‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 71 sur 124 · C. aisé, 24 fr. H. enf. pauv. 12 fr · texte numérisé non relu

C. aisé, 24 fr. H. enf. pauv. 12 fr

D. moyen, 20 fr. J. enf. nov. 8 fr.

E. juste, 16 fr. L. aspirant, 0 fr.

A etB, quoique opulents, obtiennent des lots copieux; ce n'est point par faveur , les plus riches sont quelquefois ceux qui ont le plus travaillé et le plus mérité ; tout se faisant par passion, ce n'est pas le besoin qui est mesure du travail.

A et B , gens fortunés, déclarent qu'ils s'en tiennent au revenu de leur capital et qu'ils ne veulent pas être payés pour un travail fait par plaisir avec des amis qui servent leur culture favorite ; ils n'acceptent que le minimum ou 8e de leur lot, car l'usage défendra de refuser le tout. Ce minimum est 4 fr. ; il reste de ces lots deux sommes de 24 et 28 à distribuer, = 52.

C et D opinent dans le même sens ; mais, moins riches, ils se bornent à recevoir moitié. Reste deux sommes de 42 et 8 à répartir, = 20 + 52, total 72, qui tourneront au profit des sociétaires pauvres, dans la proportion suivante; E,24 : F, 4 8 : H, 42 : J, 9 : L, 9, d'après scrutin.

Il résulte de cette générosité que les gens pauvres, lorsqu'ils ne se sentent pas fondés à obtenir les lots supérieurs, aiment à

3i& SECTION Y. — DE L'ÉQUILIBRE GÉNÉRAL DBS PASSIONS.

le&fôire allouer aux riches; car ces lots reviendront indirectement an* pauvres et à leurs enfants. On voit qu'ici les enfants H et J, qvÊéf je suppose pauvres, obtiennent deux lots de supplément, 42 et 9 fr., sur la portion abandonnée par les riches. L'aspirant L e» reçoit de même une petite part dont il peut avoir besoin* En supposant qu'un enfant pauvre- obtienne dans une trentaine d» groupes ce supplément d'environ 42 fr., ce sera 360 fr* en sas de ses bénéfices, et trente motifs pour le père de s'aifectiomaer au* riches.

La principale part est donnée à G, sectaire qui ne tient qu'un rang médiocre en industrie ; c'est un lot de faveur, usage d'har* morne ; on y tient à se livrer à ses passions, en dépit de là mo* raie : un groupe, une série, ont toujours favori ou favorite. Je suppose que G est une fameuse vestale, ornement de la contrée , les riches A et B se plaisent à l'attirer à leur travail préféré, les pauvres l'aiment également; tous les groupes la recherchent. Peutêtre ne lui revenait-il qu'un lot de 24 fr., on lui donne celui d0 40 ; mais les riches A et B, satisfaits de cette déférence, abandonnent d'autant mieux leurs lots dont les pauvres tirent 72 fr., en compensation de 46 qu'ils ont cédé à la vestale Galatée. La faveur, aujourd'hui source d'injustice, devient en harmonie une des plus fécondes sources d'accords ; aussi établira-t-on en tous degrés des sceptres de favoritisme, en masculin et féminin, depuis le bas degré qui ne comprend qu'une phalange ou canton, jusqu'au degré 43e qui est l'omniarchat du globe.

On peut voir au traité (IV, 496), cette répartition indirecte exposéeplus amplement, et appliquée à un groupe de 30 personnes qui fournit des accords plus variés, mieux échelonés ; mais il suffit de ce petit nombre de 40 pour analyser le mécanisme indirect en répartition.

Examinons maintenant la partie géométrique de cet équilibre. Si les plus riches sociétaires ont voulu recueillir le moindre lot possible; si loin de prétendre à la plus forte part, en raison de leur fortune, ils abandonnent ce qui leur échoit en sus du minimum, il en résulte cnïils tendent au luxe, au bénéfice, en raison inverse des distances de capitaux, car ils possèdent la plus forte part des capitaux actionnaires ; s'ils ne veulent accepter en lot de talent que la plus faible part de bénéfice, leur tendance au luxe est, sur ces deux points, talent et travail, en raison in-

NOTICE IX. — CHAPITRE* XXXV. 3*fr

verse dès distances de capitaux : c'est l'une des deux conditions d'équilibre indirect en répartition.

L'autre condition est de tendre au luxe ( 1er foyer d'attraction* 47) en raison directe des masses de capitaux. Sur la somme de 4/42 qui sera répartie aux capitaux, les riches actionnaires percevront d'autant plus qu'ils ont plus d'actions, les moyens et les pauvres ne concourant que pour peu au partage de ce lot ; le» riches, sur ce point, tendent au luxe en raison directe des masses ; plus ils sont opulents, plus ils bénéficient. Cette 2* condition forme le contrepoids à la 4re, et toutes deux réunies constituent l'équilibre indirect de répartition conforme à celui da monde sidéral.

Dans tout le système de la nature, les équilibres s'opèrent par le concours de forces opposées qu'où nomme en physique centripètes et centrifuges ; l'équilibre de répartition a de même son impulsion centripète, celle de la cupidité, et son impulsion centrifuge, celle de la générosité. ( Loi d'analogie, page 44. )

Nous voyons l'effet contraire dans tout le mécanisme civilisé, où règne l'absence d'impulsions contrastées. L'homme riche tend et arrive au bénéfice, en raison directj: des masses et directe des distances de capitaux; car dans toute entreprise où le riche intervient à la fois de ses capitaux et de son travail , comme dans une maison de commerce, une régie de banque publique, enfin, dans toute société d'actionnaires, celui qui coopère des deux manières, par gestion active et versement de fonds, veut non-seulement un dividende proportionnel à sa masse d'actions, ce qui est fort juste , mais il veut encore une levée ou traitement plus fort que celui des commis sans capitaux, à qui pourtant il laisse les plus pénibles fonctions.

Il tend donc au bénéfice en raison directe de la masse de capitaux, et directe des distances de capitaux ; ce qui constitue Fabsence de contrepoids, la subversion du principe d'équilibre indirect, opéré par générosité. Il résulte de ce vice, que le mécanisme civilisé ne peut produire que des monstruosités, que des fourmilières d'indigents à coté de quelques fortunes colossales : aussi, à la honte de nos verbiages de balance, contrepoids, garantie, équilibre, ne voit-on qu'indigence, fourberie, égoïsme el duplicité d'action.

L'accord que je viens de décrire, la générosité qui excitera les gens riches à renoncer aux 7/8 de leurs dividendes en travail et

320 SECTION V. — DE l'équilibre général des passions.

talent, et les gens moyens à renoncer à 4/2 de leur lot; cet accord, dis-je, sera traité de vision romantique, si on veut en juger d'après les mœurs actuelles. Je réplique à ces doutes que je n'ai pas encore fait connaître les ressorts de cette générosité. D'avance j'ai réfuté l'objection de romantisme, en disant que l'accord cftrect, celui de la cupidité ( chap. précédent ) , suffira à la 4W génération d'harmonie et même à la 2e ; je n'en dois pas moins décrire l'accord de générosité, ou accord indirect, pour expliquer en plein le mécanisme sociétaire. On ne pourra établir ce 2e accord qu'à l'époque où le genre humain passera aux harmonies d'amour libre et paternité libre, d'où naîtront les séries puissant délies et mesurées : expliquons ces mots.

On connaît en mathématiques deux sortes de séries.

Les arithmétiques: 2, 4, 6, 8, 40, 42, 44, 46.

Les géométriques: 2, 4, 8, 46, 32, 64, 428, 256.

La 2e e&tpuissancielle, parce qu'elle est formée de termes qui sont multiples du 4W ; dans l'autre, les termes ne sont qu'addition du 4er. La 2e est donc de nature supérieure, comme seront les séries qui réuniront les accords mineurs d'amour libre et paternité libre, aux accords majeurs d'amitié et d'ambition, auxquels l'âge impubère est limité.

Lorsqu'on pourra réunir les accords majeurs aux mineurs, combiner le jeu des uns et des autres, les faire intervenir cumulativement dans la répartition, ils donneront en tous sens les harmonies indirectes décrites dans ce chapitre, et qui, romantiques selon les mœurs actuelles, seront bienséance obligée et passionnée chez les générations parvenues à la pleine harmonie.

Les séries mesurées dont je ne traite pas dans cet abrégé, ne s'établiront, comme les puissancielles, que lorsqu'on pourra développer combinément les accords mineurs avec les majeurs.

On pourra élever sur cet accord indirect plusieurs objections, entre autres celle de défaut apparent d'analogie mathématique, en disant qu'ici l'équilibre est en raison inverse des distances, et non pas inverse du carré des distances. J'ai prouvé au Traité #jie cette anomalie apparente est une régularité selon l'échelle des créatures. ( Voyez IV, 54 4, le chapitre qui répond à cette objection et à d'autres.)

Il reste à parler du lot distinct cm 'on affecte au talent; c'est un avantage considérable pour les vieillards peu fortunés, qui sont toujours expérimentés dans diverses branches et précieux dans

la direction des travaux, où les jeunes sectaires ne peuvent pas avoir acquis de connaissances notables. L'industrie du talent qui doit établir la balance entre les bénéfices de capital et de travail, n'est parmi nous qu'un marche-pied pour l'injustice, parce que chaque agent supérieur s'attribue les connaissances qu'il emprunte de son teinturier, d'un subalterne pauvre.

Ce 2e mode de répartition, l'accord par générosité, eu accord indirect, est le ressort le plus efficace pour établir l'intimité des classes riche et pauvre; elle est à tel point, qu'un monarque, en harmonie, sourirait de pitié si on lui proposait une garde. Ceux qui l'entourent sont tous ses gardiens de cœur et sans aucune solde; ils l'escortent dans le cérémonial auquel il préside; il a donc sans frais et par pure affection, ce que les monarques civilisés ne peuvent se procurer à aucun prix, la sûreté personnelle: nos rois civilisés ne se croient pas en sûreté au milieu de leurs sujets, ils s'entourent d'étrangers stipendiés, et sont encore fréquemment assassinés.

C'est par l'extrême inégalité des fortunes, qu'on arrive à ce bel accord de générosité : il suffirait d'une ombre d'égalité, d'un rapprochement de fortunes, pour empêcher ce genre d'accord : aucun homme de moyenne richesse ne donnerait l'impulsion en abandon de ce qui excède le lot de minimum; il faut, pour cet acte bienveillant, des sociétaires assez satisfaits du revenu considérable qui leur échoira en dividende alloué aux actions. Ainsi, en dépit des diatribes morales contre les grandes fortunes, la phalange où les inégalités de fortune seront les plus grandes et les mieux graduées, sera celle qui atteindra le mieux à la double harmonie de cupidité et de générosité. Combien la pauvre morale était loin de pénétrer ce secret de la nature sur l'harmonie de répartition, comme sur toutes les autres harmonies dont celle-ci est la base !

A la suite de cette solution sur le problème principal d'har- • monie sociétaire, je suis fondé à m'élever contre les détracteurs qui prétendent que ma théorie est bizarre, incompréhensible ; on voit qu'au contraire elle est partout exemple d'arbitraire, et appliquée aux théorèmes géométriques, fort intelligibles pour euxr s'il faut les en croire : on ne doit pas s'étonner que cela paraisse bizarre à des écrivains qui, dans tdules leurs conceptions sociales, n'ont pour règle que leur fantaisie, pour ressort que la contrainte fardée du nom de loi. Lequel est l'interprète présumable de la

nature, lequel est digne de confiance et d'essai, ou de leur science qui , procédant par violence légale, n'engendre que pauvreté et fausseté, ou de la mienne qui procède par la liberté et l'attraction, et qui borne à un canton d'une lieue carrée, l'essai que ces sophistes veulent toujours étendre à un empire entier, pour n'aboutir souvent qu'à le baigner dans le sang, au lieu du bonheur dont on l'a leurré? Ici on ne peut craindre aucun leurre, puisque le pis-aller d'un essai des Séries passionnées serait de doubler lo produit par un concours de moyens vraiment neufs, tels que les courtes séances, l'exercice parcellaire, les échelles cabalistiques, l'attraction industrielle qui naît de ces 3 ressorts combinément employés, l'extension de la mécanique, l'emploi opportun des sexes, les économies incalculables de ce nouvel ordre, et le perfectionnement qu'il garantit en tous genres de produits.

Tâchez de vous concilier avec vous-mêmes, philosophes! vous vantez Newton comme le premier des génies modernes , parce qu'il a commencé, le calcul de l'attraction, en se bornant à une branche; pourquoi déprimer l'homme qui continue ce calcul, et qui l'étend du matériel au passionnel, branche bien autrement utile que celle qu'a traitée Newton.

Vos encyclopédistes vantent la série et prennent pour devise, tantiin séries juncturaque pollet : ils se déclarent donc partisans des séries et de l'application des séries aux relations sociales; ils invoquent la science que j'apporte, le moyen d'établir série et lien dans toutes les branches du mécanisme social. ,

Vous vantez l'analogie comme règle de justesse, je suis le seul qui observe cette règle ; ma théorie est la seule qui soit calquée sur les lois immuables de la nature, sur les harmonies mathématiques ; il n'est pas un théorème de géométrie qui ne soit applicable à l'attraction passionnée ; pas une branche d'analogie dont ma théorie ne donne la clé.

Mais vous craignez que cette nouvelle science ne nuise au trafic de systèmes philosophiques ; rassurez-vous : le but du trafic n'est autre que de gagner; or, pourvu que vous arriviez tous à une fortune subite, que vous importé quels systèmes on vendra? Du reste, pour juger sainement sur ce qui touche à vos intérêts pécuniaires, attendez l'explication annoncée deux fois, et renvoyée à la postface ; elle vous convaincra que votre industrie actuelle est un champ de ronces. Vous vantez l'esprit d'association ; puisque vous avez l'art d'écrire et non d'inventer, sachez vous asso-

cier à quelqu'un qui ait l'art d'inventer et de vous fournir des sujets, vous ouvrir la mine des sciences vierges, plus nombreuses que les sciences connues.

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