‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 50 sur 83 · III · texte numérisé non relu

III

de l'Univers, sur les causes du mouvement (II, 543), si un n'est pas initié à la connaissance de l'homme ou du mouvement social et passionnel, qui est (II, 248) pivot et type des quatre autres, clef d'étude pour tous quatre.

Et lorsqu'on est versé dans les deux sciences de V Homme et de l'Univers, lorsqu'on sait expliquer l'analogie, V unité de système qui régnent entre les harmonies de f Univers et les passions de l'homme ( voyez l'art. Pivot inverse) , on peut s'élever, en continuant les calculs d'analogie, jusqu'à la connaissance partielle de f essence de Dieu et de ses propriétés.

La métaphysique civilisée n'ayant point suivi cette marche progressive, ayant voulu , au contraire , étudier simultanément les trois problèmes, a du échouer sur tous trois ( H, 540 ,541 ) , parce qu'elle a mal envisagé le premier, qui servait d'échelon aux deux autres.

Elle n'a pas su , dans l'étude de l'homme , se tracer un plan d'exploration intégrale et graduée; commencer par l'analyse des passions matérielles et spirituelles, pour s'élever ensuite à la synthèse ou destinée sooiaie.

N'en déplaise aux matérialistes , l'homme est un composé de corps et d'âme; il faut donc étudier dans V homme les ressorts sensuels et les animiques.

A-t-on de bonne foi procédé à l'analyse des ressorts matériels ,jê 'est-a-dire des cinq passions sensitwes! Non; je miens de constater cette omission, par V échelle graduée du sens de la vue {tableau 556).

Personne n'a classé les divers exercices de la vue , ni en échelle progressive , ni même en tableau confus. Nous en possédons plus ou moins certains degrés, que je vais extraire de l'échelle (556).

1er. Vue asinique ou équilibrée : nos maçons et Miquefots élèvent leur vue à ce degré déjà supérieur à l'état brut 0 , à l'œil chancelant devant l'abîme. Voilà chez certains hommes un progrès artificiel de 0 à i, progrès que des analystes exacts auraient mentionné dans une échelle de degrés visuels, s'ils dissent avisé à ce classement.

5". Nos sciences physiques ont élevé artificiellement l'espèce humaine a la faculté visuelle de 5". degré, dite coter r es trc. Vue télescopigue et microscopique; emploi de l'œil , combiné avec la terre vitrifiée ( accord de tierce ).

6*. Nos plongeurs , et surtout les pécheurs de perles , élèvent leur vue au degré co-aquatiqae , discernant les objets au loin dans l'intérieur des eaux.

A ces trois progrès artificiels , ajoutons-en deux naturels , que des sophistes nommeront écarts de la nature.

4\ Degré: la vue co-aérienne dont jouissent les Albinos, qui sont doués comparativement à nous de plusieurs perfections incontestables , entre autres :

Tact co-aérien, ou épiderme blanchissant par contact avec la lumière solaire qui noircit les corps de race subversive.

Chevelure-soyeuse et probablement plus durable que la nôtre , qui a le double vice de chute et de blanchiment.

Vue co-aérienne ou co-noctume , faculté commune avec le chat et le hibou , avec le lion et le tigre , dont les yeux recueillent la portion de lumière que fournissent les cordons aromaux; lumière bien copieuse , puisqu'elle suffit en pleine nuit aux Albinos , aux lions et aux chats.

7*. Degré. Vue noctambule , faculté de voir sans le jeu ordinaire des yeux% et malgré l'interposition de corps opaques , paupières , etc., qui masqueraient un œil éveillé.

S'il existe ainsi dans les facultés de la vue des échelons dont l'homme atteint déjà quelques-uns, par le secours de Vart ou de la nature, ne pourra- t-on pas s'élever à d'autres degrés d'exercice visuel , comme le 2\ , dit caméléonisme; le 5e. , dit co-aromal (*) ; les 8e. Y et 8*. X. i non définis ?

(')Le 5*. degré» vue co-arômale, nous vaudrait l'avantage de voir, en télescope, le miroir céleste ou coque aromale qui entoure le globe et qui l 'enveloppe en forme de bulle de savon placée entre Voir et l'éther, à 16 lieues de hauteur. Sans ce réflecteur, les pUaùtes ne renverraient aucune lumière. Il a la propriété de miroir interne du globe : il réfléchit tonte scène de la surface du globe, dans chacun

En supposant que h corps humain ne doive pas s'élever au delà de ses facultés actuelles , il fallait au moins les classer ; c'est ce qu'on n'a fait ni sur le sens de la vue ni sur les quatre autres.

Ainsi, tout en paraissant raffiner sur .les méthodes analytiques, tout en se flattant de quintessencier les analyses de sensations , perceptions y intuitions , etc. , l'on n'a pas encore analysé l'échelle des fonctions sensuelle* intuitives, non plus que celles des quatre autres sens.

Prétendra-t-on que ces recherches sur l'échelle sensuelle, sur les degrés d'essor naturel ou artificiel de chaque sens, n'auraient conduit à aucun résultat utile 9 O est une erreur des plus graves : foi prouvé à l'Es traduction que les recherches sur le sens de la vue et ses emplois intégraux , pouvaient ouvrir une très-belle issue de civilisation , celle de l'architecture combinée ( Fune des transitions *4 du tableau (II, 143).

Ce dédain qu'on manifeste pour les branches d'étude hégligées, ne contrevient-il pas au premier des douze préceptes philosophiques (H, 199), explorer en entier le domaine de la science ? Elle devait donc fureter partout , généraliser l'investigation, sans dédaigner aucun point; elle aurait fait des découvertes dans les branches dont elle augurait le moins, notamment dans les recherches spéculatives sur le sens de la vue : on en a vu la premvs à l'article garantisme visuel (Ex traduction).

Passant de V homme matériel à V homme spirituel , on retrouve pareille lacune. La métaphysique n'a analysé aucune des facultés d'accords sociaux inhérentes aus quatre groupes.

Il est donc évident qu'on a négligé l'étude de l'homme,

de ses segments formés par les arcs du réflecteur, et jusqu'aux points d'intersection de la plus basse corde des rayons. Ainsi, par un temps serein et en choisissant les moments opportuns, un œil de 5». degré pourra voir de Paris, avec télescope, le mouvement des ports de Bordeaux, Brest, Bristol, Amsterdam, et encore mieux de Londres et Anvers. Les assureurs paieraient cher la jouissance d'un tel miroir.

tant matériel que spirituel ; on s'est attaché à l'écorce, à la superficie , à des subtilités idéologiques fort inutiles en calcul de destinée sociale.

De là vient qu'on n'a rien découvert sur les harmonies de l'homme avec l'Univers, sur le destin des passions, les causes du mouvement, et V analogie universelle (dont j'ai traité en aperçu au pivot inverse).

Et par suite on n'a rien déterminé sur les vues de Dieu; on ne eonnait pas mémo se* propriétés primordiales ( II, 245, 266) : si on en avait quelque notion, comment oseraiton lui attribuer l'unité de système , et prétendre qu'il destine V humanité au chaos civilisé, barbare et sauvage , état opposé à toute unité! Comment pourrait-on croire , en outre qu'il veuille employer V attraction en mécanique sidérale, et la contrainte en mécanique sociale f Cette duplicité d'action et de ressorts, peut-elle cadrer avec les vues d'un être unitaire en système f

Dieu a disposé V échelle des connaissances de manière à faire de l'étude de l'homme un préliminaire obligé, une clef de toutes les sciences d'agrément que recherche la folle raison civilisée : elle voudrait découvrir l'agréable avant l'utile, pénétrer les mystères de l'harmonie de l'Univers avant d'avoir trouvé les voies de la richesse , du bonheur, de l'unité sociale.

Dieu n'a pas permis cette anticipation, Ce contre-sens de génie : il nous a irrévocablement astreints à débuter par l'étude de l'homme , sous peine d' échouer dans toutes les sciences d'agrément , comprises sous- le nom générique de Théorie des Cause* du mouvement

Nous allons y être initiés en plein, grâce à cette étude de l'homme, esquivée depuis 5,000 ans; omission impardonnable à un siècle qui recommande sans cesse d'aïïer du connue l'inconnu, et qui, donnant ce précepte pour méthode et voie d'invention, a refusé obstinément de l'appliquer à l'étude de l'homme , a refusé d'aller de l'Attraction matérielle déjà connue, à l'Attraction passionnée dont la théorie restait à connaître.

Voila des redites sans doute; mais trop peu encore : il faudrait les pousser à cent fois , pour bien convaincre le genre humain qu'on l'a trompé sur ce qui touche à l'étude de l'homme.

Cette science était f issue naturelle de l'ordre civilisé et barbare ( 11,142 Y, synthèse de l'Attraction). Les métaphysiciens Vont esquivée * tout en faisant sonner bien haut lettre études de V homme, qui ne retire aucun fruit de ces subtilités scientifiques. Partout le peuple se plaint à bon droit que les savants n'ont rien fait pour améliorer son sort, que leurs découvertes en mécanique sociale se bornent à l'art d'augmenter les impôts , et oV enrichir les sangsues fiscales et mercantiles tout en chantant la perfectibilité.

Glissons sur V imper itie politique; cette pause ayant pour objet de dénoncer l'omission d'études en matériel.

J'y ai préludé par la note A(ln\roà. ), sur le désordre atmosphérique , et les caculs de climature équilibrée.

Je rallie ce sujet avec la note E (Extrod.) qui traite d'une belle issue de lymbe sociale, par le garantisme visuel ou architecture sociétaire. Ces branches de perfectionnement tiennent à l'étude du matériel et des sens, ou de l'homme sensitif. La Providence a ménagé sur tous les points des palmes pour le génie , et il y en avait de belles à cueillir dans les études relatives au tact, à la vue et au goût .* ceux qui dédaignent les spéculations politiques sur le matériel de l'homme , peuvent être assimilés , quanta Vimpéritie, à cette pitoyable secte qui, par un autre excès, a voulu faire de l'homme un être purement matériel.

Auteurs, qui avez échoué si honteusement sur le problème du bonheur social, vos erreurs, en morale comme en métaphysique, ne proviennent que de l'ignorance de notre double destinée, la sociétaire ou travail combiné, et l'insociétaire on travail morcelé : tous avez vu avec raison, dans l'homme insocièlaire ou civilisé, un monstre de perversité, bien dépeint dans ce distique-:

» L'argent, l'argent ; sans lui tout est stérile ! » La vertu sans l'argent est un meuble inutiles »

GROUPES ET SÉRIES. 39f

Voua avez essayé des correctifs , des plans de régénération qui, ne reposant que sur le travail morcelé ou insociétaire, ne peuvent garantir au peuple, ni minimum, ni attraction industrielle , ni vraie liberté (II, 164). De vos chimères sur la souveraineté du peuple, on ne voit naître, comme du despotisme, que des légions d'affamés, esclaves d'un écu, disposés à tous les crimes pour échapper â la misère; gens dont Rousseau a dit : « Ce ne sont pas là des hommes, » il y a quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la • cause. »

Effrayés, comme Rousseau, de la laideur de l'homme moral, vous avez cherché à vous faire illusion par des subtilités idéologiques, sur le perfectionnement de la raison. En étudiant le mécanisme des idées4, avez-vous découvert le chemin du bonheur social ? Non.

Avoues votre déconvenue : vous n'avez pas su expliquer l'énigme que présentait l'homme; la dualité d'essor des passions (II, 54); la chenille sociale à métamorphoser en papillon; l'homme éclatant de vertus et comblé de richesse dans l'industrie sociétaire , dégoûtant de vices et de pauvreté dans l'industrie morcelée ou civilisée.

L'ignorance de cette double destinée vous a jetés dans les écarts de l'athéisme et du matérialisme ; vous vous en êtes pris à Dieu du rétrécissement de votre génie, de l'insuffisance de vos méthodes philosophiques. N'êtes- vous pas heureux qu'on vous dévoile enfin le secret de cette nature de l'homme, la dualité d'essor passionnel (II, 34), et les échelons de la destinée sociétaire (II, 35), dont vous désespériez plus que jamais' de pénétrer le mystère?

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