‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 47 sur 124 · NOTICE V. — CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

NOTICE V. — CONCLUSIONS

La morale veut que, dans ce ménage de famille, le père se complaise à entendre le vacarme perpétuel de mannote qui le privent de sommeil et troublent son travail. La nature veut au contraire que l'homme, pauvre comme riche, soit' délivré de ce charivari moral et que, rendu à sa dignité, il puisse reléguer en local éloigné cette diabolique engeance, placer les enfants en lieu où ils soient sainement et agréablement tenus, selon la méthode sociétaire qui assure le repos des pères, des mères et des entants ; ils sont tous harcelés par le régime civilisé nommé doux ménage, véritable enfer pour le peuple, quand il n'a ni appartement séparé pour les marmots, ni argent pour subvenir à leurs besoins.

La morale veut que la mère allaite son enfant , précepte inutile avec les mères pauvres qui forment les sept huitièmes : loin d'avoir de quoi payer une nourrice, elles cherchent des nourrissons payants. Quant aux mères fortunées, en nombre de un huitième, il faudrait leur interdire cette fonction, car elles sont assassines de l'enfant. Par désœuvrement, elles s'étudient à lui créer mille fantaisies nuisibles, qui sont un poison lent et tuent la plupart des enfants riches.

On s'étonne sans cesse que la-mort enlève le fiîs unique d'une opulente maison , tandis qu'elle épargne dans lés chaumières de misérables enfants privés de pain ; ces marmots de village ont une garantie de santé dans la pauvreté de leur mère- qui, obligée d'aller au travail des champs, n'a pas le temps de s'occuper de leurs fantaisies, et encore moins de leur en- créer, comme le fait la dame du château. Ainsi J.-J. Rousseau en croyant rappeler les mères aux tendres sentiments delà tendre morale, a fait naître la mode d'allaitement- chez la classe de femmes qu'il fallait en exclure ; car dans cette classe riche elles manquent pour l'ordinaire , ou de la santé nécessaire, ou du caractère froid et prudent qui serait un préservatif de mal pour la mère et l'enfant.

La morale défend au père de gâter l'enfant ; c'est au contraire

la seule fonction réservée au père, son enfant étant suffisamment

critiqué et remontré en tégam sociétaire par les groupes qu'il

' fréquente (IV, 30 à 38), ou s'il est très-petit, par les bonnes qui le

soignent au séristère du bas âge.

La morale veut que le père soit instituteur naturel de l'enfant ; c'est un soin dont la nature l'exclut et qu'elle réserve aux bonnins et mentorins, gens formés pour cette fonction par l'instinct et l'esprit corporatif.

La morale veut qu'on place autour de l'enfant une demi* douzaine d'aïeules et tantes , sœurs et cousines, voisines et commères pour lui créer des fantaisies qui nuisent à sa santé et lui fausser l'oreille par la musique française. La nature veut qu'on n'emploie pas le vingtième de cet attirail pour tenir l'enfant gaiment et sainement, dans un *séristère assorti à tous les instincts du premier âge.

La morale veut que l'enfant soit élevé , dès le bas âge, à mépriser les richesses et estimer les marchands ; la nature veut au contraire que l'enfantsoit élevé de bonne heure à estimer l'argent, et s'évertuer à en acquérir par la pratique de la vérité qui, en civilisation, ne peut pas conduire aux richesses, et qui est incompatible avec le commerce inverse ou méthode actuelle.

La morale veut qu'on ne permette aux enfants aucun raffinement, surtout en gourmandise, et qu'ils mangent indifféremment tout ce qu'on leur présente. La nature veut qu'on les élève aux exigences gastronomiques, aux finesses de cet art qui, en harmonie , devient moyen direct de les passionner pour l'agriculture. (II, 243, 215.)

Il est donc certain que la morale, même en lui supposant de bonnes intentions, joue le rôle d'un médecin ignorant qui ne donne que des avis pernicieux, ne sait que contrarier les vues de la nature, et tuer les malades avec un étalage de belles doctrines. <\ Mais est-il certain que la morale et ses coryphées aient de bonnes intentions ? Avant de prononcer sur ce point, continuons à analyser la contrariété de cette science avec la nature ; après i'avoir pleinement convaincue de contre-sens perpétuel, nous examinerons ses perfidies égales à son ignorance.

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