‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 82 sur 124 · REGNAT, VINCIT, IMPERAT · texte numérisé non relu

REGNAT, VINCIT, IMPERAT

J'avais promis un article très-détaillé sur les approximations de mécanisme sociétaire : des compagnies peu fortunées pourront désirer de fonder en petit; c'est la manière favorite des Français; ébaucher, tâtonner. La plupart opineront pour un essai réduit à moitié, à 900 personnes, ou au tiers, 600 personnes.

Je leur observe qu'en réduisant une mécanique, on en fausse le système, si on ne conserve pas toutes les pièces : nous savons réduire une immense horloge de clocher en un petit coffret ou montre d'un pouce de diamètre ; mais cette iriDntre contient toutes les pièces de la grande mécanique, même la sonnerie ; dès lors le système, quoique réduit, n'est point changé.

Il n'en est pas ainsi d'une mécanique de passions : pour la réduire dans la proportion d'une horloge de cathédrale à une petite montre, il faudrait avoir des hommes en miniature, des Lilliputiens hauts d'un demi-pied, des animaux et des végétaux de même di-

mension; il serait facile d'en former une petite phalange en miniature, 4800 pygmées logés dans un cas tel, et bornés à cultiver un terrain carré de cent toises de base. Celte phalange serait complète en mécanisme ; elle aurait en petit son assortiment de caractères; elle opérerait aussi exactement que des hommes de notre stature.

% Mais s'il faut retrancher sur le nombre, se réduire de 4800 à 900 ou 600, on se prive des ressorts nommés caractères, et on fausse le mécanisme d'attraction industrielle, d'équilibre des passions. Dès lors le jeu de la machine se complique, se ralentit en raison composée de la diminution des ressorts.

Si les 3 phalanges sont de 4800,900,600,

la force motrice ou dose d'attraction industrielle, qui alimente les séries passionnées, ne sera pas en rapport de. . . 48, 9, 6, mais à peu près de 48, 6, 3,

Par la suite, la cohorte salariée suppléant aux lacunes d'attraction, devra

être de 400, 450, 200,

et mieux encore de 400, 200, 300,

car elle sera chargée de tous les travaux qui n'exciteront pas d'attraction ; or ils seront bien plus nombreux dans une petite phalange que dans une grande; la petite, bornée à 600, ayant des séries mal engrenées, faiblesde ressorts (ch. V, VI), pourra à peine créer attraction sur les deux tiers des travaux ; cette lacune exigera une cohorte d'environ 300 salariés pour l'autre tiers de l'ouvrage.

Plus la phalange sera petite, plus on devra s'attacher à avoir un grand nombre d'enfants, dût-on les prendre à pension ; car les enfants sont celui des 3 sexes qui se livre le plus franchement à l'attraction, et qui se passionne le plus promptement pour le régime des séries industrielles.

Une société qui n'aura pas pu réunir la masse de capitaux nécessaires pour fonder en grand, devra opérer comme si elle était certaine de trouver ces capitaux dès Tannée suivante; car elle les trouvera réellement , si elle fait ses dispositions pour un commencement de grande phalange, et non pas pour une phalange réduite.

Selon ce plan, elle devra construire, au lieu d'un édifice régulier, un tiers du grand édifice tracé page 423, une aile seulement, pour expectative des 2 autres portions, centre et 2e aile. Je sup

pose qu'elle construirait, la portion qui s'étend de 0 en a, puis los bâtimens X et Z.

La petite phalange construisant un tiers de grand phalanstère, et .non pas un petit phalanstère, son terrain devra être disposé ? dans le même sens ; tout en débutant sur une petite surface d'un * tiers de lieue carrée , elle devra prendre des arrangements pouf avoir en contiguïté une lieue entière , et en jouir dès l'annéfc suivante. Si. elle manquait à ces précautions, elle serait bientôt devancée par d'autres compagnies qui se formeront en concurrence aveoelle , et qui prouveraient qu'elle n'a rien prévu ; qu'elle n'a pas osé envisager l'opération; qu'elle n'est composée que de chefs pusillanimes, d'avortons intellectuels. Ces objections seraient valables et feraient perdre à une phalange réduite le prix de fondation. Elle perdrait en outre l'immense bénéfice des curieux payants qui se porteraient tous dans une phalange de plein mécanisme, telle qu'on se hâterait d'en fonder lorsque la petite phalange d'essai aurait donné l'éveil, et prouvé que le mécanisme des séries passionnées et d'attraction industrielle est de la plus grande facilité.

La petite phalange, en formant ce plan d'extension^ aura d'autant plus de chances pour trouver de nouveaux actionnaires, qu'on pourra juger des économies que produira la grande phalange. ^Par exemple, sur les engagements de maîtres ouvriers et instituteurs quelconques, il sera évident que les maîtres engagés pour 600, serviraient de même pour 4800, sauf la transmission graduée en mode mutuel (298).

Plus la petite phalange périclitera par défaut de nombre, plus elle devra spéculer sur la forte dose d'attraction, et considérer qu'il fout savoir semer pour recueillir; elle devra donc s'attacher à la gastrosophie (258), principale semaine d'attraction. Ce sera la branche où on pourra former promptement des séries passionnées, et apprécier leur influence dès des premiers mois. On ne trouvera pas cet avantage dans des cultures, troupeaux et -colombiers réduits au tiers de la grande phalange ; le jeu des séries y sera gêné, l'exercice parcellaire (ch. VI), y sera bien restreint. Il est aisé, dans un groupe de 30 sectaires, de former 5 à 6 sousgroupes, chacun de 5 à 6 sectaires; mais si le groupe n'est que de 40 personnes, il devient très-difficile d'y organiser des sousgroupes et l'exercice parcellaire, si précieux pour donner de llnteasité aux attractions industrielles.

FONDATIONS APPROXMiAïtYES. Mi

Pensera^t-on qu'il faudra restreindre 4e nombre des fonctions* afin de pouvoir y adapter des séries copieuses? C'est raisonner en moraliste qui croit mener l'attraction à volonté ; la nature distribue les .attractions en travail. domestique, sur 4620 personnes ; si on réduit ce nombre au tiers, on ne peut pas tripler les attractions : tel travail, comme le soin des pigeons, qui aurait rencontré 60 sectairestpassionnés sur une masse de 4620, n'en aura que 20 si vous réduisez au tiers le nombre de sociétaires *ur lequel il faut trouver une secte de piftonistes ; et si on veut la porter à 40, pour favoriser l'exercice parcellaire, il y en aura moitié qui ne seront pas passionnés ; la série ^ara très-défectueuse, mal intriguée, sans ardeur, sans dextérité, «ansamité d '-action.

D'autre part, si on a trop peu de séries, -si pour les renforcer en nombre de sectaires, on se réduit à peu de fonctions, beaucoup de gens ne pourront pas donner cours à leurs attractions et seront faussés. D'ailleurs* une phalange d'unpetitînoinbre de séries échouerait sur l'accord de répartition, parce que, les séries ne seraient pas suffisamment engrenées (74). Les impulsions de cupidité ne seraient tpas assez graduées pour s'équilibrer, s'entraîner spéculativemenX à la justice (309).

Il .n'est pas besoin d'ajouter que moins la phalange sera nombreuse, plus elle devra éviter la grande culture et les travaux de long cours, dont les produits ne .peuvent se recueillir à des époques rapprochées : Jesgcaminées.sont de ce nombre, et la vigne encore plus. Il faut à. une. réunion faible en ressortsy des récoltes prompteô pour soutenir etalimenter l'intrigue. Ainsi, ^es pigeons qui multiplient très-vite, la confiserie dont les produits sont'labciqués en peu de jours, seront les genres les mieux appropriés ^àJat circonstance ; tons les petits légumes présentent cet avantage.

Je^pourrais étendre fort loin cet exaiim oteentmeeàîwd0Ute^ daIlS.une)petiie:phalange : c'est assez faire entrevoir «pue pour diriger cette machine, il faudra biense garder des méthoctesanocates et économiques;. il faut un mécanicien qulait étudié à&nd;lo*hé&rie , et qui ne prétende pas régenter et maîtriser l'attraction ; c'est le vice où tomberait tout philosophe.

On devra s'étudier à discerner quelles lacunes on peut admettre selon l'assortiment des caractères et des goûts des sociétaires; c'est une opération des plus délicates et qui décidera du succès d'une petite phalange. Tant que je ne sais pas eu quel lieu elle serait fondée, quelle serait la juste dose de ses moyens en chaque

genre, je perdrais trop de temps à examiner et peser les nombreuses chances d'erreur qui pourront s'y renconter.

Je me borne à indiquer deux grands moyens, les plus sûrs pour une petite phalange: le renfort d'enfants et la gastrosophie. Que les enfants impubères soient assez nombreux pour exécuter les manœuvres chorégraphiques à 72 figurants; que le peuple soit enthousiasme dès les premiers jours par la gastrosophie sériaire, qni est le moyen le plus prompt pour le séduire ; qu'il se croie transporté dans la maison de Dieu% c'est le nom que donne le peuple à une maison où l'on vit dans l'abondance et l'insouciance; enfin que les chefs se pénètrent bien du but à atteindre. Je l'ai dit plusieurs fois : il ne s'agira pas de produire plus ou moins de choux, peu importera la quantité de récoltes, d'autant mieux que les séries, pour peu qu'elles soient bien formées, en donneront toujours une masse infiniment supérieure à celle de la civilisation.

Mais les prodiges qu'il faut créer dès la première campagne, sont l'équilibre des passions et l'attraction industrielle, buts où l'on n'atteint que par un bon engrenage des séries, et un lien actif entre les travaux de production, consommation, préparation. Si l'on peut étaler de bonne heure les accords sublimes que présente une masse de séries bien engrenées, la cause sera gagnée, même avant d'arriver au dénouement ou accord de répartition. Dès qu'on pourra admirer dans ce germe d'harmonie les accords contrastés de passions échelonnées (63), les accords indirects d'antipathiques, l'emploi avantageux des discords, l'emploi utile des passions réputées vicieuses, l'entraînement des enfants à l'indiistrie dès le plus bas âge, la vérité et la justice devenues voies de fortunes, enfin le vrai bonheur social, le contentement de chaque sectaire confirmé par son enthousiasme, les curieux arriveront en foule pour voir le prodige dés prodiges, la mécanique des passions, et pour s'humilier d'avoir eu la sottise d'ajouter foi à des sciences qui enseignent que Dieu a créé les passions au hasard, sans leur avoir assigné un mécanisme digne de sa sagesse.

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