‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 13 sur 124 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Exposé et notion* préparatoire».

il n'est pas de désir plus général que celui de doubler son revenu* par un coup de fortune, comme un riche mariage, un héritage t une sinécure; et si Ton trouvait le moyen d'élever le revenu de chacun, non pas au double, mais au quadruple, en valeur réelle, une telle découverte serait assurément la plus digne de l'attention générale

Tel sera le fruit de la méthode sociétaire naturelle : en France, le produit annuel, estimé six milliards, s'élèvera à vingt-quatre, dès la première année de régime sociétaire; même proportion pour les autres empires

La richesse la plus colossale serait illusoire, si elle n'était soutenue d'un ordre distributif garantissant :

Répartition proportionnelle et participation de la classe pauvre à cet" accroissement de produit ,

Equilibre de la population, dont le progrès illimité neutraliserait bientôt un quadruplement et même un décuplement de richesse effective

Ces problèmes , écueil des sciences modernes , sont pleinement résolus par la découverte du mode sociétaire naturel, dont on va lire un traité abrégé.

Le titre de Nouveau Monde industriel m'a paru le plus exact pour désigner ce bel ordre sociétaire qui, entre autres propriétés, possède celle de créer l'attraction industrielle : on y verra nos oisifs, même les petites maîtresses, être sur pied dès les quatre

heures du matin , en hiver comme en été , pour se livrer avec 1 ardeur aux travaux utiles , au soin des jardins et basses-cours , ■ aux fondions du ménage, des fabriques et autres pour lesquelles le mécanisme civilisé inspire du dégoût à toute la classe riche.

Tous ces travaux deviendront attrayants par l'influence d'une distribution très-inconnue, que je nommerai Séries passionnées, ou Sérifs de groupes contrastés : c'est le mécanisme auquel tendent toutes les passions, le seul ordre conforme au vœu de la nature. Le sauvage n'adoptera jamais l'industrie, tant qu'il ne la verra pas exercée en Séries passionnées.

Dans ce régime, la pratique de lavérUé et de la justice devien- . ,

nent voie de fortune ; et la plupart des vices dégradants selon nos mœurs, comme la gourmandise, deviennent voie d'émulation in- I

dustrielle, de sorte que les raffinements gastronomiques y sont encouragés comme ressorts de sagesse; un tel système est l'opposé j

du mécanisme civilisé qui conduit à la fortune par le mensonge !

et place la sagesse dans les austérités. D'après ce contraste, l'état civilisé où régnent le mensonge et l'industrie répugnante, sera surnommé monde à rebours ; et l'état sociétaire , monde à droit sens , fondé sur l'emploi de la vérité et de l'industrie attrayante.

C'est surtout pour les savants et artistes que le régime sociétaire . sera nouveau monde et monde à droit sens ; ils y obtiendront toute coup l'objet de leurs vœux les plus ardents, une immense fortune , vingtuple et centuple de ce qu'ils peuvent espérer dans l'état civilisé, vrai sentier de ronces pour eux ; ils y sont abreuvés de tous les dégoèis, seumis à toutes les servitudes.

Quant aux autres classes à qui j'annonce le quadruple revenu, eUes vont d'abord me suspecter d'exagération ; mais la théorie sociétaire est si facile à comprendre , que chacun pourra en être juge, etapprécier au plus juste s'il est vrai que la méthode naturelle décrite ici sous le nom de' Séries passionnées , doive donner un produit quadruple de celui de notre industrie morcelée et subdivisée en autant d'exploitations qu'il y a de couples conjugaux.

Un préjugé a de tout temps empêché les recherches sur l'association ; on a dit : « II est impossible de réunir en gestion doroft* » tique trois ou quatre ménages , sans que la discorde ne s'y » manifeste au bout d'une semaine , surtout parmi les femmes : U » est d'autant plus impossible d 'associer trenteou quarante familles, » et à plus fûrierai&on trois ou quatre cents, »

C'est très-faussement raisonné : car si Dieu veut l'économie et

EXPOSÉ ET NOTIONS PREPAItATOMES. S

la mécanique, il n'a pu spéculer que sur l'association du plus grand nombre possible; des lors l'insuccès sur de petites réunions de trois et de trente familles était un augure de réussite sur le grand nombre, sauf à rechercher préalablement la théorie d'association naturelle ou méthode voulue par Dieu , et conforme au vœu do l'attraction , qui est l'interprète de Dieu en mécanique sociétaire. Il dirige l'univers matériel par attraction; s'il employait un autre ressort pour la direction du monde social , il n'y aurait pas unité , mais duplicité d'action dans son système.

L'étude de l'attraction passionnée conduit directement à la découverte du mécanisme sociétaire ; mais si l'on veut étudier l'association avant l'attraction , l'on court le risque de s'égarer pendant des sièclesdans les fausses méthodes, de se rebuter et de croire à l'impossibilité ; c'est ce qui arrive aujourd'hui , où le problème de l'association, qu'on avait négligé pendant trois mille ans, commence enfin à fixer l'attention du monde savant.

Depuis quelques années on écrit sur le mot Association sans connaître la chose, sans mémo déterminer le but du lien sociétaire, les formes et méthodes qu'il doit adopter , les conditions qu'il doit remplir, les résultats qu'il doit donner. Ce sujet a été traité si confusément, qu'on n'a pas même songé à ouvrir un concours sur la marche à suivre dans une étude si neuve. Ce concours aurait , conduit à reconnaître qu'on ne peut pas réussir par les moyens connus, et qu'il faut en chercher d'autres dans les sciences encoro vierges et intactes, surtout dans celle de l'attraction passionnée , science manquee par Newton qui y touchait de près. Démontrons qu'elle est l'unique voie de succès en association.

Si les pauvres, la classe ouvrière, ne sont pas heureux dans l'état sociétaire , ils le troubleront par la malveillance , le vol , la rébellion ; un tel ordre manquera le but, qui est d'associer le passionne, ainsi que le matériel, de concilier les passions, les caractères, les goûts, les instincts et inégalités quelconques.

Mais si pour satisfaire la classe pauvre on lui assure unbien-ètre, l'avance d'un minimum copieux en subsistance, vêtement, etc., ce sera la pousser à la fainéantise; on en voit la preuve en Angleterre où le secours annuel de deux cents millions aux indigents n'aboutit qu'à multiplier le nombre des mendiants.

Le remède à cette fainéantise et aux autres vices qui désorganiseraient l'association, est donc la recherche et la découverte d'un mécanisme d'attraction industrielle , transformant les travaux en

plaisirs, et garantissant la persistance du peuple au travail, cl le recouvrement du minimum qu'on lui aura avancé.

D'après ces considérations, si Ton eût voulu procéder méthodiquement en théorie sociétaire , il eût fallu avant tout mettre au concours l'étude de 1 attraction passionnée , par analyse et synthèse, afin de découvrir si elle fournit des ressorts d'attraction industrielle. Telle devait être la marche régulière que n'ont pas entrevue ceux qui ont écrit vaguement et superficiellement sur l'association. S'ils eussent étudié l'attraction, ils auraient découvert la théorie des Séries passionnées, sans laquelle il est impossible de fonder le mécanisme sociétaire, car on ne peut pas sans les Séries passionnées remplir les conditions primordiales, telles que Attraction industrielle, Répartition proportionnelle , Equilibre de population.

Outre les écrits, on a fait des tentatives pratiques en association , des essais en Amérique et en Angleterre. Une secte dirigée par M. Owen prétend qu'elle fonde l'état sociétaire ; elle fait tout le contraire : elle travaille à décréditer l'idée d'association, par la fausseté de sa méthode contraire en tous sens à la nature ou ' attraction. Aussi la secte Owéniste n'a-t-elle séduit ni les sauvages ni les civilisés voisins : aucune horde, aucune province des Etats-Unis n'a voulu adopter ce régime monastique de communauté des biens , ce demi-athéisme ou absence de culte divin , et autres monstruosités que M. Owen décore du nom d'association. Il joue sur un mot en crédit ; il en fait un objet de spéculation en s'affublanfr de formes philantrbpiques ; et l'apathie des corps savants sur ce grand problème, leur négligence de préciser les conditions à remplir et le but à atteindre , donnent beau jeu aux intrigants pour égarer l'opinion sur ce sujet.

Aucun des écrivains ou des entrepreneurs n'aborde le fond de la question, le problème d'associer en gestion agricole et dômes» tique, non seulement les facultés pécuniaires et industrieuses d'une masse de familles inégales en fortune, mais d'associer les passions, caractères, goûts, instincts ; de les développer dans chaque individu sans froisser la masse ; faire éclore dès le plus bas âge les vocations industrielles qui sont nombreuses chez l'enfant, placer chacun aux divers postes où la nature l'appelle, varier fréquemment les travaux et les soutenir de charmes suffisants pour faire naître l'attraction industrielle.

Au lieu d'envisager ainsi la tache, on n'a fait qu'effleurer le sujet, donner, sur l'association, du bel esprit sans théorie; il semble qu'on n'ait soulevé cette question que pour l'étouffer. Aussi le mot Association est-il profané, déconsidéré. Les uns le prennent, pour masque d'intrigues électorales et menées d'agiotage , d'autres y voient un ressort d'athéisme , parce que la secte Owen , par la suppression du culte divin , s'est attiré en Amérique le nom de secte d'athées. Tous ces incidens répandent sur la vraie association tant de défaveur que je n'ai pas cru- convenable déplacer dans le titre de mon abrégé ce mot Association, devenu vide de sens depuis qu'il sert de manteau à toutes les intrigues.

Plus on a abusé du mot, plus il importe de donner sur la chose des notions préliminaires , et disposer le lecteur à concevoir que la vraie association , l'art d'appliquer à l'industrie toutes les pas* sions , tous les caractères , goûts et instincts , étant un nouveau monde social et industriel , il doit s'attendre à trouver dans cette théorie des principes tout opposés à ses préjugés, qui lui dépeignent l'état civilisé comme voie de perfection et destinée de l'homme , quand il est évident que le peuple des pays les plus civilisés est aussi malheureux, aussi pauvre que les populaces barbares de la Chine et de l'Indostan ; et que l'industrie morcelée ou ménage de famille n'est qu'un labyrinthe de misères, d'injustice et de fausseté.

Fixons d'abord l'attention sur le résultat le plus saillant du régime sociétaire, le quadruple produit. Une grande réunion n'emploierait dans diverses fonctions que le centième des agents et des machines qu'exige la complication de nos petits ménages. Au lieu de trois cents feux de cuisine et trois cents ménagères, on n'aurait que quatre ou cinq grands feux préparant des services de divers degrés, assortis à quatre ou cinq classes de fortune, car l'état sociétaire n'admet point d'égalité. 11 suffirait dunedixaine de personnes expertes, pour remplacer les trois cents femmes qu'emploie le régime civilisé dépourvu des nombreuses mécaniques dont on ferait usage dans une cuisine préparant pour dix-huit cents personnes (c'est le nombre le plus convenable). Cette réunion abonnerait chacun à des tables et services de divers prix, sans aucun assujettissement contraire aux libertés individuelles.

Le peuple, dans ce cas, dépenserait bien moins pour faire bonne chère, qu'aujourd'hui pour vivre pitoyablement. L'épargne de combustible serait immense . et assurerait la restauration des fb-

lots et climatures, bien mieux que ne feront cent codes forestiers inexécutables.

Le travail de ménage serait tellement simplifié , que les sep* huitièmes des femmes de ménage et des domestiques deviendraient disponibles et applicables aux fonctions productives.

Notre siècle prétend se distinguer par l'esprit d'association ; comment se fait-il qu'en agriculture il adopte la distribution par familles , qui est la moindre combinaison possible ? On ne peut pas imaginer de réunions plus petites , plus anti-économiques et plus anti-sociétaires que celles de nos villages, bornées à ua couple conjugal, ou une famille de cinq ou six personnes; villages construisant trois cents greniers , trois cents caves , placés et soigné» au plus mal , quand il suffirait, en association, d'un seul grenier, d'une seule cave, bien placés, bien pourvus d'attirail, et n 'occupant que le dixième des agents qu'exige la gestion morcelée ou» régime de famille.

Parfois des agronomes ont inséré dans les journaux quelques articles sur les énormes bénéfices que l'agriculture obtiendrait de» grandes réunions sociétaires, si l'on pouvait concilier les passions de deux ou trois cents familles exploitant combinément, et effectuer l'association en passionnel comme en matériel.

Ils en sont restés sur ce sujet à des vœux stériles , à des doléances d'impossibilité qu'ils motivent sur l'inégalité des fortunes, les disparates de caractère , etc. Ces inégalités , loin d'être un obstacle , sont au contraire le ressort essentiel ; on no peut pas organiser des Séries passionnées sans une grande inégalité de fortunes , caractères, goûts et instincts : si cette échelle d'inégalités n'existait pas, il faudrait la créer, l'établir en tous sens, avant de pouvoir associer le passionnel.

Nous voyons dans le régime civilisé des lueurs- d'association matérielle seulement , des germes qui sont dus à l'instinct et non à la science. L'instinct apprend à cent familles villageoises qu'un four banal coûtera beaucoup moins, en maçonnerie et combustible, que cent petits fours de ménage , et qu'il sera mieux dirigé par deux ou trois boulanger* exercés , que les cent petits fours , par cent femmes qui manqueront deux fois sur trois le juste degré do chaleur du four et cuisson du pain.

Le bon sens a appris aux habitons du nord , que si chaque famille voulait fabriquer sa bière , elle coûterait plus cher que les boas vins. Une réunion monastique, une chambrée militaire,

comprennent par instinct qu'une seule cuisine , préparant pour trente convives, sera meilleure et moins coûteuse que trente cuisines séparées.

Les paysans du Jura voyant qu'on ne pourrait pas, avec le lait d'un seul ménage, faire un fromage nommé Gruyère , se réunissent, apportent chaque jour le lait dans un atelier commun, où "Ton lient note des versements de chacun, chiffrés sur des taillons de bois ; et de la collection de ces petites masses de lait, on fait à peu de frais un ample fromage dans une vaste chaudière.

Comment notre siècle, qui a dehautes prétentionsen économisme, n'a-t-il pas songé à développer ces petits germes d'association, en former un système plein, appliqué à l'ensemble des sept fonctions industrielles ; savoir :

1° Travail domestique,

•2* agricole,

*»• — manufacturier,

4° commercial ,

5» — d'enseignement,

0* Étude et emploi des science*,

7° — des beaux-arUj

fonctions qu'il faut exercer cumulativement dans la plus grande réunion possible. On verra, par la théorie suivante, qu'elle doit être de dix-huit cents personnes. Au-dessus de deux mille, elle dégénérerait en cohue, tomberait dans la complication ; au-dessous do seize cents, elle serait faible en liens , sujette aux fautes de mécanisme , aux lacunes d'attraction industrielle.

Cependant on pourra faire à peu de frais une épreuve réduite au ttersdu nombre, à six ou sept cents personnes; les résultats seront moins brillans, moins lucratifs, mais ils suffiront à prouver qu'une réunion, élevée au nombre suffisant, à dix-huit cents, réaliserait en plein les bénéfices et les accords décrits dans la théorie suivante.

Dès qu'il aura été constaté par cet essai , que le mécanisme nommé phalange de Séries passionnées, crée lutU'action industrielle, on verra l'imitation aussi rapide que l'éclair.: tous les sauvages, tous les nègres d'Afrique embrasseront l'industrie : on aura, deux ou trois ans après, le sucre à échange, poids pour poids^contre le blé, et proportion ncment les autres denrées de la zone torride.

Un autre avantage entre mille, sera d'éteindre subitement les dettes Dubliques en tous pays, par suite du quadruple produit :

lorsque celui de France, qu'on estime six milliards , sera élevé à vingt-quatre , le fisc percevra bien plus aisément deux milliards sur vingt-quatre qu'aujourd'hui un sur six. Il y aura dégrèvement relatif ùq moitié, malgré le doublement fjfecVj de l'impôt.

Il convient de présenter d'abord cette perspective aux lecteurs français et anglais, surtout à l'Angleterre où le fardeau de la' dette est si accablant. La France marche rapidement à cet écueil , et a d'autant plus besoin de la découverte que je publie.

Doit-on s'étonner que l'invention d'une théorie qui va changer la face du monde, ait été retardée jusqu'à nos jours? On ne Ta . jamais cherchée, elle a dû rester inconnue. On peut bien trouver par hasard un trésor, une mine d'or ; mais une théorie qui exige des calculs ne se découvre pas tant qu'on ne la cherche point, et qu'on ne la propose pas au concours.

D'ailleurs ce n'est guère que depuis un siècle qu'on s'occupe de théories industrielles. L'antiquité ne fît sur ce sujet aucune étude ; elle était entravée par l'esclavage qui aurait mis beaucoup d 'obstacles à l'invention du mécanisme sociétaire impraticable avec des esclaves.

Les modernes qui n'étaient plus gênés par la coutume de l'esclavage, auraient pu spéculer sur l'association agricole et domestique ; mais leurs économistes ont été arrêtés par un préjugé qui persuade que le morcellement ou culture subdivisée par familles , est nature de l'homme, destinée immuable. Toutes leurs théories reposent sur cette erreur primordiale , fortement étayée par la morale qui ne voit la sagesse que dans les relations de famille , dans la multiplication des chaumières.

Les économistes ont donc sanctionné comme nécessaires les deux vices radicaux qu'ils ont trouvés établis, le morcellement de /' agriculture et la fausseté du commerce livré à la concurrence individuelle qui est toute mensongère et complicative , élevant le nombre des agents au vingtuple de ce qu'emploierait le régime véridique.

Sur ces deux vices repose la société qu'on nomme civilisation, qui, loin d'être la destinée du genre humain, est au contraire ta plus vile des sociétés industrielles qu'il peut former ; car c'est la plus perfide, à tel point qu'elle excite le mépris des barbares mêmes.

EXPOSÉ ET NOTIONS l'nÉPARATOIRES. 0

Du r**"** la civilisation occupe en échelle du mouvement un rôle important, car c'est elle qui crée les ressorts nécessaires pour s'acheminer à l'association ; elle crée la grande industrie , les hautes sciences et les beaux arts. Ou devait faire usage de ces moyens pour s'élever plus haut en échelle sociale , ne pas croupir à perpétuité dans cet ? jime de misères et de ridicules , nommé civilisation, qui, avec jesprouessesindustriellesetses torrents de fausses lumières, ne sait pas garantir au peuple du travail et du pain.

Sur d'autres globes comme sur le nôtre , l'humanité est obligée de passer environ une centaine de générations en mécanisme faux et morcelé, comprenant les quatre périodes, sauvage, patriarchale, barbare et civilisée, et d'y languir jusqu'à ce qu'elle ait rempli deux conditions :

4° Créer la grande industrie, les hautes sciences et les beaux arts, ces ressorts étant nécessaires à l'établissement du régime sociétaire qui est incompatible avec la pauvreté et l'ignorance;

2° Inventer ce mécanisme sociétaire, ce nouveau monde industriel opposé au morcellement.

On avait pour y réussir des voies très-nombreuses dont je traiterai à la suite de cet abrégé, on les a toutes négligées, entre autres le calcul de l'attraction passionnée que recommandaient les succès de Newton en calcul de l'attraction matérielle.

La première condition était fort bien remplie, nous avons depuis long-temps poussé l'industrie , les sciences et les arts au degré suffisant. Les Athéniens auraient déjà pu fonder le régime sociétaire , en substituant à l'esclavage les rachats payables par annuités.

Mais la deuxième condition n'a point été remplie : depuis cent ans qu'on commence à s'occuper do l'industrie, on n'a pas songé à inventer un mécanisme opposé au morcellement , aux petits ménages de famille : on n'a pas même proposé la recherche d'un régime d'industrie combinée en fonctions domestiques et agricoles. On propose des prix par centaines pour des controverses insignifiantes, des éciits parasites, et pas une petite médaille pour l'invention du procédé sociétaire naturel.

Cependant chacun s'aperçoit que le monde social n'est point arrivé au but, et que le progrès de l'industrie n'est qu'un leurre pour la multitude. Dans l'Angleterre tant vantée, la moitié de la population est réduite à travailler seize hcuicsparjour. une partie

même dans des ateliers infects, pour gagner sept sous de France dans un pays où la subsistance est plus coûteuse qu'en France. Combien la nature e3t sage en inspirant aux sauvages un profond \ dédain pour cette industrie civilisée, fatale à ceux qui l'exercent et profitable seulement aux oisifs et à quelques chefs ! Si l'industrie n'était destinée qu'à produire ces scandaleux résultats, Dieu ne l'aurait pas créée , ou bien il n'aurai tpas donné aux humains cette soif de richesses que l'industrie civilisée et barbare ne peut pas satisfaire , car elle plonge dans la misère toute la multitude industrieuse pour enrichir quelques favoris, qui encore se trouvent pauvres, à les en croire.

En réplique aux sophistes qui nous vantent ce chaos social rommo une marche rapide vers la perfectibilité croissante , insistons sur les trois conditions primordiales de sagesse sociale , dont aucune ne peut être remplie dans le régime civilisé ; ce sont :

Attraction indus Irielle ,

Répartition proportionnelle,

.Equilibre tic population,

Économie de ressorts.

C'est un sujet fort neuf sur lequel il faut quelques redites pour dégager le lecteur de ses nombreux préjugés , et le rallier à de» principes sûrs.

J'ai fait observer que si le peuple civilisé jouissait d'un minimum copieux, d'une garantie de nourriture et d'entretien décent, il s'adonnerait à l'oisiveté parce que l'industrie civilisée est trèsrépugnante ; il faudra donc , en régime sociétaire , que le travail soit aussi attrayant que le sont aujourd'hui nos festins et nosspectacles ; dans ce cas, le remboursement du minimum avancé sera garanti par l'attraction industrielle ou passion du peuple pour des travaux très-agréables et très-lucratifs : passion qui ne pourra se soutenir qu'autant qu'on aura une méthode de répartition- équitable, allouant à chaque individu, homme, femme ou enfant, trois dividendes affectés à ses trois facultés industrielles. Capital, Travail ei Talent, et pleinement satisfaisants pour lui.

Quelque fût ce bien-être, le peuple retomberait bientôt dans le dénûment , s'il multipliait sans bornes , comme la populace de civilisation, les fourmilières d'Angleterre, France, Italie, Chine, Bengale, etc. Il faut donc découvrir un moyen de garantie contre l'accroissement indéfini de population. Nos sciences n'indiquent

aucun préservatif de ce fléau, contre lequel la théorie de l'attraction passionnée fournit quatre garanties, dont aucune ne peut «etue introduite en civilisation , cette société élant incompatible «avsc les garanties sociales , ainsi qu'on le. verra aux sixième et septième sections.

il est bien d'autres vices contre lesquels le régime sociétaire «terra posséder des garanties efficaces; le vol suffirait à lui seul pour faire avorter toutes les tentatives d'association : ces pré» servalifs se trouvent dans le mécanisme des Séries passionnées , et la civilisation ne peut s'en approprier aucun : elle échoue dans toutes les garanties dont elle veut Caire L'essai : souvent elle aggrave le mal, comme on l'a vu dans l'affaire de la traite des nègres et celle de la responsabilité financière. Il existe une théorie spéciale sur les garanties , et nos sciences l'ont manquée comme la théorie d'association.

Celle-ci ouvre à l'ambition individuelle une chance bien magnifique : on voit quantité de personnages remarquables par le rang, la fortune, les lumières, s'agiter pendant de longues années pour obtenir le poste de ministre, et souvent de moindres places; on les voit fréquemment échouer après de pénibles efforts, et en '[concevoir un chagrin perpétuel.

Voici, pour les ambitieux honorables, une carrière toute neuve et bien autrement brillante que celle de ministre amovible. Ici le succès ne sera ni douteux , ni différé, le rôle de fondateur de l'association n'exigera aucune intrigue, et élèvera de prime-abord le prétendant au faite de La fortune et de la gloire.

Tout homme ou femme libre , ayant un capital de cent mille francs a faire valoir sur hypothèque, et jouissant d'un relief suffisant pour s'établir chef d'une compagnie d'actionnaires portée à deux millions de capital, peut fonder C association, naturelle ou industrie attrayante, la répandre subitement par tout le globe, «©avertir les sauvages à l'agriculture, les barbares à des mœurs plus policées que les nôtres, effectuer l'affranchissement convenu ées esclaves, sans retour à la servitude, l'établissement universel des unités de relations en langage, mesures, monnaie, typographie, etc. ; opérer cent autres prodiges dont il recevra une éclatante récompense , par le vote unanime des souverains et des Dations.

Les avantages assurés à ce fondateur et à ses actionnaires on «^opérateurs sont si immenses , qu'il faut différer à les faire

42 PRÉFACK.

connaître. Je traiterai ce sujet à la postface, article Candidature

J'insiste sur la pauvreté des chances actuelles de célébrité et de bénéfice ; elles exigent des travaux effrayants, elles exposent a des contrariétés sans nombre. Le feu duc de La Rochefoucault- Liancourt s'était distingué dans une carrière d'utilité , celle d'encouragement de l'industrie ; il en a recueilli beaucoup de tribulations, et, je pense, peu de bénéfice ; il a de plus manqué son but, qui était d'améliorer le sort des classes ouvrières.On verra plus loin que le progrès industriel n'est pour le peuple qu'un éçueil de plus, tant que dure la civilisation.

En 4 827, un banquier de haut crédit avait formé le plan d'une société commanditaire de l'industrie, et avait déjà réuni vingtcinq millions , avec espoir d'élever ce fonds à cent millions. Il en serait résulté de belles entreprises , qui auraient illustré leur auteur ; mais aussitôt des entraves sont survenues , et la société a dû se dissoudre.

Le même banquier, voulant tenter une grande combinaison économique sur les trente-sept brasseries de Paris , et les réunir en une seule, avait formé pour cette affaire une compagnie versant trente millions de capital : elle a rencontré des obstacles, de* résistances, elle a avorté après beaucoup de démarches pénibles.

Il est donc avéré par les faits , qu'il ne reste aux gens riches aucune carrière d'illustration facile , profitable et exempte do contrariété.

Celle qui s'ouvre aujourd'hui pour eux , réunit tous les avantages, et ne présente aucun obstacle. Elle sert les intérêts des gouvernements et des peuples , des riches et des pauvres ; elle garantit la rapidité d'opération : en moins de deux mois d'exercice , la question sera décidée sans nulle incertitude ; en deux mois , le fondateur aura déterminé le changement de sort du monde entier, l'abandon des trois sociétés , civilisée , barbare et sauvage, et l'avènement du genre humain à l'unité sociétaire, qui est sa destinée.

Et pour obtenir ce triomphe , cent fois plus brillant que ceux des conquérants, faut-il une fortune colossale? Non, il suffit d'un patrimoine bourgeois, comme celui d'un érigiùle, trois cent mille francs, dont cent mille en capitaux disponibles, qu'il affectera sur hypothèque et à gros intérêt , à la fondation d'épreuve du mécanisme sociétaire.

La facilité de celte ~ »« <*r.i L;» , la garantie de prompt sucres,

reposent sur ce qu'elle s'accorde avec toutes les passions. Je l'ai prouvé sur la grande question de l'affranchissement des esclaves. Il sera convenu , consenti et iiième provoqué par les maîtres impatients de profiter des bénéfices de l'état sociétaire ; dès-lors aucune classe ne sera froissée dans ses intérêts pécuniaires, tandis qu'ensuivant les méthodes connues, celle des Brissot, des Vilberforce et des sociétés d'abolition de la traite , on compromet les intérêts des possesseurs d'esclaves.

Remarquons bien cette propriété inhérente au mécanisme sociétaire, contenter toutes les clauses, tous les partis; c'est par cette raison que le succès en sera si facile, et qu'une petite épreuve tentée sur sept cents personnes décidera subitement la métamorphose générale , parce qu'on y verra réalisés tous les bienfaits que la philosophie se borne à rêver, liberté réelle, unité d'action, règne de la vérité et de la justice devenues voies de fortune ; mais dans l'ordre civilisé où la vérité et la justice ne conduisent pas à la fortune, il est impossible qu'elles soient préférées ; aussi voit-on la fourberie et l'injustice dominer dans toute législation civilisée, et s'accroître en raison des progrès de l'industrie et des sciences.

Le peuple, en pressentiments sur la destinée, est meilleur juge que les savants ; il donne à l'état civilisé le nom de monde à rebours, idée qui implique la possibilité d'un monde à droit sens dont il restait à découvrir la théorie.

La classe savante n'a pas pressenti ce nouveau monde social que lui indiquait l'analogie ; nous voyons datis la nature matérielle, une double distribution, celle du faux et du vrai ; L'ordre combiné et juste parmi les planètes, L'ordre incohérent et faux parmi les comètes.

Les relations sociales ne sont-elles pas sujettes à cette dualité de marche? ne peut-il pas exister un ordre de vérité et liberté, par opposition à l'état de fausseté et contrainte qu'on voit régner sur notre globe ? Le progrès de l'industrie et des lumières n'y sert qu'à accroître la fausseté générale des relations, et la pauvreté des classes qui portent le faix de l'industrie : nos plébéiens, nos ouvriers, sont bien plus malheureux que le sauvage qui vit dans l'insouciance , la liberté , et parfois dans l'abondance, quand la chasse ou la pêche ont réussi.

Les philosophes , d'après leurs propres doctrines, auraient dû entrevoir la vraie destinée de l'homme, et la dualité de mécanisme en mouvement social, comme en mouvement matériel ; ib

s'accordent tous à enseigner qu'il y a unité et analogie dans le système de l'univers. Écoutons sur cette thèse 1 un de nos métaphysiciens célèbres :

« L'univers est fait sur le modèle de l'âme humaine , et l'ana- » logie de chaque partie de l'univers avec l'ensemble est telle que » la même idée se réfléchit constamment dju tout dans chaque » ;partie, et de chaque partie dans le tout. » Scuelung.

Rien n'est plus vrai que ce principe : l'auteur et ses disciples devaient en conclure que si le monde matériel est sujet à deux mécanismes, combinaison planétaire et incohérence corné taire, le monde social doit être de même sujet à doux mécanismes, autrement il n'existerait point d'analogie entre les deux mondes matériel et social , point d'unité dans le système de l'univers. Et comme il est évident que nos sociétés civilisée, barbare et sauvage sont l'état d'incohérence et de fausseté, le monde à rtbfmrs^ il fallait chercher les voies du monde à droit sens ou régime de vérité et d'harmonie sociétaire applicable aux passions et à l'industrie, et encourager cette recherche par des concours et prix.

Le hasard m'a yant. livré le germe de cette théorie en 4798, je suis parvenu, en trente ans de travail, à la simplifier au point de la mettre à portée des hommes les moins instruits, et même des^ personnes frivoles et ennemies de l'étude ; c'est un calcul de plaisirs, il est de la compétence des femmes comme des hommes.

Toute femme qui désire s'illustrer et quia quelques moyens pécuniaires , peut prétendre à la palme de fondatrice de l'imité universelle, et s'établir chef de la compagnie d'épreuve. Ce rôle aurait bien convenu à Madame de Staël qui aspirait à une grande célébrité et qui avait une fortune vingt fois plus que suffisante pour se mettre à la tète de la fondation.

Certains hommes sans fortune peuvent aussi prétendre à ce triomphe ; un écrivain en crédit peut décider quelque ami de l'humanité, comme le roi de Bavière, à faire l'épreuve sociétaire. Dans ce cas l'homme qui aura concouru à cette fondation , à titre d'orateur ou promoteur, participera au lustre et à la récompense du fondateur.

C'est une entreprise pour laquelle on peut indiquer en Europe cent mille candidats pourvus des moyens nécessaires ; il ne sera pas difficile d'en décider un, en lui démontrant qu'il enrarecneillir l'immensité de fortune et de gloire. Je reviendrai sunce sujetqui serait ici trop éblouissant. Le plus heureux favori de cour ne peut

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