‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 7 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Bénéfice détaillé de la gestion unitaire : Greniers , Caves , Combustibles ,

Fruits, Transports.

Je répare ici une omission commise par les 500 académies d'arrondissement créées nouvellement en France , et affectées au service de l'agriculture. Ces sociétés (avant-propos) devaient porter leurs regards sur les branches négligées, et spéculer avant tout sur l'Association , en constater d'abord les avantages par forme d'appel au génie inventif. C'eût été, diront-elles, une utopie. Qu'importe? les travaux des sociétés d'agriculture ne. sont-ils pas tous des utopies ou rêves du bien sans moyens d'exécution, à commencer par l'échenillage ordonné chaque année et jamais effectué, pas môme à demi? C'est bien pis des projets de restauration forestière.

Utopies pour utopies, puisque les sociétés d'agriculture sont engagées dans celle carrière , et condamnées à des rêves de bien , pourquoi ne pas choisir le plus beau des rêves, celui de l'Association agricole et domestique?

On est ébloui quand on passe quelques instants à faire le tableau des énormes bénéfices que donnerait une réunion de 300 ménages , dans un seul édifice où ils trouveraient des logements de divers prix , des communications abritées, des tables de diverses classes, des fonctions.

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variées , enfin tout ce qui peut abréger, faciliter et charmer les travaux.

J'ai déjà touché à ces aperçus (Intr., II, 12 ) ; donnons-y quelques chapitres , d'où chacun pourra conclure qu'on obtiendrait de l'état sociétaire une richesse décuple en effectif de celle que donne l'étal morcelé ou travail civilisé.

Jusqu'ici je n'ai porté l'estimation qu'au triplement de richesse ou produit réel , que j'ai annoncé triple, quintuple, septuple, selon que l'Association sera simple, mixte ou composée. C'était une estimation provisoire et fortement réduite, pour ne pas effaroucher le lecteur. La vérité est que le produit réel de l'Association s'élève pour le moins au décuple effectif du produit que peut donner le travail morcelé. C'est de quoi l'on va se convaincre en théorie spéculative ; ensuite l'on sera d'autant plus attentif à la théorie positive ou calcul des Séries passionnelles, d'où naîtront ces torrents de richesse»

Abordons les détails. J'examine d'abord les avantages de grenier et cave sociétaires.

Les 500 greniers qu'emploient aujourd'hui 500 familles de villageois (15 à 1600 habitants) seraient remplacés par un grenier vaste et salubre, divisé en compartiments spéciaux pour chaque denrée et même pour chaque variété d'espèce. On pourrait s'y ménager tous les avantages de ventilation,, de siecilé, d'échauflement, d'exposition^ etc., auxquels ne peut songer un villageois ; car souvent son hameau tout entier se trouve mal placé pour la conservation des denrées. Une Phalange, au contraire, choisit un local favorable , soit pour l'ensemble , soit pour les détails, caves, greniers, etc.

Les frais de ce vaste grenier, en construction, murs, charpentes , couverts, portes, poulies , surveillance d'in-

cendie, garantie d'insectes, etc., couleraient à peine le 10me. de ce que coûtent les 300 greniers de villageois, bornés à un seul étage , quand on pourrait en faire trois sous un même couvert. Le grenier sociétaire n'emploirait que dix portes et ferrements, là où nos villages emploient 300 portes; ainsi de tout le reste.

C'est surtout dans les précautions contre l'incendie [l'épizootie] et les dégâts que le bénéfice deviendrait colossal. Toute mesure de sûreté générale est impraticable parmi 300 familles [civilisées], les unes trop pauvres, les autres maladroites ou malveillantes. Aussi voit-on, chaque année , l'imprudence d'un seul ménage incendier toute une bourgade, [infecter contagieusement tous les bestiaux du pays. ]

Les précautions contre les insectes et animaux deviennent de même illusoires dans nos villages , parce que la masse n'y coopère pas : aussi les battues de loups n'empêchent-elles pas que ces animaux ne foisonnent. Si, à force de soins , vous détruisez les rats de vos greniers , vous serez bientôt assailli par ceux des greniers voisins et des champs qu'on n'aura pas purgés par mesures gêné* raies : elles sont impossibles en civilisation, où l'on ne peut pas même effectuer l'échenillage ordonné tous les ans [par les maires] et jamais exécuté. II n'y aura pas une bourse de chenilles dans les régions cultivées sociétairement : cet insecte est un de ceux qui disparaîtront au bout de trois ans d'exploitation combinée (0.

(i) Quelqu'un va dire qu'on y perdra de beaux papillons. Grand dommage ! eh , qui empêche de conserver quelques belles espèces qui n'obstrueraient pas les arbres et les chemins ? Les papillons, compensent-ils la 100". partie du dégât que font les chenilles ?

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La gestion combinée donne lied à une foule d'économies sur les démarches que nous croyons productives : par exemple, trois cents familles d'une bourgade agricole envoient aux halles et marchés , non pas une fois, mais vingt fois dans le cours de Tannée. Le paysan se platt à muser dans les halles et cabarets : n'eût-il à vendre qu'un boisseau de fèves, il va passer une journée à la ville; et c'est pour les trois cents familles une perte moyenne de 6000 journées de travail, non compris les frais de voiture, qui sont vingtuples de ceux de l'Association. Elle vend toutes ses denrées par grandes masses, vu que dans cet ordre on n'achète que pour des Phalanges d'environ 1500 personnes (0.

En épargnant la complication de vente , l'abus d'envoyer trois cents personnes au marché au lieu d'une seule, faire trois cents négociations au lieu d'une seule, on épargne du même coup la complication d'emploi. Si un canton vend 3,000 quintaux de blé à trois autres cantons, les soins de moulure et de manutention ne s'étendront pas à c neuf» cents ménagea, mais seulement à trois. Ainsi, après avoir épargné sur la vente les 99/100"* du travail distributif , on renouvellera cette épargne sur l'emploi et la gestion du consommateur. Ce sera donc une économie

(i) La vente est faite sur échantillons le^és par jurys, et remis sous cachet au congrès provincial , selon les méthodes qui seront indiquées au traité de commerce véridique. Loin de prostituer les denrées avant leur maturité, on ne les met en vente qu'aux approches de la perfection complète. Chacun des cantons conserve toujours pour deux ajls de subsistance , outre l'année courante , et ne risque pas , comme nos paysans , d'être réduit à vendre son ehamp pour acheter du pain. La pénurie devient impossible dans l'Association.

deux fois répétée du 99/100** : et combien en opérera* t-on « de semblables ! »

Observons, à ce sujet, que les économies sociétaires sont presque toujours de mode composé, comme celle-ci qui , à l'épargne des frais du vendeur, ajoute par contrecoup celle des frais du consommateur.

Passons des grains aux liquides. Les trois cents ménages villageois ont trois cents caves et cuveries, soignées d'ordinaire avec autant d'ignorance que de maladresse. Le dommage est bien pire encore dans les caves que dans les greniers , la manutention du liquide étant beaucoup plus délicate et plus chanceuse que celle du solide.

Une Phalange, soit pour ses vins, soit pour ses tuiles et laitages , n'aura guère qu'un seul atelier. La cave , en pays de vignoble, contiendra tout au plus une dizaine de cuves, au lieu de trois cents. Il suffit de dix pour dasserles qualités de vendange, même en. supposant la cueillette faite en deux et trois fois , comme elle le sera lorsque l'Association, qui prévient tout risque de vol, permettra de cueillir à terme les trois degrés de fruit , vert, mûr et passé, qu'on est obligé de confondre et vendanger à une seule époque dans l'état actuel. Dés que la cueillette serait répartie en trois actes, il n'existerait plus ni vert ni passé.

Quant aux futailles, il suffirait d'une trentaine de foudres, au lieu d'un millier de menus tonneaux qu'emploient les trois cents familles [civilisées]. Il y aurait donc, outre l'économie de 9/4 0e** sur l'édifice, une économie de 19/20*- sur la tonnellerie, objet très-coûteux et doublement ruineux pour nos [cultivateurs] : souvent, avec de grands frais , ils ne savent pas maintenir la salubrité dans

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les vaisseaux de leurs caves , et exposent le liquide à la corruption , par mille fautes qu'éviterait la gestion sociétaire.

L'œnologie est, de toutes les branches d'industrie agricole , celle où les civilisés sont le plus en défaut. Il est impossible à des paysans, et même à de bons propriétaires, de donner au vin les soins convenables. Divers auteurs, entre autres M. le comte Chaplal, ont démontré que celte industrie est encore au berceau; en conséquence je la citerai de préférence dans les tableaux de Timpéritie des cultivateurs civilisés.

Dans le cours de l'automne 1819, l'arrondissement que j'habitais a perdu plus de 10,000 pièces de vin qui ont fjpussé, parce que les qualités faibles exigeraient trois sortes de soins qu'il est impossible de leur donner en Civilisation.

1°. Bonnes caves placées en local opportun, soit sur roc, soit sur terrain exhaussé et bien exposé au nord. Est-ce le paysan qui peut remplir ces conditions? pas même le propriétaire, qui emploie sa cave telle que le hasard la lui a donnée.

2°. Rafraîchissement journalier des caves et futailles. On ne voit au village aucune de ces précautions : le paysan n'en a ni le temps, ni le talent, ni les moyens. Il n'y a qu'une Série passionnelle de cavistes qui puisse vaquer à de pareils travaux.

3°. Coupe des vins faibles avec des qualités fortes qui les soutiennent à propos. Mi le paysan, ni le bourgeois ne peuvent songer à se procurer des vins chauds de [Por- 4UgaT], d'Espagne, de Calabre, de Chypre, etc. Une Phalange qui traite pour 1500 personnes correspond avec tous les pays, et se procure aisément, par le mode com-

mercial véridxque, toute denrée nécessaire et en telle qualité qu'elle désire.

Tous ces contre-temps qui paralysent l'agriculture civilisée n'existent plus chez les Harmonie ns. D'ailleurs, les récoltes y sont faites en gradation; et lorsqu'on évite de confondre le vert, le mûr et le passé, on laisse beaucoup moins de prise aux germes de corruption : une Phalange les prévient dans tous les cas, en appliquant à chaque travail des groupes spéciaux et enthousiastes; on évite par-là les immenses déperditions que nos statisticiens oublient de porter en compte (■).

Les théoristes oublient de même le calcul des améliorations possibles et négligées en Civilisation. Souvent on pourrait , sur le liquide , quadrupler la valeur réelle d'une récolte, surtout dans les vignobles dont la qualité n'est raffinée qu'au bout de quelques années, et dont la précipitation civilisée consomme le produit subitement , lorsqu'il est à peine au quart et même au sixième de la valeur où il peut s'élever. Tel canton produit des vins qu'on vend .S sous la première année, et qu'on vendrait 50 sous au bout de cinq ans , époque où ils ne reviendraient qu'à 40 sous avec les soins et l'intérêt. Mais tout a été consommé dès la lre. ou la S1110, année, avant que le vin n'ait pu se dépouiller de sa grossièreté.

Une Phalange bien pourvue de vins pour le courant annuel, aurait, au bout de cinq ans, toute cette récolte intacte et raffinée ; elle ne la vendrait qu'en cette cinquième année où un canton civilisé n'en conserve pas le 50e. ; ou

(i) [On ne doit pas perdre de vue que dans l'annonce d'un triplement de produit effectif, il faut comprendre le produit négatif ou économie, qui n'est guère moindre que le positif.]

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bien si elle la vend de bonne heure , c'est à quelque Phalange de montagne qui n'en produit pas et s'approvisionne de vin nouveau pour l'améliorer et le conserver jusqu'à terme.

Il n'est pas d'économie reconnue plus urgente que celle du combustible; elle devient énorme dans l'état sociétaire; une Phalange n'a que cinq cuisines au lieu de 'trois cents, savoir:

La commande ou extra ; Les lre., 2me., 3me. classes ; Les préparations pour animaux.

Leur ensemble peut s'alimenter de trois grands feux, qui , comparés aux 300 feux.des cuisines d'une bourgade, portent l'économie de combustible à 9/10*".

Elle n'est pas moins énorme sur les feux de mattre : on verra , au traité des Séries pass., que leurs groupes, soit en relations d'industrie interne ou manufacturière , soit en relations de plaisir, bal, etc., exercent toujours en réunions nombreuses et dans des salles consécutives ou Séristères, servies par des poêles à vapeur qu'on ne chauffe que 3 heures pour 24. Les feux particuliers sont très-rares, excepté au fort de l'hiver, chacun ne rentrant guère chez soi avant l'heure du coucher, où il se borne à un petit brasier pour le déshabillé.

D'ailleurs, le froid est insensible dans l'intérieur du phalanstère ( manoir de Phalange); il y règne dans tous les corps de logis des galeries couvertes et chauffées à petit degré, au moyen desquelles on communique partout à l'abri des injures de l'air. On peut aller aux ateliers , aux réfectoires, aux bals et réunions, sans besoin de fourrures ni bottes, sans risque de rhumes ni fluxions. La communication fermée s'étend même du phalanstère aux

étables , par souterrains sablés ou par couloirs élevés sur colonnes à la hauteur du 1er. étage.

II n'y a de forte consommation en bois et charbon qu'aux cuisines, où Ton prépare en un seul atelier,

Pour la 1 re. classe , de 900 personnes ;

Pour la 2*«. classe, 500 tf.

Pour la 3™*. et la commande , 200 id.

II suffit donc de trois feux, dont les restes et les brasiers alimentent la cuisine des animaux.

Les détails subséquents prouveront que l'ordre sociétaire , tout en chauffant le phalanstère entier et même les rues fermées ou rues-galeries , ne consomme en combustible qu'environ le quart des masses qu'emploie l'ordre morcelé ou civilisé , qui parait n'être coûteux qu'en feux de ville , et qui l'est encore plus en feux de village; car souvent le paysan s'éclaire en brûlant force fagots , parce qu'il n'a pas de quoi acheter de l'huile, et qu'il a le droit de ravager la forêt communale. Elle est au contraire cultivée pièce à pièce dans l'Association , où les Séries de sylvains donnent à chaque arbre forestier autant de soins que nous en donnons à un pot de fleurs.

Je viens de passer en revue quelques-unes des épargnes sociétaires: leur examen successif donne toujours en minimum les 3/4, les 9/10, et souvent les 99/100. On Ta vu précédemment, au sujet des marchés, ventes et achats de denrées, [perceptions et impôts,] même sur de petits objets qu'on ne daigne pas aujourd'hui porter en compte, et qui deviennent de haute importance quand l'économie s'élève à 99 pour 100 , ou seulement à 49 pour 50, comme celle des laitières. Si une bourgade est voisine de la ville , on verra les trois cents familles envoyer quelquefois cent laitières avec cent brocs de lait,

dont la vente et le port font perdîe à ces femmes cent matinées. J'ai observé (Introduction, II, 11), qu'on peut les remplacer par un petit char suspendu, conduit par une femme et un ftnon ; bénéfice de 49/50". L'épargne est double si on considère que la femme distribuant dans deux ou trois grands ateliers, [diw ménages progressifs qui seront le régime sociétaire des villes,] sera de retour en moitié moins de temps que n'en auraient mis les cent laitières : c'est un bénéfice réel de 99/1 00e*. sur le temps et les agents.

Les économies que je viens de citer sont toutes relatives aux travaux connus et déjà pratiqués; nous en pourrons énumérer une foule d'autres qui rouleront sur des travaux évités : je les nommerai économies négatives, par opposition aux précédentes qui sont positives, ou travail abrégé sans suppression de service.

Définissons quelque travail évité ou bénéfice négatif de l'Association : il en est un bien immense, qui est celui des précautions contre le larcin.

Le risque de vol oblige trois cents familles d'une bourgade, ou du moins les cent plus aisées, à une dépense improductive de cent murs de clôture, barricades, fer* metures, bornes, chiens, fossés, surveillants de jour et de nuit , et autres moyens de défense contre le voleur. Cet inutile et dispendieux attirail serait supprimé dans l'Association , qui a la propriété de prévenir tout larcin , et dispenser de toute précaution contre le danger. On le verra plus loin.

Dans les relations sociétaires, il serait impossible au larron de tirer parti de l'objet volé (sauf l'argent) : dans ce cas, un peuple qui vit dans l'aisance et qui est imbu de sentiments honorables , ne forme pas même de projets de toi. Il sera démontré que les enfants, si essentiellement

SECONDE PARTIE. NOTICE IT. f 7

voleurs de fruits, ne prendraient pas, dans l'état sociétaire , une pomme sur un arbre. On en verra la preuve aux chapitres qui traitent des esprits de corps dominants dans les Séries passionneNes.

Analysons, quant au fruit seulement, les dommages du vol. Chacun a pu voir, dans les villes populeuses , les marchés garnis de fruits verts et très-malfaisants, surtout ceux à noyau. Si on reproche aux paysans cette cueillette prématurée , ce meurtre végétal , chacun d'eux répond : on me les volera si j'attends qu'Us soient mûrs. Nous avons vu plus haut que ce vol vicie les qualités de tous les vins , par la coutume de cueillette intégrale et simultanée, dite Ban de vendange. Le vol vicie de même ta qualité des autres fruits , en forçant à la cueillette prématurée. A défaut de récolte faite en temps opportun et en trois degrés, pour éviter les mélanges de vert, mûr et passé , il devient difficile et même impossible de conserver les fruits: cet inconvénient concourt r avec le défaut de bons fruitiers et procédés scientifiques, à réduire au vingtième la masse des fruits conservés, et réduire en même proportion la culture de ces végétaux.

Une perle bien plus ruineuse en sens négatif, et qu'on peut estimer au vingtuple de la récolle réelle, c'est le dégoût de plantation. Je n'exagère pas en disant qu'on cultiverait vingt fois plus de fruits, si on pouvait éviter les inconvénients attachés à cette culture en Civilisation , c'est-à-dire si on avait :

1°. L'assurance de n'être pas volé.

2°. La garantie de n'être jamais trompé en achats de plants.

3°. La perspective d'être amicalement et habilement secondé dans le soin des arbres et du fruitier.

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4°. L'avance des espèces, terrains et attirails nécessaires au succès de ce genre de culture.

X Enfin , pour condition pivolale et voie d'emploi des grandes masses de fruit, le bas prix du sucre (Introd., IF, 45), qu'il faut allier au fruit, pour employer utilement la quantité et les qualités inférieures ou troisième choix.

Dans un ordre social où ces avantages seraient réunis, les 9/1 0e*. des hommes se feraient une noble récréation de la culture des fruits, qui est de tous les travaux le plus généralement goûté , lé plus attrayant pour les divers âges et sexes; tous ayant quelque fruit d'affection et de convenance : groseiller pour les enfants , oranger pour les femmes y etc.

Comment s'adonner aujourd'hui à cette culture, quand on y rencontre les quatre disgrâces opposées aux conditions d'amorce ! On est assuré ,

1°. D'être volé de toutes parts , en dépit des clôtures, qui ne garantissent point des domestiques , enfants , maraudeurs.

2°. D'être mystifié par les pépiniéristes, malgré l'offre de bien payer les bons plants et les bonnes espèces.

3°. De ne s'adjoindre, au lieu d'amis officieux et intelligents , que des mercenaires maladroits , fripons , indifférents au succès.

4°. De ne pouvoir pas se procurer l'assortiment de terrains, d'expositions, de machines et édifices nécessaires.

X Enfin, de ne pas obtenir, [à bas prix,] en échange de farine et à poids égal , le sucre qu'on doit mêler avec les fruits, pour les employer en conserve, confiture, compote, marmelade.

Cette multiplicité d'obstacles donne une perte négative

du viogtuple sur la non-plantation des vergers ; et quant à la faible quantité de fruit existant , il y a perte de plus de deux tiers, parle vice de qualité , l'impéritie de culture , et l'obligation de cueillir au moment où le fruit est vert , fiévreux et plus nuisible qu'utile.

Le fruit allié au sucre doit devenir pain d'Harmonie, base de nourriture chez les. peuples devenus riches et heureux. Hais les sociétés. civilisée et barbare n'ayant pas la faculté d'exploiter le globe entier, et d'élever les denrées de zone torride , sucre, café, cacao, en balance de prix avec les produits de zone tempérée, froment, vin, huile, etc., on ne peut pas se procurer à prix modéré le sucre qui serait nécessaire pour pouvoir faire l'emploi du fruit à la nourriture économique des classes pauvres , [ainsi qu'on le fera du moment où 60 millions d'Africains cultiveront le sucre et l'échangeront poids pour poids contre la farine de froment. Cet effet peut avoir lieu en 1850.]

[Alors], on prodiguera aux enfants la compote à quart de sucre , parce qu'elle sera , à poids égal , moins coûteuse que le pain, comestible ruineux par les renouvellements fréquents. Cette entrave n'a pas lieu pour la confiture et la compote ; car on peut fabriquer la première en dose d'un an, la deuxième en dose d'une semaine; tandis que le pain blanc doit être renouvelé au moins tous les trois jours, et certaines qualités tous les jours. C'est pour éviter cet embarras de fabrication journalière , que les Harmoniens spéculeront sur l'emploi des compotes , bien plus agréables aux femmes et aux enfants que le meilleur pain. Les civilisés n'ayant jamais disserté sur l'hypothèse de culture intégrale du globe, n'ont; pas pu reconnaître que la nourriture pivotale de l'homme ne doit

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pas être le pain, comestible simple, provenant d'une seule zone, mais le fruit au sucre, comestible composé, alliant les produits de deux zones.

Objectera-t-on que l'immense culture de fruits réduirait trop celle des graminées? C'est une erreur : on verra que l'Harmonie bien pourvue d'engrais et de moyens qui nous sont inconnus, comme alternat de forêts et labour en défoncemenl (H, 86), saura communément obtenir de 100 arpents la quantité de grain qui chez nous en distrait 300.

Évaluons le coût du pain d'Harmonie ou fruit au sucre. Lorsque la culture des fruits s'élèvera au vingtuple, tout le 3e. choix, tout le fruit piqué ou taché, propre à l'emploi de compote, ne coûtera guère, poids pour poids, que le 8e. du prix du pain, qui sera à plus haut prix qu'en Civilisation.

Les frais de compote se borneront donc à peu près au coût du quart de sucre qu'il faut allier à 3/4 de fryit. Je compte pour peu de chose la préparation, parce qu'elle est des plus attrayantes , et que la Série des compolisles sera peu rétribuée , vu la forte dose d'amorce que présentera ce travail.

Il n'y aura donc sur les compotes et marmelades qu'une dépense notable, celle du sucre, peu coûteux en Harmonie.

Le bon sucre , celui de Saint-Domingue , le meilleur du monde, puisqu'il évite par sa pureté le déchet de 15 pour ° o causé par la clarification; ce sucre, dis-je, ne coûtait, en 1788, que 3 sous la livre sur les lieux d'origine. Il en coûtera 4 & 5, dès que le genre humain sera sorti de lymbe sociale, et aura mis la zone torride en culture (II, 44).

Alors, d'après l'abondance du sacre et des fruits, la compote à quart de sucre deviendra nourriture économique des femmes et enfants de la classe pauvre ou 3e. classe, et même de beaucoup de riches qui en font déjà leurs délices. Elle sera , à poids égal , beaucoup moins chère que le beau pain, qui, vu les fatigues attachées à sa culture et à sa manutention , sera peu en crédit chez les Harmoniens. Ils préféreront la viande, qui sera trèsabondante ; le fruit à 1/4 de sucre , et les légumes à 1)4 dé sucre, ou au jus, qui abondera de même , vu la grande consommation de viande et les nombreux résidus de boucherie.

Cette abondance de mets sucrés sera exempte d'inconvénients, quand on pourra corriger l'influence vermineusè du sucre par une grande abondance de vins liquoreux pour les hommes , de vins blancs pour les femmes et les enfants , de boissons acidulées , comme limonade , aigre de cèdre : elles deviendront très-abondantes , lorsque la zone iorride mise en pleine culture, échangera pièce pour pièce une cargaison de citrons contre une de pommes reinettes.

Tous ces avantages tiennent à la restauration cKmjté- Tique autant qu'à l'Association ; elles naîtront l'une de I'autra, et. il suffira de quelques années d'état sociétaire pour nous délivrer de cette horrible saison qu'on appelle , par ironie sans doute, le doux printemps ; saison infernale, surtout aux époques dites Lune rousse, [pluies de la St. -Jean,] où le cultivateur passe deux mois entiers dans les transes et la perspective de voir chaque malin ses vergers, ses vignes et tous ses travaux anéantis par une gelée , comme on en a vu celte année 1821 , la veille de juin ,, la nuit du 29 au 50 mai, après une série de mauvais

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temptqui ont pa compter pour on second hiver : l'aimable saison qu'on doux printemps de cette espèce 1 N'est-il pas comparable à l'épèe de Damoclès? n'est-il pas pour les campagnes l'ange exterminateur» dont les rayages ré* duisent la culture des fruits au 20me. de ce quelle devrait être?

Combien il serait aisé d'étendre à un volume ces détails des désordres de l'agriculture : ils iraient croissant tant que durerait la Civilisation , si déclinante aujourd'hui , surtout par les intempéries dont le progrès rapide exige le plus prompt remède : il n'en est qu'un, c'est le passage à l'étal sociétaire.

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