‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 12 sur 83 · FIN DE LA QUATRIÈME NOTICE · texte numérisé non relu

FIN DE LA QUATRIÈME NOTICE

SECONDE .PAfcîIE. CIS-AMBULE, 47

CIS-AMBULE.

Les Melons jamais trompeurs, ou les prodiges de Gastronomie composée sériaire.

Donnons quelqu article à chacune des classes de lecteurs. Il en est qui aiment les démonstrations amusantes et alliées à leurs plaisirs favoris; de ce nombre sont les gastronomes : j'essaie, dans cette médiante, leur conversion. Je les suppose déjà émus des tableaux du raffinement que les Séries pass. introduisent dans la bonne chère. Je vais donner ici à la gourmandise des couleurs plus nobles , et la présenter comme auxiliaire principal des vues économiques de la Providence, pourvu toutefois que cette passion se développe en Séries de Groupes.

Un petit d; bat gastronomique va nous prouver qu'en s'initiant à la théorie des Séries pass., on acquiert le don d'expliquer toutes les bizarreries apparentes de la nature, et d'enlever tous les voiles d'airain. C'est le melon qui va nous servir d'interprète.

Chacun connaît le dictum, que les melons sont aussi difficiles à connaître que les femmes et les amis. Ce serait un vrai prodige qu'un moyen de n'être jamais dupé sur ce fruit qui désoriente les juges les plus experts. On se demande souvent pourquoi la nature n'y a pas attaché quelque signe certain de qualité et de maturité ; serait-ce intention de se jouer (le l'homme ? Je vais expliquer cette énigme , et montrer dans le régime sociétaire une garantie pour ne jamais commettre aucune erreur sur le choix des melons.

Ce serait un faible avantage, s'il ne conduisait à de plus précieux : mais si la méthode qui évitera toute duperie sur les melons peut en préserver dans cent relations plus importantes, il devient très-curieux d'apprendre comment on peut introduire dans la distribution des melons ce discernement, cet à-propos que l'ordre civilisé ne sait établir ni dans les petites choses ni dans les grandes.

Il n'est pas de fruit qui convienne plus généralement à tous les goûts que le melon de haute qualité, comme les musqués de Perse, d'Âstracan, de Basse-Provence, etc. Hommes, femmes et enfants, les animaux mêmes , depuis le cheval jusqu'au chat, -sont friands du melon, qui, par cette raison , est fruit de haute harmonie et d'affinité unitaire.

Cependant ce végétai si éminemment destiné à l'homme et à ses animaux domestiques est le plus trompeur, quant aux apparences : il semble que la nature l'ait créé pour persiffler l'espèce humaine. Quelque soin qu'on apporte au choix du melon, sans cesse on y est dupé,

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surtout en pays froid; et les tables retentissent de jérémiades sur le désagrément d'avoir amplement 'payé un bon melon et de ne rencontrer qu'une courge.

On prend cependant, pour l'achat de ce fruit, des précautions extraordinaires : on en exclut les femmes, comme incompétentes et profanes en gastronomie; et dans tous pays, ce n'est point la ménagère, c'est le mari qui est chargé de l'achat du melon. Malgré tant de soins, la bévue est si fréquente, qu'on plaisante celui qui porte un melon, tant il est connu que les acheteurs les plus exercés trouvent souvent à décompter quand on en vient à l'ouverture.

Quelle était donc l'intention de la nature, quand elle revêtit ce fruit d'une enveloppe énigmatique et faite pour mystiQer les dîneurs civilisés? A-t-elle voulu berner ces légions de fourbes; les payer en leur monnaie qui est la fausseté ? Oui : mais cette ironie calculée se rattache à des dispositions de justice dis tributive, impraticable en civilisation.

Dans l'ordre sociétaire, le choix du melon est aussi exempt d'erreur que si on l'achetait à la coupe. Expliquons le mystère.

Toute Phalange agricole établit dans ses distributions de comestibles 7 classes, qui sont,

l".La commande, environ 50 indiv.

2e. Les malades et patriarches, env. 50 3e. La l'e. classe, env. 100 , |Sftft

4«. La 2«. classe, env. 300

5e. La 5e. classe, env. 900

6e. Les enfants de 2 à 4 \\2 env. 100 7e. Le caravenserai, nombre illimité.

X Un lot d'animaux contenant les mets grossiers et les rebuts.

Examinons comment aucune de ces classes ne peut être dupée ni sur le melon ni sur d'autres comestibles.

Chaque jour les groupes de melonistes, c'est-à-dire les cultivateurs et distributeurs de melons achetés ou recueillis, dispose la quantité nécessaire à la consommation journalière.

Quelques moments avant le repas de chacune des classes, on procède à la sonde et dégustation des melons du jour : on commence par le lot estimé superfin, et destiné aux compagnies de commande et de 1 re, classe, aux malades et patriarches (*).

(*) Nota. La lre. classe, quoique la plus riche, est la lre. attablée, contre l'usage civilisé qui, par des travaux sédentaires et une vie apathique , ôte l'appétit aux gens riches, ou leur en laisse à peine pour un diné à la nuit tombante. Le contraire a lieu en Harmonie , où les riches, par une vie plus active encore que celle des pauvres , jouissent d'un appétit florissant à leurs cinq repas, et ne s'accommoderaient nullement d'un diné qui prendrait la place du soupe, selon l'usagede Paris.

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