Affinité d'amitié entre compatriotes
2. Affinité d'ambition, orgueil de victoire. 4. Affinité de famillisme , familles sauvées.
Accord des Français de Mahon, Analyse.
2. Affinité d'ambition, ressort de gloire. 1 . Affinité d'amitié , ressort d'industrie.
Le premier vice de ces trois accords est qu'on n'y voit point de progression , point de subdivision par séries , genres et espèces. Tout y est confus ; ce ne sont pas moins de très-beaux germes d'unité sociale , dé vertu , de magnanimité ; ils n'ont d'autre vice que celui de courte durée.
Dans ces trois accords , les impulsions, quoiqu'irrégu- Hères, suffisent déjà à élever l'enthousiasme au plus haut degré , créer des hommes qui se jouent des obstacles , et à qui les prodiges de vertu deviennent familiers ; des hommes qui atteignent de fait à cette fraternité rêvée par les moralistes.
Malheureusement un tel accord dure peu en civilisa-» tion, et n'y fait que de rares apparitions; mais il Suffit qu'on l'y ait vu par moments , pour qu'il soit accord possible & l'espèce humaine , accord sur l'extension duquel
on doit spéculer , puisque ses impulsions élèvent l'homme au rang des Dieux, en l'excitant à tous les prodiges de vertu et d'industrie.
Le but de la morale doit donc être de multiplier ces accords omnimodes, et de leur donner la prédominance en mécanique sociale. C'est un effet réservé à Tétat sociétaire, qui arrive en tout sens aux liens d'octave : Us n'y régnent pas constamment ; leur impulsion trop violente userait l'âme et les sens; mais ils y dominent assez fréquemment pour exercer la suprématie , et régir les autres accords de gamme, les subordonner aux liens omnimodes qui sont germes de prodiges en industrie, eo vertu et en fraternité r comme on le voit par «es trois accords de Liège , Troye et Mahon.
Ce beau lien d'octave ou 8e. degré ne peut naître et se soutenir que par entremise des sept accords inférieurs qui forment son échelle ou gamme. S'il ne dure qu'un œstant parmi nous, c'est qu'on ne peut pas mettre en jeu eombmément les sept liens de gamme (voyez 356 , 357) , d'où naît le 8e., comme le blanc natt de l'assemblage des sept rayons lumineux.
De là vient que tel qui, comme Richelieu à Mahon, s'extasie devant un effet d'accord omnimode, ne peut pas le faire renaître le lendemain, même en diminuant les obstacles. On n'a point de méthode fixe , en civilisation, pour produire les accords , pas même en bas degrés ni en moyens. Tel est le sujet du désespoir de la morale , sans cesse occupé ù rêver des liens civiques, familials et autres, en place desquels ses théories ne font germer que de nouvelles discordes.
En principe, si Ton veut maîtriser le bel accord omnimode , le faire nattre à volonté , il faut créer préalable-
meut les sept ressorts dont il se compose.. Lorsqu'un régime social pf ôduif a en tous degfès les sept accords de la gamme d'amitié (voyez 356), il pourra à volonté faire naître les accords omniphiles 8***, et de même en titres d'ambition , d'amour, de famillisme.
J'ai décrit , dans le cours de l'Intermède , un très-bel effet d'ambition en accord omnimode , effet permanent en Association; t'est l'unité passionnée de tous les savants et artistes du globe , qui , dégradés aujourd'hui par leurs discordes , seront en unité intentionnelle permanente , lorsque l'immensité des récompenses et des auteurs cou* Tonnés aura absorbé toutes les jalousies. Leur concert sera aussi éclatant, aussi ardent, que leurs haines sont scandaleuses en civilisation. Il importait de faire connaître aux auteurs par quels moyens, par quels ressorts d'ambition , l'ordre sociétaire peut les élever à cette fraternité dont leur maligne république est si éloignée.
Publier la science qui enseigne à produire et perpétuer ces merveilles morales , ces liens sublimes de 8e. degré , n'est-ce pas conquérir de fait le suffrage des moralistes ? Il m'est d'autant mieux acquis , que ma théorie d'Association simple flatte les habitudes qu'ils ont consacrées , et élimine tout ce qu'ils proscrivent. Ils ne veulent admettre en gamme de famillisme qu'un seul accord , que la prime ou monogynie (enfants de deux pères ou de deux mères en mariages consécutifs ou second mariage après décès ) : ils n'admettent pas même l'accord de seconde , hémigynie (enfants d'un père marié et d'une concubine , comme ceux de Jacob ). On exclura de l'Association simple toutes ces licences ; elle n'atteindra pas moins k l'unité sociale , quoique dépourvue de quatorze accords ; savoir :
En amour, les 4», 5«, 6e, 7« Y, £. )
Ce n'a été qu'en 4819 que j'ai trouvé le moyen de hongrer ainsi le mécanisme sociétaire : une fois cette découverte faite , j'ai pu me dire : Les moralistes sont à moi. J'aurais dû présumer longtemps auparavant que Dieu, qui a prévu toutes les entraves, avait ménagé quelque moyen d'accommoder l'Association aux convenances du régime civilisé. Et si les amis de la vertu admirent , comme on n'en peut douter, les beaux accords que je viens de décrire aux articles Liège, Troye, Mahon; s'ils désirent sincèrement l'extension de ces germes de vertu à tout le système social , à tout le genre humain , ne sont-ils pas de fait, les partisans de cette théorie des groupes et Séries passM qui va outrepasser cent fois leurs désirs, et transformer 900 millions de créatures démoniaques en autant de demi-dieux , dont chaque pas sera marqué par des prodiges de vertu, d'industrie et d'unité sociale ?
, Note C. Préliminaire de sympathie omniphik \. *
Dans cette réception Ton observe la précaution de mélanger les $ne$ pour acheminer aux accords sympathiques. Raoul, chasseur de Saint-Cloud, est reçu par Calypso, chasseresse de Guide, et Matbilde, chasseresse de Chantilly, est reçue par Àctéon, chasseur de Gnide.
On commence la réception par des entretiens sur les penchants mutuels : on est à l'instant même en affinité générale par identité de goûts industriels , et cette première conversation entre gens qui ne se sont jamais vus est aussi animée qu'elle serait glaciale s'il fallait répondre a des harangues d'officiers municipaux ou d'amis du commerce.
* [ Omis l'envoi des portraits , le détail des titres de caractères,}
On donnera environ nne heure et demie k cette première séance amicale. D'abord , une demi-heure aux conversations et au parcours du phalanstère ; un quart d'heure à la station de toilette et installation , puis trois quarts d'heure au soupe , afin que ladite séance awrical* soif k double ressort , qu'elle soit groupe composé, groupe d'affinité industrielle et d'action gastronomique,
Entre gens qui ne se sont jamais tus , il suffit bien d'une heure et demie pour une première séance; encore faut-il la soutenir par ressort composé ou double plaisir. Une conversation animée sans l'appui d'un repas ne suffirait pas ii charmer cette première ren* contre; le calme pourrait naître, et l'équilibre passionnel serait faussé dès la première séance.
Au bout d'une heure et demie partagée entre les débals sur l'industrie , la toilette, le parcours du phalanstère et le soupe , on procédera au changement de séance, de peur de calme ou de tiédeur.
A neuf heures et demie le soupe est fini ; les Gnidiens et Gnidiennes se lèvent de table , sauf quelques officiers gastrosophes , est laissent pendant dix minutes leurs hôtes conférer sur les premières impressions , se concerter pendant que la PbaJange de Guide est au vestiaire.
Dix minutes suffisent ; on est expéditif en Harmonie pour la toilette comme pour toutes choses : les costumes y sont brillants, Taries, mais commodes et faciles à revêtir. On n'a pas un instant à perdre ; les moments sont comptés , non par devoir ou discipline, mais parce qu'on a un enchaînement de plaisirs à parcourir dans la journée et qu'on n'en veut manquer aucun. De ïk vient que tout harmonien , homme , femme ou enfant, est un prodige d'activité.
L'Harmonie , dans ses festivités , n'imite pas les frivoles civilisés, qui dans leurs divertissements n'ont aucune vue d'accord général, n'établissent aucun lien des plaisirs avec l'industrie. On verra plus loin que ces conditions sont strictement remplies dans cette séance de réception ; que le lendemain matin elle aura servi à passionner toute la caravane pour les travaux agricoles et manufacturiers de Guide , ou ces voyageurs s'entremettront activement et passionnément pendant les huit séanoes industrielles de 1*
journée de station. Achevons sur le moment d'arrivé, qui ne peut pas être donne à l'industrie; les harraoniens ne travaillent guère après huit heures du soir, à moins d'urgence.
A neuf heures et demie , le dessert est à sa ûo , et l'orgue du caravanserai annonce, par une salve, la séance de la cour d'amour. On voit s'ouvrir les portes qui conduisent aux salons de cour, et s'avancer les proto-fées , qui escortées de troubadoures et corybantes, viennent au nom de l'arcbi-fee inviter la caravane. A leur suite sont des groupes de bayaderes et bayaders, bacchantes et bacchants qui se répandent dans la salle , entourent les voyageurs , prennent part aux vins mousseux , et font sauter les bouchent selon les leçons de sagesse données par Dclille ( Homme des Champs ).
Bientôt la caravane est entraînée , et l'assemblée dans un beau désordre se rend au séristère d'amour. (On appelle têrittàrv une masse de salles et pièces affectées aux fonctions d'une série d'ordre subdivisée en séries de genre. )
Les deux troupes confondu es marchent sans cérémonial jusqu'à la salle du trône , où les chefs de la caravane présentent leurs hommages a l'archi-fee. Au bout d'une minute , elle donne le signal d'ouverture, en élevant son sceptre. Les corybantes sonnent aux rangs; les Gmdiennes et Gnidiens quittent le bras de leurs hôtes. Alors les dignitaires d'amour, les fées et sylphides , les génies et magiciens, disposent les colonnes de sympathie occasionnelle, et en moins de cinq minutes on entre en séance.
Comment se passera cette séance qui doit terminer la journée? Je n'essaie pas d'en rendre compte : notre objet n'est pas de donner des tableaux d'Harmonie, mais seulement de définir et faire enlode ou accord d'unitéisme, concert et d'inconnus. Je viens d'en décrire une rrête pas h la suivante, celle de la cour top le chapitre. Je me borne a dire a bayadères et bacchantes, elle sera e le sont aujourd'hui certaines maisons et honnêtes.
ir doit trouver des groupes assortis qu'elle aura formes à l'arrivée : le dis-
positif des sympathies d'amour occasionnel , objet de S*, séance , ne peut pas être semblable à celui d'amitié' occasionnelle, V*. séance.
' Quelque civilisé observera que les voyageurs et voyageuses ont pu déjà trouver à s'assortir en amour parmi les groupes d'affinité industrielle qui ont occupé la première séance. Qu'importe ? Deux sûretés valent mieux qu'une : ils vont rencontrer à la cour d'amour un assortiment fort différent , et calculé sur leurs sympathies d'amour occasionnel , qu'on aura constatées par entremise des fées et fés. Chaque voyageuse ou voyageur sera bien libre d'agir selon ses goûts : il n'est pas moins vrai que l'accord de première séance , calculé pour identité industrielle , n'a aucun rapport avec l'accord de 2*. séance, calculé pour contraste occasionnel en sympathie d'amour passager. La. Phalange de Gnide , pour bien choyer ses hôtes , devra leur ménager ces successions d'accords en identité et contraste , sauf à eux à opter sur sur les variantes offertes.
Après une douzaine de pareilles séances dans la journée du lendemain, séances oh l'on aura varié de toutes manières les sympathies , l'affection de la caravane pour tous les Gnidiens et de ceux-ci pour toute la caravane, sera élevée au degré omniphile inverse A, puisqu'on aura procédé des individus aux masses.
Le but serait manqué si cet enchaînement de plaisirs necoopérait pas au bien de l'industrie active. Dès le lendemain les voyageurs seront déjà en si intime liaison avec les Gnidiens, qu'ils s'adjoindront à eux dans toutes les séances de travail à 5 h. du matin , après le délité ( l*r. repas) , l'hymne à Dieu et la parade industrielle; tous les Gnidiens allant en groupes au travail, s'y verront suivis et secondés par leurs hôtes; car en Harmonie chacun, quelle que soit sa fortune, a été dès l'enfance élevé à exercer par attraction une cinquantaine de travaux ; on en verra plus loin la preuve , au traité de l'éducation composée. La caravane connaîtra donc et pratiquera par attraction les travaux des Gnidiens : si tel groupe , au sortir du délité , va à la culture des hyacinthes , il verra se joindre à lui les hyacinthistes qui étaient dans la voiture N°. 2; et ainsi des groupes qui iront cul* tiver choux , raves , haricots et autres légumes philosophiques.
N'anticipons pat sur ces détails d'emploi des groupes ; nous n'en sommes ici qu'à la définition. Il suffit de dire que ces dispositions si opposées à nos coutumes coopèrent sans cesse aux progris de l'industrie ; et, pour en acquérir la preuve , il dut attendre le traité des Séries sur lesquelles je vais préluder en deux chapitres de définitions.
Celle des groupes m'a obligé à faire une excursion dans le domaine de l'Harmonie. J'avais a décrire des accords de huitième degré , dont on ne trouve en civilisation que des germes informes , sans graduation comme celle des i50 groupes de Gnidiens, assortis aux penchants industriels des 150 groupes de voyageurs.
Je crois inutile d'avertir que ces brillants développements de .passions n'auront pas lieu dans les débuts de l'état sociétaire. Notre génération de paysans grossiers n'a que faire de fées et de troubadoures , elle ne saurait convenir à de pareils accords; mais elle en a les germes confus : je les analyserai aux pages suivantes , ou l'on verra que l'accord omnimode , quoique réduit chez nous au degré confus , enfante déjà des prodiges de vertu «t d'industrie : quelle sera son influence , quand on l'aura généralisé 9 et élevé du mode confus au mode régulier et progressif!
Je n'ai expliqué cet accord qu'en degré inverse \ » procédant des individus aux masses ; il est inutile de donner la définition du direct Y, opérant des masses aux individus. Ce serait compliquer l'exposé, qu'il fout abréger, puisqu'il nous entraîne souvent à parler d'un ordre social non encore existant. Je vais (575) rentrer dans la sphère intellectuelle des lecteurs , et traiter des .germes d'unitéisme ou accords omnimodes qu'on rencontre en civilisation.
PAUSE. Rappel de Thèse sur t étude de l'Homme
sensitif.
J'ai reconnu maintes fois, en conférant arec des hommes intelligents et désireux de s'instruire sur l'Association, qu'ils n'allaient pas à dix minutés sans perdre de vue les bases, comme le minimum etl'aitraction industrielle (II, 171 ), et y substituer leurs prestiges de civilisation.
Quelquefois il fallait, dans le cours d'une séance, leur répéter trois et quatre fois le même principe; les y ramener sans cesse, quoiqu'ils en eussent dès le premier instant confessé la rectitude. Mais les préventions philosophiques sont si puissantes, qu'en peu de minutes elles reprennent leur empire, même chez l'homme résolu À en secouer le joug.
H est donc nécessaire d'adopter, dans un sujet aussi neuf, la règle des redites fréquentes ; elles pourront être superflues pour un très-petit nombre de bons esprits; mais elles sont indispensables pour guider la multitude obstruée de préjugés dont on ne peut la dégager qu'en lui démontrant sans reMche la malversation des sciences incertaines, en qui elle a placé sa confiance.
Qu'on se rappelle la condition stipulée à l'avant-propos : je ne vends pas ma découverte ; je la donne , sous la seule réserve de partage distributif du traité. Les impatients voudraient distribuer à leur gré les premiers volumes; j'en retiens un à ma disposition, avec droit de le meubler des instructions que j'ai pu juger convenables, d'après une expérience de 22 ans sur les préjugés des partis scientifiques.
D'ailleurs, je distrais de ces premiers tomes les cinq chapitres de la présente notice; je les affecte, par anticipation, à la théorie positive; c'est encore une concession faite aux impatients. Ceux qui ne seraient pas satisfaits, donneraient à penser qu'ils sont fatigués de s'entendre dire quelques fâcheuses vérités.
Dès le premier chapitre et même dès V avant-propos , j'ai dénoncé l'omission de l'étude de l'homme. La classe des métaphysiciens paraît s'en occuper; elle prétend même étudier à la fois f Homine, l'Univers et Dieu. Ces trois problèmes sont liés intimement, sauf progression, La marche naturelle est d'étudier d'abord le l*r. , qui sert d^ acheminement au 2e. ; on ne peut rien découvrir sur les harmonies