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de partie que d'attirer l'attention sur ce point. Peu importait qu'on eût commencé par des visions, mille incidents auraient conduit par degrés à dés calculs. Tant de gens seplaisent à rêver le bonheur : comment se fait-il que , dans lenombre des Arasions et féeries dont onrepait leurs esprits, personne n'ait jamais mis enjeu l'idée d'une grande association domestique, ni spéculé sur les bénéfices et tes agréments qui en pourraient naître?
Ce sujet, même à le considérer comme utopie (rêve d'harmonie sociale en pays fabuleux ), n'en valait-il pas tant d'autres dont on meuble nos romans politiques? On va voir qu'il eût été bien autrement fécond , et que les romanciers en auraient pu faire, dès le premier instant , une chimère en vogue; chimère qui aurait bien vite acheminé à des tentatives d'épreuve. Pour cette fois, Ton serait arrivé à la sagesse par les chemins de la folie. Tous moyens sont bons quand ils conduisent au bien général, sans préjudicier à personne.
Spéculons sur ces perspectives, dont le tableau sera intelligible aux enfants mêmes, et passionnera d'avance pour la théorie positive d'Association contenue au 2«. tome.
On a vu (avant-propos) qu'il serait imprudent de produire cette théorie avant d'en avoir excité vivement le désir; que l'opération reposant sur des calculs de gastronomie et d'amusements combinés, pourrait sembler au premier abord indigne de confiance. Le lecteur s'épargnera ces doutes , en s'exerçant, dans cette 2m«. partie, sur l'analyse des prodiges que doit enfanter le régime sociétaire. Il en conclura qu'une théorie de plaisirs industriels peut bien conduire au but où n'ont pas abouti nos subtiles théories de balance, contre-poids, garantie, équilibre.
En réplique à ces illusions dominantes, il a bien fallu, dans la ire. partie, débuter par de graves et profonds raisonnements; prouver qu'on n'est pas en peine de battre les sophistes avec leurs propres armes, Beaucoup de personnes ennemies du jargon scientifique auront glissé sur ces arguments dont fourmille la f». partie; j'ai même dispensé (avant-propos) de cette étude les lecteurs de 3me. classe. Quant à ceux de classe mixte ou 2m«. qui en auront pris une légère notion, elle a dû leur laisser des impressions qui les guideront dans l'étude de la 2»«. partie où nous allons entrer.
D'abord, ils auront fort bien compris que tout va au plus mal en ce monde , malgré qu'on vante sans cesse le perfectionnement de la raison. Mieux vaudrait avoir déraisonné, et avoir trouvé les voies de richesse et de bonheur dont la multitude civilisée est si éloignée.
Ils auront compris de même qu'il existe beaucoup de branches d'étude négligées et encore vierges, dont j'ai donné de nombreux tar
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Weaui, entre autres celai des caractères et phases de civilisation ( II, 207), détail complètement ignoré, et sans lequel notre politique ne se connaît pas elle-même, ne sait pas si l'ordre social est en âge de progrès ou de déclin.
Ces omissions auront pu être aperçues des êtres les moins initiés aux sciences, et les amener à conclure que tant de branches d'études négligées (voyez les tableaux II, 120, 142, 164, 218, 219, 248), pourraient bien contenir le secret du bonheur social , si vainement désiré.
Les lecteurs, même superficiels, auront compris encore que, dans le monde matériel comme dans le monde social , tout se détériore à vue d'oeil; que les climatures sont dénaturées et méconnaissables; que les hivers usurpent la place des printemps ( 1821 ) et souvent des automnes (1 820) , qu'au lieu de prendre des mesures pour extirper l'ancienne peste, la civilisation laisse introduire de nouvelles pestes, fièvre jaune et typhus ; que ce surcroît de calamités physiques, ajouté au redoublement d'impôts et de calamités politiques , est un signe incontestable de dégradation en mouvement matériel comme en social.
Ce sont là des points de fait, des vérités palpables et suffisantes à éclairer tout nomme qui voudra préjuger sur le débat établi entre l'industrie morcelée et l'Association qui va métamorphoser de mal en bien le monde matériel et social. Chacun, en récapitulant ces effets croissants du mal , suspectera les sciences d'où naît ce désordre qu'on a le front de nommer perfectionnement social : chacun sera tenté de prêter l'oreille à la nouvelle science, qui doit réaliser tous les biens que l'ancienne promet en vain.
Sur ce, l'on réplique par un argument qui parait concluant, et qui semble infirmer toutes ces belles espérances. On objecte : « Chacun se » serait donc trompé , et vous en sauriez donc plus à vous seul que tes » savants de tous les siècles ? •
• Chacun se serait donc tromper • Pourquoi non? Serait-ce la première fois? M'en disait-on pas autant à Colomb, quand il annonçait l'Amérique, et à tous les inventeurs qui ont prouvé que chacun s'était trompé avant eux? C'est le propre de chacun et du monde entier, que de se tromper pendant plusieurs mille ans sur les dispositions les plus urgentes et les plus faciles, comme la soupente et l'étrier. Assurément, chacun s'était trompé jusqu'au 12e. siècle par oubli de ces deux inventions si précieuses , et pourtant si à portée de tout le monde.
H suffirait de cette étourderie entre mille autres pour prouver que le monde entier peut être un monde sot, étourdi et aveugle sur les nûùttiBès comme sur les grandes choses. Eh ! combien ne l'a-t-il pas été sur l'Association? Si on en eût manqué la découverte après de pénibles recherches, il y aurait déjà maladresse, puisqu'il existait (II, 142)seixe
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voies d'exploration et de réussite. Or, quelle est l'étourderie d'un globe qui n'a pas même songé à chercher la seule invention d'où dépendait son bonheur, pas flairé une seule des 16 voies?
N'a-t-on pas vu le monde entier commettre des erreurs bien plus choquantes? Citons-en une de celles qui régnent encore, et qui aurait dû depuis plusieurs mille ans être rectifiée par tout homme, femme ou enfant ; c'est la coutume de considérer la droite comme côté d'honneur. Il faut que Dieu en ait jugé tout autrement, car il a placé à gauche le cœur, foyer de mouvement et le plus noble des viscères. Si les civilisés ont raison de préférer la droite, il faudra donner raison à ce médecin de comédie, qui veut placer le cœur à droite. On voit, au contraire, que dans tout le système de l'univers comme dans le corps humain, la gauche est le côté d'honneur. Aussi toutes les planètes présententelles la gauche au soleil levant. ( Le seul Herschel fait exception, pour causes qui seront expliquées en cosmogonie. )
Qu'on cesse donc de s'étonner si le monde entier se trompe sur la destinée sociale, problème dont la solution n'était pas à portée de tous, quand on le voit se tromper sur des vérités palpables, comme la prééminence de la gauche sur la droite. Combien compteraiNm de ces erreurs, soH générales, comme la préférence donnée à la droite; soit spéciales et bornées à un art, comme la stupide coutume de noter la musique sur onze lignes; ce qui oblige à faire usage de huit clefs, tandis qu'en notant sur douze lignes, dont deux intermédiaires, 6, 7, en blanc, tout serait ramené à une seule clef (correction qui sera expliquée).
C'est surtout dans l'étude de l'Association qu'il importe de se défier de ces préjugés flatteurs pour l'ignorance générale; de ces arguments dictés par l'orgueil, comme celui-ci : « Tout le monde se serait donc » (rompe l Eh ! qui ttes-vous , pour prétendre donner des leçons an » monde entier ? •
Je réponds : Qu'étaient ceux qui inventèrent la soupente etl'étrier? Peut-être un sellier et un maquignon, qui sur ces deux points, sur l'équitation et la voiture, en savaient plus que le monde entier, et lui prouvèrent qu'il s'était trompé ; car ils élevèrent le transport à cheval et en voiture, du mode simple au mode composé.
H n'est donc pas nécessaire d'être un génie transcendant, pour remontrer le monde entier, et en savoir plus que lui sur quelques points, notamment dans les branchesjTétude dont il ne s'est jamais occupé, comme l'Association, branche où le premier qui enfin s'avise de tenter des recherches doit avoir tout l'avantage des premiers qui arrivèrent au Pérou : ils avaient beau jeu de trouver les mines d'or.
Il est assez doux à l'orgueil d'établir dans la classe savante comme dans le corps politique , une noblesse et une roture , et de vouloir écon-
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duire an inventeur en le traitant de roturier scientifique, d'intrns dépourvu de titres à la confiance ; mais l'expérience confond cette manie exclusive. Nous voyons tous les jours l'instinct ou le hasard favoriser ces intrus ou roturiers de la science, et se servir de l'homme obscur pour humilier le superbe : voici une anecdote qui se lie bien au sujet.
En 1799, l'envoyé des Mamelucks à Londres, Elphi-Bey, avait à sa suite un nègre, hardi cavalier, mais sans principes, vrai casse-cou. Elphi-Bey entendit parler d'un beau cheval, si fougueux, si indomptable, que les plus fameux écuyers de Londres n'avaient pu parvenir à le monter. Elphi-Bey se flatta que son nègre en viendrait à bout. Les paris s'ouvrent; les hommes de l'art s'assemblent; on amène le Bucéphale, et malgré sa violente résistance on voit le nègre, après un quart d'heure de combat, dompter le terrible coursier, à la barbe de tous les virtuoses du pays, fort scandalisés qu'un casse-cou d'Ethiopie , un roturier en équitation, fut plus habile que les fameux écuyers de Londres, qui avaient épuisé sur ce cheval toutes les ressources de l'art, et déclaré l'impossibilité.
Ce camouflet n'est-il pas l'emblème de la déconvenue qu'éprouvent aujourd'hui les quatre sciences incertaines? Il y avait en théorie sociale un problème jugé inabordable comme le cheval dont il s'agit; c'était le problème de l'Association graduée, ou amalgame domestique et industriel des ménages inégaux en fortune. Personne dans la hiérarchie savante n'avait osé s'exercer sur cette grande énigme, pas même la proposer. C'était le superlatif de l'impossibilité ; et pourtant la voilà expliquée par un homme qui ignore les subtilités scolas tiques où excellent ces savants; un de ces inconnus qu'ils dédaigneront comme les écuyers de Londres dédaignaient l'Ethiopien qui, sans être initié aux principes d'équitation, dompta l'animal rebelle à tous les maîtres de l'art.
Ainsi l'aptitude naturelle peut l'emporter sur les raffinements de la science , et faire découvrir à l'homme vulgaire quelque perte qui aura échappé à l'œil exercé des grands maîtres. La nature distribue au hasard les instincts de science et d'art, le génie inventif. On ne doit donc pas s'étonner qu'il se soit trouvé enfin dans les rangs du vulgaire un homme pourvu de l'instinct de découverte en mécanique sociétaire.
Ces instructions familières m'ont paru propres à fonder la confiance, et disposer les lecteurs bénévoles qui ne tireraient aucun fruit de cette '2°**. partie, s'ils y exigeaient des raisonnements sévères, comme ceux que j'ai disséminés dans la lr«. partie. Servons tour à tour les convenances de chacun , et dans une théorie qui doit faire le bonheur de tous , donnons quelques préliminaires adaptés au goût de cette nombreuse classe qui, peu versée dans les sciences, redoute les chemins de ronces, et exige que la théorie, même la plus utile, soit artistement fardée.
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On a pa voir, an démit de Favant-propos, que loin d'avoir besoin de lard, je serais obbgé de déguiser longtemps les beautés et les bienfaits de l'Association. Dès à présent cette contrainte cesse : j'ai déjà atteint le premier bot, qui était d'entrer en lice quant aux raisonnements, et de prouver qu'en ce genre mes batteries valent au moins celles des sophistes, qui n'ont su acquérir aucune connaissance exacte, ■i sur l'Homme, m sur l'Univers, ni sur Dieu , et qui l'avouent dans ces vers:
« Montres l'homme à mes yeux; honteux de mlgnorcr, etc. •
Ils n'ont de même rien produit de satisfissent sur les controverses dont Tige moderne s'enorgueillit, comme la liberté, le commerce, le libéralisme. H me suffit d'avoir, sur ces divers points, plaidé la négative et démontré l'aberration des sciences, pour inspirer une confiance cordUumncUe en la découverte qui va repérer tout le mal.
Fort de ces dispositions préalables, je puis commencer à montrer les côtés merveilleux de la nouvelle science, mais sans jamais séparer ce merveilleux des calculs arithmétiqnes : à défaut, on pourrait me reprocher de tomber dans le vice du génie civilisé, dans le simplisme, dans l'emploi de la raison sans le merveilleux, ou du merveilleux sans la raison. J'établirai entre ces prétendues antipathies une alliance permanente; et commecette intervention du merveilleux va donner aux leçons une teinte moins sombre, qui les mettra à portée de la classe étrangère aux sciences, je distingue cette nouvelle méthode par un léger changement dans le titre gériéral : c'est une transition de Prolégomènes en Cis-légomènes ( contre-partie des Trans et Po&4égomènes qui occuperont le 9*. tome).