle sera religieuse par passion, par conviction de la haute sagesse de Dieu, dont elle recueillera à chaque instant les bienfaits. Le culte public sera pour elle un besoin : le moindre vicaire y jouira du sort actuel des évéques, et on sera obligé en France de créer, par ordination accélérée, au moins trente mille prêtres, afin que chaque phalange en ait un nombre suffisant pour exercer ea relais, sans assujettissement journalier à leurs fonctions ; 2» en opposition à l'esprit de communauté, on excitera l'esprit de propriété par des coupons d'action et des votes économiques accordés aux prolétaires qui, par des économies assidues, auront accumulé le 12e du capital donnant vote en aréopage : on l'accordera aussi à beaucoup d'autres titres, afin de ne pas imiter les civilisés, qui, dans leur système représentatif, n'estiment le mérite qu'au marc d'argent. 3° Quant au mariage, on a vu (154) qu'il sera, avec le temps, modifié, gradué et non pas supprimé ; et l'on n'y touchera que par degrés dans la génération prochaine, lorsque les modifications auront été votées par 4 classes réunies, gouvernement, faccrdocc, pères et maris.
Toutefois c'est bien une preuve de la cataracte intellectuelle du siècle que de s'être laissé abuser sur l'objet le plus important au monde social, sur le mécanisme sociétaire, par un prédicant qui n'a ni doctrines neuves, ni dogmes précis. Son plan de destruction des prêtres est un résidu de révolution : si on supprimait toutes les classes qui abusent de leurs fonctions, je ne sais quelle classe de civilisés pourrait être conservée. Son dogme de communauté est un réchauffé de Sparte et de Rome; celui de libre amour est de même un plagiat sur divers peuples (155), entr'autres les Népauliens, les Otahitiens, etc.
Le côté remarquable dans ces dogmes c'est l'ambiguïté, les réserves d'escobarderie, les moyens de remanier le système selon les événements. Ainsi, en affaires de religion, Rob. Owen ne renie pas positivement Dieu, il le condamne seulement à garder Y incognito, sans prêtres ni culte, jusqu'à ce qu'on ait statué sur le rôle qui lui sera assigné; rôle variable selon les progrès de la secte qui, dans le cas d'échec, lui accorderait une ombre de culte, et, dans le cas de succès, pourrait bien donner congé absolu à Dieu comme au sacerdoce) car qui congédie l'un, est suspect de vouloir congédier l'autre.
Les disposions de M. Owen sur l'amour tombent également dan* le vague, l'ambigu et l'anarchie : on Yoit que ce novateur à voulu, sur chaque dogme, se ménager des faux-fuyants, afin de pouvoir modifier ses méthodes selon les circonstances. On le voit surtout dans sa doctrine de communauté des biens; elle ne s'étend pas ajoutes les classes de sociétaires ; il en dispense les actionnaires, prévoyant bien qu'ils n'auront pas assez de philanthropie pour renoncer à l'agio de leurs capitaux.
Dans ses lubies morales, il veut persuader aux cénobites de. New- Lanark (pauvres tisserands allant nu-pieds en pays très froid) qu'ils vont entraîner le monde entier à l'imitation, qu'ils vont convenir tous les voisins. Ces pauvres gens, dépendant de lui pour la subsistance, n'ont garde de contredire ses sermons ; mais on n'a pas vu depuis vingt ans que leurs voisins, le duc d'Hamliton et les riches négociants de Glasgow, aient renoncé à tenir bonne cuisine et bonne cave; qu'ils aient opiné à boire de l'eau claire et aller nu-pieds pour s'élever à la hauteur de là philanthropie owéniste.
11 faut toute la bonhomie de notre siècle pour avoir admis, comme voie d'association, ce réchauffe de lieux communs philanthropiques, ce ramas de paradoxes baroques, tel que celui qui prétend que les trois sources de mal en politique, sont la religion, la propriété et le mariage, et que leur suppression va nous élever au superlatif de la sagesse : risum teneatis ! Mais le prédicant qui débite ces fadaises promet d'anéantir tous les prêtres ; dès-lors c'est un colosse de vertu, au dire de quelques biographies ; c'est un thaumaturge en régénération; c'est un astre moral devant qui pâlissent tous les flambeaux de vertu présents et
Je m'abstiendrais de réfuter cette chimère, si elle n'eût mi3 en scène que des bizarreries sans conséquence, comme celles de son modèle W. Penh, qui défend de mettre des boutons aux habits, et ne veut d'autre couleur que du gris. Ces niaiseries morales ne causèrent aucun préjudice au genre humain ; mais la secte Owen a jeté les modernes dans un égarement funeste, en leur donnant le change sur l'important problème de l'association; en persuadant que lout est fait en ce genre d'étude, et que toute recherche serait inutile après M* Owen, génie sans pareil, foudre de philantliropie à qui on doit croire aveuglément , sans, aucun examen de ses moyens, sans tenir compte de l'expérience qui le confond depuis vingt ans, par le refus d'adhésion des sauvages «t des civilisés voisins, en Ecosse et en Amérique.
L'influence de ce sophiste, la confiance qu'il a usurpée, étant le principal obstacle à l'essai du régime sociétaire naturel, il importe de le réfuter exactement. Je résume par deux arguments sur la déraison et les escobarderies de sa doctrine.
11 veut retrancher 3 parties d'un tout collectivement vicieux, retran-