‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 62 sur 124 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

9a germe de discorde générale on lien de famille en mode simple*

En traitant des germes d'accords sociétaires, qui occuperont toute fa i9 section, il est nécessaire de définir celui de discorde générale', germe bien inconnu : c'est le lien de famille tant prôné par les moralistes. Le monde civilisé est si fortement prévenu en faveur du lien de famille que, pour le désabuser, il faut placer les preuves avant la théorie, et renvoyer les principes à la fin du chapitre. Examinons les vices les plus saillants de l'industrie familiale, société la plus petite possible et, par suite, la plus opposée aux vues de Dieu, à l'économie, aux liens.

4° L'instabilité: rien n'est stable dans notre industrie: la mort accidentelle du chef de famille peut d'un jour à l'autre désorganiser toutes ses entreprises; les partages d'hoirie, les disparates de caractère du père au fils, l'inégalité de connaissances, vingt autres causes bouleverseront tout l'ouvrage du père. Ses plantations seront abandonnées, morcelées, dégradées; ses ateliers tomberont en désordre, sa bibliothèque ira au bouquiniste et ses tableaux au fripier. Le contraire a lieu dans une corporation civile ou religieuse: tout y est maintenu et perfectionné, l'inconstance ou la mort d'un individu ne troublent en rien les dispositions industrielles.

2° La contrariété en progéniture : un homme industrieux voudrait au moins un fils pour le remplacer et suivre ses travaux ; le sort ne lui donne que des filles en mariage, et il n'a de garçons que des illégitimes, proscrits par la loi; son nom s'éteindra. Il trouverait en industrie des continuateurs passionnés, mais dans des classes disparates par la fortune et les conditions. D'autres fois ses enfants refusent de le seconder, ou bien ils en sont

incapables. Souvent c'est la surabondance d'enfants, la dépense d'éducation qui paralyse les entreprises du père ; son travail ingrat ne peut suffire à les élever et les établir; et, pour prix de tarit de fatigues, il en voit plusieurs désirer sa mort, par impatience de jouir de l'héritage.

3° Disgrâces conjugales et domestiques : c'est un sujet si étendu, qu'il convient de le franchir (voyez III, 69 et 96). L homme industrieux sera rebuté par l 'inconduite d'une épouse ou de quelques enfants, par lesgri vêlages des coopérateurs, les calomnies et les procès des envieux , par la perte d'un enfant sur qui reposaient toutes ses espérances. L'on voit des pères et«nères civilisés tomber dans le délite à la perte d'un enfant préféré ; ils n'ont aucun contre-poids à opposer à cette disgrâce, ni à tant d 'autres. C'est donc un trébuchet que cet état de famille; c'est la boite de Pândorô. Comment présumer que DiéU ait voulu fonder Tindustarie sur un état si critique pour ceux4 qui la dirigent, et plus ettcdre pour les subalternes qui l'exécutent.

4° Piège industriel : Là politique et la morale ne sachant pas ôféér l'Attr action industrielle, ont recours a la ruse: elles vantent les charmes du mariage sans fcrtune, et disposent tout le systënie social de manière à forcer le pauvre au mariage, afin que la surcharge d'enfants* le force à travailler pouf nourrir de petits affamés. Aussi tous1 les pères dé la classe pauvre, les 7j8 des pères, s'éCfient-ïls : dans' quelle galère? je me suis fourré ! Ce piège est le but secret des moralistes dans léurâ éloges du doux mariage; tift y polissent: lerp»iqltef afin d'avoir eboâdaace de consente et ^'iwtrietsifaiB^iqne^llrwvaéttâol à vit pris, pour enrichir qifel • ques.cnef»:

' 5» Mêfjmgndnce cttinidative dé MndmtrU : La répugnance <e*t déjà tyim forte «hez l'enfant»: il nie travaillerait pas sans la étante de» «bàtinèote^inâss ee'dftadrdfc *'aooro1t par l'tfvèft»ment en fftifeeiifeV, l'àttàm :(ftfâ) Tient ajouter aiidégeélpMr l'industrie, le goût pour 1£ tiépaaèi et> pmtr las ftéqùenfaliotis contraires aux vues du :père et à l'harmonie de la famille. Ce nouveau ressort, qui uitervientà l'âge de 4 Sans,, devrait amélior jeex le mécanisme industrie^ car lorsqu'on ajoute une pièce a une Baécanii^ie, c'est pour en perfectionner le jeu. L'amour, chez les narmoniens, reniofeterâ l'Attraction industrielle par double voie; par le charme nouveau4, que trouvera, f adolescent dans les riu» nions des deux sexes, aux ateliers, étables, etc. , et par l'initia-

tion à la plus gracieuse des sciences, I'analogie, dont on ne peut pas donner connaissance aux impubères. Cette science, trèsséduisante, excitera chez les adultes une frénésie studieuse qui ne s'amortira qu'au bout d'une vingtaine d'années, lorsqu'ils connaîtront l'ensemble des règnes et des cent mille emblèmes de passions représentées dans les produits des différents règnes. Au lieu de ces 2 stimulants à l'industrie et à l'étude, les amours civilisés n'engendrent que les 2 vices opposés, et deviennent le tourment des pères, obligés de surveiller sans cesse, fournir à des frais de parure, de dot, et souvent à des dettes et autres écarts de la jeunesse. Il est donc certain que l'état conjugal est pour les pères un senCier de ronces, sauf rares exceptions dans les ménages riches; et que l'amour ne naît chez les adultes, que pour les dépraver.

Passons de ces indices à l'analyse régulière du mal. J'observe que l'état conjugal, base de notre système social, est la plus petite combinaison possible ; on ne saurait en imaginer de moindre que celle d'un couple conjugal. Si pourtant Dieu, comme nous avons lieu de le présumer, veut former les plus grandes combinaisons sociétaires, et établir la plus grande liberté possible , il en résulte que le germe du mal, l'état le plusopposé aux vues de Dieu, se trouve dans la plus petite etJa moins libre des réunions : c'est le régime conjugal exclusif d'où naît le lien de famille simple, limité à une seule branche, lien homogène avec la civilisation, parce qu'elle est la plus discordante des sociétés.

Le germe du mal doit nécessairement résider dans l'une des 42 passions : ce ne peut être que dans celle qui établit les dispositions les plus opposées aux vues de Dieu. Il est évident, par le mécanisme de l'univers, que Dieu veut liberté et combinaison de l 'ensemble, selon des lois de justice géométrique ; et nous adoptons un ordre familial où tout n'est qu'arbitraire, fausseté, injustice, désunion, oppression, contrariété des intérêts collectifs et individuels de chaque ménage (33).

Autre vice radical dans le groupe de famille : il n'est point fibre et les trois autres le sont; l'on peut à volonté changer d'amis, de maltresses, d'associés en intérêt ; mais on ne peut rien changer au lien du sang : il est perpétuel, opposé au libre choix» C'est un vice qu'on n'a pas songé à remarquer, et qui est si grave, que le régime d'harmonie lui opposera beaucoup de contre-poids

absorbants, entre autres les adoptions industrielles et participations d'hoirie. .

Ces indices vont nous servir à expliquer le règne du mal : de tout temps il a dominé, son empire s'est même accru de nos jours, parle triomphe de l'esprit mercantile qui a rendu les civilisés plus vils et plus faux qu'ils ne l'avaient été dès l'origine. Sur ce, les sophistes mettent en problème si l'homme est vicieux de sa nature, et la plupart opinent affirmativement : c'est raisonner comme les fatalistes mahométans qui décident que la peste est un mal inévitable, parce qu'ils ne veulent pas prendre la peine d'établir des quarantaines sanitaires. Nos philosophes donnent dans le même travers : pour se dispenser de trouver le remède du mal, ils le déclarent destin inévitable; et pourtant ils publient des milliers de systèmes curatifs qui doivent perfeclibiliser la civilisation par l'amour du commerce, et autres visions qu'ils donnent pour torrents de lumières et oracles de l'auguste vérité. Le moyen le plus sûr d'embrouiller une question ou une affaire, est d'y entremettre les beaux esprits. Jamais les chenilles n'ont tant pullulé dans certains cantons de la France, que depuis qu'elle a créé trois cents académies d'agriculture.

Les lois du mouvement universel démontreront que le mal, ou ordre fatiX) intervient pour un huitième dans le mécanisme de l'univers; que son règne embrasse le huitième des temps, de* lieux et des choses ; et comme tout est lié dans le système de la nature, il faut bien que le mal se lie à l'ensemble du système par quelque point où il ait sa racine. Ce point, en affaires sociales, ne peut être que le groupe de famille , assemblage le plus restreint et le plus contraint. Pourrait-on voir la source du mal dans l'un des 3 autres groupes? non; car ils tendent tous trois à la liberté et aux vastes combinaisons, aux liens très-étendus et variables à volonté. La morale même nous vante l'extension de ces liens; car elle veut que notre amitié s'étende philantropiquement à tous les humains transformés en une grande famille de frères, que notre ambition nous ligue aves les amis du commerce, partout le globe. L'amour, de son c$té, ne connaît pas de bornes, dès qu'on le laisse aller à sa pente naturelle : un homme libre et opulent aura bientôt, comme le sage Salomon, un millier de femmes; et une femme libre voudrait pareil assortiment d'hommes. Cette pluralité d'amours est si naturelle, que jamais on ne voit un sultan , même dans la caducité, se réduire à une

Wè SECTION IV. — « MÉCÀmSMtt BÎ HiTttlIOUrfÈS DE L'ATTRACTION.

se*ïe femme ; tous conservent leur sérail. L'amour tend donc comme les autres groupes, aux plus vastes combinaisons.

Telle sera la marche du lien de famille, quand on saura' et qu'on pourra rélever du mode simple au mode composé, du mode forcé au mûdé libre, et procurer à chacun uttô famille aussi' nombreuse que celle du sophi de Perse Weth-Ali^SchaK. Dans Tàge futur, après 3 ou 4 siècles d'harmonie, chaque vieillard, quoique borné à peu près a deux ou trois enfants directe, , aura en collatéraux et adoptifs plus de trois cents enfants, y com- \ pris ses petits fifs et leurs rameaux. Alors les humains jouiront 7 de tous les charmes de la paternité qu'ils cherchent en vain dans ' l'état actuel , notamment le charme d'unité d'intérêts, conciliant la cupidité avec les sentiments honorables, et amenant l'héritier à désirer, pour son propre bénéfice, la longévité du donateur (Voyez la tfl6 notice).

Les civilisés, qui ne raisonnent que d'équilibre et confre-poïds, auraient dû s'apercevoir que leur système familial est essentiellement dénué d'équilibre, car l'affection est toujours triple des as- I cendants aux; descendants, et à peine tierce des descendants aux J ascendants. C'est une vérité dont se plaignent amèrement tous les pères*. Comment cette disproportion est-elle restée indifférente â nos équilibristeé qui veulent tdttt balancer et pondérer $ cômftœnt'âaitisferôflt-iîs Tes pères en lew procurant tm retour d'amour filial, égal à là dose* d'amour paternel Y ta solution dti problème ëstque ràffiotrr filial doit provenir de 3 branches.

1° Des consanguins ou fils .et petits, fils directs sur qui repose aujourd'hui tout le domaine du. père en affection.

2° Des adoptifâ industriels ou héritiers dés divers goAts du père,

continuateurs de son industrie dans une trentaine de groupes et-

sériés, on ih ont été des- digtfpiès.

; a* »e* sympathiques dadotiHteéehëÉirr eeu* enfttetftitë de caractère,

et cetw eil eomtoarie àt (mmtim Nos rftwedti' de sympathie*

Ces* classes * et 3?, .qui dBtîehnent'en narmonfonne adoption et un legs', «'existent pas eii civifisatfott, où lydtt r/a point de cotrtfHuateurs pâssidnnds, et oÛ l'tfn ne découvre poftt ses sympathiques (fini' et* (fàutte genre .(ttlëlftftè et contraste), lés1 caractères étant wu^travfestîs par TSdutatfàn mbruié'^ùi les étouffe, ou par 1* grôs&èfeté:tk>pu^^ sont â égtf/stes,

rf jàjduôèsi, qu'etfes* ne soultfiteiént pornt <Jè ptjrftage dkfls TàÉta-

ffOTtGE vu. — eHApame «vni. 2ff

chôment du père : forcé de s'en tenir à ses enfans, il ne rencontre souvent en eux que ses antipathiques de caractère, que les ennemis, les destructeurs de son ouvrage. On peut démontrer, par calcul régulier sur l'échelle des caractères, que lorsqu'un homme a 3 enfants et 3 petite enfants, total 6 descendants directe, il y a deux cents à parier contre un, que sur les 6 il ne trouvera ni un sympathique de caractère ai un sympathique d'industrie ou continua- • teur passionné , surtout lorsque cette industrie est bornée à un seul genre, comme il arrive eu civilisation. Quelle triste perspective pour les pères civilisés, quel trébuchet que cet amour paternel 1

En conséquence 4e tous ces vices inhérens au groupe de famille, le régime sociétaire lui enlève toute influeuçe en affaires d'intérêt et de répartition, où il n'introduirait que l'injustice et la rapine/ Ce groupe doit être absorbé pour devenir apte aux accords généraux ; on doit noyer l'égoïsme familial à force de ramifications et d'extension données aux 3 branches décrites plus haut. J'expliquerai cette méthode à la notice des ralliements.

Quelques lecteurs, par un scrupule déraisonnable, repousseront «ette doctrine qui place le germe du mal dans le lien conjugal. S'il est l'arbre du mal, ee n'est pas à cause des vices qu'il engendre. (III, 69, 77, 96) , mais parce qu'étant le lien le moins nombreux, possible, il est, par cette raison, le plus anti-économique, le plus contraire aux vues d'un Dieu svpréme économe : à ce titre, il ne peut pas adopter pour pivot de système l'excès de complication et de morcellement, les 300 cabanes de foinilles boslites entrailles, au lieu d'un édifice de relation* combinées. Lorsqu'on voit des sciences qui se disent économiques préférer obstinément cette réunm la plus vicieuse qu'on ffukae imaginer, n'est-ce pas le «as 4e dire avw Reaumarobaift, « queîe$gm* d'esprit «ont bêtes 1»

Mm, repliai)*-*!», «m n'en cannait .point d'autre, il fallait d006 m tihêrcW : fgjer'fe et invenifti*:; et iiimt examiner la tMQF&àvmltmim qui mt cktrohé et trmvé.

f70 SECTION IV. — MECANISME ET HARMONIES DE L*ATTBACTI01f.

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