ÉTORMITÉ DU PRODUIT SOCIÉTAIRE
pas obtenir un petit royaume héréditaire, comment croirait-on que le fondateur de l'état sociétaire obtiendra un vaste empire? cela sera très-exactement démontré.
ARTICLE IL Énormitfé du produit sociétaire*
Une des causes qui ont retardé l'invention du mécanisme sociétaire, c'est qu'on a manqué à la précaution de présenter comme motif d'espérance et stimulant d'étude , un tableau des immenses bénéfices do l'association. L'on pourrait en remplir plusieurs volumes; je vais me borner à quelques pages , où je supposerai l'association établie partout, et les villages remplacés par des phalanges industrielles d'environ dix-huit cents personnes.
Distinguons leurs bénéfices en négatifs et positifs.
Le bénéfice négatif consistera à produire sans rien/aire, plus que des civilisés forçant de travail.
Par exemple : j'ai prouvé qu'une cuisine sociétaire épargnerait en combustible les neuf dixièmes , et en ouvriers les dix-neuf vingtièmes de ce qu'emploient les cuisines des ménages. Outre le produit de toutes ces épargnes, on aurait celui d'une fabrication bien améliorée, le profit serait positif et négatif à la fois , car à l'épargne prodigieuse de combustible , se joindrait l'avantage de restauration des forêts, sources, climalures.
-Continuons sur l'hypothèse d'exploitation sociétaire : je l'applique à la pèche des petites rivières. On peut, par inaction combinée , par accord sur les époques d'ouverture et clôture de la pèche, décupler la quantité du poisson et le conserver dans des réservoirs à engrais.
Ainsi par la seule inaction , les réunions sociétaires dites phalanges industrielles obtiendront dix fois plus de poisson, en employant à la pèche dix fois moins de temps et de bras que nous, et en se concertant pour la destruction des loutres dans toute région. "
Voilà divers points sur lesquels le bénéfice est décuple et vingtuple du nôtre ; je n'exagère donc pas en estimant le produit sociétaire au quadrttple du nôtre t et l'on verra que ce moyen terme est au-dessous de la réalité. Que de motifs d'examiner si
*f> PRÉFACE.
le procédé d'association naturelle et d'industrie attrayante est Yïumcnt découvert ! Continuons l'estimation.
L'épargne du larcin serait un immense bénéfice obtenu sans rUn faire : le fruit est la plus facile de toutes les récoltes; mais le risque de vol empêche les neuf dixièmes des plantations qu'on voudrait faire , il oblige à une construction de, murs tres-dispen^dieux et nuisibles.
L'Association, exempte du risque de larcin, aura moinsde peine à trentupler les plantations d'arbres, qu'on en a aujourd'hui à les clore et surveiller. Elle aura une telle aflluence de fruits qu'elle en nourrira les enfants toute l'année, en conservant le fruit par procédés scientifiques , et l'employant en compotes et confitures qui coûteront moins que le pain ; parce que le régime des Séries passionnées ayant la propriété de créer l'attraction industrielle, convertir au travail agricole les sauvages , nègres , etc., la zone torride sera aussitôt cultivée sur tous les points , et le sucre ne coûtera pas plus que le blé, à poids égal. Dans ce cas la compote à quart de sucre deviendra, pour la classe pauvre, une nourriture moins chère que le pain : car le fruit de troisième choix, fruit J à compote et marmelade , ne coûtera presque rien, tant les vergers seront immenses , quand le vol ne sera plus à craindre et que la restauration climatérique, effet des cultures générales et méthodiques, sera un sûr garant des récoltes : elles sont réduites aujourd'hui au tiers de ce qu'elles seront par suite de cette restauration qui aura lieu à la cinquième année de régime sociétaire.
Au lieu de cette surabondance, les civilisés sont privés même du nécessaire en fruit : car la. peur du larcin les empêche de laisser mûrir le peu qu'ils en ont. Us bons et .simples habitants de la campagne sont si fripons , qu'ils ne laisseraient pas un fruit sur un arbre non clos, si on ne cueillait pas avant maturité : ce risque oblige à faire une seule cueillette au lieu de trois , ce qui est très-préjudiciable aux qualités.
11 faudrait à trois cents familles d'une bourgade civilisée trois cents retranchements murés ; ce serait trois fois plus de dépense > que les frais de plantation même ; d'ailleurs la plantation est fortement contrariée par le risque des fraudes à essuyer en achetant des pépiniéristes; fraudes qui cesseront quand le régime commercial aura passé du mode mensonger ou civilisé, au mode véridique. Il est donc certain auc le régime sociétaire ^a.^nora à ne rien
knormite du produit sociétaire 47
faire ou à très-peu faire, dix fois plus que les civilisés ne gagnent en forçant de travail. Souvent le bénéfice aura lieu en double sens, comme dans l'exemple suivant.
On voit cent laitières civilisées porter au marché trois cents broc* de lait, que remplacerait en association un tonneau sur charé soupente , conduit ^ar un- homme et un cheval, au lieu de cent femmes, trois cents vases et une trentaine d'àncs. Cette économie s'élèverait du simple au composé, du producteur au consommateur, car le laitier rendu à ia ville distribuerait son tonneau à trois ou quatre ménages progressif h (ménages d'environ deux mille personnes que forment les villes en association); l'économie déjàcinquanjuple sur le transport, le serait de même sur la distribution bornée à trois ou quatre ateliers au lieu de mille familles.
L'un des côtés brillants de l'industrie sociétaire sera l'introduction de la vérité en régime commercial. L'association, en substituant la concurrence corporative, solidaire, véridique, simplifiante etgaranlie, à la concurrence individuelle, insolidaire, mensongère, complicative et arbitraire, emploiera à peine le vingtième des bras et capitaux que l'anarchie mercantile ou concurrence mensongère distrait de l'agriculture, pour les absorber à des fonctions tout à fait parasites, quoi qu'en disent les économistes ; car tout ce qui peut être supprimé dans une mécanique sans en diminuer l'effet, Joue un rôle parasite. On fait un tourne-broche avec deux roues; si un ouvrier trouve moyen d'y introduire quarante roues, il y en aura trente-huit parasites. C'est ainsi qu'opère le commerco mensonger ou système de concurrence complicative et pullulation d'agens.
Une phalange industrielle ou canton sociétaire ne ferait qu'une seule négociation d'achat ou de vente, au lieu de trois cents négoces contradictoires employant trois cents chefs de famille, qui vont perdre dans les halles et cabarets trois cents journées, à vendre sac pai sac telle masse de denrées que la phalange sociétaire vendrait eu totalité à deux ou trois des phalanges voisines, ou à une agence de commission provinciale. En commerce comme en toute autre branche de relations , le mécanisme civilisé n'est toujours que l'extrême complication, le mode le plus ruineux et le plus faux. Il est bien surprenant que nos philosophes qui se disent passionnés pour l'auguste vérité, se soient passionnés aussi pour le commerce individuel ou anarchie de fraude : ont-ils jamais rencontré dans aucune branche de commerce l'auguste vérité ? se
«8 PBKfACB.
seraitr-elle réfugiée chez les marchands de chevaux ou chez lesmarchands de vin ? pa&plus que sous les colonnades de la Bourse.
Nous avons aussi, hors de l'industrie, des milliers de fonction parasites, quelques unes bien visibles comme celles de judicature qui ne reposent que sur les vices du régime civilisé, et qui tomberaient par avènement à l'état sociétaire.
D'autres fonctions très-parasites sont inaperçues et même réputées utiles, comme l'étude des langues, travail très-pénihle cl qui produit moins que rien.
En efifet : dès le début de l'état sociétaire, on adoptera un langage unitaire provisoire, peut-être le français, sauf à y ajouter environ trois à quatre mille mots dont il manque. Tout enfant sera élevé à parler dès le plus bas âge cette langue générale ; dès lors* chacun, sans étude des langues, pourra communiquer avec tout le genre humain , el en saura bien plus en ce genre que celui qui emploie aujourd'hui vingt années à étudier vingt langues, et ne peut pas se faire entendre des trois quarts des nations existantes.
La perfection sera bien plus immense en travaux publics. Aujourd'hui un état réputé opulent , la France, manque de deux cenU millions qu'exigerait la réparation de ses mesquines routes : en association il y aura, par tout le globe, d'un canton à l'autre , de grandes routes à divers trottoirs ; ces superbes routes seront construites et entretenues sans impôts, par chaque canton, sauf celles de service général pour les courriers et charrois.
Un cadastre de France doit coûter, dit-on , cent millions , cinquante ans de travail, et sera à peu près inutile; caries limites des propriétés seront toutes changées lorsqu'il sera fini. Un cadastre du globe entier ne coûtera qu'une année , et presque point de frais, car chaque phalange lèvera à ses frais le plan de son canton, avec indication de la nature des terrains.
Certaines fonctions civilisées absorbent au-delà du mitluple do temps nécessaire : une élection , parmi nous, coûte à chaque électeur environ cinq journées de perte , y compris les remuons cabalantes dont elle a été précédée , les frais de voyage , etc. : elle ne coûtera en association, que deux tiers d'une minute, sans aucun voyage : c'est environ la quatre millième partie du temps qu'elle consume aujourd'hui. Je décrirai dans l'abrégé ce mode d'élection qui emploiera moins d'une minute, et auquel interviendront trois cent millions d'électeurs.
J'ai peu fait mention des produits positifs; on ne pourra en
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juger que lorsqu'on connaîtra les influences de la méthode non— éô Séries passionnées ^ les moyens de perfeeltoimemeiil et d'éca» nomie qu'elle fournit. On verra qu'à l'aide de cette méthode te produit sociétaire s'élèvera bien au-detà du quadruple da notre.
Par exemple , le cheval ardenuois est la race la plus efcéuV* de l'Europe. A la place d'an ardeimo» qui ne vaut pas «en* francs, les phalanges de TArdenae sauront meubler leur pays de races qu'eu paierait aujourd'hui cent louis, et dent la ieagfcviié sera double.
Sur des objets où il nous paraît impossible d'atteindre seulement au double produit , comme sur la culture de la vigne , qui ne comporte pas de deuxième récolte, l'état sociétaire saura atteindre bien au-defà du quadruple , par combinaison de divers moyens savoir :
1* Manutention méthodique et ramplHe ,
3* Conserve générale jusqu'à maturité ,
3* Alliage» as«of lis et coupes journalières ,
4» Qualité raffinée par l'équilibre de température,
£« Quantité obtenue par la même cause.
Non seulement ces moyens réunis élèveront le produit de la vigno au-delà du quadruple, mais un seul des cinq peut dans divers cas donner ce quadruple : en voici la preuve.
J'ai vu tel vin qui, après la récolte, n'aurait été vendu que cinq sous. Conservé et manutentionné avec habileté pendant cinq ans, il revenait à dix sous et on trouvait acheteur à cinquante sous, somme quintuple du prix réel y compris les intérêts et autres frais.
Mais sur tout le produit de ce canton, il n'y avaitpas un dixième qui eût été manutentionné et conservé de la sorte pendant cinq ans ; la plupart des cultivateurs sont pressés de vendre ; tel vin qu'il faut garder cinq ans ne sera pas gardé cinq mois ; il se consommera dans les petits ménages et les cabarets, avant d'avoir atteint au quart de sa valeur possible.
Si à cette chance de conserve générale qui peut à elle seule quadrupler la valeur réelle de certains vins , on ajoute le bénéfice des quatre autres chances , il est évident que, sur la vigne môme, l'état sociétaire saura obtenir le décuple produit, en supposant qu'il soft doublé en moyen terme par chacune des cinq chances, et surtout par la cessation du fléau nommé second hiver ou lune rousse qui , par les retards de végétation, empêche ies secondes récoltes et maltraite si fréquemment les premières.
Eu thèse générale, la civilisation, dans son ensemble, présente les deux tiers d'improductifs; j'en donnerai un tableau détaillé. Dans ce nombre figurent non seulement les improductifs avérés , comme les militaires, les douaniers, les agents fiscaux; mais encore la plupart des agents réputés utiles, comme les domestiques, et même les cultivateurs qui sont parasites dans un grand nombre de fonctions. J'ai vu un jour cinq enfants employés à garder quatre vaches, encore leur laissaient-ils manger les épis de blé. On rencontre à chaque pas ce désordre dans la gestion civilisée.
En ajoutant l'épargne des classes détruites par les fatigues, les excès , la navigation imprudente , les épidémies , les contagions, l'on trouvera, entre les civilisés et les peuples sociétaires, une différence décuple quant aux facultés industrielles ou produits qu'on peut obtenir d'une masse d'habitants sur un terrain donné.
En effet, si les hommes, femmes et enfants travaillent par plaisir, dès l'âge de trois ans jusqu'à l'âge décrépit; si la dextérité, la passion, la mécanique, l'unité d'action, la libre circulation, la restauration de température, la vigueur, la longévité des hommes et des animaux, élèvent à un degré incalculable les moyens d'industrie, ces chances cumulées porteront bien vite au décuple la masse du produit; et c'est par égard pour les habitudes que j'énonce le quadruple seulement, de peur de choquer par des perspectives colossales, quoique très-exactes.
L'amélioration portera principalement sur le sort des enfants, très-mal gouvernés par les ménagères qui, dans leurs chaumières, leurs greniers et leurs arrières-boutiques* n'ont rien çle ce qui est nécessaire au soin des enfants ; elles n'ont ni les ressources, ni la passion , ni les connaissances , ni le discernement qu'exige ce soin.
Dans les grandes villes comme Paris , et même dans de moindres, telles que Lyon et Rouen, les enfants sont tellement victimes de l'insalubrité, qu'il en meurt huit fois plus* que dans les campagnes salubres. Il est prouvé que , dans divers quartiers de Paris où la circulation de l'air est interceptée par des cours étroites, il règne un méphitisme qui attaque spécialement les enfants dans leur première année ; on voit parmi ceux au-dessous d'un an, une mortalité qui en emporte sept sur huit, avant l'âge de douze mois * tandis que dans les campagnes salubres comme celles de Normandie, la mortalité de cette catégorie d'enfants est bornée à un sur huit.
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Elle sera à peine d'un sur vingt dans les phalanges sociétaires qui, malgré cette chance de population, ne procréeront pas autant d'enfants que les civilisés. La terre, quoique donnant quadruple et même décuple produit, serait bientôt jonchée de misérables comme aujourd'hui, si l'état sociétaire n'avait pas la faculté d'équilibre en population , comme en toutes les branches de mécanique sociale. [Voyez la section v, des Équilibres.)
J'ai démontré, par quelques détails, combien les bénéfices de l'association seront gigantesques: un tableau complet de ces bénéfices remplirait plusieurs volumes. On a commis une faute inexcusable en négligeant de publier ce recueil d'aperçus, d'où chacun aurait conclu qu'il est impossible que Dieu , à titre de suprême économe, n'ait pas préparé les moyens d'organiser ce régime d'économie et de vérité d'où naîtraient tant de prodiges. Croire que Dieu y ait manqué, c'est l'accuser implicitement d'être l'ennemi de l'économie et de la mécanique.
À cela on réplique : tant de perfection n'est pas faite pour les hommes! Qu'en savent-ils? Pourquoi désespérer de la sagesse de Dieu avant d'avoir étudié ses vues dans le calcul de la révélation sociale permanente , ou attraction passionnée , dont on no peut déterminer les fins qu'en procédant régulièrement par analyse et synthèse?
Prétendre que tel degré de perfection n'est pas fait pour les hommes , c'est accuser Dieu de méchanceté ; car il possède un moyen sûr d'appliquer aux relations humaines tel système qu'il lui plaira. Ce moyen est l'attraction, dont Dieu seul est distributeur; elle est pour lui une baguette magique , passionnant toute créature pour l'exécution des volontés divines. Dès lors si Dieu se complaît au régime de perfection sociale qui serait celui d'unité sociétaire, justice et vérité, il lui suffit, pour nous faire adopter ce régime, de le rendre attrayant pour chacun de nous. C'est ce qu'il a fait : on va s'en convaincre en lisant le traité du mécanisme sociétaire distribué en Séries passionnées ; chacun s'écriera : voila ce que je désire, ce serait pour moi le bonheur suprême.
La perfection est donc faite pour les hommes, si elle est vœu de Dieu comme on n'en saurait douter. C'est pour avoir trop peu espéré de Dieu que nous avons manqué les voies de perfection sociale qu'il eût été si facile de découvrir par calcul de l'attraction.
Mais ce calcul semble absurde au premier abord ; il nous an-
fï PRÉFACE.
prend que chacun voudrait des millions et un palais; comment foire pour en donner à tout le monde ?
Objections frivoles ! Est-ce là un motif d'abandonner une étude 9 Poursuivez-la sans vous effrayer, suivez le précepte de vos philosophes, qui vous ordonnent d explorer en entier le domaine de la science; achevez donc ce que Newton a commencé, le calcul de l'attraction : il vous apprendra que celui qui désire des millions *i un palais, désire trop peu; car, dans l'état sociétaire, le plus pauvre dos hommes jouira de cinq cent mille palais, où il trouvera gratuitement beaucoup plus de plaisirs que ne peut s'en procurer un roi de France, avec trente-cinq millions de rente et une douzaine de palais où ses plaisirs se bornent à entendre des solliciteurs de sinécures, des tripotages de parti, être harcelé par l'étiquette, et n'avoir d'autre délassement que les cartes ou la chasse dégénérée en tuerie, en plaisir de boucher.
Nous désirons donc trop peu, c'est ce que prouvera le calcul de l'attraction. Dieu nous prépare un bonheur bien supérieur à nos médiocres convoitises : demandons beaucoup à celui qui peut beaucoup; c'est faire injure à sa générosité, que d'attendre de lui des richesses médiocres, des plaisirs médiocres. Le destin du genre humain est , ou l'immense bonheur sous le régime divin et sociétaire , ou l'immense malheur sous les lois des hommes , dans l'état d'industrie morcelée et mensongère qui, comparativement à la sociétaire, ne donne pas le quart en produit effectif, et pas le quarantième en jouissances.
On voit les civilisés prêts à braver fatigues, périls et naufrages, pour hasarder de doubler leur fortune, ou d'en acquérir une petite : voici une chance bien autrement favorable, quadruple** subitement sa fortune, et sans se dépayser ni courir aucun risque sanitaire ou pécuniaire. Ehl que faudra-t-il donc faire? a'écrie-t-on. Rien autre que de se divertir du matin au soir, puisque les amusements entraîneront au travail, devenu plus attrayant que ne sont aujourd'hui les spectacles et bals.
Plus ces perspectives de l'état sociétaire sont éblouissantes, plus il importo de s'assurer si la théorie en est exacte, si le calcul de l'attraction industrielle et du mécanisme des passions est réellement découvert. Pour familiariser les esprits à cette étrange nouveauté, il faudra les initier un peu à la connaissance du mouvement et des destinéesqu 'on repu tait impénétrables,couvertes d'un voile d'airain, ïî existe bien un voile, une cataracte des plus épaisses, qui aveugle
ÉNORMITÉ hV PRODUIT SOCIÉTAIRE. 23
l'esprit humain : cette cataracte se compose de cinq cent mille tomes, qui déclament contre les passions et l'attraction, au lieu d'en, faire l'élude.
Que l'attraction soit éblouissante et absurde au premier abord, ce. n'est pas sur ces apparences qu'il faut la juger, mais sur l'ensemble du mécanisme auquel tendent ses impulsions, qui nous semblent vicieuses quand on les observe en détail. Je vais, pour disposer à cette confiance , expliquer le but d'une de ces impulsions réputées vicieuses.
Je choisis- le penchant le plus général et le plus contrarié par l'éducation, c'est la gourmandise des enfants, leur passion pour les friandises, contre l'avis des pédagogues, qui leur conseillent d'aimer le pain, manger plus de pain que de pitance.
La nature est donc bien maladroite, de donner aux enfants des goûts si opposés aux saines doctrines 1 tout enfant regarde commo punition un déjeûné au pain sec ; il voudrait des crèmes sucréeslaitages- et pâtisseries au sucre, des marmelades et compotes, des fruits naturels et confite, des limonades, orangeades et vins blancs doux. Remarquons distinctement ces goûts, qui dominent chez tous les enfants ; il y a sur ce, point un grand procès à juger : il s'agit de décider lequel a tort, ou de Dieu, ou de la morale.
Dieu , distributeur de l'attraction , donne à tous les enfants ce goût des friandises ; il eût été maître de leur donner du goût pour le pain sec et l'eau, il aurait servi les vues de la morale ; pourquoi donc opère-t-il sciemment contre les saines doctrines civilisées? Expliquons ces motifs.
Dieu a donné aux enfants du goût pour les substances qui seront les moins coûteuses dans l'ordre sociétaire. Quand tout le globe sera peuplé et cultivé , jouissant de la libre circulation , sans aucune douane, les mets sucrés que j'ai désignés plus haut, seront bien moins coûteux que le pain ; les comestibles abondante seront le fruit, le laitage et le sucre, mais non pas le pain dont le prix s'élèvera beaucoup, parce que les travaux de culture du blé , et préparation journalière du pain , sont pénibles et peu attrayants; il faudra les payer bien plus que ceux des vergers et de la confiserie.
Et. comme il convient que les enfants fassent moins de dépense que les pères , en nourriture et en entretien , Dieu a opéré judicieusement en leur donnant attraction pour ces sucreries et friandises, qui seront moins chères que le pain, dès que l'on sera par-
venu à, l'état sociétaire. Alors les saines doctrines morales se trouveront pleinement erronées sur la nourriture des enfants,comme sur tous les autres points où elles contrarient l'attraction. L'on reconnaîtra que Dieu fit bien tout ce qu'il fit, qu'il a eu raison de donner aux enfants attraction pour les laitages, fruits et pâtisseries au sucre ; et qu'au lieu de perdre follement trois mille ans à déclamer contre le plus docte ouvrage de Dieu, contre la distribution des goûts et attractions passionnées, on aurait mieux fait d'en étudier le but par calcul sur l'ensemble de ces impulsions que la morale insulte en détail, sous prétexte qu'elles sont nuisibles dans l'ordre civilisé et barbare ; cela est vrai, mais Dieu n'a pas fait les passions pour l'ordre civilisé et barbare. S'il eût voulu maintenir exclusivement ces deux sociétés, il aurait donné aux enfantsTamour du pain sec, et aux pères l'amour de la pauvreté, puisque tel estrle ' sort de l'immense majorité des civilisés et barbares.
Ce sera une étude amusante et flatteuse que d'examiner les emplois de chaque branche d'attraction, l'utilité de chacune dans le mécanisme sociétaire : toutes seront reconnues aussi justes, aussi bien adaptées que la gourmandise des enfants ; chacun se convaincra que ses passions, ses instincts les plus critiqués trouvent des emplois précieux dans ce nouvel ordre : fût-il jamais de découverte plus flatteuse pour tout le monde ?
« Mais comment se fait-il , dira-t-on , qu'une invention si pré- » cieuse soit l'ouvrage d'un inconnu , qui ne figure pas dans le » monde savant? Tant d'hommes célèbres, depuis Platon jusqu'à » Voltaire , ont exploré le domaine des sciences : peut-on penser » qu'ils aient manqué la plus précieuse des découvertes ? cela » n'est pas croyable, ce calcul de l'attraction et de l'association » ne peut être qu'une charlatanerie : c'est quelque vision, quel- » que songe creux. »
Ainsi raisonne l'orgueil : on est choqué de voir un incqpmu enlever la palme que tant d'autres auraient pu cueillir avant lui. ' On aime mieux repousser une heureuse découverte que de la tenir d'un intrus. D'ailleurs l'amour - propre est flatté en ravalant les idées neuves. Cent mille pygmées du quinzième siècle se croyaient hommes de génie, en persifllant Cristophe Colomb qui leur démontrait la sphéricité du globe, l'existence probable d'un nouveau mondé continental.
Je réponds à ces détracteurs : comment se fait-il que des décou • vertes éminemment utiles et à portée de tout le monde, comme
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rétrier et la soupente , aient échappé à vingt siècles savants ? 11 ne manquait pas, dans Rome et Athènes, de bons mécaniciens, aptes à faire ces faciles découvertes. Tout charron, tout cavalier pouvait inventer la soupente et Tétrier, choses dont tout le monch avait grand besoin , car chacun voyage en voiture ou à cheval. Les voitures des César et des Périclès étaient cahotantes comme nos charrettes; les cavaliers romains étaient sujets à de graves maladies, qu'un étriep aurait prévenues ; on plaçait sur les routes. des bornes de distance en distance , pour leur aider à remonter à cheval.
En considérant cette inadvertance de la docte antiquité sur deux inventions qui étaient à portée de tout bon simple , s'éton nera-tnm qu'une théorie vaste et brillante comme celle de rattraction passionnée, ait échappé au monde savant? D'ailleurs, o:r n'en tient le germe que depuis un siècle, depuis Newton, qui a éventé la mine. Or, si l'on commet des étourderies de vingt siècles sur des inventions faciles, comme la soupente et l'étrier, on peut bien en commettre d'un siècle sur des études transcendante* comme celle de l'attraction ; calcul bien aisé à comprendre aujourd'hui qu'il est fait, mis en ordre ; mais la recherche en était plus difficile pour les savants que pour d'autres hommes, parce que lo monde savant est tout imbu d'une doctrine appelée Morale , qui est mortelle ennemie de l'attraction passionnée.
La morale enseigne à l'homme à être en guerre avec lui-mènu\ résister à ses passions, les réprimer, les mépriser, croire que Dieu n'a pas su organiser sagement nos âmes, nos passions; qu'il avait besoin des leçons de Platon et Sénèque, pour apprendre à distribuer les caractères et les instincts. Imbu de ces préjugés sur l'impéritie de Dieu, le monde savant était inhabile au calcul des impulsions naturelles ou attractions passionnées, que la morale proscrit et relègue au rang des vices.
Il est vrai que ces impulsions ne nous entraînent qu'au mar quand on s'y livre individuellement ; mais il fallait en calculer le jeu sur une masse d'environ deux mille personnes sociétairement réunies, et non sur des familles ou des individus isolés : c'est à quoi le monde savant n'a pas songé ; il aurait reconnu par celle étude, que dès qu'on atteint au nombre de seize cents sociétaires, les impulsions naturelles dites attractions tendent à former des. séries de groupes contrastés, dans lesquelles tout entraîne à l'industrie devenue attrayante et à la vertu devenue lucrative.
26 préface.
En voyant ce mécanisme, ou seulement en faisant le calcul de* ses propriétés , on comprendra que Dieu a bien fait tout eu qu'il a fait y et qu'au lieu de perdre follement trente siècles à» insulter l'attraction qui est l'ouvrage de Dieu, on aurait, dû employer, comme je l'ai fait, trente ans à l'étudier. Les sciences devaient suivre leurs préceptes* d'explorer en entier le domaine de la nature, étudier l'homme, £ univers et Dieu ; elles devaient , au lieu de critiquer en détail nos attractions, les étudier dans leur entier, dans leur ensemble, en application à des masses nombreuses, L'attraction est le moteur de l'homme, elle est l'agent que Dieu emploie pour mouvoir l'univers et l'homme ; on ne pouvait donc étudier l'homme , V univers et Dieu, qu'en étudiant l'attraction dans son entier, en passionnel comme en matériel.
Enfin l'inadvertance est réparée, le calcul de l'attraction passionnée est découvert, et le monde peut à l'instant passer aux destinées heureuses» Il ne doit s'attacher dans cette conjoncture qu'à vérifier si la théorie est juste, et non à chicaner l'inventeur sur les formes ; c'est le fond qu'il faut examiner. On a accordé tant de faveur aux charlatans en association 1 Le véritable inventeur ne demande que de la justice. Les charlatans ont trouvé de quoi fonder depuis- vingt ans une vingtaine d'établissements qui, en Angleterre comme en Amérique , ont manqué complètement le but : l'inventeur ne veut former qu'un' seul établissement qui , en deux mois, atteindra le but et opérera l'imitation générale par appât du bénéfice et du plaisir.
Mais cet inventeur a le tort de ne pass'aecorder avec certaines sciences en crédit ; eh ! si je tombais d'accord avec les sciences politiques et morales, je ne serais qu'un sophiste de plus: ôaliléo, Colomb, Copernic, Newton, Linné, donnèrent un démenti à leur siècle : un inventeur est obligé de contredire les erreurs dominantes ; un charlatan, pour faire des dupes, flagorn* tous les sophistes; lequel des deux est digne de confiance?
On prétend- que l'histoire éclaire les peuples et rectifie leur jugement ; rien n'est plus faux, car ils sont aujourd'hui plus, hostiles contre les inventions, qu'ils ne l'étaient au temps dô Galilée. Cent fois l'histoire leur a dit que « les grandes découver- » tes ont été dues plus souvent aux .jeux du, hasard qu'aux spé- » culations du génie ; que le génie et le bon esprit se trouvent n raremenUhez les beaux esprits , gens routiniers etpeu^uscep- » tibles d'idées neuves. »
Malgré les leçons de l'histoire et de l'expérience, on exige qu'un inventeur soit un personnage académique par les formes et le style. Etaient-ce donc des académiciens que ceux qui découvrirent la lunette et la boussole ? C'étaient des enfants et des êtres si obscurs que leur nom ne s'est pas transmis.
Lorsqu'un trésor est apporté , hâtez-vous d'en jouir au lieu d'intenter des procès à celui qui l'a trouvé ; pourquoi le quereller sur les formes et le style. Qu'il s'exprime en patois, peu importe : l'invention en. a-t-elle moins de valeur ?
Zoïlesqui prétendez que l'esprit académique est nécessaire dans fin inventeur, quel bien votre faconde a-t-elle procuré aux nations modernes ? L'examen de cette question terminera la préface.
ARTICLE IIL
Cercle ilclevx de l'Industrie cl ?i liftée.
En toute science le règne du faux précède le règne du vrai ; avant la chimie expérimentale on a vu les alchimistes occuper la scène ; avant l'astronomie exacte , on a vu dominer l'astrologie judiciaire; avant la naissance de l'économie sociétaire, nous avons vu dominer pendant un siècle l'économie anti-sociétaire ou théorie du morcellement, encourageant les petits producteurs qui sont de petits vandales on industrie.
Partout le sophisme s'empare des sciences neuves avant que la raison ait su leur tracer la marche à suivre ; aussi à peine les idées d'association commencent-elles à poindre , que déjà les esprits sont égarés sur ce sujet par les obscurants en méthode sociétaire, les Owénistes, qui se sont emparés de l'opinion.
Que de sciences , et des plus révérées , sont encore dans cet âge de ténèbres qui précède le règne du vrai ! Par exemple, la morale : comment la concilier avec elle-même ? D'une part elle -nous prêche le mépris des richesses et l'amour de l'auguste vérité ; d'autre part elle excite l'amour du commerce qui ne tend qu'à amasser des richesses par la pratique de toutes les astuces. On trouve même inconséquence , même contradictioa dans toutes les sciences dites philosophiques.
Au dernier siècle, Condillac disait de leurs auteurs : « L'art » d'abuser des mots sans les entendre est pour eux l'art de rat- » sonner : de supposition en supposition fausse, ils se sont égarés » parmi une multitude d'erreurs , et ces erreurs étant devenues
» des préjugés, ils les ont prises pour des principes. Quand les » choses en sont venues à ce point, quand les erreurs se sont » ainsi accumulées, il n'y a qu'un moyen de remettre Tordre » dans la faculté de penser, c'est d'oublier tout ce que nous avons » appris, et de refaire, dit Bacon, l'entendement humain. »
C'était alors le siècle de la modestie ; on n'avait pas honte de confesser que telle et telle science étaient encore au berceau , et surtout la politique sociale ; ses coryphées la dénonçaient avec amertume et dédain, écoutons-les parler.
Montesquieu : « Les sociétés policées sont atteintes d'une maladie de langueur, d'un vice intérieur, d'un venin secret et caché (le morcellement). »
J.-J. Rousseau : « Ce ne sont pas là des hommes, il y a quel* que bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la cause. »
Voltaire :
• Montrez l'homme à mes yeux : honteux de m'ignorer, » Dans mon être , dans moi , je cherche à pénétrer ; » Mais quelle épaisse nuit voile encor la nature ! »
Barthélémy : « Ces bibliothèques-, prétendus trésors de connaissances sublimes, ne sont qu'un dépôt humiliant de contradictions et d'erreurs : »
Staël. « Les sciences incertaines ont détruit beaucoup d'illusions sans établir aucune vérité ; on est retombé dans l'incertitude par le raisonnement, dans l'enfance par la vieillesse. »
Aujourd'hui la scène change , tout ce labyrinthe de systèmes philosophiques est transformé en torrents de lumières, en marche rapide et vol sublime vers la région des perfectibilités. C'est surtout en politique industrielle que notre siècle étale cet orgueil ; fier de quelques progrès en matériel, il ne s'aperçoit pas qu'il est en rétrogradation politique, et que sa marche rapide est celle de l'écrevisse qui chemine, mais à reculons. x
L'industrialisme est la plus récente de nos chimères scientifiques; c'est la manie de produire confusément,, sans aucune méthode en rétribution proportionnelle, sans aucune garantie pour le producteur ou salarié de participer à l'accroissement de richesse ; aussi voyons-nous que les régions industrialistes sont autant et peut-être plus jonchées de mendiants que les contrées indifférentes sur ce genre de progrès.
Il importe de dissiper dès la préface les illusions d'intfustria-
lisme ou abus de l'industrie , parce qu'elles sont le régime le plus opposé à la politique sociétaire, qui a pour base :
L'attraction industrielle, la répartition proportionnelle,
L'économie de ressorts, l'équilibre de population, et autres règles dont s'éloigne en tous sens le système industrialiste, production désordonnée, sans garantie de justice distributive.
Jugeons ici les systèmes par les résultats : c'est l'Angleterre qui est le point de mire , le modèle proposé aux nations, l'objet de leur jalousie ; pour apprécier le bonheur de son peuple, je vais m'étayer de témoignages irrécusables.
Assemblée des maîtres artisans de Birmingham , 24 mars 4 827. Elle déclare « que l'industrie et la frugalité de l'ouvrier ne » peuvent pas le mettre à l'abri de la misère , que la masse des » salariés employés à l'agriculture est nue , qu'elle meurt réelle** » ment de faim dans un pays où il existe surabondance de vi~ » vres.» Aveu d'autant moins suspect, qu'il part de la classe des maîtres d'ateliers intéressés à rédimer le salaire des ouvriers, et à déguiser leur misère.
Voici un second témoin également intéressé à dissimuler le côté faible de sa nation ; c'est un économiste, un industrialiste, qui va dénoncer sa propre science.
Londres, chambre des communes, 28 février 4826.
M. H u skis son, ministre du commerce, dit : « nos fabriques » de soierie emploient des milliers d'enfants qu'on tient à l'attache » depuis trois heures du matin jusqu'à dix heures du soir : *> combien leur donne-t-on par semaine ? un schelling et demi, » trente-sept sous de France , environ cinq sous et demi par » jour, pour être à l'attache dix-neuf heures, surveillés par des » contre-maîtres munis d'un fouet, dont ils frappent tout enfant * qui s'arrête un instant. »
Voilà l'esclavage rétabli par le fait : il est évident que l'excès de concurrence industrielle conduit le peuple civilisé au même degré de pauvreté et d'asservissement que les populaces de Chine et d'Indostan , les plus anciennement célèbres par des prodiges agricoles et manufacturiers.
A côté de l'Angleterre plaçons l'Irlande qui , par double excès en culture outrée et en subdivision des propriétés, est parvenue au même dénûment , où l'Angleterre arrive par double excès en manufactures et grandes propriétés. Ce contraste, dans un même empire, démontre bien le cercle vicieux de l'industrie civilisée*
Les journaux de Dublin (4 826)disent : a II règne ici une épi— » demie parmi le peuple : les malades qu'on amène à l'hôpital » guérissent dès qu'on leur donne à manger. » Leur maladie est donc la faim : il ne faut pas être sorcier pour le deviner, puisqu'ils sont guéris dès qu'ils trouvent à manger. Ne craignez pas que cette épidémie atteigne les grands : on ne verra ni le lord gouverneur, ni l'archevêque de Dublin tomber malades de faim, ce sera plutôt d'indigestion. —
Et dans les lieux où le peuple civilisé ne meurt pas de faim pressante , il meurt de faim lente par les privations, de faim spéculative qui l'oblige à se nourrir de choses malsaines, de faim imminente en s'excédant de travail, en se livrant par besoin à des fonctions pernicieuses, à des fatigues outrées d'où naissent les fièvres, les infirmités : c'est toujours aller à ta mort par la famine.
Et quand il ne souffre pas de la faim, de quoi subsiste-t-il ? Pour en juger il faut voir de près comment se nourrit le paysan français, même dans les provinces dont on vante la fertilité. Huit millions de Français ne mangent pas de pain, n'ont que des châtaignes ou autres pauvretés : vingt-cinq millions de Français n'ont pas de vin, et pourtant on est obligé, par surabondance, de jeter aux égoûts des récoltes entières.
Voilà le vol sublime de l'industrie vers la perfectibilité ; et cependant chaque année voit éclore une douzaine de philosophies nouvelles sur la richesse des nations : que de richesses dans tes livres, que de misère dans les chaumières !
A ces illusions , opposons les réalités : est-ce un vol sublime que la situation de Londres, qui, tout en participant au secours annuel de deux cents millions accordés aux indigents, contient encore
417,000 pauvres connus à la charge des paroisses, 4 \ 5,000 pauvres délaissés , mendiants , filous, vagabonds, parmi lesquels on remarque :
3,000 receleurs dont l'un est riche à vingt millions, 3,000 Juifs distribuant de la fausse monnaie, excitant les valets à voler leurs maîtres, les fils à voler leurs pères.
Total... 232,000 pauvres dans la ville qui est le grand foyer de l'industrie La France marche à cette misère : Paris a 86,000 pauvres connus , et peut-être autant d'inconnus. Les ouvriers
CERCLE VICIEUX DK L*IXDCSTRIE CIVILISEE. 3f
français sont si misérables , que dans les provinces de haute industrie comme la Picardie, entre Amiens, Cambray et Saint- Quentin , les paysans, sous leurs huttes de terre, n'ont point de lit ; ils se forment une couchette avec des feuilles sèches qui, pendant l'hiver, se changent en fumier plein de vers ; de sorte qu'au réveil, les pères et les enfants s'arrachent les vers attachés à leur chair. La nourriture , dans ces huttes, est de mémo élégance que le mobilier. Tel est l'heureux sort de la belle France. On citerait une douzaine de ses provinces où la misère est au même degré , Bretagne, Limousin, haute Auvergne, Cévennes, Alpes, Jura, Saint-Etienne, et même dans la belle Touraine, dite jardin de la France.
A cela les industrialistes répondent qu'il faudrait répandre les lumières , l'instruction , eh I que sert-elle à des misérables qui n'ont pas de quoi subsister ? elle les poussera à la révolte.
Cette dégradation de l'humanité engendre l'athéisme ; il s'accroît en raison des progrès de l'industrie civilisée ; elle semble une dérision de la nature contre l'humanité : l'athéisme est le résultat nécessaire d'une civilisation trop longtemps prolongée, et donnant un vaste essor à l'industrie avant de connaître la méthode de répartition proportionnelle et garantie de minimum au peuple ; en d'autres termes , connaître le code naturel ou divin sur les relations industrielles.
Dieu fait des codes sociaux pour les insectes même ; aurait-il pu manquer à en faire un pour le genre humain, bien plus digne de sa sollicitude que les abeilles, guêpes, fourmis! Aurait-il donc créé les passions et les éléments de l'industrie, sans savoir à quel ordre il les destinait ? Il serait dans ce cas plus imprudent que nos ouvriers mêmes ; car un architecte qui rassemble des matériaux de construction , ne manque pas de faire préalablement le plan de l'édifice auquel il veut les employer.
Dieu a dû prévoir l'impéritie de nos législateurs, des Solon, des Justinien , des Montesquieu , des Target. Si ces hommes se croient capables de faire des codes sociaux, Dieu à plus forte raison sait en faire , ils n'ont pour appui de leurs lois que la contrainte, les sbires et les gibets; Dieu aurait pour appui des siennes l'attraction dont il est seul distributeur. Cent autres indices faisaient pressentir l'existence du code divin , il fallait donc en mettre au concours la recherche, et déterminer d'abord la méthode à suivre dans celte investigation.
Le code divin, pour être méthodique, doit statuer avant tout ■sur l'industrie qui est fonction primordiale, l'administration ne naît qu'à la suite : il fallait don chercher les lois de Dieu sur l'industrie , l'ordre qu'il a assigné aux travaux agricoles et do-
Les publiristes au contraire ne se sont occupés pendant trois mille ans que du gouvernement, que des abus administratifs et religieux ; ils ont commencé depuis un siècle seulement à traiter de l'industrie, sans songer à en corriger les désordres. Soit inadvertance, soit erreur systématique, il est certain qu'ils en ont prôné les deux vices radicaux, morcellement industriel et fraude commerciale fardée du nom de libre concurrence.
La science est donc en fausse route ; au lieu de s'occuper à combattre les vices des deux branches dites agriculture et commerce , elle ne s'exerce que sur les deux branches dites gouvernement et sacerdoce , auxquelles on ne peut pas toucher sans causer des commotions et souvent des redoublements d'abus; tandis qu'en corrigeant , par le système sociétaire, les vices du régime agricole et commercial, on opérerait en plein accord avec l'autorité, qui trouverait bien son compte dans le quadruplement de produit et dans la cessation de toutes les querelles de parti : elles seront regardées en pitié, dès qu'on aura passé au bonheur sociétaire.
Après cet exposé des vices généraux de l'industrie et de la science, il reste à parler des vices de détail et des erreurs de système. #C'est un sujet qui exigerait un volume ; j'en vais donner seulement l'aperçu.
Nos économistes, confus de voir la ténacité et même le progrès de l'indigence , commencent à soupçonner que leur science est en fausse route ; un débat s'est engagé dernièrement sur ce sujet entre MM. Say et Sismondl : le second, revenant de visiter les prodiges d'outre-mer, a déclaré que l'Angleterre et l'Irlande, avec leur industrie colossale, ne sont que de vastes amas de pauvres ; que l'industrialisme n'est jusqu'à présent que la région des chimères. M. J.-B. Say a répliqué pour l'honneur de la science ; mais à parler net, l'économie politique a été désorientée par la crise pléthorique de 4826; elle cherche à se justifier . Déjà l'on voit de* chefs d'école, tels que feu Dugald Stewart. dire que la science
est bornée au rôle passif, que sa tâche est limitée à l'analyse du mal existant.
C'est agir comme un médecin qui dirait au malade : « Mon » ministère consiste à faire l'analyse de votre fièvre, et non pas à » vous en indiquer les moyens curatifs. » Un tel médecin nous semblerait ridicule ; c'est pourtant le rôle que veulent prendre aujourd'hui quelques économistes qui , s'apercevantque leur science n'a su qu'empirer le mal, et embarrassés d'en trouver l'antidote, nous disent comme le renard atf bouc :
« Tâche de t'en tirer et fats tous tes efforts. »
Si l'on admet ce rôle passif, cet égoïsme par lequel ils croient excuser l'impéritie de la science, ils seront encore très en peine de tenir parole, de donner l'analyse du mal ; parce qu'ils ne veulent pas en avouer l'étendue, confesser que tout est vicieujc dans le système industriel, qu'il n'est en tout sens qu'un monde à rebours. Jugeons-en par un demi-aveu échappé récemment à M. de Sismondi : il a reconnu que la consommation s'opère en mode inverse^ qu'elle se fonde sur les fantaisies des oisifs, et non sur Je bien-être du producteur; c'est déjà un premier pas vers la sincérité analytique. Mais le mécanisme inverse est-il borné à la consommation ? n'est-il pas évident
Que la circulation eU inverse, opérée par les intermédiaires nommés marchands, négociants qui, devenant propriétaires du produit, rançonnent le producteur et le consommateur, et sèment les désordres dans le système industriel par leurs menées d'accaparement, agiotage, fourberie, extorsion, banqueroute, etc. ;
Que la concurrence est inverse, tendant à la réduction des salaires, et conduisant le peuple à l'indigence par les progrès de l'industrie : plus elle s'accroît, plus l'ouvrier est obligé d'accepter à vil prix un travail trop disputé ; et d'autre part plus le nombre des marchands s'accroit, pius ils sont entraînés à la fourberie par la difficulté des bénéfices.
Voilà déjà trois ressorts dirigés en mode inverse , dans le mécanisme industriel ; j 'en compterai facilement trente (voyez 6e section) : pourquoi n'en avouer qu'un, celui de la consommation inverse?
L'industrie présente une subversion bien plus saillante, c'est la contrariété des deux intérêts collectif et individuel. Tout industrieux est en guerre avec la masse , et malveillant envers elle par intérêt personnel. Un médecin souhaite à ses con-
34 nuêiàce.
citoyens de bonnes fièvres, et un procureur, de bons procès dans chaque famille. Un architecte a besoin d'un bon incendie, qui réduise en cendres le quart de la ville, et un vitrier désire une bonne grêle qui casse toutes les vitres. Un tailleur, un cordonnier ne souhaitent au public que des étoffes de faux teint et des chaussures de mauvais cuir, afin qu'on en use le triple, pour le bien du commerce : c'est leur refrain. Un tribunal croit opportun que la France continue à commettre chaque année cent vingt mille crimes et délits à procès, ce nombre étant nécessaire pour alimenter les cours criminelles. C'est ainsi qu'en industrie civilisée tout individu «st en guerre intentionnelle avec la masse; effet nécessaire de l'industrie anti-sociétaire ou monde à rebours. On verra disparaître ce ridicule dans le régime sociétaire, où chaque individu ne peut trouver son avantage que dans celui de la masse entière.
De tous les indices qui devaient faire suspecter l'industrie actuelle, 11 n'en est pas de plus frappant que celui de l'échelle simple en répartition. J'entends par simple, une échelle qui ne croit que d'un côté et non de l'autre : en voici un exemple adapté aux cinq
pauvre, gênée, moyenne, aisée, riche.
La ligne A représente l'origine des sociétés où la différence des fortunes était peu saillante, où la classe pauvre, figurée par zéro, n'existait pas.
A mesure que la fortune publique s'accroît, comme on le voit aux lignes B, C, D, E, il faudrait que la classe pauvre y participât selon la proportion indiquée dans chacune de ces lignes, c'està-dire , que dans un degré de richesse E , le riche ayant cent vingt-huit francs à dépenser par jour, le pauvre aurait au moins huit francs : dans ce cas l'échelle serait composée, croissant proportionnément pour les cinq classes, et sans égalité.
Mais en civilisation l'échelle ne croissant que d'un côté, la classe pauvre en reste toujours à zéro, de sorte que si la richesse est parvenue au cinquème degré E, la classe riche obtient bien son lot
de cent vingt-huit, et la pauvre , zéro seulement; car elle a toujours moins que le nécessaire; de sorte que l'échelle civilisée suit la ligne transversale 0, 2, 8, 32, 4 2&; et la multitude ou classe pauvre, loin de participer à l'accroissement de richesse, n'en recueille qu'un surcroit de privations ; car elle voit une plus grande variété de biens dont elle ne peut pas jouir ; elle n'est pas même assurée d'obtenir le travail répugnant qui fait son supplice, et qui ne lui offre d'autre avantage que de ne pas mourir de faim.
Sous ce rapport, les peuples .fainéants, comme l'Espagnol, sont plus heureux que les laborieux, car l'Espagnol est assuré de trouver du travail quand il lui plaira d'en accepter. Le Français, l'Anglais, le Chinois ne jouissent pas de cet avantage.
Je n'en conclus pas que le régime social de l'Espagne soit louable, tant s'en faut; je veux seulement arriver au but qu'indique le titre de cet article , démontrer que tout est cercle vicieux dans l'industrie morcelée ou civilisée ; elle crée , par ses progrès, les éléments du bonheur, mais non pas le bonheur ; il ne pourra naître que du régime d'attraction industrielle et répartition proportionnelle, selon la ligne E. Cette répartition est impossible, tant que l'industrie est répugnante; il faut que le peuple reste dans l'extrême dénûment pour consentir à l'exercer. D'ailleurs, la civilisation produisante peine le quart de ce que produira l'association, et peuplant outre mesure, il serait impossible d'assurer à ' ses fourmilières de populace un lot de minimum, ou honnête nécessaire.
On a si bien reconnu ce cercle vicieux de l'industrie, que de toutes parts on commence à la suspecter, et s'étonner que la pauvreté naisse en civilisation de l'abondance même. Je viens de décrire cinq vices , dont chacun isolément suffirait à produire ce désordre ; qu'est-ce donc lorsque les cinq vices agissent tous à la fois , et concurremment avec une cinquantaine d'autres non encore cités ? (Voyez 6e section.)
Après avoir constaté la nécessité d'un sort malheureux pour le peuple civilisé, remarquons que le progrès de l'industrie n'ajoute que peu ou point au bonheur des riches. Aujourd'hui la bourgeoisie de Paris a de plus beaux meubles , de plus beaux colifichets que n'en avaient les grands du dix-septième siècle ; qu'est-ce que cela ajoute au bonheur? Nos dames, avec leurs schalls-cachemin», sont-elles plus heureuses que n'étaient les Se vigne, les Ninon? .L'on voit à.présent les petits bourgeois de Paris servis en porce-
aine dorée ; sont-ils plus heureux que les ministres de Louis XIV, (es Colbert, les Louvois, qui avaient de la vaisselle de faïence ?
Il y a sans contredit jouissance réelle dans les perfectionnements commodes et salutaires, comme la soupente des voitures ; mais on est blasé au bout d'une semaine sur les raffinements de luxe visuel comme la porcelaine ; ils ne servent qu'à irriter la convoitise du pauvre, qui s'imagine que la classe riche trouve un grand bonheur dans la possession de ces hochets. Ils ne seront utiles que dans l'ordre sociétaire, où ils auront la double propriété de stimuler l'attraction industrielle, et de multiplier les accords de passions qui sont une jouissance bien réelle, et qui s'étendront au pauvre comme au riche, malgré l'extrême inégalité des fortunes. Alors le plus pauvre des hommes aura beaucoup plus-de jouissances que n'en a aujourd'hui le plus opulent monarque, parce que l'ordre, nommé Séries passionnées, crée les concerts sociaux ou plaisirs de l'âme, qui aujourd'hui sont à peu près inconnus des grands, et il élève les raffinements sensuels a une perfection dont le monde civilisé ne peut se former aucune idée.
L'industrie civilisée ne peut donc , je le répète, que créer les éléments du bonheur, mais non pas le bonheur. Il sera au contraire démontré que l'excès d'industrie conduit la civilisation à de très-grands malheurs, si on ne sait pas découvrir les moyens de progrès réel en échelle sociale. J'ai dit que notre politique n'avance qu'à la manière de l'écrevisse, tout en se vantant de progrès rapides. Ce sera un sujet assez digne de curiosité que l'analyse de *ctte rétrogradation à laquelle concourent les deux partis opposés,
Libéraux et industrialistes,
Obscurants et absolutistes.
La différence entre eux est que le parti obscurant ne nie pas -qu'il tend à ressusciter le dixième siècle, tandis que le parti libéral se flatte de conduire à la perfection. C'est faux : il tend, par double voie, à faire rétrograder le char ; on verra dans les chapitres spéciaux, que' la science n'a pas su élever l'état civilisé au seul progrès dont il était susceptible, c'était t ascension en Quatrième phase.
Chacune des périodes sociales, dite civilisée, barbare, patriarchale, sauvage ou autre, se subdivise en quatre phases analogues aux quatre âges de la vie ; ce sont 4° l'enfance, 2° l'adolescence, 3° la virilité, 4° la caducité. La quatrième phase, dite caducité , est parfois un progrès utile ; on en peut juger par l'Egypte, qui, en
CERCLE VICIEUX DE I.'lNDUSTR.R CIVILISÉE. 37
adoptant la tactique militaire, l'art nautique et les sciences fixes, entre en barbarie caduque ou barbarie de quatrième phase, conduisant peu à peu à la première phase de civilisation. C'est donc un progrès réel, de même qu'une nuit avancée est un acheminement vers le jour.
Si la civilisation savait passer de sa troisième phase, qui est l'état actuel, à sa quatrième phase qui n'est pas encore' née , ce serait un changement très-favorable, car on se rapprocherait de la période suivante, celle des garanties sociales, qui est l'échelon supérieur et contigu à la civilisation. Les garanties sont le bien que rêvent tous les philosophes, sans savoir y atteindre en aucun sens : pour s'élever aux garanties, il faut sortir de la civilisation, et monter à l'échelon suivant ; nos sciences, loin d'avoir su nous élever ainsi de période en période, n'ont pas même pu nous faire avancer dans la carrière civilisée, nous élever au moins de la troisième à la quatrième phase, dont j'expliquerai le mécanisme en 7e section.
Remarquons à ce sujet qu'après tant d'études sur la civilisation, l'on n'a pas encore songé à en faire l'analyse régulière, la décomposition en quatre phases, en assignant à chacune ses caractères spéciaux qui constituent la phase, tel que anarchie mercantile dans la troisième ; et en classant les caractères généraux qui régnent dans le cours des quatre phases, comme ligue des gros voleurs pour faire pendre les petits ; puis les caractères d'engrenage qui sont empruntés d'autres périodes : tel est le code militaire, qui est un emprunt sur la période inférieure, dite barbarie ; tandis que le régime des monnaies, seule relation où règne la garantie de vérité, est un emprunt sur la période supérieure, celle des garanties solidaires, qui n'est pas encore née.
En considérant que nos sciences ont oublié l'analyse de la civilisation, première étude qu'indiquait l'ordre méthodique, peut-on s étonner qu'elles aient négligé beaucoup d'autres études, formant des sciences neuves et vastes, comme les suivantes, que je place en regard des classes de savants à qui elles sont attribuées :
Moralistes L'analyse de la civilisation.
Politiques La théorie des garanties solidaires. ,
Economistes des approximations sociétaires. '
Métaphysiciens de l'attraction passionnée.
Naturalistes... de l'analogie universelle.
Lorsque chaque classe d:> savants manque ainsi sa tâche primordiale, il n'est pas surprenant qu'elle oublie de moindres détails.
comme l'analyse du cercle vicieux de l'industrie qui , dans son système , pèche évidemment contre les quatre bases de sage politique , savoir :
Attraction industrielle applicable aux trois classes rétives, les enfants, les sauvages, les riches oisifs.
Répartition proportionnelle satisfaisant chacun en raison de ses trois facultés, capital, travail et talent.
Equilibre de population maintenue au-dessous du nombre qui amènerait la gène des classes inférieures.
Economie de ressorts, ou réduction la plus grande des improductifs, commerçants et autres, dont le nombre est aujourd'hui si énorme, qu'il comprend les deux tiers des civilisés.
Les industrialistes esquivent ces problèmes, et cent autres qu'on pourrait proposer à ceux qui se flattent de perfectionner le système social par un progrès de la culture morcelée et de l'anarchie mercantile ou concurrence de fourberie. Les écrivains ne savent qu'encenser les vices dominants pour se dispenser d'en chercher le remède : sur les questions fondamentales, comme l'équilibre de population, l'on voit la science passer outre, en disant qu'on n'y peut rien comprendre. C'est ainsi que Stewart débrouille cette ^énigme de l'exubérance de populace, énigme reprise après lui par Wallace et Malthus, qui n'y ont pas compris davantage.
Les questions de politique sociale seront toutes insolubles, tant qu'on voudra spéculer sur le régime civilisé qui est un labyrinthe intellectuel, un cercle vicieux en tous sens ; mais que ne s'exerçaiton à inventer une nouvelle société ? C'était là une belle carrière pour tant d'écrivains qui se battent les flancs à chercher un sujet neuf.
Et lorsque par hasard ils mettent la main sur quelque idée îeuve, comme celle d'association industrielle, ils se hâtent de f obscurcir et l'embrouiller, en y accolant leurs vieux sophisme» jusqu'aux plus ridicules, comme la communauté des biens, la douce fraternité des vrais philantropes, tous unis & opinion*
Loin de ces fadeurs morales que met en jeu la secte Owen, il faut, en régime sociétaire, autant de discords que d'accords : c'est même par les discords qu'on doit débuter ; et, pour former une phalange de séries passionnées (un canton fle sociétaire de 1,800 personnes), il faut faire éclater au moins cinquante mille discords, avant d'organiser les accords. On peut juger par là /combien notre siècle était loin des routes de l'association, en ap-
portant à cette étude tous les faux jugements de la morale sur les passions et les votes d'harmonie sociale.
L'industrialisme étant, je l'ai dit, la plus récente de nos illusions scientifiques et la plus accréditée , j'ai dû la réfuter avant d'entrer en matière, en désabuser les partisans, leur montrer le cercle vicieux de ses efforts mal dirigés, de cette industrie opérant sansbut ni méthode.
Mais pourquoi tant d'impéritie chez des hommes si savants, si habiles écrivains ; pourquoi leur beau talent n'a-t-il abouti qu'à nous jeter deCharybde en ScyMal C est qu'ils marchent sans boussole dans un labyrinthe.
Rappelons à ce sujet leur principe sur l'analogie (Schelling cité précédemment). S'il existe unité et analogie dans le système de la nature, nous devons avoir en politique deux boussoles comme ei* matériel. Les navigateurs ont, pour se diriger, l'aiguille aimantée* et les astres ; il faut que la politique sociale ait de même ses deux guides, sa boussole et sa contre-boussole. Il n'y aurait plus d'unité de système ni d'analogie, si Dieu n'avait pas pourvu le monde social comme le monde matériel de deux guides pour diriger sa marche. Avant de designer ces deux boussoles sociales , il faut faire entrevoir leur absence et les efforts de l'esprit humain pour les découvrir, soit en industrie, soit en administration.
En industrie. Je choisis pour indice les vocations naturelles et l'art de les faire éclore. C'est un art profondément inconnu ; on en ' va juger par un fait récent.
Un jeune charretier de 23 ans conduisait des métaux à l'usinede MM. Manby et Vilson , à Cbarenton. L'aspect de cet atelier, qu'on diteflrayant, le charma et développa sa vocation, son attraction industrielle méconnue jusque-là de ses parents et de lui» même ; il s'engagea dans ce genre de travail, et il y fit un progrès si rapide, qu'au bout d'un an il put remplacer un ouvrier très-précieux qu'on payait vingt-deux francs par jour.
Dans ce petit événement , que de griefe contre nos méthode» industrielles , nos théories d'éducation , de perfectionnement et étude de l'homme 1 Pourquoi ne savent-elles pas discerner et faire éclore dès le bas âge les vocations industrielles de chaque entent, l'appliquer aux divers emplois où la nature l'appelle? Voilà ce qui est impossible à la civilisation ; elle veut faire de Métastase,
un portier ; de J.-J Rousseau et de Franklin, deux ouvriers obscurs. Ce n'est que par des coups de hasard infiniment rares, qu'on voit quelques industrieux sauvés de cette absorption, et placés souvent très-tard au poste que l'instinct leur assignait : ce charretier ne trouva le sien qu'à vingt-trois ans, et ce fut par effet du hasard.
Il est donc évident qu'il nous manque une boussole , une clé pour déchiffrer ce grimoire des attractions et vocations industrielles ou scientifiques : on ne peut les faire éclore que par emploi des Séries passionnées, qui sont la boussole principale en toute bran che de mécanique sociale et surtout en éducation.
Le problème qui va être résolu sur ce sujet est de faire éclore non pas une mais vingt vocations, chez tout enfant âgé de trois ans ; dès l'âge de quatre ans il devra figurer déjà très-adroitement dans une vingtaine de Séries industrielles , et y gagner plus que ses frais de nourriture et entretien ; y exercer alternativement toutes ses facultés matérielles et intellectuelles , donner à toutes un essor complet.
Au lieu de vingt vocations écloses et en plein exercice à l'âge de quatre ans, on ne trouve souvent, chez le civilisé, aucune vocation éclose à vingt ans. S'il est plébéien, ses parents l'appliquent forcément à un travail hors d'instinct, où il végétera, car tout individu devient un pauvre sujet quand il n'est pas au rôle que là nature lui assigne. S'il est de la classe aisée, il n'aura peut-être pas un état à trente ans; sur cent jeunes gens qu'on envoie aux universités, aux écoles de droit et de médecine, il en est à peine vingt qui réussissent.
L éclosion des vocations, l'art de les développer dès le bas âge, est l'écueil de nos sciences ; il dénote que nous n'avons point de boussole en direction des instincts, même en exercice de l'agriculture ; elle est présentée aux enfants villageois, de manière à n'exciter que leur répugnance. Nos sciences, en éducation industrielle comme en tout, sont visiblement hors des voies de la nature ou attraction ; et il est clair qu'il faut recourir à une science neuve , pour obtenir une boussole de direction industrielle : c'est la Série passionnée. Quand elle est régulièrement formée selon les règles que j'exposerai en \ Te section , l'homme , depuis le berceau jusqu'à l'âge décrépit, est toujours entraîné aux fonctions où il peut servir à la fois l'intérêt public et le sien, et donner la plu» sage direction à ses facultés corporelles et intellectuelles.
Il est une seconde boussole sociale à déterminer, car la nature n'en donne pas une seule, mais deux en tous genres : elle nous doit donc la contre-boussole en mécanique sociale. Je vais d'abord en signaler l'absence :
En administration. L'instinct nous a fait découvrir le germe des garanties naturelles (garantie de vérité et d'économie), et l'on n'a su l'appliquer qu'au système des monnaies , seule relation où régnent la vérité et l'économie. Or qu'est-ce que le système des monnaies? C'est une régie fiscale à deux contre-poids formés par le change et l'orfèvrerie : leur concurrence maintient le gouvernement dans les voies d'économie et de vérité ; c'est donc le système qu'il aurait fallu appliquer à tout l'ensemble du mécanisme commercial et administratif, pour y introduire les garanties d'économie et de vérité.
Le régime des monnaies est un monopole, mais un monopole composé, à double contre-poids ; en cela il diffère pleinement du monopole simple comme celui des tabacs, qui est l'arbitraire sans contre-poids.
Nous avons donc sous la main une des deux boussoles sociales, c'est le monopole composé que l'instinct a fait découvrir à tous les gouvernements ; ils n'ont pas su l'appliquer au commerce, et s'en emparer pour le bien des peuples qui ont besoin d'une garantie de vérité et d'économie dans le mécanisme de circulation.
Dupe des sophismes de liberté , l'administration s'est laissée frustrer de la plus belle portion de son domaine : elle abandonne le commerce aux particuliers , à la concurrence de fourberie, à l'anarchie mensongère et complicative.
Laquelle des deux méthodes est préférable, ou de la garantie qui règne dans le monopole des monnaies, ou de la liberté anarchique du commerce qui augmente chaque jour le nombre de ses agents, l'absorption de capitaux, les entraves de fourberie et la complication de mécanisme? Pour en juger, il faudrait mettre pendant quelque temps la monnaie en régime commercial , en libre concurrence. L'on aurait bientôt dans chaque empire vingt mille fabricants de monnaie , qui en tprolestant de leur loyauté selon l'usage commercial, distribueraient à l'envi des monnaies 4e faux titre : toutes les transactions seraient entravées, l'industrie tomberait dans le chaos.
De là il est évident que la garantie industrielle réside dans le monopole composé ou régie fiscale à double contre-poids , et
que le régime de concurrence mensongère est l'absence de toute garantie. C'est donc le monopole composé qui est la deuxième boussole sociale ; son application au commerce nous aurait ouvert une issue de civilisation et nous aurait élevés à la période des garanties solidaires , qui est l'échelon intermédiaire entre Tétat civilisé et Tétat sociétaire.
Ainsi nos philosophes dans leurs rêves de garantie sociale, vont chercher bien loin le trésor qu'ils ont sous la main , et dont ils voient le germe dans la plus remarquable de nos relations, celle des monnaies, exercée par monopole à double contre-poids. Ils ont sur les contre-poids sociaux des idées confuses ; ils raisonnent sans cesse de balance, contre-poids, garanties, équilibre ; mais héritiers des travers de la philosophie ancienne, ils veulent introduire dans l'administration ces contre-poids qu'il faut placer dans l'industrie.
Cette fausse marche ne peut amener que des désordres : les gouvernements qu'on veut enchaîner par des constitutions, résisteraient toujours .avec plein succès. La réforme ne doit porter que sur l'industrie. Dès qu'elle sera organisée en mécanisme de garantie ou d'association, tout gouvernement trouvera son intérêt à réprimer les abus qu'il protège en civilisation.
C'est donc sur l'industrie seule que les réformateurs auraient <lû porter leurs vues ; et pour se diriger dans cette carrière, il aurait fallu faire usage de l'une des deux boussoles :
Ou du Monopole à double contre-poids, qui existe déjà en germe, et qui , par son extension, aurait conduit à la période des garanties sociales;
Ou des Séries passionnées : dont l'invention plus difficile aurait conduit à l'association, destin ultérieur de l'humanité. (Les garanties ne sont qu'une transition, un état mixte entre la destinée malheureuse dite civilisation et la destinée heureuse ou état sociétaire.)
L'invention du monopole compose était mieux adaptée à l'esprit de notre siècle , qui se bat les flancs pour lutter contre un monopole simple exercé par l'Angleterre sur le commerce maritime. Cette tyrannie industrielle serait tombée comme toutes les autres devant le monopole composé, et l'Angleterre même y au-^ rait trouvé du bénéfice. Cette invention eût illustré la science dite économie ou économisme, qui préfère lâcher piedj et prétend que sa tâche se borne à l'analyse de l'ordre existant : que n'a-t-
CERCLE VICIEUX DE l'iXDCSTRIE CIVILISEE. 43*
elle tenu au moins cet engagement, en donnant l'analyse du commerce qui nous aurait révélé d'étranges turpitudes ! (Voyer cfaap. 43 et 44.) On en aurait conclu à la réforme de ce cloaque de vices, de ce mécanisme inepte qui, par le concours de soixante caractères malfaisants, tels que les cinq déjà cités , consommation inverse, circulation inverse, concurrence inverse, etc., fait de l'industrie un trébuchet pour les peuples , et augmente à la fois leur misère et leur dépravation. L'on prétend que les hommes ne sont pas plus faux qu'ils n'étaient jadis ; cependant on pouvait, il y a un demi-siècle , se procurer à peu de frais des étoffes de bon teint et des comestibles naturels ; aujourd'hui l'altération, la four* berie dominent partout. Le cultivateur est devenu aussi fraudeur que l'était jadis le marchand. Laitages, huiles, vins, eaux-de-vie, sucre, café, farines, tout est falsifié impudemment. La multitude pauvre ne peut plus se procurer de comestibles naturels ; on ne lui vend que des poisons lents, tant l'esprit de commerce a fait de progrès jusque dans les moindres villages.
Lorsque le parti obscurant s'autorise de ce résultat pour motiver ses vues de rétrogradation , il peut se croire bien fondé, surtout depuis la crise pléthorique de 4826. Toutefois c'est une ressource méprisable et dangereuse que l'obscurantisme dans lesconjonctures présentes ; il était un rôle brillant dont les adversaires du libéralisme n'ont pas su s'emparer; ils auraient dû faire ce que les libéraux ne savent pas faire, avancer en échelle sociale, opérer un progrès réel par la réforme du système commercial r opération très-facile qui, en France, donnerait un revenu de deux cents millions au fisc, et d'un milliard à la nation ; puis un avantage plus précieux encore, la garantie de vérilé et d'économie dans le mécanisme de circulation que l'anarchie actuelle complique au degré scandaleux : depuis un demi-siècle, le commerce & élevé au quadruple le nombre de ses agents , pour un travail qui n'a que peu ou point varié; la. fourberie s'est accrue en même rapport ainsi que l'absorption de capitaux.
Si les obscurants avaient su inventer cette opération, appliquer au commerce le système monétaire, le monopole composé ou* régie fiscale à double contre-poids , ils auraient enlevé aux libéraux la faveur de l'opinion, et auraient pu leur dire : « C'est nous- » qui conduisons l'état social au perfectionnement : vous ne sa- » viez que le faire rétrograder en vous prosternant aux pieds du » veau d'or, en prostituant votre faconde à encenser un régime
» d'anarchie et de fourberie mercantile, au lieu de vous évertuer » à chercher le mode commercial véridique. »
Terminons en remarquant que les sophistes qui prétendent fonder l'association ou qui écrivent sur ce sujet, n'ont aucune connaissance des deux boussoles, pas même de la deuxième dite monopole ,à double contre-poids, qui est au milieu de nous comme un diamant inaperçu et foulé aux pieds. '
D'autre part ces praticiens et théoriciens tombent tous dans le vice d'irréligion scholastique, l'erreur d'attendre de la raison humaine dite législation , des connaissances qu'il faut demander a la raison divine, par étude de l'attraction ou loi naturelle.
Au lieu d'incliner à cette étude , on voit les réunions soi disant sociétaires s'engager dans la controverse politique et religieuse. Quelques uns en viennent presque à faire scission avec Dieu ; tels sont les Owénistes qui lui retranchent le culte public. Il suffirait de cette pitoyable innovation pour prononcer, même avant de connaître leurs dogmes et méthodes, qu'ils n'ont aucune connaissance en association.
S'ils avaient entrevu en quelque point ce mécanisme, ils sauraient que dans l'état sociétaire, l'amour de Dieu devient passion ardente chez tous les humains : jouissant à chaque instant de nouveaux plaisirs, et voguant sur un océan de délices, ils éprouveront le besoin d'adresser à toute heure des hommages au créateur d'un si bel ordre. Loin de se ralentir dans l'exercice du culte divin, ils s'en feront un charme habituel. Les assemblées religieuses dans les temples ne suffiront pas à leur gratitude -r ils voudront encore, dans les groupes de travail et de plaisir, voir au milieu d'eux quelque emblème du bienfaiteur du monde , l'associer en quelque façon à leur bonheur, et entonner dans toute réunion un hymne à sa louange.
Les athées mêmes, en voyant le chef-d'œuvre de la sagesse divine , l'harmonie des passions et des caractères antipathiques, l'industrie devenue attrayante pour les Sybarites mêmes; les enfants, dès le plus bas âge, entraînés constamment au bien; l'excellence des impulsions données par l'attraction ; les athées, dis-je, en voyant ces merveilles, feront trophée de se rallier à l'esprit religieux"; ils seront les«plus ardents à proclamer la gloire de Dieu et l'opprobre des lois civilisées; elles paraîtront ce qu'elles sont réellement, une œuvre de l'esprit infernal. Ces lois qui n'ont su qu'avilir la vertu, en assurant au vice tous les succès,
ont fait naître les doutes sur la Providence dont on ne voyait aucune empreinte dans les perfidies du régime civilisé, dans les honteux résultats d'une industrie qui fait le supplice des éhres condamnés à l'exercer, et rabaisse l'homme policé bien au-dessous du sauvage et de l'animal.
Je regrette que la nécessité d'abréger m'oblige à supprimer beaucoup de notions préliminaires : il aurait surtout convenu de donner aux savants et artistes un exposé des immenses richesses et du lustre dont ils jouiront dans le nouvel ordre. Ils sont fort enclins à s'ombrager des découvertes, ils craignent qu'une science neuve ne nuise à leur commerce de systèmes. Obligés de ramper pour obtenir quelque chétif émolument, ils traitent de vision l'idée d'un ordre où les savants et artistes figureront aux rangs supérieurs, et gagneront aisément les trésors que l'état civilisé ne donne qu'aux agioteurs et aux intrigants.
Quelle est leur duperie de se passionner pour un ordre de choses où ils occupent le dernier rang , car il n'est rien de plus asservi, bâillonné, humilié que les savants et artistes 1 Ils vantent l'auguste vérité comme la meilleure amie des humains ; elle n'est guère amie des philosophes; car, s'ils osent la faire entendre, ils sont dépouillés ou persécutés , comme les Villemain, Lacretelle, Michaud, les Legendre, Tissot, Lefèvre-Gineau, etc.
Je m'engage à leur démontrer que, dans l'état sociétaire où ils jouiront d'une pleine liberté, il leur sera plus aisé de gagner des millions qu'aujourd'hui des mille francs, et que le moindre magister de village y deviendra un homme précieux , à plus forte raison les hommes capables de diriger en quelque branche l'école normale d'une province. Il faut, dans l'état sociétaire, que le peuple soit éclairé, initié aux sciences et aux arts; c'est un moyen de fortune générale : dès-lors les obscurants actuels seront empressés de répandre l'instruction.
Les tableaux de cette fortune prochaine des savants seraient trop éblouissants pour des hommes façonnés au mal-être ; ils soupçonnent toujours de l'exagération, et croient que je mets, comme les financiers, des zéros de trop ; il n'en est rien, tout sera bien arithmétiquement démontré : loin d'enfler les comptes , je suis dans l'ui sage de réduire de mo^ié la somme, et l'on verra qu'une seule
i des nouvelles sciences, r analogie, doit rendre aux auteurs un
bénéfice de cinq à six millions de francs par feuille de seize pages : elle contiendra au moins trois mille volumes de la dimen-
soin de celui-ci, et paraîtra feuille par feuille pour satisfaire l'impatience générale : ce ne sera qu'une branche des profits énormes vque l'état sociétaire assure aux savants et artistes.
Ils ont bonne grâce après cela de s'accrocher à leur mesquin
budget de quatre cent mille francs dans Paris ! C'est imiter un
misérable qui, appelé à recueillir un brillant héritage, habiter un
tiôtel et renoncer à sa cabane, penserait qu'il va mourir de faim ,
* -quand il n'aura plus ses pots de terre et ses cuillers de bois.
On peut excuser les médecins de s'alarmer du magnétisme, parce qu'il réduirait dans divers cas leur domaine sans présenter de compensation ; il n'en est pas ainsi du calcul de l'Attraction, qui est un Pactole pour tous les savants et artistes.
En passant à cette théorie, je ne puis mieux fixer l'attention du lecteur qu'en lui rappelant le but où elle doit nous conduire : 'elle donnera la richesse et de plus le bonheur, qu'on n'obtiendrait pas de la seule richesse , et qui consiste dans le plein développement des passions. C'est un bien dont les plus opulents sont encore très-éloignés ; on va se convaincre que le plus heureux •d'entre eux, tel qu'un monarque puissant, jeune, beau et robuste, ne peut pas parvenir au degré de bonheur dont jouira, dans l'état sociétaire, le plus pauvre des hommes de même âge et même santé. Là se termineront toutes les controverses philosophiques sur le vrai bonheur : on va reconnaître qu'il n'est pas fait pour .ta civilisation , et que les Sybarites les plus vantés sont encore ^infiniment loin du bonheur.