CHAPITRE XXVB
Hé 1» CtmrtroiopMe on sagesse de» Sérier gMtroiMmlqueK
Nos soi-disant gastronomes, tant écrivains que praticiens, ne sont point du tout à la hauteur du sujet; ils le ravalent en le traitant sur le ton plaisant. Il est vrai qu'en civilisation la gastronomie ne peut jouer qu'un rôle très-subalterne, et plus voisin de la débauche que de la sagesse ; mais en harmonie elle sera révérée comme ressort principal d'équilibre des passions.
Le sens du goût est un char à i roues, qui sont :
1 laGAâTBOJKIMlB, ôlaCONttSKV*,
2 la Cuisine , 4 la Culture.
La combinaison de ces quatre fonctions, exercées en Séries passionnées, engendre la gastrosophie ou sagesse hygiénique, hygiène graduée, appliquée aux échelles de tempéraments qui ne sont pas connues de la médecine civilisée (voyez la note tome IV 107).
Conformément à sa propriété de monde à rebours^ la civilisation marche à contre-sens dans cette carrière ; elle veut commencer par où îl faudrait finir. Tout père approuverait fort que son fife-et sa fille excellassent dans les 3e et 4e branches, culture et conserve; on veut même que les jeunes filles s'exercent à la S* branche qui est la cuisine : ainsi on admet les 3 branches de science qui ne peuvent pas créer l'Attraction industrielle, et on proscrit la l1* branche, la gastronomie, d'où naîtrait la passion pour les 3 autres. Cette gaucherie est encore une des prouesses de la morale tendant à nous rendre ennemis de nos sens, et amis du commerce qui ne travaille qu'à provoquer les abus d'à plaisir sensuel.
lfautre part , dès écrivains scandaleux donnent des leçons de gourmandise à nos Lucuilus, qui ont bien assez des lumières de leurs ctrîsûriers, sans que Ta poésie et la rhétorique viennent leur
fréter appui. Cette pmttUUien Littéraire compromet la gastronom*V «•"■» tes billevesées de la seote Owen compromettent l'association.
L* gastronomie ne deviendra science honorable, que lorsqu'elle aaura pourvoir aux besoin» de tous ; or il est de fait que la multi- Inde, loin de faire des progrès vers la bonne chère, est de plus en plus mal nourrie. EUe est privée même des comestibles salur bres et nécessaires : en voit dans Paris 5 à 4000 gastrolâires se goberger au mima ; mai* on voit à coté d'eux 3 à 460,000 plébéiens qui n'ont pas même de la soupe naturelle : on leur fait maintenant un simulacre de bouillon avec^ des ingrédients qui sentent le lard rance, la chandelle et l'eau croupie. L'esprit de commerce va croissant, et ses fourberies accablent de plus en plus les classes inférieures.
La gastronomie ne sera louable qu'a deux conditions : 4° lorsqu'elle sera appliquée directement aux fonctions productives, engrenée, mariée avec le travail de culture et préparation, entraînant le gastronome à cultiver et cuisiner; 2° lorsqu'elle coopérera au bien-être delà multitude ouvrière, et qu'elle fera participer le peuple à ces raffinements de bonne chère que la civilisation réserve aux oisifs.
Pour atteindre ce but, il faut engrener les fonctions du goût, les rallier toutes à la plus attrayante des quatre qui est la gourman* dise. On est assuré que celle-là ne sera pas abandonnée, qu'elle sera toujours attrayante ; il mut donc la choisir pour base de l'édifice, si l'on veut qu'il soit régulier et durable.
Nos philosophes posent en principes que tout est lié dans le système delà nature, mais rien n'est lié passionnément dans notre système industriel : l'industrie doit former ses liens par les Séries gastronomiques ; elles conduisent, par passion, des débats de la table aux fondions de cuisine et de conserve, puis aux cultures, enfin à la formation des échelles de tempérament et des préparations culinaires adaptées an régime sanitaire de chaque échelle. On s'efforcera donc en harmonie d'enrôler de bonne heure chaque individu aux 4 fonctions précitées, afin qu'il ne se borne pas an rôle ignoble de gastrolâtre, déshonneur de nos Apicius dont tout le savoir se réduit à jouer des mâchoires, sans aptitude à agir dans les 3 autres fonctions du goût
Aucune passion n'a plus d'influence que celledu goût, pour opérer l'engrenage des fonctions. l'ai donné, chap* xxvt, un. exemple
260 SECTION IV. — MÉCANISME ET HARMONIES DE l'ATTBACTION.
tiré de l'ail, où je suppose la personne entraînée à l'étude de la poésie par cabale pour le soutien de son goût, et par enthousiasme pour la branche de littérature qui Ta prôné (Essor de la Cabaliste et de la Composite). Si Ton veut spéculer de la sorte sur les manies gastronomiques de chaque enfant, appliquées à des Séries passionnées, on trouvera dans cette seule branche de fantaisies des moyens de passionner l'enfant pour les diverses branches d'étude, et de même les pères et mères ; car il faudra au début de l'harmonie faire l'éducation des pères, comme celle des enfants. Je ne saurais donc assez rappeler la nécessité de spéculer avant tout sur la gastronomie, comme semaille d'attraction plus efficace que toute autre, et moyenle plus promptd'aller au but: engrener passionnément les fonctions, entraîner de Tune à l'autre par les stimulants de cabale et d'enthousiasme, enfin établir ces liens généraux que rêve la philosophie, sans savoir en former aucun, surtout dans l'enseignement qu'elle ne sait allier ni avec le plaisir, ni avec la pratique de l'agriculture.
Une fâcheuse lacune en ce genre est de n'avoir pas su lier la médecine avec le plaisir, et surtout avec celui du goût. Chaque année voit éclore de nombreux systèmes en médecine, dont pas un, excepté celui de la médecine du cœur, n'a cherché à sortir de l'ornière. Une carrière bien neuve, mais peu fructueuse pour la faculté, serait la médecine du goût, la théorie des antidotes agréables à administrer dans chaque maladie. On a vu des cures opérées par des confitures, des raisins, des pommes reinettes, de bons vins ; j'ai vu une fièvre coupée et dissipée par un petit verre de vieille eau-de-vie. Le peuple a contre le rhume un remède agréable, une bouteille devin vieux, chaud et sucré, et le sommeil à la suite. Cette médecine sera une branche de la science dite gastrosophie hygiénique, méthode préservative et curative à la fois; car elle préviendra tous les excès de table, par l'affluence, la variété de bons comestibles, par la rapide succession de plaisirs faisant diversion à celui de la table.
C'est pour nous amener dès le bas âge à ce régime, que la nature donne aux enfants la gloutonnerie pour passion dominante. Ils sont, dit-on, de petits gourmands, rien n'est plus faux; ils ne sont pas gourmands, mais seulement gloutons, goinfres, goulus. Ils mangent avec avidité des fruits verts et autres vilenies; s'ils étaient gourmands , connaisseurs , ils renverraient ces aliments grossiers aux pourceaux. Leur gloutonnerie est un germe qu'il faul
amener à la gourmandise, à la gastronomie raisonnée et appliquée aux 3 autres fonctions du goût.
On observe partout que la classe la plus réservée à tablé, est celle des cuisiniers ; ils sont juges sévères, dissertant bien sur les mets, sans en faire aucun excès ; ils sont proportionnément la plus sobre des classes qui ont la bonne chère à discrétion. Le meilleur préservatif des abus de la table, serait donc, pour les enfants comme pour les pères,un ordre de choses où ils deviendraient tous cuisiniers et gourmands raffinés, alliant la gastronomie avec les 3 fonctions de cuisine, conserve, culture , et avec l'hygiène graduée selon les échelles de tempérament.
Et comme cette méthode gastrosophique est celle qui rencontrera le plus d'opposants parmi une société d'actionnaires; comme on verra les uns, par préjugé de morale, et les autres par économie mal entendue, opiner contre la provocation ou tolérance de gourmandise, je dois les prévenir fortement contre cette erreur qui est i'écueil le plus à craindre en épreuve sociétaire.
On s'étonnera que j'attribue une si haute influence à l'emploi de la gastronomie, et que j'en fasse la condition sine qud non % de succès d'une phalange d'épreuve, condition qui n'est pas imposée dans le Traité de 4 822.
Cette opinion est le résultat d'une étude approfondie sur la dose d'influence qu'aura chacune des 42 passions, pour faire éclore et engrener les attractions industrielles dans le canton d'épreuve , contrarié par de nombreuses lacunes d'attraction (IV, 575). Essayons, pièce à pièce, la revue de ces doses d'influence.
Ambition : elle fournira en émulation industrielle des ressorts nombreux et brillants, mais non* pas au début ; par exemple : l'échelle de sceptres citée 234 , sera un stimulant magnifique, mais qui ne s'établira qu'après la pleine fondation par toute la terre. Voilà donc un levier dont l'emploi est différé de 4 à 5 ans; or il faut des ressorts qu'on puisse mettre en usage dès la 4™ quinzaine ; et pour effectuer ce prompt service, la gastronomie sera le moyen le plus applicable à toutes les classes. L'ambition fournira au début 4 aiguillons très-notables, savoir : la perspective des récompenses de fondation, le bénéfice sur les curieux payants, les minuties honorifiques (Mondor246), et les cabales émulatives; mais pour créer subitement les attractions industrielles, et engrener cabalistiquement ces attractions, aucun moyen n'équivaudra à la gastronomie appliquée.
gtt SECTION IV. — MBCAMIMW SI BANfO.ffflft BC L'ATTRACTION.
. jdmour : il fournira des&imulante d'industrie si ptn*8«Bte,ei efficaces, qu'à l'époque de formation des séries amoureuses, organisation des libertés et eontre-rpoids en amour, en vetsa, en moins de deux ans, Le produit aeeru île moitié. J'Ai dit que oe produit sera quadruple du nôtre au début, il serait sextuple en eas de liberté d'amour équttibrée. Mais on a vu (244) que te libre exercice de cette passion sera renvoyé à un demi-siècle ; il resterai jusque-là au rang des crimes : ee *'est donc pas unologet de spéculation pour emploi aubU , comme le sera la gastronomie . qui n'a rien de criminel, même aux yens de ses antagonistes; car on voit tel prédicateur, à la suite d'un beau sermon contre la gourmandise, figurer très-bien à u&ebonne table. D'ailleurs cette passion cessera d'être vice quand elle sera équilibrée, prévenant tout excès, et de plus hygiénique:, faisant coopérer te plaisir au soutien de la santé.
Paternité : ses emplois en Attraction industrielle ne oummencergntguères qu'au bout d'un siècle, sauf exceptions; car an bout de dix ans, on en verra germer une branche, celle des adaptions indwstrielkê : d'autres branches, comme tes adoptons sympathiques, l'échelle d'amour paternel, seront différées plus long- temps encore ; tout cela est fort lom de remplir la condition d'emploi subit, applicable à toutes les classes.
Amitié : on en tirera un grand secours; mais te moyen de la développer en peu de temps, sera l'emploi des éohetles etjdescabsfas gastronomiques. Rien ne forme des liens si prompts que lesafiinitâs de goût sur tels mets, telle préparation, surtout «H s'agit d'un geût bizarre, ambigu et raillé par la majorité. C'est doriclavoriser l'amitié, que d'employer la gasinmamfe at mécanisme aoctete. Heàfc.été pliismoble dfettribuer à l'amitié ce système des engnenagesd' Attraction industrielle que je fiaisirepeaar surie sens du goût; mais si je donnais ici la priorité à l'amitié, raserait plaoer l'effet en *» ligne et la cause en $*. Je me garderai de cette erreur.
. logeons plus négulteremeat nos sens; n'ayons pas «honte dateur influence quand elle oontfek au bien, à l'industrinv ret ans aecorsds -sociaux. Dteuee veut pas déshonorer, mate uailtear la inatieje, en iacoanant les. sens aux convenances defltaUe, «t en Leur donnant une imtiatteB <(&&), comme «eu* la donnai* «me safràtou» qù* préparent tes vates pour le mettra, .avant m arrivée. C'est ainsi qu'on doit envisager l'inîlinlh n iifiifi ju ûmmm à
tiOTOB VII. — C!lA*mA A3VH. S63
fe gttftroaomie, employée comme voie 4ea première liens d'amitié entae les groupes industriels qu'assemble une affinité de goûte sur & consommation, la préparation et la culture de chaque espèce ou variété. !
Je n'examine pas quelles ressources fourniront les 3 Passions mécanisantes, pour l'engrenage des fonctions industrielles; toutes trois agissant sur les neuf autres, il suffit d'analyser les forces de chacune des 9 au début. J'ai évalué l'influence des i affectueuses, comparativement à celle du sens du goût; estimons celle des i autres sens dans une phalange débutante.
Tact, vue, ouie, odorat : traîtons-en cumulativement.
Aucun des quatre n'aura d'influence notable sur les paysans et ouvriers qui formeront la grande majorité d'une phalange d'essai, et qui auront reçu la grossière éducation populaire. Il faudra dans les débuts de l'harmonie, se contenter de ces brutes à figure humaine que forme la civilisation, de ces épais Limousins et BasnBretons qui n'auront jamais de commerce avec les muses. Indifférents sur les raffinements de la vue, de l'ouie, de l'odorat et du tact, ils ne convoitent que les jouissances du goatet le bénéfice pécuniaire : un fumier bien gras, bien fécondant a plus de charme pour eux que les fleurs du printemps qui ne donnent aucun profit. Le plus beau site, à leurs yeux, ne vaut pas un boa $né; ils vous dispenseront (tes beaux arts, pourvu que la table soit bien servie.
.{Lakeez donc éteindre cette génécalkm brute qu'a formée la civilisation perfectible^ attendez quinze ansou dix, avant d'ess^yer, en système généra^l'impue-des ieeris nemmésrtaot, vue, ouïe,, odorat. 3asgue là on en tirepa.pextit autant-que possible, chez. les individus. susceptibles *to « gant» ai naffinanmat; mais à-eaMf.fiÛPilôftWOnt.en petit meiabre,ltandip que Jes gastrblâtres seront en immense major tiéicfatw le» SclaêsetAl faut donc, en débit, spéculer aur les moyens *te ckèoastatee, et non -sur des perfections futures. Sous ce rapport, c'est la gastronomie qui méiitaa tentel'aiteBtiea des fondateur^ j «ilè*era le gmnm pt%h viMWKétz accords sociaux, jusqu'à ce qiïïon puisse opérer «or un&géjté«iitian aaoins. faussée, moins g>oas$re, et applicable à l'eaflwioeGUflwiaâif des rainassions, fljoskfe n'en trièrent que 4tt*,<«xQl&a«fc i^mour et la .paternité >uto*m {les S affectives m***re&9<tiar ^««flisatioiueat hongeée»en «termineur).
ià*toè deila fninon kphis puissante-pout ftmiieT»l«s engre-
26* SECTION IV. — MécANISHB ET HARMONIES DE L'ATTRACTION.
nages industriels, il convient de signaler la passion entachée des propriétés contraires, celle qui tend à rompre les" liens et qui, par cette raison, est chérie dos moralistes : c'esti'esprit de famille ou paternité, source de tous les désordres sociaux. Un aperçu de ses vices est nécessaire dans la notice des engrenages industriels, dont elle est l'obstacle principal.