‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 78 sur 124 · Unité de système · texte numérisé non relu

Unité de système

4° Direction intégrale du mouvement. Si Dieu est le supérieur en direction du mouvement, s'il est seul maître de l'univers, seul créateur et distributeur, c'est à lui de diriger toutes les parties de l'univers, entre autres la plus noble, celle des relations sociales : en conséquence la législation des sociétés humaines doit être l'ouvrage de Dieu et non des hommes; et pour diriger au bien nos sociétés, il faut chercher le code social que Dieu a dû composer pour elles.

Grand sujet de querelle avec la philosophie ! Il s'ensuivrait que ce n'est pas elle qui doit faire des lois, et qu'on doit chercher un code social composé par Dieu. Dans ce cas Dieu se trouverait au 4" rang, et la raison humaine au 2e; ce n'est pas ainsi que la philosophie établit les rangs; elle veut que Dieu soit au 2e et la raison humaine au 4"; en conséquence elle exclut Dieu de la prérogative de législation, pour la transmettre aux philosophes, à Diogène et Mirabeau.

2° Economie de ressorts. Si le mécanisme des sociétés était réglé par Dieu, on y verrait briller l'économie de ressorts que nous lui attribuons, en le nommant suprême économe. Or, l'économie exige qu'il opère sur les plus grandes réunions sociétaires, et non pas sur la plus petite que nous nommons famille, mé~

nage conjugal. Elle exige surtout que Dieu choisisse pour moteur l'attraction passionnée, dont l'emploi lui garantit douze économies que Ton ne trouve pas dans le régime de contrainte ; ce sont (II, 240 et 276):

1. Boussole de révélation permanente; car l'attraction nous stimule, en tous temps et en tous lieux, par des impulsions aussi fixes que celles de la raison sont variables.

2. Facultés d'interprétation et d'impulsion combinées, ressort apte à révéler et stimuler à la fois. '

3. Concert affectueux du Créateur avec la créature, ou conciliation du libre arbitre de l'homme obéissant par plaisir, avec l'autorité de Dieu commandant le plaisir.

4. Combinaison du bénéfice et du charme, par entremise de l'attraction dans les travaux productifs.

5. Epargne des voies coërcitives, des gibets, sbires, tribunaux et moralistes, qui deviendront inutiles quand l'attraction conduira au travail, source du bon ordre.

6. Elévation de l'homme au bonheur des animaux libres qui vivent dans l'insouciance, ne travaillant que par plaisir, et jouissant par-

- fois d'une grande abondance où notre peuple, malgré ses fatigues, ne parvient jamais.

7. Garantie d'un minimum refusé aux animaux libres , et dont on aura le gage dans les immenses produits du régime sociétaire, élayé de l'équilibre de population.

8. Bonheur assuré à l'homme, dans le cas où la sagesse de Dieu serait moindre que la nôtre ; car ses lois exécutées par attraction

nous assureraient une vie heureuse, au lieu de la contrainte que nous imposent les constitutions des philosophes.

9. Intégralité de providence, par révélation des voies de bonheur social, ajoutée à la révélation des voies de salut des âmes, fournie par le Messie et l'Ecriture-Sainte.

10. Garantie de libre arbitre à Dieu, faculté à lui de régir l'univers, y compris le genre humain, par l'attraction, seul ressort digne de sa sagesse et de sa générosité.

1 1. Récompense des globes dociles par le charme dû régime attrayant, et punition des globes rebelles par l'aiguillon de l'attraction toujours persistant.

12. Ralliement de la raison avec la nature, ou garantie d'avènement à la richesse, vœu de la nature, par la pratique de la justice et de la vérité, vœu de la raison.

Y. Unité interne, fin de la guerre interne qui met dans chacun la passion ou attraction aux prises avec la sagesse et les lois, sans moyen de conciliation (I, 184).

A. Unité externe ou avènement au bien sous la direction du ressort

d'attraction, le seul employé par Dieu dans les harmonies visible» de l'univers.

Tel est le canevas sur lequel on doit établir l'incompétence de la raison humaine en législation. (Voyez les détails II, de 240 à 301 , et les arguments négatifs II, 258.)

11 suffit de ces belles propriétés de l'attraction, pour prouver qu'un Dieu économe de ressorts n'a paspu opter pour la contrainte, voie adoptée par les législateurs civilisés et barbares ; et que c'est dans l'étude de l'attraction qu'il faut chercher le code social et industriel de Dieu. „

3° Justice distributive. On n'en voit pas l'ombre dans la législation civilisée qui accroît la misère des peuples, en raison de leur industrie. Le premier signe de justice devrait être de garantir au peuple un minimum croissant en raison du progrès social. Nous voyons l'effet contraire dans l'influence de l'esprit mercantile qui tend à couvrir la zone torride d'esclaves noirs arrachés à leur pays, et couvrir la zone tempérée d'esclaves blancs, par les bagnes industriels, coutume éciose en Angleterre,, et que la cupidité mercantile naturaliserait peu à peu en tous pays. Du reste peut-on voir quelque justice dans un état de choses où le progrès de l'industrie ne garantit pas même au pauvre la faculté d'obtenir du travail?

4° Universalité de Providence. Elle doit s'étendre à toutes ]^S nations, aux sauvages comme aux civilisés. Tout régime industriel refusé par les sauvages, hommes vraiment libres, est opposé aux vues de Dieu ; l'industrie que nous leur proposons, le morcellement agricole et domestique, n'est pas vœu de la Providence, puisque ce régime ne satisfait point les impulsions que la Providence donne aux hommes les plus rapprochés de la nature. Il en est de même de tout ordre qui repose sur la violence ; toute classe violentée directement, comme les esclaves, ou indirectement, comme les salariés, est privée de l'appui de la Providence qui ne s'est réservé sur ce globe d'autre agent que l'attraction. Dès lors l'état civilisé et barbare, qui ne repose que sur la violence, est opposé aux vues de Dieu; et il doit exister un autre régime applicable à toutes les castes et à tous les peuples, s'il est vrai que la Providence soit universelle.

8° Unité de système. Elle implique l'emploi de l'attraction, qui est l'agent connu de Dieu, le ressort des harmonies sociales de l'univers, depuis celles des astres jusqu'à celles des insectes ;

c'est donc dans l'étude de l'attraction qu'on doit chercher le code social divin. Quelques beaux esprits se vantent de faire cette , recherche, comme Voltaire qui dit à Dieu, dans une prière en vers :

Si je me suis trompé, c'est en cherchant ta loi.

Rien n'est plus faux, Voltaire n'a jamais cherché la loi sociale de Dieu, car il n'a jamais fait aucune étude de l'attraction passionnée, quoiqu'il fût l'un des hommes les plus aptes à ce travail.

D'autres savants, comme J.-J. Rousseau, crien* à l'impénétraH bilité, à l'insuffisance de la raison ; c'est encore une fausseté : la raison sera très-suffisante, quand elle voudra se placer à son rang naturel, au 2° et non au 4cr; quand elle voudra chercher le code social divin et non pas faire elle-même des codes. Mais au lieu de remplir cette tâche, elle noua paie, soit en gastonnades, comme Voltaire qui se vante de recherches qu'il n'a pas voulu faire, soit en obscurantisme, comme J.-J. Rousseau, qui accuse la raisott d'incapacité, quand elle n'est que paresseuse et orgueilleuse, négligeant de faire le calcul de l'attraction passionnée , et la difiamant comme vice pour se disculper de n'en avoir fait, ni analyse, ni synthèse.

Il conviendrait d'ajouter ici un aperçu des absurdités sans nombre où serait tombé Dieu, s'il eût négligé de faire un code social pour les relations industrielles de l'homme (t'oyez II, 258). J'en. ai dit assez pour prouver que la voie des bonnes études était le raiïement à Dieu, la précaution de se guider sur les vues et les caractères que l'opinion universelle attribue à Dieu ; mais comme celte méthode ramène de toutes parts à l'étude de l'attraction, il n'est pas étonnant que la philosophie, qui veut maintenir ses propres lois, ait voué au ridicule la branche d'étude qui conduisait à la découverte des lois sociales de Dieu, et qu'elle ait nié le principe : Toute lumière spirituelle doit venir de Dieu, comme la lumière matérielle vient du soleil, emblème de Dieu, image sensible du père de l'univers.

Le ralliement à Dieu, dans nos études, conduisait encore à un acte de justice, auquel les philosophes ne veulent pas entendre; c'est de lui concéder le libre arbitre que nous réclamons pour nous-mêmes. Si nous admettons qu'il en jouisse, il a donc eu le droit d'opter entre la contrainte et l'attraction pour agens de mouvement social. S'il eût opté pour la contrainte, il lui eût été facile

de créer des sbires plus puissants que les nôtres, des géants amphibies de cent pieds de haut, écailleux, invulnérables et initiés à notre art militaire. Sortant inopinément du sein des mers, ils auraient détruit, incendié nos ports, nos escadres, nos armées, et forcé en un instant les empires mutins à abjurer la philosophie, pour se rallier aux lois divines de l'attraction sociétaire. Si Dieu a négligé de se pourvoir de ces géants, aussi faciles à créer que les grands cétacées, on doit en conclure qu'il n'a spéculé que sur l'attraction, et qu'elle doit être la première étude d'un siècle qui voudra se rallier à Dieu, en exploration de la nature et des destins.

Toutefois, c'est une question très-neuve et digne d'un long examen, que celle du libre arbitre contesté à Dieu par la raison humaine ; il est fâcheux d'abréger sur ce sujet, l'un des plus brillants que présente l'étude de Dieu.

L'on a pu voir, par ce chapitre, que la connaissance de Dieu et de ses opérations, qu'on nous dépeint comme des mystères impénétrables, est au contraire la plus aisée, la plus élémentaire des sciences ; et l'on peut dire , la science des enfants , puisqu'elle n'exige que la dose de bon sens facile à trouver chez les enfants v de dix ans, mais introuvable chez des pères tous égarés, désorientés par la philosophie ; et qui, pour rentrer dans les voies du sens commun, auraient besoin, dit fort bien Condillac, de refaire leur entendement et oublier tout ce qu'il* ont appris des sciences philosophiques.

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