‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 38 sur 124 · TRAVAIL SUB MÉTAUX COMMUNS · texte numérisé non relu

TRAVAIL SUB MÉTAUX COMMUNS

Transition use. : =r Lampistes.

Ferblantier*.

Aile aseend*

Chaudronniers»

Arqufe^usfen» fa^W-1

I Serruriers, Maréchaux, Éper^aniers.

Taillandiers.

Charrons. oai/u^oA^ iCaroâçiere. S^ws»*** Pommera. u^^Ss^ CofFjtyiers.

Transition desc : = Couteliers.

J& les fonctions sont bien graduées, mais éloignées entre elle*,

formant échelle d'espèces et non de variétés. Ce vice est le caractère des séries hongrées : elles manquent de compacité; leur échelle est d'ordre lâche, quoique régulier; et par cette raison; leurs groupes ne sont pas susceptibles de rivalités \icinales et discords gradués entre groupes contigus. Ce sont des séries rabaissées en échelle, caria leur se forme d'espèces; une bonne échelle n'est formée que de variétés très-voisines, discordantes et jalouses ; et comme ici les douze groupes ont des fonction» trop distinctes pour créer les discords, c'est une série hongrée, privée du jeu de la cabaliste ou passion des intrigues rivales.

On sera forcé, pendant la J* génération, de former dans toutes les fonctions de fabriques usuelles et même dans d'autres industries, ces Séries défectueuses, cumulatives d'espèces éloignées : au reste, dans son début, le mécanisme sociétaire ne pourra être en son ensemble qu'une harmonie hongrée, puisqu'il sera privé des relations d'amour libre qu'on ne pourra établir qu'à J la 2e ou 3e génération , et des relations de famille harmonisée i qui ne pourront naître que dans les 4* et 5* générations sociétai- * res. [Ployez Ve section , ce qui touche aux harmonies de famille et d'héritage.)

Heureusement les Séries agricoles, dans la phalange d'essai, ne seront pas sujettes à ce défaut de compacité qui paralyserait tout; on pourra les former en échelle de variétés bien nuancées, donnant plein essor aux 3 Passions mécanisantes.

Les principes que je viens d'établir sur le choix et la direction des fabriques tant usuelles que spéculatives, sont fort opposés a ceux de la science dite économie politique, aux yeux de qui toute industrie est utile, pourvu qu'elle crée des légions d'affamés qui se vendent à bas prix aux conquérants et aux chefs d'atelier. La concurrence outrée réduit toujours cette populace au plus minime salaire en cas d'activité, et à l'indigence en cas de stagnation.

L'ordre sociétaire n'envisage dans les manufactures que le complément de l'agriculture, le moyen de faire diversion aux calmes passionnels qui éclateraient pendant la longue fériation d'hiver et les pluies équatoriales. Aussi toutes les phalanges du globe araront-elles des fabriques, mais elles s'efforceront de porter les produits manufacturés à la plus haute perfection, afin que la longue durée de ces objets réduise à peu de temps le travail de fabrication.

rosuns sur ce sujet un principe méconnu de tous leséoonemis-

tes, principe qui se lie au chap. vin, sur les sortes et doses d'attractions.

Dieu n'a distribué pour le travail manufacturier qu'une dose d'attraction correspondante au quart du temps que l'homme sociétaire peut donner au travail Les trois autres quarts doivent être employés au service des animaux, des végétaux, des cuisines, des armées industrielles, enfin de tout travail autre que celui des manufactures, dans lequel je ne comprends pas les cuisines de consommation journalière, car elles sont service domestique.

Si l'on voulait, dans une phalange, outre-passer la dose d'attraction manufacturière, pousser ce genre de travail au-delà du quart du temps applicable à l'industrie, enfin donner aux fabriques moitié du temps disponible en travail non domestique, on verrait avorter l'attraction manufacturière, et par suite l'attraction agricole; caries séries d'agriculture perdraient un tiers de leur temps d'exercice, et par suite un tiers de leurs sociétaires : on verrait diminuer en même rapport leur compacité et leur activité.

Ainsi tout le mécanisme d'Attraction industrielle serait bouleversé si l'on procédait comme les civilisés, confusément et sans maintenir la proportion des doses d'industrie avec les doses d'attractions spéciales que distribue la nature.

En outre, cette proportion serait faussée en toutes branches de manufactures, si Ton fabriquait comme aujourd'hui des qualités inférieures, et ruineuses pour le corps social ; car des étoffes et teintures défectueuses réduisant la durée d'un vêtement à demi, tiers ou quart de ce qu'elle doit être, obligeraient à augmenter d'autant la masse de fabrication , et restreindre en même rapport la somme de temps et de bras que donnerait à l'agriculture une population limitée à tel nombre fixe.

Des sophistes répondront que ce serait un moyen d'augmenter la population ; c'est précisément le vice qu'on voudra éviter en harmonie : du moment où le globe sera parvenu à son grand complet d'environ cinq milliards, on ne s'occupera qu'à assurer le bonheur de ses habitants, et non pas à en accroître le nombre. Or ce bonheur déclinerait si l'on faussait les équilibres d'attraction, en prenant du temps aux cultures pour en donner aux fabriques plus que ne leur en assigne la nature ; elle veut réduire les travaux de fabrication à la plus courte durée possible, en organisant les intrigues des séries de manière à élever tout produit à la perfection*

C'est d'après ce principe que les manufactures , au lieu d'être comme aujourd'hui concentrées dans des villes où s'amoncellent des fourmilières de misérables, seront disséminées dans toutes les campagnes et phalanges du globe, afin que l'homme en se livrant au travail de fabrique, ne dévie jamais des voies de l'attraction qui tend à employer les fabriques en accessoire et variante de l'agriculture, et non pas en fonction principale, ni pour un canton ni pour aucun de ses individus.

En terminant ces notions élémentaires sur la formation des séries, rattachons toutes les règles à un précepte général, qui est d'assurer aux 3 Passions mécanisantes un plein essor en toutes fonctions. Or dans l'hypothèse d'accroissement de l'industrie manufacturière aux dépens de l'industrie agricole qui est la plus attrayante, on n'arriverait qu'à un résultat absurde, au ralentissement de ces 3 Passions dont l'activité est gage de l'attraction industrielle et de tous les biens qu'on en doit recueillir.

Daperle des détractevrsf secte Owei.

Déjà l'on peut s'apercevoir que ma théorie sociétaire ne donne point dans l'arbitraire des faiseurs de systèmes ; elle se fonde sur un procédé spécial, puisé dans la nature, conforme au vœu des passions et aux théorèmes de géométrie ; car le mécanisme des Séries passionnées est géométrique en tous sens ; on en verra la preuve aux chapitres qui traitent de la répartition , section Ve, et de l'analogie, section VIIe.

Nous pouvons maintenant examiner les inconséquences commises à cet égard par le 4 9e siècle qui , sur l'affaire d'où dépend le changement de sort du genre humain, sur l'invention du procédé sociétaire, se confie à des hâbleurs fardés de philantropie, et ne leur impose aucune règle à suivre en théorie ni en pratique (1 0).

On voit qu'il y avait un procédé à inventer, c'est la Série passionnée, découverte qui exigeait de profondes recherches sur les dispositions et les emplois de ce ressort tout-à-fait étranger au mécanisme civilise.

Pour peu qu'on eût voulu opérer méthodiquement, on aurait

exigé des prétendants, comme M. Rob Owen ou autre, une invention et non pas des statuts ni des bizarreries telles que la communauté des biens, l'absence de culte divin, l'abolition brusque du mariage : ce sont là des lubies de casse-cou politique et non des moyens neufs ; c'est pourtant à ces billevesées que le 4 9e siècle a donné sa confiance depuis vingt ans.

Observons que dès son début Rob Owen opéra tout à contresens de l'association : ignorant que l'agriculture doit être la base du mécanisme sociétaire, il rassemblait à New Lanark 2000 tisserands n'ayant pas un arpent de terre à cultiver. En commettant cette lourde faute , il se vantait de convertir les nations à sa méthode, et se faisait présenter aux souverains comme régénérateur présomptif du monde social. Sa science n'était autre que celle des sophistes, hasarder tout, jouer en casse.-cou sur les innovations; audaces for tuna juvat ; et surtout faire sonner bien haut sa philantropie ; ce masque fait toujours des dupes.

Comment notre siècle, après tant d'expériences, après avoir vu depuis quarante ans tous les ambitieux affublés de ce titre, peut-il se laisser prendre encore à la fausse monnaie philantropique? Un vrai philanlrope aurait dit : « Il faut tenter des essais d'association ; mais on doit en môme temps s'exercer à la rechercha de la méthode naturelle et mettre au concours cette découverte. »

Une marche si loyale ne sera jamais adoptée par des hommes qui veulent jouer un rôle sans moyens réels : M. Owen a préféré se donner pour inventeur, il a bâti un système qui est la contrepartie de celui de G. Penn, fondateur des Quakers. J'en donnerai ailleurs le parallèle : remarquons seulement dans la méthode Owen, une marche de casse-cou politique, décidé à tout hasarder, à essayer des monstruosités sans en prévoir les résultats.

Par exemple : sur la liberté d'amours, il ignore quels seraient les effets de l'orgie amoureuse corporative, qui ne manquerait pas de s'établir quand la nouvelle secte aurait acquis de la consistance : il paraît aussi peu instruit sur le mécanisme des amours libres que sur les effets d'une absence de culte divin. Avant d'admettre seulement une demi-liberté en amour, il faut introduire des contre-poids que les harmoniens mêmes ne pourront créer qu'au bout de quinze ou vingt ans d'exercice.

Au reste les changements que pourra subir le régime des amours, n'auront lieu qu'après avoir été demandés par le gou-

vernement, le sacerdoce, les pères et les maris ; lorsque ces quatre classes, de commun accord, voteront une innovation, Ton pourra être sûr qu'elle est utile et non pas dangereuse.

Sans doute le système conjugal engendre une foule de vices ; j'en ai décrit bon nombre à l'intermède III, 54 à 434 ; tous ces désordres ne sont pas un motif de supprimer le mariage, mais de le ramener à une échelle méthodique, établir dans les mariages une série régulière comprenant sept degrés, plus l'ambigu et le pivotai.

Et pour ne parler que des 4 CT et 2e degrés, n'est-il pas évident qu'un mariage stérile est un lien moins fort que celui qui donne un enfant? Voilà une distinction des 1er et 2e degrés; il reste à établir celle des 7 autres. Je renvoie ce détail, en faisant observer que lors même qu'on connaîtrait les neuf degrés à établir en mariage, il faudrait encore connaître et organiser l'état de choses qui fournira des contre-poids et garanties contre l'abus des libertés, abus que n'a pas prévu le sophiste Owen ; il veut émanciper tout à coup, lâcher la bride aux amours , comme si l'on était à l'île d'Otahiti, au pays d'Hamil, à Lancero'te, à Java, en Laponie et autres lieux où les coutumes et les préjugés ont établi des contre-poids.

Négligeons ce débat, puisque ce ne sera qu'après trente ans d'harmonie qu'on commencera à s'en occuper; mais pendant la 4 re génération sociétaire, il sera nécessaire de laisser les amours {Voyez chap. xvi) dans l'état d'hypocrisie et de tromperie universelle qui caractérise la civilisation : l'amour et la paternité sont les dernières passions qu'on pourra amener au régime véridique; difficulté très-ignorée de ceux qui veulent, commeM. Owen, faire sur la liberté des passions, un essai» aussi téméraire que celui des philosophes de 4794 , sur le brusque affranchissement des nègres.

C'est l'affluence de ces sophistes qui prévient contre les véritables inventeurs, et engouffre notre siècle dans la détraction : elle est plus que jamais le travers dominant. Au reste elle est vice endémique du caractère civilisé ; les découvertes les plus précieuses ont été proscrites à leur apparition : le café et la pomme de terre ont été judiciairement interdits et mis au rang des poisons ; Fulton inventeur du bateau à vapeur, et Lebon inventeur de l'éclairage au gaz, ne purent se faire écouter de personne dans Paris.

D'après ces bévues récentes des Zoïles, on peut juger de la con-

fiance que méritent leurs jugements ; ils se disent partisans des lumières , ennemis de l'obscurantisme ; ils accusent tel ministre d'être un nouvel Omar, telle société d'être une réunion d'éteignoirs, eh 1 que sont-ils eux-mêmes quand ils impriment, qu'il ne peut point exister de découverte en calcul d attraction; et quand ils excitent à ne pas lire le livre qui en apporte la théorie . complète, dont Newton n'a donné qu'un lambeau ?

Ainsi le 1 9e siècle se montre en digne héritier du h 5e et de la génération qui persécuta les Colomb et les Galilée ; alors c'était la superstition qui proscrivait les sciences neuves ; aujourd'hui elles sont proscrites par ceux qui se disent ennemis de Itf superstition. Voilà le secret de leur zèle simulé pour le progrès des lumières ; voilà leur vol sublime : ils n'attaquent la superstition que pour prendre sa place, opprimer autant et plus qu'elle.

Etrange inconséquence ! On porte aux nues l'homme qui a pris l'initiative en calcul d'attraction, Newton qui en a traité savamment la branche inutile et de pure curiosité ; car que nous sert de savoir le poids de chaque planète ? il restait, en attraction, à explorer les deux branches importantes :

L'utile ou théorie de l'Attraction passionnée. L'agréable ou théorie de l'Analogie et des causes.

Celui qui apporte ces deux sciences est une bête brute au dire des . Zoïles qui pourtant exaltent Newton, pour avoir traité de la branche inutile, celle des effets matériels en attraction où il ne peut expliquer aucune cause ; si on demande aux newtoniens pourquoi Dieu a donné 7 satellites à Saturne et 4 à Jupiter qui est double en grosseur, pourquoi un anneau à Saturne et point à Jupiter, ils ne pourront donner aucune réponse.

Leur science n'en est pas moins belle par sa justesse mathématique ; mais elle n'est qu'un germe borné à l'explication des effets et non des causes ; et au moment où la théorie des causes est dévoilée, il faut ou flétrir Newton, puisqu'il a commencé l'étude de l'attraction, ou protéger son continuateur bien plus digne d'appui , en ce qu'il a traité les deux branches de l'utile et de l'agréable, dont l'une conduit au bonheur social, bien autrement précieux que la science.

Ajoutons que le calcul de l'analogie, quoique branche d'agrément, a bien son côté utile, car c'est à cette nouvelle science qu'on devra la découverte de tous les antidotes naturels, la plu-

part inconnus, tels que ceux contre la goutte, l 'hydrophobie, l'épilepsie, et autres maladies qui sont encore recueil de l'art. C'est un appât pour notre siècle et surtout pour la France, à faire trêve de malveillance contre les inventeurs et accorder à la plus précieuse des découvertes, sinon une protection positive, au moins un accueil dubitatif, motivé sur des considérations que goûtera tout homme impartial ; en voici l'abrégé :

« C'est la première fois qu'on nous présente une théorie régulière

• sur le problème de l'association, réputée insoluble, et sur le méca- » nisme d'armonie des passions, considéré jusqu'ici comme une énlg- » me impénétrable : si cette théorie est praticable, elle nous donnera » les biens que tous les siècles ont vainement révcs, la cessation de la

• mendicité jprévenue par concession d'un minimum à la classe pau-

• vre, l'abolition convenue de l'esclavage et de la traite, le règne de

• la vérité et de la justice, fondé sur les bénéfices dont elles devien-

• diraient la voie dans le nouvel ordre ; il est donc prudent d'exami-

• ner cette théorie, en indiquer les côtés défectueux , inviter de plus

• habiles à la rectifier s'ils le peuvent, et à défaut de ce, en (atre » l'essai bien exempt de risque, puisqu'elle ne roule que sur des tra- » vaux agricoles et domestiques évidemment lucratifs par le régime de

• combinaison et d'économie qu'elle y introduit. »

Sur ce, les beaux esprits répliquent : « On pourrait prêter » l'oreille, si l'auteur savait se revêtir des formes usitées et ren- » are hommage à l'auguste philosophie moderne. » Eh 1 c'est la ruse de tous les sophistes : un inventeur serait bien suspect s'il adoptait cette manière hypocrite ; on serait fondé à penser qu'il n'est comme tant d'autres, qu'un charlatan de plus, cherchant à se mettre en scène per Jas et nefas : tous ces contrebandiers scientifiques savent prendre le ton académique, passeport des erreurs et des jongleries. Ici il s'agit d'éveiller les beaux esprits sur leurs illusions et leur duperie ; de prouver qu'ils sont les premières victimes de leur crédulité pour les faiseurs de systèmes.

Depuis vingt ans qu'on parle d'association, s'ils avaient pris des mesures pour atteindre au but, à la vraie association, s'ils n'avaient pas donné une folle confiance au sophiste Owen, ils auraient obtenu la vraie théorie; un essai aurait décidé la métamorphose ; le chaos civilisé barbare et sauvage aurait déjà disparu, les savants et artistes vivraient tous dans la haute opu-

lence, et ne seraient pas réduits à déclamer contre la censure et rohscurantisme (qu'ils exercent eux-mêmes à l'égard des inventeurs); ils jouiraient de la pleine liberté, de la fortune et des dignités, sans être sous la férule d'aucun Omar.

Pour les désabuser de cette duperie, de cette manie de choisir le rôle servile et la pauvreté, faut-il que je me traîne à leurs pieds? ils me croiraient d'autant moins que je les flagornerais plus. On a vu récemment, à l'époque où les systèmes universels étaient à la mode, un sophiste éloquent prodiguer l'encens aux savants, les louanger tous nominativement, et ne pas réussir à accréditer près d'eux son système universel, (dans lequel il avait oublié seulement l'analyse de l'homme ou des passions et attractions, celle des 3 mécanismes, civilisé , barbare et sauvage , de leurs caractères permanents successifs et engrenés; celle des turpitudes civilisées, telles que le commerce mensonger ou concurrence inverse et circulation inverse ; il avait oublié aussi la théorie des destinées futures et passées, la théorie des causes en mouvement, etc., etc., etc.)

Les savants lui ont reproché ajuste titre de ne rien dire de neuf, de répéter en d'autres termes ce que cent autres avaient dit avant lui. Je me rangerais dans la catégorie de ces beaux esprits faiseurs de systèmes, si je m'affublais de leurs formes académiques dont souvent l'on tire bien peu de fruit.. L'auteur cité n'en a recueilli que le compliment assez banal de savoir se faire lire en flattant les puissances académiques.

Le ton d'adulation n'est guère familier aux inventeurs ; au lieu de la souplesse oratoire, ils ont le caractère de droiture et dé fermeté qu'Horace admire dans l'homme juste ; non civium ardor prava jubentium mente quatU solidâ. Mon sujet ne comporte pas le ton adulateur; il s'agit de remontrer les hommes sur leur refus de foi en la Providence, leur manque d'espérance et d'activité à rechercher le code divin, leur défaut de charité, leur insouciance sur une invention qui doit mettre subitement un terme à l'esclavage, à l'indigence et aux misères de l'humanité.

Ici le seul ton convenable est celui de la chaire ; on n'exige pas que les Bossuet, les Bourdaloue encensent un siècle pervers ; on les approuve quand ils tonnent contre les fausses doctrines qui nous égarent ; et si je n'ai pas leur éloquence, je n'en dois pas moins adopter leur manière, dédaigner la souplesse banale des charlartans scientifiques, et m'en tenir au tonde franchise et de rondeur

NOTICE IV. — COMPLÉMENT DE LA PREMIÈRE PARTIE. i 59

qui est le seul convenable à un inventeur étayé de preuves mathématiques et irrécusables.

% Un écueil où le monde savant ne manquera pas de tomber, c'est la jalousie j on voit avec dépit qu'un intrus enlève la plus belle proie; et le premier mouvement de chacun est de nier, d'étouffer la découverte qu'il ne peut pas s'approprier, de foudroyer le profane inventeur qui , en dépit du monopole de génie, veut s'introduire dans les rangs des privilégiés, méconnaître la loi.

« Nul n'aura de l'esprit que nous et nos amis. »

Je sais que s'il s'agissait d'invention médiocre, il serait imprudent de violer cette loi : un poète moderne, VioUel le Duc, a fort bien dit : « S'il vous vient quelque idée neuve, *

« Sachez la présenter avec ménagement ,

« Gomme leur propre idée arrangée autrement. »

de sorte que pour passe-port de sa découverte, l'auteur doit dire aux monopoleurs de génie : a C'est à vos vastes lumières que je » la dois, c'est dans vos doctes écrits que j'en ai puisé les éléments; o vous aviez créé tous les matériaux de cette nouvelle science ; je » les ai mis en œuvre selon vos sages méthodes ; je ne fais qu'ao » quitter ma dette en vous dédiant une invention qui est la vôtre » bien plus que la mienne ; elle n'est qu'un fleuron détaché de » votre couronne, et que je dois y replacer. »

A ces mots le monde philosophique dirait : « voilà un ouvrage écrit avec sagesse, impartialité, l'auteur sait se faire liro, son ton est décent, son style est fleuri, suave, marchand : jEra metet Sosiis — dignus intrare in nostro docto corpore.

Si je me présentais ainsi l'encensoir à la main, ce serait tromper le monde savant ; il vaut mieux, pour son intérêt, lui dire franchement quels seront dans cette affaire ses bénéfices et les miens, assigner à chacun son lot.

Le leur sera immense ; aux bénéfices pécuniaires indiqués (45), ils pourront joindre une moisson de gloire non moins immense. Je leur livre des mines vierges ; ma théorie leur ouvre l'entrée du nouveau monde scientifique, l'accès à vingt sciences que je ne peux pas traiter moi seul! pas même en partie; je me réserve

seulement celle de l'attraction passionnée sur laquelle il restera beaucoup à dire après moi ; quant aux autres sciences, j'en livre la clé : celle de l'analogie exigera plus de deux cent mille articles fort étendus, j'en pourrai à peine donner deux cents, parce que je ne suis pas versé dans les trois branches de l'histoire naturelle : il m'eût fallu y employer trois ans d'étude exclusive ; je ne l'ai pas pu et ne le pourrai pas.

Les savants ont donc à se louer, dans cette affaire, de ce que la proie échoit à un homme qui ne peut pas la dévorer, et qui est obligé de leur en laisser la majeure partie, en se réservant seulement l'honneur d'invention. Le sort les a bien servis en me livrant la mine scientifique : un homme plus instruit que moi, aurait pu tout accaparer pour lui seul.

Après cette franche explication, il reste à les prémunir contre leur penchant à la dé traction et la jalousie , dont ils seraient dupes dans cette conjoncture : je vais faire parler des hommes plus en crédit que moi, qui leur reprochent d'être aveuglés par l'orgueil et la petitesse. Condillac leur dit : « des sciences neuves » qui seraient traitées avec une grande netteté, une grande pré- » cision, ne seraient pas à la portée de tout le monde ; ceux qui » n'auraient rien lu les entendraient mieux que ceux qui ont fait » de grandes études,et surtout que ceux qui ont beaucoup » écrit. »

Voilà pour, l'orgueil et la jalousie qui les aveuglent au point de prétendre que la science de l'attraction passionnée traitée avec une grande netteté, une grande précision, n'est pas intelligible. J'ai vu des demoiselles de 45 ans comprendre à merveille le mécanisme des Séries passionnées, expliqué par les 3 Causes et les 3 Effets, selon les chap. v et vi ; et des savants exercés prétendront que cela est obscur ; c'est qu'ils ne veulent pas comprendre. Si j'étais mort et qu'on pût exercer le plagiat sans obstacle, ils sauraient trop bien comprendre et travestir ma théorie, essayer de se l'approprier en partie, car personne ne pourra tenter de la piller en totalité. Ma pris à de possession est trop bien constatée par les insultes des contemporains, déclarant qu'il ne peut pas exister de découverte en théorie d'attraction : pourquoi n'ont-ils pas opposé à Newton, cette savante décision ? que ne faisaient-ils excommunier Newton comme on excommunia Chr. Colomb, que la cour de Rome se hâta d'absoudre quand elle fut mieux avisée; ainsi feront les antagonistes de la théorie

sociétaire, ils ne tarderont guère à démentir leurs actes de vandalisme.

Gondillac, cité plus haut, a signalé l'orgueil qui les irrite contre les sciences neuves; un autre va signaler leur petitesse ; je transcris ses expressions sur l'outrage fait à un homme célèbre par les Zoïles de son temps.

« Bacon, dont le génie prophétique se fit contemporain du 18# » siècle, Bacon qui avait ouvert dans ses écrits un trésor inépui- » sable de vérités, eut le tort de prendre un vol trop élevé , et de planer » à une si grande hauteur sur les hommes et les idées de son temps, » qu'il n'exerça sur eux aucune influence. » (Jony.)

Même chose a lieu aujourd'hui : ma doctrine, comme celle de Bacon, n'est point trop élevée, mais notre siècle est comme celui de Bacon, trop petit pour y atteindre, sauf quelques personnages d'exception qu'il s'agira de. rencontrer ; pauci, sed boni. Je ne recherche que ces hommes qui, tels que Bacon et Condillac donnent à leur siècle le sage conseil de refaire f entendement humain, £ oublier tout ce qu'on a appris des sciences philosophiques, plus obscuran tes encore qu'au temps où Jésus-Christ leur reprochait leur obscurantisme en disant : « Malheur à vous, » scribes et pharisiens, qui vous êtes saisis de la clé de la science, » et qui n'y étant point entrés vous-mêmes, l'avez encore fermée » à ceux qui voulaient y entrer. » (Saint-Luc, chap. xi).

Les scribes de nos jours sont encore ce qu'ils étaient au temps de J.-C. Newton leur a donné la clé de la science en attraction ; ils l'ont saisie, et n'ayant pas su y entrer, s'avancer plus loin que Newton, étudier les branches que ce géomètre n'avait pas traitées, ils veulent aujourd'hui en dérober la connaissance et diffamer l'inventeur qui a apporté au monde la suite du calcul newtonien, la théorie de l'attraction passionnée et de l'unité sociétaire : scienot à défaut de laquelle toutes les autres ne sont qu'un opprobre p??* la raison ; car que nous servent ces trophées scientifiques, $£,< que la multitude privée du nécessaire est au-dessous du sort fe* animaux sauvages, qui vivent heureux dans la liberté et l'iiwi* ciance?

« On convient de cela, disent les critiques; mais il eût fallu » dans votre théorie ménager les sciences révérées, comme la » tendre morale, douce et pure amie du commerce. » Eh ! c'est par son alliance avec le commerce et le mensonge qu'elle est de*

J62 SECTION n. — DISPOSITIONS DE LA PHALANGE DRESSAI.

venue méprisable ; elle a apostasie à ses derniers moments; efie était excusable dans ses erreurs, quand elle prêchait le mépris des richesses, en se fondant sur ce qu'il est presque impossible de les gagner en civilisation par la voie de la justice; elle a perdu ses droits à l'estime en transigeant avec l'esprit mercantile : si elle l'eût attaqué par une recherche du régime véridique, elle se serait ouvert une belle issue de civilisation, une brillante carrière de progrès social; elle a cédé lâchement au vice heureux, elle a embrassé le culte du veau cTor, comment peut-elle prétendre à la considération ?

J'avoue que tant qu'on a ignoré la théorie de l'attraction ou développement harmonique des passions, on a dû s'en tenir à la méthode répressive dite morale ; mais elle devient dès ce moment inutile, et on ne lui doit pas de capitulation honorable, parce qu'elle a repoussé la lumière, la théorie sociétaire qui seule peut garantir une récompense à la vertu, et .parce qu'elle a de tant temps manqué à ses devoirs, tels que l'analyse franche de la civilisation et de ses caractères (section VIb ) , et la recherche eu mode commercial véridique. Elte n'a spéculé que sur la ventede systèmes que chaque année \oit éclore au nombre d'une quarantaine, pour le bien du commerce de morale.

Nous devons en celte année que 47 traités de morale, disait un journal de \ 803, qui s'apitoyait sur la modicité de cette récolte. Il ne parlait que de la France : en y ajoutant les autres États qui font le commerce de morale ou la fabrique de morale, très-active en Angleterre, Allemagne, Italie, les traités doivent s'élever au moins à une quarantaine par an , même dans les tempsde disette ; et comme tous ces traités sont contradictoires, chacun renversant celui de la veille, il faut changer de conduite et de mœurs au moins quarante fois par an pour être docile aux leçons de la morale douce et pure ; il faut avoir en outre beaucoup d'argent pour acheter ses innombrables controverses, beaucoup de temps et de patience pour les lire, et beaucoup d'intelligence pour les comprendre, car leurs auteurs ne se comprennent pas eux-mêmes. Nous expliqueront-ils comment on peut être à la fois ami du commerce et ennemi des richesses perfides ? Ce sont là deux dogmes de morale, aussi judicieux, aussi homogènes que tous les autres. En est-il un qui ne soit regardé en pitié par ses auteurs mêmes? Sénèque tout en nous prêchant de renoncer aux richesses, dès aujourd'hui, sans attendre à demain, et d'embrasser sans délai

te philosophie, accumulait une fortune de cent millions de francs. Aussi la morale n'a jamais été qu'une jopglerie oratoire et un masque d'ambition. Tout hypocrite qui médite quelque fraude, s'affuble soigneusement de moralité.

On répond qu'elle n'est pas moins bonne en elle-même, quoiqu'elle serve de manteau à l'hypocrisie : non ; elle est vicieuse, et par double raison : l'une est qu'elle conduit à sa perte celui qui essaie de pratiquer exacte&nent ses doctrines, tandis qu'elle conduit à la fortune celui qui la prend pour masque et non pour guide ; l'autre est que ses dogmes sont contradictoires et la plupart impraticables, comme celui qui ordonne d'aimer et soutenir Pauguste \érité : qu'un homme aille dans un salon y dire l'Auguste vérité sur le compte des personnes réunies, dévoiler les grivelàges de tel financier présent, les galanteries de telle dame présente, enfin la conduite secrète de tous les assistants, il sera honni de toutes voix ; qu'il s'avise de publier la vérité, toute la vérité sur le gaspillage des deniers publics, et compromettre de hauts personnages, il \ erra où conduit la pratique de l'auguste vérité. Tous tes dogmes de la morale sont également impraticables.

D'ailleurs n'est-il pas avéré qu'elle a constamment produit défi effets opposés à ses promesses , et que plus une nation enfante de traités de morale, plus elle s'engouffre dans la dépravation? Voilà donc une science trompeuse par le fait comme par les doctrines toutes contradictoires. Elle a mal fini ; elle s'est prostituée sur ses vieux jours, en s'alliant à l'esprit mercantile, source de tous les vices : la religion ne s'est pas souillée de cette infamie.

Mais pourquoi cette boutade contre la tendre morale? C'est que les hypocrites s'étayent de la morale pour dénigrer la théorie de l'attraction. Ils sont jaloux de voir naître une science qui va donner les biens que promettait l'astucieuse morale, établir le règne de la vérité, de la justice et des bonnes mœurs, conduire à la fortune ceux qui les pratiqueront, et conduire à la ruine et au défihonneur ceux qui essaieront de pratiquer la fausseté.

Quelques-uns de ces détracteurs veulent aussi s'affubler d'esprit religieux, prétendre que la théorie de l'attraction n'est pas en pleine harmonie avec la religion ; ce n'est pas moi qui répondrai à ces tartufes, c'est l'Evangile ; c'est la parole de Jésus-Christ qui les confondra. Je traiterai ce sujet dans un article spécial.

Cest parce que ma théorie marche en tout point dans le sens

de la religion, qu'elle doit discorder avec ces scribes et pharisiens modernes, ces moralistes insidieux, ces saltimbanques de vertu que Jésus-Christ démasquait si bien, et qu'il maudissait comme obscurants, comme sophistes vandales, feignant de chercher la lumière, et ligués pour l'étouffer à son apparition. Ils sont encore aujourd'hui ce qu'ils étaient au temps de Jésus-Christ; manqueraient-ils à diffamer le chef-d'œuvre de la sagesse divine, le code d'unité sociétaire et d'harmonie des passions appliquées à l'industrie?

Si les moralistes sont de bonne foi, et tiennent à paraître tels, que n'acceptent-ils un défi, un essai, afin que l'expérience prononce entre leur science et la mienne ? S'ils augurent bien de leur méthode et mal de la mienne, ils doivent souhaiter qu'une épreuve me confonde authentiquement, ce sera pour eux un triomphe éclatant ; mon but est le même que celui où ils feignent de tendre, c'est d'établir le règne de la vérité, de la justice et des vertus réelles. On verra bien vite laquelle des deux méthodes arrive au but.

Si la mienne est juste, elle doit décider le procès en six semaines de plein exercice. La leur a eu non pas six semaines, mais trente siècles d'exercice en de nombreux empires ; il n'en est résulté que le progrès du mal 'r en outre ils ont fait obtenir au moins vingt épreuves à la fausse méthode sociétaire, celle de Rob Owen : à force de la prôner dans les journaux, ils ont procuré à son auteur des souscriptions pour une grande quantité d'établissements, qui ont avorté comme on le sait, puisqu'aucun propriétaire d'esclaves ne l'a adoptée pour les nègres, aucune horde ne s'y est soumise.

Ils se SQB^onc abusés en systèmes d'association, comme en systèmes 3e morcellement industriel ; leurs moyens sont évidemment illusoires, c'est une présomption favorable pour une théorie opposée aux leurs, et opérant en quelques semaines. S'ils n'acceptent pas le défi, ce sera faire preuve d'insigne mauvaise foi et d'insouciance complète pour le véritable progrès social.

Avertissons-les sur la fausse position où ils se placent. Un incident les réduira tous à une palinodie subite : dès qu'un écrivain notable et désireux de jouer un grand rôle, se prononcera dubU tativement pour l'examen et l'essai, les Zoïles compromis, opineront à se rétracter en toute hâte, sans attendre l'épreuve qui les couvrirait de ridicule. Ceux de Colomb furent confondus, lorsque

le confesseur d'Isabelle, plus judicieux que les savante, opina à l'examen; aussitôt la débâcle des détracteurs fut complète.

Ici le rôle dubitatif est bien plus sûr pour un écrivain ; car avec Colomb il restait deux risques, naufrage en mers inconnues et danger de fausse roule, de recherche infructueuse ; mais en essai de l'Attraction industrielle on aura, au lieu de risque, une garantie de bénéfice énorme dans tous les cas. En proposant cette épreuve, un écrivain appuyé du précepte de Descartes, doute et expérience, obtiendra le plus brillant succès. Il sera en politique ce que fut Saint Augustin en religion : il renversera les faux dieux scientifiques, le caduc édifice de la philosophie ; il sera l'apôtre de la métamorphose sociale. Je reviendrai sur la haute fortune que ce rôle vaudra à l'orateur.

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