‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 3)Chapitre 67 sur 83 · REMINISCENCES OBLIGEES DES PRE MI BUS TOMES · texte numérisé non relu

REMINISCENCES OBLIGEES DES PRE MI BUS TOMES

Rappelons, dès la première panse, une thèse qu'oD ne doit jamais perdre de vue, et qui sert de réplique à tous les détracteurs ; c'est le devoir d'ExPLORATiON générale que s'impose la philosophie, devoir qu'elle foule aux pieds comme les onze autres (II, 129). Doit-on s'en étonner ! Le monde policé n'a jamais établi aucune surveillance des sciences, aucune police pour vérifier si elles remplissent leurs devoirs et y ramener celles qui s'en écartent. Enhardies par cette pleine licence, elles ont dû négliger les recherches difficiles, et se jeter dans la facile carrière de la controverse {Avant-propos).

Aujourd'hui qu'une heureuse découverte vient réparer tous les torts des sophistes, les détracteurs ne manqueront pas de l'attaquer. Il n'est qu'une réponse à leur faire : qu'ils donnent un meilleur traité sur V Association. Voilà le premier qui ait paru; il tire du néant une science négligée à dessein par des hommes qui reculaient devant le problème ; il donne un procédé d'Association , la Série de groupes contrastés , assujettie à Vessor combiné des trois passions distributives. Si le procédé est défectueux, ce dont on ne pourra juger qu'après l'épreuve, la science n'est pas pour cela dispensée de trouver mieux.

Ce traité prouve déjà qu'elle n'a point rempli son devoir d'exploration générale; qu'avec ses jongleries d'impossibilité, elle a esquivé les deux études de l'Association et de l'Attraction ; ces deux études n'étaient pourtant pas plus épineuses que d'autres , puisqu'un homme des moins initiés aux sciences traite les deux problèmes et en donne une solution. Jusqu'à ce que l'expérience ait prononcé sur sa méthode, il faut ou en donner une meilleure , ou éprouver la seule qui ait été fournie.

Que l'art d'enrichir les nations, le lien sociétaire, ait été négligé des anciens, cela est d'autant moins étonnant, qu'ils s'occupaient fort peu de richesse nationale, et que la coutume de l'esclavage opposait un obstacle presqu'invincible aux essais d'Association; mais qu'on les ait négligés dans l'âge moderne, qni ne rêve que moyens d'enrichissement, n'accueille que les sectes d'économisrae qui le bercent d'illusions de richesse; qu'un tel siècle ait hésité à reconnaître que la principale, la III. 22

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seule Toie de richesse collective, serait l'Association domestique agricole, c'est on aveuglement qui tient du prodige.

Il est d'autant pins honteux pour la raison moderne , qu'elle n'a plus l'obstacle d'esclavage du cultivateur) nos savants l'ont trouvé] aboli 2 c'était un préliminaire indispensable aux tentatives de régime sociétaire * Du moment où le cultivateur est libre et où l'on peut faire des essais d'Associations nombreuses par 500 , 1000, 1500, il faut que les têtes .économiques soient bien faussées, bien dépourvues de génie inventif ou de bonnes intentions, si elles cherchent des voies de richesse collective ailleurs que dans le lien sociétaire.

Elles se bornent, pour toute réplique, à l'objection suivante : • On » ne peut pas associer deux ou trois ménages; comment pourrait-on, » sans démence, prétendre à en associer 200 et 500? »

Cette opinion qui parait sensée au premier coup d'œil est le comble de la déraison, et, pour en juger par nn seul indice, observons que les grandes économies ne pouvant s'opérer que dans les grandes réunions sociétaires et nullement dans les petites, le Créateur a dû distribuer son plan d'Association pour de nombreux rassemblements, comme 200 ou 500 ménages, et non pas pour deux ou trois familles qui, par exiguité de nombre ou Insuffisance d'efforts, n'élèveraient pas le bénéfice d'Association au 50e. de ce qu'il sera dans une grande réunion de 12 à 1 500 personnes ( redite nécessaire ) .

Il faut donc , à moins de supposer Dieu privé de discernement, reconnaître en principe que son plan ne peut s'adapter qu'à de grandes réunions, et que si on ne sait aucun moyen d'associer deux ou trois familles, c'est une induction à penser que Dieu, selon le vœu de l'économie et de la raison, n'a composé sa théorie sociétaire que pour le grand nombre (II, 22) et non pour le petit. Cette observation n'a pas été faite par nos timides spéculateurs; ils se sont laissé rebuter par un obstacle apparent, qui mieux apprécié devait soutenir leur espérance.

Autre indice : l'Association , quoiqtf impossible entre deux ou trois familles, n'est pas pour cela impossible dans d'autres emplois; on la voit , exister dans certaines branches d'industrie commerciale, telles que les compagnies de banque, d'armement, d'assurance et autres entreprises qui réunissent jusqu'à 1000 et 2000 actionnaires. On la voit aussi s'établir dans les maisons de commerce, qui lient en pacte sociétaire dix et vingt co- intéressés , et même davantage; car certains commerçants ou manufacturiers ont des comptoirs dans une douzaine de villes ou ports de mer, et peuvent compter en chefs ou sous-chefs , au moins 50 sociétaires actifs, non compris les associés passifs et accidentels, comme ceux qui n'ont intérêt que sur tel vaissean ou telle portion de la cargaison.

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