‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 72 sur 124 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Iles accord» transcendant» , on rafllement» des selse antipathie» natnrefle».

En traitant de l'accord indirect de répartition (accord par générosité) , j'ai annoncé des moyens très puissants et très inconnus qui y coopéreront; je vais en donner un aperçu fort insuffisant. Voir de plus amples détails (IV, sect. vu.)

Le créateur tient tellement à établir l'harmonie des passions, qu'il nous a ménagé des moyens d'accords surabondants, afin que les concerts sociaux soient poussés au degré d'enthousiasme véhément.

De tous les accords inconnus en civilisation, la branche la plus riche est celle des ralliements, art de concilier les classes les plus antipathiques, telles que

riches et pauvres en relations d'amitié ; jeunesse et vieillesse en relations d'amour.

On obtient tous ces ralliements dans l'ordre sociétaire, par la seule influence du nombre et des Séries passionnées appliquées à des masses de 1.6 à \ 800 personnes.

Le régime civilisé produit par exception quelques ralliements; par exemple en amour, on voit les grands s'humaniser avec une réunion de petites bourgeoises. Il s'agit de créer, dans toutes les relations, ce rapprochement de classes extrêmes et divergentes, les amener à une pleine intimité, malgré les antipathies, les disparates de fortune et de rang.

J'ai observé que le moyen est très facile, puisqu'il ne tient qu'à opérer sur des masses très nombreuses, pourvu qu'elles soient organisées en Séries passionnées. Dans ce cas, les passions les plus inconciliables aujourd'hui s'élèvent au plein accord. J'en vais donner la preuve, tirée de quatre antipathies ralliées: une en amitié, une en ambition, une en amour, une en paternité.

Amitié. C'est un sujet que j'ai traité aux articles de la Domesticité passionnée (277, 248). J'y ai prouvé que le service per-

sonnel qui est, dans l'état actuel, une source de haines, peut devenir un germe d'amitié, même entre les personnages et les âges les plus disparates.

àmouh. Lacune forcée par le préjugé qui m'oblige à supprimer la partie gracieuse du calcul des ralliements.

Il reste à décrire deux ralliements , en ambition et en paternité.

Ambition. Traitons d'abord de l'ambition et de ses caractères haineux. 11 existe en civilisation seize classes, non compris l'esclavage (IV, 388) ; on voit régner parmi toutes ces classes des haines corporatives ; l'ordre civilisé, avec ses verbiages de douce fraternité du commerce et de la morale, n'engendre qu'un labyrinthe de discordes qu'on peut distinguer,

en échelle ascendante de haines, en échelle descendante de mépris.

Observons cette échelle dans les cinq classes nommées la cour, la noblesse , la bourgeoisie , le peuple et la populace ; les cinq castes se haïssent, et chacune des cinq est subdivisée en trois souscastes, comme haute, moyenne et basse noblesse ; haute, moyenne et basse bourgeoisie, etc. : la haute méprise la moyenne qui, à son tour, méprise la basse ; puis la basse hait la moyenne qui, réciproquement, hait la haute.

Examinons plus en détail ce ricochet de haines en échelle ascendante, et de mépris en échelle descendante. La noblesse de •cour méprise la noblesse non présentée ; la noblesse d'épée méprise celle de robe ; les seigneurs à clocher méprisent les gentillàtres ; ceux-ci méprisent les parvenus anoblis, qui méprisent les castes bourgeoises. On retrouve danâ la bourgeoisie pareille échelle de mépris ; les banquiers et financiers méprisés des nobles, s'en consolent en méprisant les gros marchands et gros propriétaires; ceux-ci tout fiers de leur Taa»(Téligibles, méprisent le petit marchand et le petit propriétaire qui ne sont qu'électeurs , mais qui, à ce titre, méprisent les savants et autres castes moins pécunieuses. Ensuite la basse bourgeoisie méprise les 3 castes de peuple dont elle se pique d'éviter les manières; enfin parmi le peuple et la populace, combien de subdivisions haineuses, telles que les compagnons du devoir et du gavotl

Telle est la douce fraternité du commerce et de la morale; tel est le savoir-faire de nos sciences philantropiques ; ricochet de

mépris des supérieurs aux inférieurs, et ricochet de haines des inférieurs aux supérieurs.

Lorsqu'on voit en civilisation quelques lueurs de ralliement entre castes, comme à Naples où la noblesse protège les lazzarones, en Espagne où le clergé riche protège les mendiants, cette alliance de castes extrêmes n'est qu'une source de vices, l'état civilisé ne créant que des ralliements subversifs et malfaisants, soit en amour, où les rapprochements entre les grands et les femmes du peuple ne sont que des germes de désordre, par la naissance d'enfants bâtards, ou par des mariages disparates qui brouillent les familles; soit en ambition, où la classe opulente ne se rapproche du peuple que pour machiner des intrigues funestes au repos public, des affaires de parti, des ligties d'oppression.

Il s'agit de rallier, pour le bien, toutes ces castes hétérogènes, surtout en débats d'ambition. Posons sur ce sujet un principe fort neuf, c'est que les hommes civilisés, même les plus insatiables de pouvoir, de conquêtes et de richesses, n'ont pas le quart de l'ambition nécessaire en harmonie.

Après la chute de Bonaparte, on cita de lui, comme acte de démence, une médaille qu'il avait fait frapper à Moscou, et qui . portait cette exergue : Dieu au ciel et Napoléon sur la terre : il voulait donc laisser à Dieu l'empire du ciel, et s'emparer de celui de la terre ; prétention bien effrayante pour des Français , qui n'osent pas convoiter une province française placée à sept marches de leur capitale (Liège est de langage et de circonscription française).

L'intention de monarchie universelle, décelée par cette médaille, est ce qu'il y a eu de plus sensé dans les vues de Bonaparte. Chaque harmonien , femme ou homme, sera élevé dès l'enfance à ambitionner l'empire du monde ; on regardera comme pauvre sujet, eunuque politique, celui ou celle qui inclinera à se contenter d'une souveraineté subalterne, comme le trône de France.

La thèse peut sembler bizarre au premier coup d'oeil ; son examen va nous servir à expliquer l'un des beaux ralliements d'ambition que j'ai annoncé en disant (302) : Rien n'est plus aisé que de concilier César et Pompée. On y réussira par la variété et la multiplicité des sceptres qui ouvriront à chacun une carrière adaptée à son génie. César et Pompée régneront tous deux peut tore au mémo lieu, mais dans des emplois différents, et en degré*.

différents, (231). Voyez sur les emplois ou titres monarcaux la note(i).

Ces sceptres, en tous titres et en tous degrés, seront une chance ouverte à tout homme ou femme, sans en excepter le titre héréditaire , comme celui des monarques civilisés, et le titre adoptif, dont nos souverains n'ont pas la faculté d'user, privation qui les rend souvent très-malheureux ; c'est le tourment de leur vieil-

Le souverain et la souveraine en titre héréditaire devant choisir un géniteur ou une génitrice dans chaque division territoriale de leur domaine, à tour de rôle, chaque harmonien peut espérer que ce choix tombera sur lui ; ou s'il est âgé, sur l'un de ses fils ou petits-fils. D'autre part, tout monarque héréditaire ayant la faculté d'élire un successeur partiel, à son choix, pour succéder à certaines branches de la souveraineté, chaque harmonien peut encore prétendre à cette dignité adoptive, moyennant laquelle ni le prince ni les citoyens ne sont lésés comme en civilisation, où les citoyens ne peuvent pas prétendre au trône par alliance, tandis

( 1 ) Les sceptres, en harmonie, sont de 16 espèces ou titres, formant 16 emplois différenciés par autant de trônes : le titre d'hérédité, le titre d'adoption, le titre de favoritisme, le titre de vestalat, le titre de sibyl ou d'éducation, le titre de roitelet ou d'enfance, etc., etc.

Dans chacun de ces emplois ou titres, on distingue (231 ) 13 degrés ou échelons, occupés par une échelle de souverains, dont le plus élevé ré» git le globe entier ; le moins élevé ne régit qu'une phalange ; et les 1 1 degrés intermédiaires ont des régies d'étendue progressive, depuis une phalange seule jusqu'à la totalité du globe (231 ) ; de sorte que dans le degré 1 borné à la régie d'une phalange, il y aura 500,000 couples de titulaires au début de l'harmonie, puisqu'il y aura 500,000 phalanges ; et chacun des sceptres assignera aux femmes des fonctions distinctes, au lieu de les réduire comme aujourd'hui à une souveraineté nominale, honoraire et sans fonctions.

Dans cette échelle d'emplois et degrés d'emplois, il sera bien facile de concilier des rivaux tels que César et Pompée, car l'un peut être élu en titre de favori, l'autre en titre d'artiste, etc., etc. : ils sont d'un génie trop différent pour courir la même carrière. Enfin l'un peut régner en titre électif, l'autre en titre héréditaire. Tous deux (et tous quatre, s'ils sont quatre rivaux) pourront régner dans Rome,

soit en mêmes titres et en divers degrés, Ie», 2«, 3«, etc. ; soit en mêmes degrés et en divers titres.

Les édaircissemens sur ce sujet exigeraient an moins une douzaine de tableaux sur les degrés (231 ), les titres, les variantes, les croisements et autres chances qui satisfont tous les caractères et toutes les prétentions ; ce n'est pas dans un abrégé qu'il convient de s'engager en pareil détail. [Fuyez 11, 376).

que le monarque ne peut pas transmettre à qui lui plaît, son sceptre ou partie de ses fonctions monarcales.

Mais où puiser les trésors nécessaires à payer tant de têtes couronnées? J'ai dit à ce sujet (231) qu'on ne paie pas les degrés 4, 2, 3, 4, 5, de chaque titre, sauf les frais de localité; le traitement ne s'étend qu'aux degrés 6, 7, 8, 9, 40, 44, 42, et X pivotai, qui sont peu coûteux par leur petit nombre; car le n°6, régissant envron 500 phalanges, est 500 fois moins nombreux que le ne 4 . L'économie va croissant sur le n° 7, qui régit environ 4700 phalanges, le n° 8 environ 7000, le n° 9 environ 20,000, le 40, 83,000; le 44, 250,000. On n'aura, au début, point de monarque en 42e degré, qui régirait environ 4 million de phalanges; il n'en existera que 500,000. On établira donc un couple seulement en degré 44,3 couples en degré 40, puis 4 2 couples en degré 9, et ainsi de suite en chacun des 46 titres. Cette échelle s'élèvera aux degrés 42 et M, lorsque la population du globe sera portée avec le temps au complet de 5 milliards.

Le traitement monarcal se compose d'une somme prélevée sur toutes les phalanges à l'époque de l'inventaire, avant répartition, et sans déboursé de la part du peuple qui tient fortement à cet impôt ; il y trouve une chance de loterie perpétuelle et coups de fortune, presque sans avoir mis au jeu, car cet impôt frappe sur les capitaux dont le peuple ne possède qu'une faible part, et sur le lot de talent, qui est l'apanage de la vieillesse, plus riche que la jeunesse.

Grâce à la perspective de ces souverainetés, presque toutes élïgibles, un jeuiie homme, une jeune fille peuvent se flatter de devenir monarques du globe , élus de 4 er degré (omniarques); un père augure aisément que ses enfants obtiendront cette dignité en quelque titre et en quelque degré, sinon en omniarcat, au moins en 2e degré, qui règne sur un tiers du globe, ou en 3e degré, qui règne sur un douzième. D'ailleurs il est tant de sortes et degrés de sceptres à obtenir, qu'on peut raisonnablement nourrir des espérances. Telle jeune fille peut avoir des sceptres à titre de roitelette, dès l'âge de douze ans, ensuite des sceptres de vestale, à 46, 47, 48 ans; puis des sceptres de faquiresse , à 20 ou 25 ans ; ensuite des sceptres d'armée , de haute paladine , d'hyperfée ; puis des sceptres en titres de sciences et d'arts. Il en est même une espèce, le titre de caractère, qui est donné par la nature ( Voyez chap. XXXVII), et qui échoira nécessairement à

328 SECTION V. — DE l'équilibre général des passions.

ceux qu'elle aura doués du degré spécial de caractère. Chacun peut donc, sans trop d'illusion, se persuader que lui ou ses enfants atteindront à quelqu'une des couronnes supérieures. Tel qui n'a pas le talent de devenir le plus grand poète ou le plus grand peintre, peut espérer que son fils y parviendra, et obtiendra les trônes attachés à ce rôle, sceptres qui ne sont qu'annuels ou bien* naux, afin qu'on puisse en gratifier successivement tous ceux qui en sont dignes.

Dans un tel ordre, chacun pouvant à tout instant compter sur d'agréables surprises, comme de voir son enfant, son ami, promu à un trône de haute importance, il conviendra do désirer beaucoup, d'ambitionner les sceptres du monde et non pas un trône de moyen ordre comme celui de France. Nous raillerions celui qui ambitionnerait de devenir un poète médiocre, un peintre médiocre ; l'artiste doit et devra aspirer au 4 er rôle et par conséquent au trône du monde, lorsque diverses couronnes en tous degrés seront le prix des arts et des sciences. Il suit de là que ceux qui ont ambitionné l'empire du monde, comme Alexandre, César, Bonaparte, ont été les plus rapprochés de la nature. Ce ne sont pas nos passions qu'il faut critiquer, mais la civilisation qui ne leur ouvre aucune carrière, surtout en ambition; un homme aujourd'hui ne peut pas s'élever au-dessus du rang de ministre amovible ; encore en voit-on cent y échouer, pour un qui y réussit. Quelle pauvreté en chances laissées aux ambitieux I

Une autre branche mal à propos critiquée dans l'ambition populaire, est celle des coups de fortune par loterie ou incidents romanesques. Le peuple est destiné à ce genre de jouissance ; chaque jour un plébéien pauvre pourra, soit pour lui, soit pour ses enfants ou amis, obtenir quelque rang éminent, quelque bonne fortune inespérée ; c'est une loterie où on ne peut que gagner sans y perdre, et où il survient périodiquement pour chacun des aubaines de bonheur ; par exemple : une petite fille de 44 à 42 ans est nommée maréchale des Petites Hordes en tel empire, comprenant 3 à 4 califats comme la France ; nomination d'autant plus honorable qu'elle provient du suffrage d'environ vingt millions d'enfants dont nulle intrigue ne peut capter la majorité. C'est pour elle un acheminement à la place de haute roitelette du globe, qu'elle pourra obtenir l'année suivante par quelque action d'éclat. Le traitement, quoique modique, sera déjà une haute fortune pour l'enfant; si elle obtient à 42 ans un honoraire de 3

francs par vingt mille phalanges dont elle est maréchale pour un an, c'est 60,000 fr. ; si à 13 ans elle est nommée haute roitelette au traitement de \fi franc, c'est 250,000 fr. fournis par les 500,000 phalanges du globe, haute fortune pour une enfant pauvre.

Le peuple aime à se repaitre de ces espérances, de ces loterie* de dignités pour lui et les siens. Tous ces coups de fortune étant en harmonie le prix du vrai mérite, stimuleront les pères et mères à exciter chez leurs enfants l'amour des sciences, des arts, de l'industrie honorable, et des hauts faits en tous genres. La classe inférieure se réjouira de voir une petite somme d'impôts 4/50 du bénéfice, appliqué au traitement de ces nombreuses fonctions en souverainetés, ministères, généralats masculins, féminins et enfantins; dignités dont les enfants, comme les pères, goûtent le charme à tout âge ; une petite fille enfant est promue aux dignités dès l'âge de 42 ans, elle et son père en concluent qu'elle pourra, douze ans plus tard, devenir favorite du globe (4). Les choix, en favoritisme, ne se fondant que sur la préférence aveugle, il faut savoir charmer une région, un empire, un césarat, le monde entier représenté dans les grandes armées et congrès d'une cinquantaine d'empires. La jeune femme qui sait mettre cinquante armées à ses pieds est élue favorite du globe. Tous les moyens innocents, talent, beauté, amabilité, lui sont permis ; elle peut même, selon la décision de Sanchez, mettre en jeu le fichu transparent que ce casuiste tolère, quand il s'agit de solliciter les juges et gagner un procès ; il le permettra d'autant mieux lorsqu'il s'agira de captiver des armées et s'élever au trône du monde.

Quelle carrière pour le3 femmes aimables dont l'empire est si borné en civilisation, et de même pour les hommes distingués par l'esprit ou les talents 1 Quel moyen puissant de rallier le peuple aux grands et aux grandeurs, dont il est aujourd'hui l'ennen '

( 1 ) Est-il probable, dira-t-on, que les souverains consentent à la créa tion de tant de sceptres nouveaux P Question oiseuse ! Toute dispositioi . d'harmonie est réglée selon le vœu individuel et collectif des souverains et des peuples. 11 faut que chacune des souverainetés ou dignités à créer soit aussi agréable au monarque héréditaire, que le sont aujourd'hui les fonctions de ministre et de maréchal, dont il n'est pas plus jaloux que le pouce ne Test des autres doigts, qu'il ne veut pas faire couper pour assurer sa supériorité.

330 SECTION V. — DE i/ÉQUILIBRE GÉNÉRAL DES PASSIONS.

parce qu'il ne peut pas y participer! Cette perspective de sceptres et de dignités (IV, 436, note H) absorbera toutes les haines du peuple contre les castes supérieures; elle opérera un des plus beaux ralliements en titre d'ambition. levais en citer, un 4«, le plus difficile de tous.

4° En paternité, en affections paternelle et filiale. C'est un sujet qu'il n?est pas possible d'abréger exactement ; je ne puis que l'indiquer, en renvoyant au traité (II, 444 à 451), encore bien succinct sur ce problème.

Décrivons des faits avant de poser des principes. Il faut spéculer sur des hommes de 4 40 à 450 ans : l'harmonie en donnera un sur douze. On en voit dès à présent : dernièrement la Revue Britannique a cité une cinquantaine d'individus de 4 40 à 480, tous d'époque assez récente.

Ithuriel, décédé à 450 ans, a vu sa 7e génération; en tout 420 descendants à mentionner au testament. N'ayant en 4 «degré qu'un fils et qu'une fille déjà enrichis, il donne de fortes parts aux 6e et 7° descendants. S'il léguait tout à sa 4re génération , il exciterait les six inférieures à désirer la mort de la 4re. Il donne à sa lignée des 7 degrés, une échelle d'environ 420 legs, comprenant moitié de sa fortune ; les deux autres quarts sont répartis entre une centaine d'adoptifs industriels qu'il a titrés dans le cours de sa vie , et une centaine d'amis et collatéraux, y compris ses épouses qui sont riches et n'ont pas besoin de fortes hoiries.

L'héritage, ainsi distribué, se répartira indirectement sur la phalange entière; car il échoit à plus de 300 personnes, dont chacune peut" avoir dans la phalange, soit en consanguins, sort en adoptife, 5 à 6 héritiers autres que les 300 d'Ithuriel. Au moyen de ce ricochet, la succession se distribuera avec le temps entre les 4800 sociétaires. Et lors même qu'un huitième d'entre eux serait excepté de cette participation, l'hoirie serait encore distribuée unitairement) puisqu'elle s'étendrait, par voie indirecte, aux 7/8 qui, en mouvement, sont comptés pour le tout. D'ailleurs ce 4/8 exclu participera aux héritages de quelques autres gens riches. Si donc la phalange contient 40 riches, tout pauvre les considère en masse, comme ses donateurs ; car il peut espérer de 35 d'entre eux une portion d'hoirie, soit directement, soit indirectement: et il devient partisan des gens riches, quand il peut se croire participant à l'hoirie de 35 riches sur 40. C'est le point où il faut

NOTICE IX. — CUAPITRE XXXVI. 33f

atteindre pour établir l'équilibre dans l'affection familiale, en/ faire une voie de ralliement entre inégaux. Il n'y a équilibredans une passion qu'autant qu'elle est développée de manière à contenter la masse de population, collectivement et individuelle— ment. Mais pour amener les relations de famille à ce point, il faudra combiner, avec le régime des séries, une longévité qui ne aattra que par degré en 7 à 3 générations. Jusque-là on se bornera à des approximations de mécanisme.

La morale nous engage à nous considérer comme une grande famille de frères : c'est un verbiage vide de sens. Lazare , jeune • homme très pauvre, peut-il considérer comme frère le riche patriarche Ithuriel, s'il n'obtient de la grande fortune de ce patriarche aucune parcelle, ni en héritage, ni en autres prestations. Lazare peut, en harmonie, espérer ces avantages; il est peut-être . l'un des descendants directs, ou des adoptifs continuateurs d'Ithuriel , ou l'un des collatéraux, ou l'un des héritiers indirects. En attendant, Lazare se rencontre avec Ithuriel dans divers groupes, où ils sont collègues; et dans les repas que ce vieux magnat donne à ses groupes, à titre de doyen, vétéran d'une industrie où il a brillé et dont il aime à s'entretenir.

Lazare qui aujourd'hui n'obtiendrait pas les miette» de la taille de ce riche, deviendra, en harmonie, participant à sa fortune ; il aura pour lui des sentiments de frère, et de même pour d'autres magnats de la phalange sur qui il fondera pareille espérance. Quant à présent, Lazare peut-il ressentir quelque affection fraternelle pour des égoïstes de qui il n'a rien à attendre, ni au présent ni à l'avenir? les philosophes nous disent que tout doit être lié dans un bon système; eh! quel lien peuvent-ils voir entre les riches et les pauvres, dans leur civilisation toute pétrie de haines et d'égoïsme?

Un des effets à obtenir en ralliement de paternité, est la franche affection de l'héritier, le désir sincère de prolonger la carrière du donateur. Il n'est guères en civilisation de côté plus dégoûtant que les sentiments secrets des légataires pour leurs bienfaiteurs. L'état actuel met aux prises P affection et l intérêt; il est clair que les 9/4 0 des héritiers n'écouteront que la voix de l'intérêt, et souhaiteront un prompt départ à celui dont ils attendent l'hoirie. D'autre part la civilisation habitue chaque père à oublier tout sentiment de philantropie et de charité, pour enrichir sa lignée directe, ne voir le monde social que dans cette réu-

nion d enfants, et souvent dans un aîné à qui l'on immole les cadets et les filles. En tout pays, où les pères ne sont point réprimés par la loi, ils exposent et vendent leurs enfants; ils les jouent aux dés ; ifs les mutilent par la castration pour en faire commerce.

Le ralliement familial doit remédier à cette double dépravation des pères et des enfants ; le problème est : d'établir entre les testateurs et les légataires, soit consanguins, soit adopli/s, une affection assez vive pour que Vhéritier désire prolonger la vie du testateur, qu'il est aujourd'hui si impatient de conduire au monument.

Sur ce problème, la solution est la même que celle du ralliement précédent : une loterie de bonnes aubaines, d'héritages périodiques; le plaisir d'hériter, si rare en civilisation, devient en harmonie aussi fréquent que le retour des 4 maisons. En effet, quelle que soit la longévité des harmoniens, il en meurt quelques-uns chaque année, ne fût-ce qu'un centième, 48 sur 4800; il s'en trouvera

3 de haute fortune, 4 de moyenne, 5 de basse, 6 pauvres.

Si l'hoirie se répartit, comme je l'ai dit, à 4/8 directement et à 6/8 indirectement, chacun aura, dans le cours de l'année, au moins 4 à 2 hoiries directes et 4 indirectes. Il faut cette périodicité d'héritages dans un ordre de choses qui doit élever à Tinfini tous les plaisirs.

La soif d'héritages est entièrement calmée par cette dissémination que je viens de décrire ; elle habitue le jeune homme à des aubaines périodiques en lots de lignée ou d'adoption. La fréquence de ces récoltes le rend d'autant moins avide, qu'il a très peu de besoins en harmonie, où il trouve sans dépense les plaisirs de son âge, la plupart lucratifs pour lui : il s'habitue à considérer les héritages comme fruits successifs dont on attend patiemment les époques. On n'est guères désireux de raisins quand on jouit de la cerise et de la fraise ; mais si on n'avait dans tout le cours ; de l'année qu'un seul fruit, d'une semaine de durée, on aurait cinquante semaines de vive impatience. Telle est la situation des héritiers civilisés; elle est pire encore pour le grand nombre qui n'a aucune hoirie à espérer.

La jeunesse en harmonie n'a rien du caractère ignoble et vorace des légataires civilisés, réduits à souhaiter la mort du dé-

tenteur. Un harmonien, recueillant chaque année quelque legs ou branche d'héritage, patiente sans peine sur les successions différées; il les envisage comme une réserve assurée, comme les bois dont on diffère la coupe afin d'en augmenter la valeur. Tel un héritier harmonien souhaite, pour son intérêt même, lai longévité du testateur qui grossit le trésor ; et lorsque l'hoirie lui échoit , il peut dire avec vérité : j'aurais désiré qu'elle fût différée, j'aurais un ami de plus, et autant en richesse; car il conservait et grossissait ma portion dont je n'ai aucun besoin.

Nota. L'affluence de dignités et fonctions publiques produit en harmonie même générosité chez tous les prétendants, aujourd'hui si impatients de la mort des titulaires. Quand on possède une vingtaine de dignités, on n'est pas avide d'en obtenir une 24* au prix de la mort d'un ami ou d'un supérieur estimé.

Résumons sur le ralliement familial, objet des vœux de tous les pères ; le thème est,

Que Vétat sociétaire, en donnant à chaque passion le plus vaste développement, l'essor en tous degrés (III, 356) est a*~ suré a" en voir naître des gages de concorde générale, et des ralliements entre les classes les plus antipathiques, riches et pauvres, testateurs et héritiers, etc.

Mais pour appliquer ce principe au lien de famille, que de conditions à remplir ! et dont la plupart exigeront plus d'un siècle : telles sont la longévité, qui ne sera bien recouvrée qu'à la 8e race harmonienne, et la lignée en majorité, effet à définir.

Sur 4800 individus de la phalange, le patriarche Ithuriel est parent de la majorité : ses descendants vivants, en ligne directe, s'élèvent à 420 ; sesadoptifs au même nombre, total 240, formant au delà du 8e du canton ; en y ajoutant les collatéraux de cette lignée directe, qui doivent être en nombre quadruple, on a 4200, les 2/3 de la phalange en parents d'Ithuriel. Sa lignée forme la majorité ; de sorte que par esprit de famille il est forcé à désirer le bien public, le bien de toute la phalange, dont le tiers, non parent avec lui, se compose d'anciens amis et amies, et de leurs enfants. Ici l'intérêt familial se trouve d'accord avec l'intérêt public, dont il est sans cesse isolé en régime civilisé.

On a vu que ce 4e ralliement, cette fusion de la famille et de l'état, tient à absorber l'esprit de famille, le disséminer, le noyer dans la masse énorme de ses rameaux; ce qui confirmé le principe, que tout ralliement d'antipathies s'établit en donnante

33 S SECTION V. — DE L'ÉQUiLIBBE GÉNÉRAL DES PASSIONS.

la passion de souche les plus vastes développements dont elle tst succtptible.

Cette théorie, je Fa voue, devient très-aride en application au groupe de famille ; elle serait excessivement gaie si on l'appliquait au groupe d'amour dont les développements, lorsqu'ils s'étendent à un grand nombre, au moins un millier d'acteurs, fournissent les combinaisons les plus gracieuses, les plus piquantes qui existent en jeux de passions. Malheureusement cette charmante branche de Ihéorie ne peut pas être exposée à des lecteurs civilisés; notre politique sociale est trop pygmée, trop bonifie de préjugés pour pouvoir s'milier à ce nouveau grimoire.

Mais quoique le ralliement de paternité soit une théorie ardue, il convient de la faire entrevoir, pour garantir au lecteur qu'aucune partie des calculs n'a été négligée; j'ai dû insister sur cet accord » plus, exactement encore que sur les autres accords, parce i

que le groupe de famille est pivot du mécanisme civilisé où il j

joue, parmi les 42 passions, le même rôje que JUDAS parmi, les \

42 apôtres ; c'est de ce groupe que naît le vice radical, morcellement et fausseté ; c'est donc sur ce groupe qu'il faut porter la cognée, par un régime d'association propre à absorber complètement les influences de la famille dans les intérêts de la masse.

En terminant cet aperçu des ralliements dont je n'ai fait qu'effleurer la théorie, observons que ce genre d'accords est de tous I les phénomènes passionnels le plus propre à dissiper les préjugés I d'impénétrabilité et de voiles d'airain, car il prouve que peur en- ' lever le voile, il .suffisait d'oser sortir de l'ornière philosophique, de ne pas spéculer sur la plus petite réunion domestique, mais sur la plus grande possible, et y appliquera distribution-recom- \ mandée par les philosophes mêmes , iantwn séries juuctvraqœ 1 polie t. La sbuie et.lejuen; la série qui est méthode, adoptée par Dieu dans toute, la distribution des règaes, et d'où naissent les liens les plus sublimes, les ralliements d'aotipatiiies, tesros- «aorts d'enthousiasme industriel et de perfection émuktive, lors- j qu'elle est appliquée à ides masses de 4 *Q0 sociétaires. I

L'équilibre do population.

Farmi les inconséquences et les étourderies de la politique moderne, il n'en est pas de plus choquante que l'oubli de statuer sur l'équilibre de population, sur la proportion du nombre de consommateurs, avec les forces productives. En vain découvrirait-on des moyens d'atteindre au quadruple et même au centuple produit, si le genre humain était condamné à pulluler comme aujourd'hui, amonceler toujours une masse de peuple triple et quadruple du nombre auquel on doit se fixer, pour maintenir l'aisance graduée parmi les diverses classes.

De tous temps l'équilibre de population a été l'écueil ou l'un desécueils de la politique civilisée. Déjà les anciens, qui avaient alentour d'eux tant de régions incultes à coloniser, ne voyaient d'autre remède à l'exubérance de population que de tolérer l'exposition, le meurtre des enfants, égorger le superflu d'esclaves, comme le faisaient les vertueux Spartiates, ou les faire périr dans les naumachies pour l'amusement des citoyens de Rome, fiers du beau nom d'hommes libres, mais fort éloignés du rôle d'hommes

Plus récemment on a vu les politiques modernes avouer leur déconvenue sur le problème de l'équilibre de population. J'ai cité (38) Stewart, Wallace et Malthus, seuls écrivains dignes d'attention sur ce sujet, parce qu'ils confessent rimpéritie de la science. Leurs sages opinions sur le cercle vicieux de la, population sont étouffées par les jongleurs économistes, qui écartent ce problème comme tant d'autres. Stewart plus loyal l'a fort bien traité dans son hypothèse d'une 21e qui, bien cultivée, pourrait nourrir dans l'aisance mille habitants inégaux en fortune; mais, dit-il, si cette population s'élève à 3 et 4,000, à 10 et 20,000, comment la nourrir?

On répond qu'il faudra coloniser, envoyer des essaima; c'est escobarder sur la question; car si le globe entier était peuplé» porté au complet, où pourrait-on envoyer des essaims coloniaux?

Les sophistes répondent que le globe n'est pas peuplé et ae la sera pas de si tôt; c'est un dés subterfuges delasecte Owen, ^

promettant le bonheur, élude le problème d'équilibre de population, et dit qu'il faudrait au moins 300 ans avant d'atteindre au plein. Elle se trompe, il ne faudrait que 4 50 ans. Quoi qu'il en soit, c'est lâcher pied sur un problème que d'en renvoyer la solution à 300 ans, et sans garantir qu'elle serait donnée à cette époque ; d'ail* leurs, fallût-il 300 ans pour porter le globe au complet, ce serait toujours une théorie très-défectueuse que celle d'un bonheur ou prétendu bonheur qui, au bout de 300 ans, s'évanouirait par une foute de la politique sociale, par l'exubérance de population.

Or, comme il est certain que ce fléau ne tarderait pas 300 ans, et qu'il surviendrait au bout de 450 ans, dans le cas de paix universelle et abondance générale que donnera l'état sociétaire, il faut que la théorie de ce nouvel ordre fournisse des moyens très-efficaces de prévenir l'excès dépopulation, réduire le nombre des habitants du globe à la juste proportion des moyens et des besoins, à la quantité de cinq milliards environ, sans risque de voir la population s'élever à 6, 7, 8, 40, 42 milliards, exubérance qui serait inévitable dans le cas où le globe entier organiserait le régime civilisé. -

En tablant sur cinq milliards d'habitants riches et heureux, je suppose une restauration de température qui dégagerait le pôle arctique de ses glaces ; à défaut, le globe ne pourrait pas nourrir dans l'opulence plus de trois milliards d'habitants. Quels seront les moyens de dégager et féconder ce pôle? Je me réserve de les faire connaître quand on le voudra sérieusement ( J'y ai préludé II, 84 , note A ). Sans nous engager dans ces détails, tenons-nous au fond de la question, au problème de maintenir dans la haute aisance, dans l'état de richesse progressive et de minimum garanti, une masse d'habitants, en la préservant de l'excès de population qui est l'un des écueils du système civilisé.

Ce moyen reposant en partie sur les coutumes de libre amour qui ne commenceront à s'établir que dans une soixantaine d'années, après l'extinction totale de la race civilisée, il n'y a pas d'inconvénient à en donner connaissance , d'autant mieux qu'on n'en sentira le besoin qu'au bout de cent ans, lorsque le globe approchera du complet. Provisoirement il faut prouver que la théorie sociétaire n'est en défaut, ni sur ce point, ni sur aucun antre ; et qu'elle ne doit pas être confondue avec celles qui esquivent de prime abord les problèmes les plus importants, population équilibrée, minimum décent, etc.

La nature, dans l'état sociétaire, oppose quatre digues à l'excès de population ; ce sent :

4° La vigueur des femmes, 3° Les mœurs phanérogames,

2° Le régime gastrosophique, 1° L'exercice intégral.

4° La vigueur: nous envoyons déjà les influences parmi les femmes de la ville ; sur 4 stériles, il en est 3 robustes, tandis que les femmes délicates sont d'une fécondité outrée et fâcheuse. Les* stériles sont d'ordinaire celles qu'on aurait crues les plus aptes à procréer. On va répliquer qu'à la campagne les femmes robustes ne sont point stériles : je le sais, c'est une preuve de plus pour la méthode naturelle, qui doit opérer par enchaînement des 4 moyens conbinément appliqués , et non pas par emploi isoléd'aucun des quatre.

2° Le régime gastrosophique : d'où vient cette différence d fécondité en faveur des paysannes robustes? C'est l'effet de h vie sobre , de la nourriture grossière bornée aux végétaux. Les* citadines ont des aliments délicats, c'est un moyen de stérilité qui deviendra bien plus puissant dans l'harmonie où chacun est gastronome raffiné. Dès lors, en combinant l'extrême vigueur des dames harmoniennes avec la chère délicate dont elles jouiront, Ton aura déjà deux moyens d'acheminement à la stérilité. Je* passe brièvement sur les objections dont l'examen remplirait unarticle plus long que celui-ci ; on doit se rappeler que c'est ici un abrégé.

3° Les mœurs phanérogames.... (Lacune...)

i° L'exercicje intégral distribué sur toutes les facultés corporelles, au moyen de séances courtes et alternats de fonctions. L'on n'a jamais observé les effets que produit sur la puberté et lafécondité une différence d'exercice corporel ; les contrastes sur> ce point sont frappants : nous voyons les villageois atteindre à; la puberté bien plus tard que les citadins ou les enfants de riches* campagnards ; la fécondité est de même subordonnée à ces influences de gymnastique. Si l'exercice corporel est intégral \ étendu à toutes les parties du corps alternativement et proportion-nément, les parties génitales sont développées plus tard ; on en voit la preuve chez les enfants des princes qui sont mariés à 44 ans, tandis que les jeunes villageois ne sont souvent pas nubiles à 46 ans. Ce retard provient de la différence en exercices corporels et spirituels, qui s'opèrent à contre-sens chez les deux classes ( On ne peut pas attribuer au genre d'aliments celte pré-

coce nubilité des princes, car ils sont très sobrement servis).

Les enfants de haut parage étant tout aux exercices de l'esprit et peu à ceux du corps, il en résulte que leurs facultés matérielles et vitales, très engorgées, font éruption de bonne heure sur les parties sexuelles, et font éclore la puberté bien avant le temps. On verra en harmonie l'effet contraire ; les harmoniens atteindront la puberté plus tard que les paysans civilisés, parce que l'exercice continu et alternatif de; tous leurs membres absorbera long-temps les sucs vitaux, et retardera l'instant où, par surabondance et défaut d'absorption, ils font survenir la puberté avant le terme voulu par la nature. Des enfants élevés en harmonie ne seront pas pubères avant 46 ans pour les hommes, et 45 ans pour les femmes ; et le délai, au bout de trois siècles, sera porté à 48 et 47 ans, même en zone torride.

L'influence de là gymnastique intégrale sera la même sur la fécondité qu'ello entravera fortement; à tel point qu'une femme harmonienne, pour se disposer à la fécondité, devra se préparer par un régime calme et diététique observé pendant 3 mois, afin que les sucs, moins absorbés par V exercice intégral, par le mouvement industriel de toutes les parties du corps, se portent sur la partie sexuelle. Cette partie les attire fortement aujourd'hui, chez la classe des citadins riches, où elle n'est pas contrebalancée par intervention de toutes les autres parties du corps, alternatirement employées au travail actif.

Lorsqu'on saura employer combinément les quatre moyens ixposés ci-dessus, les chances de fécondité et stérilité tourneront à contre-sens du mode actuel, c'est-à-dire qu'au lieu d'excès en population, l'on n'aura à redouter que le déficit ; et on prendra des mesures pour exciter cette fécondité, que tout homme prudent redoute aujourd'hui. L'homme sensé veut n'avoir qu'un petit nombre d'enfants, afin de leur assurer la fortune sans laquelle il n'est point de bonheur ; l'homme sans raison et tout charnel procrée des enfants par douzaine, comme FETH-ALI, schah de Perse, en s'excusant sur ce que c'est Dieu qui les envoie, et qu'il n'y a jamais trop d'honnêtes gens. Dieu veut au contraire en limiter le nombre en proportion des moyens de subsistance ; et l'homme social se ravale au niveau des insectes, quand il crée des fourmilières d'enfants, qui seront réduits à se dévorer entre eux par excès de nombre; ils ne se mangeront pas corporellement comme les insectes, les poissons, les bêtes fé-

roces ; mais ils se dévoreront politiquement par les rapines, les guerres et les perfidies de civilisation perfectible.

À quoi bon cet excès de population, quand il est avéré que l'ordre civilisé, quelque populeux qu'il soit, ne parvient jamais à cultiver son territoire? En France plus d'un tiers des terres est en friche; en Chine on trouve de vastes déserts à 4 lieues de Pékin ; et je gagerais qu'on en trouve beaucoup en Irlande, pays le plus populacier de l'Europe. ( Je ne dis pas populeux ; la Flandre est populeuse, l'Irlande est populacière. )

Lorsque des hommes bien pensants, comme le Suédois Herrenschwand, se sont élevés contre le double fléau de l'exubérance numérique et de l'indigence; lorsqu'ils ont prétendu qu'on avait manqué en politique toutes les voies d'amélioration, l'on a étouffé leurs voix, on les a accusés de démence ; leurs philippiques avaient un côté faible, c'était de dénoncer le mal avant d'en avoir découvert le remède. Les obscurants, nommés philosophes, ont répondu qu'il fallait s'étourdir sur des maux inséparables de la civilisation perfectible ; aussi l'indigence n'a-t-eile cessé de s'accroître, même en Angleterre, malgré l'excès d'industrie et la taxe annuelle de deux cents millions pour les pauvres. Confuse de ces résultats, la philosophie se retranche dans l'odieux principe qvïil faut beaucoup de pauvres , pour qu'il y ait quelques rfckes. On a vu par l'exposé du mécanisme d'harmonie, quel cas mérite cette opinion, ainsi que tous nos aphorismes politiques dont on rougira bientôt, notamment de ceux qui excitent à amonceler des fourmilières de populace, avant d'avoir pourvu à leur assurer un minimum décent.

J'ai dissipé, dans cette 9e notice, les préjugés qui traitent de vision l'idée d'équilibre en passions; j'ai prouvé que cet équilibre doit se fonder sur les vastes développements et non sur l'engorgement ; que les penchants réputés les plus vicieux, tels que les goûts de domination universelle, bénéfice de loterie ou fortune subite, convoitise d'hoiries, et tant d'autres penchants qui ne poussent aujourd'hui qu'à tous les vices, deviennent des sources de vertus dans l'état sociétaire. C'en est assez pour confondre ces esprits forts qui prétendent que le mouvement et les passions sont l'effet du hasard, et que Dieu avait besoin des lumières de Platon et Sénéque pour apprendre à créer les mondes, et diriger les passions à l'harmonie.

SiO SECTION T. — DE L'ÉQUILIBRE GÉNÉRAL DES PASSIONS,

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