CHAPITRE Uï
Faste productif des Séries passionnelles.
J'ai donné dans les deux premiers chapitres les plus douces perspectives aux amis de la morale. Peuvent-ils désirer rien de plus satisfaisant- qu'une paix sincère, un lien affectueux entre les deux classes riche et pauvre, si constamment ennemies depuis l'origine de la civilisation? Quelle moralité espérer, tant que la duplicité d'action ou discorde des classes extrêmes régnera dans le monde social , et que ces deux classes ne pourront trouver un simulacre de paix que dans la ligue des grands pour contenir le peuple irrité par la misère !
Je viens de traiter de leurs accords futurs sous les rapports de coopération agricole et domestique. On peut augurer que si l'union s'établit dans ces deux relations , elle régnera dans toutes le9 autres. Mais n'oublions pas que ces deux sections ne sont que des tableaux, des aperçus de l'union harmonienne : quand les esprits seront bien nourris d'aperçus du nouveau mécanisme , il sera temps de passer aux preuves.
Achevons sur le coup d'oeil de la Phalange , examinée
en accords passionnels qui comprennent la politique et la morale : je viens de faire le lot aux moralistes ; les deux derniers chapitres seront pour la politique ; donnons les deux moyens à des détails mixtes , et d'abord à la direction du luxe , qui est une question mi-partie de morale et de politique.
Lés formes et directions du luxe varient selon les périodes sociales. En barbarie, 4e. période, la parure est corporelle : un Algérien est chamarré d'or; il semble un Crésus; mais si on visite l'intérieur de sa baraque , on y trouve un mobilier moindre que celui d'un artisan civilisé. Le civilisé , au contraire , ne déploie- son luxe que dans les édifices, meubles, festins, équipages : malgré sa richesse, il est quelquefois vêtu moins bien que ses valets.
Il est donc évident que le luxe change de direction et de formes selon les périodes , et qu'en passant de la 5e. période ou civilisation , aux périodes plus élevées 6e , 7e, 8*, le luxe pourra prendre une direction tout à fait différente de celles que lui donnent les coutumes civilisées.
Lé luxe de l'Harmonie, ou 8e. période, est corporatif; chacun s'y. attache à faire briller les groupes et Séries qu'il favorise. On voit un germe de ces penchants dans certaines corporations actuelles : souvent un colonel opulent fait de la dépense pour distinguer son régiment , par la musique , les ornements ; et ce chef sera peut-être fort négligé dans sa toilette , quoiqu'employant des sommes à parer un millier de ses inférieurs.
Toute corporation est orgueilleuse. Nos coutumes ont fait de l'orgueil un vice capital ; les Séries pass. en feront une vertu capitale, une vertu civique, dont elles recueilleront , entre autres avantages , l'émulation des industrieux et la perfection des produits.
Si nos corporations civilisées répugnent déjà l'apparence de pauvreté , on peut concevoir que celles d'Harmonie répugnent même l'apparence de médiocrité. La régence d'une Phalange fournit à chaque groupe tout ce qui est nécessaire pour la grande propreté : mais les riches sectaires y ajoutent selon leur amour-propre et leur générosité.
Lucullus est capitaine du groupe des bigarots rouges , et Scaurus du groupe des bigarots bruns. Ces deux rivaux font, pour soutenir la rivalité, les mêmes folies qu'un prince pour sa maison de plaisance. Ils font construire à leurs groupes des chariots et hangars plus brillants que notre attirail d'opéra. Chacun d'eux fait bâtir & ses frais, au centre des lignes de cerisiers, un pavillon magnifique, en place du hangar modeste que la régence avait fourni.
De là vient qu'une secte ou Série pass. est toujours somptueuse en ornements et équipages, soit au travail; soit dans les parades. On accepte ces présents des sectaires opulents, non comme faveur, mais comme libéralité qui tend au relief de la corporation et de sa branche d'industrie , au soutien de ses rivalités avec d'autres Phalanges.
Dans un ordre sociétaire où tout devra s'exécuter par attraction, comment pourra-t-on construire par attraction les édifices particuliers, tels que le belvédère ou casteldo chaque groupe ? Un tel édifice n'est point payé par la Phalange ; comment y entremettre collectivement les Séries de maçons et charpentiers, qui ne sont à la solde de personne ? En outre , la plupart de leurs membres peuvent être jaloux du groupe qui fait élever un superbe château et veut éclipser les autres.
Dans ce cas il faut bien , par exception aux règles géné-
raies , que les maçons et charpentiers soient indemnisés par celui qui a voulu individuellement cette constructions Nous avons à examiner si l'attraction des maçons et charpentiers coïncidera avec cette fantaisie.
L'amour-propre les déterminera d'emblée. Chacun d'eux est associé à 40 ou 50 Séries» et souhaite que les * gens riches desdites Séries se mettent en frais pour le luxe des travaux. H n'est pas de moyen plus sûr que de stimuler ces riches sectaires les uns par les autres : en conséquence , chacun servira ardemment LucuUus dans son projet de construire un pavillon au groupe des bigarots rouges , et Scaurus qui voudra en construirez plus beau au groupe des bigarots bruns.
. On s'appuiera de cette libéralité pour exciter tous les riches sociétaires des autres groupes à l'imitation. Les Séries de maçons et charpentiers invitées à ce travail seront stimulées par toutes les autres , intéressées à ce que les chefs de groupes se distinguent , et que l'exemple de Lucullus et Scaurus puisse gagner de proche en proche* Toutes les Séries souhaitent que les riches se piquent à l'envi de magnificence industrielle dans les divers cantons ; que les cultures et ateliers atteignent bientôt à une splendeur capable d'illustrer la Phalange , d'électriser puissamment les travailleurs, et de concourir au perfectionnement des produits.
On verra plus loin que tout homme élevé dans l'Harmonie est ou maçon, ou charpentier, ou forgeron, et quelquefois l'un et l'autre. On aura donc affluence de ces sortes d'ouvriers; et en y ajoutant le concours des légions de passage et armées provinciales dont je parlerai plus loin , il sera aisé aux Phalanges d'élever en peu de temps ces fastueux édifices.
Le luxe des Harmoniens est à peu près nul dans diverses branches où nous employons inutilement des sommes immenses. Pour loger Lucullus, il faut à Rome construire un vaste palais : il se contentera, en Harmonie, de trois à quatre pièces, parce que dans ce nouvel ordre les relations par Séries sont trop actives pour qu'on ait le temps de résider à son appartement.
Chacun est sans cesse dans les Séristères ou salles publiques r daps les ateliers , les campagnes , les ètables ; on ne se lient chez soi que dans le cas de maladie ou de rendez-vous : il suffit alors d'une chambre à coucher et d'un boudoir ; aussi le plus riche n'a-t-il guère que trois pièces d'appartement.
Celui qui donne un repas choisit une des salles affectées aux sociétés particulières et rapprochées des cuisines. En rassemblant sa compagnie dans ses appartements, il perdrait trois avantages*: 1°. la proximité des mets qu'il faudrait transporter peut-être loin dés cuisines; 2°. la rencontre des nouvellistes qui vont en ricochet siéger quelques minutes à chaque table , et y débiter les nouvelles du globe y qu'un comité dépouille un instant avant le dfné (i); 3°. l'abord des négociateurs qui vont indiquer tes changements de séances résolus, et faire de nouvelles propositions.
(r) C'est encore un des mille plaisirs que les riches civilisés ne peuvent pas se procurer. Ils n'ont pas de ces collecteurs ambulants qui viennent donner en tous genres des nouvelles du- globe entier, des abrégés succincts , comme était en* 1790 le journal dit Beau mont: encore ce journal ne traitait-il que de la politique. Les Harmoniens , à dîné , veulent papillonner sur 7 h 8 sujets différents, de la politique aux théâtres, du commerce aux amours, *tc, relo. ; il leur faat donc plusieurs de ces feuilles abbréria-
De là Tient qu'on ne mange presque jamais dans ses appartements, même dans les cas de jtertie fine, qui est intéressée à rester à la proiimité des salles publiques. Les couples qui virent conjugalement et en logements accolés n'ont pas d'intérêt à s'éloigner des salles publiques, d'où ils retourneront facilement parla rue-galerie à leurs appartements sans s'exposer aux injures de l'air.
Ajoutons que les soupes de famille, avec enfants, sent inconnus en Harmonie , parce que les enfants , trèsmatineux dans leurs occupations, sont couchés à l'heure du soupe des pères , et doivent être couchés par convenance avec les relations de ce nouvel ordre, où les gens âgés, aussi bien que les jeunes, sont en relations joviales aux heures du soupe , et n'ont que faire de nos délassements de ménage, comme la société des tendres enfants hurlant, brisant, souillant, etc.
En Harmonie , on aime que les enfants travaillent utilement pendant le jour , et qu'ils se couchent dès les huit heures du soir , afin de ne pas gêner les délassements des pères , et pouvoir se lever le lendemain de bon matin , ainsi que l'exigent leur santé , leur intérêt, leur éducation et les convenances générales.
Et comme la nature a distribué toutes les attractions
tives, intitulées esprit des journaux; il leur faut de plus, des conteurs qui abrègent encore la feuille , dispensent une table de la lire , et lui en débitent en passant ce qui peut intéresser la compagnie. Le journaliste qui (ait ces abrégés n'écrit que pour les masses , le nouvelliste courant les tables sait faire à chacune la répartition de ce qui lui est agréable. On rencontre des caractères qui ont ce goût de conter et parcourir ; Us ne sont utiles a rien en civilisation ; ib seront très-précieux en Harmonie , ainsi que tant d'autres caractères dont on n'a aujourd'hui aucun emploi.
LITRE!. SECTION II. 34t
en affinité avec l'état sociétaire, il arrive que les enfants harmoniens demandent à se coucher de bonne heure. Ils se sont levés très-matin, la plupart à trois heures (voyez les articles Petites Hordes) ; ils ont passé la journée en exercice continu, quoique sans excès, vu la variété de séances ; ils tombent de fatigue à huit heures du soir , et on ne pourrait pas les avoir au soupé^de neuf heures ; ils y seraient ou endormis, ou déplacés s'ils n'y dormaient pas. C'est pour les en éloigner que la nature leur a donné un penchant à se coucher avant les pères. Aussi l'enfant n'acquiert-il la force de veiller jusqu'à dix et onze heures du soir, que lorsqu'il approche de la puberté, âge où il sera nécessaire qu'il assiste aux soupes.
Les civilités d'Harmonie diffèrent absolument des nôtres : on ne fait point de visites inutiles, et qui emploieraient un temps précieux ; on se voit assez dans les repas, dans les groupes industriels , à la bourse , aux fêtes du soir. Un étranger va voir ses amis dans leurs réunions de; travail. Voulez-vous faire à Lucullus une visite flatteuse pour lui? Allez le trouver au milieu des consistes, au groupe des bigarots rouges dont il est capitaine, dans le verger où il est en fonctions et en habit de travail ; à la fin de la séance, vous déjeûnerez ou goûterez avec lui et son groupe, dans le superbe château bâti à ses frais, et au frontispice duquel le groupe a fait graver cette inscription :
Ex muni fie en tid Luculli, Cerasorum clarissimi sectatoriê.
C'est là qu'il déploie son faste et qu'il aime à faire admirer les cultures des collègues chéris qu'il préside.
Ainsi les coutumes et la politique d'Harmonie tendent à reporter sur l'industrie productive tout l'éclat, tout l'appui du luxe qui aujourd'hui ne s'attache qu'aux fonctions
improductives, et laisse les cultures et ateliers dans la plus dégoûtante misère.
Ajoutons que les dépenses faites par un riche sectaire , pour ses Groupes et Séries , ne coûtent point ce qu'elles semblent devoir coûter « Par exemple, qu'un colonel traite 24 sectaires, état-major et capitaines de sa Série, en chère de commande qui est d'un prix supérieur à celle de 4re. classe, on peut estimer cette commande à 4 fr. par tête, pour le repas qui coûterait 12 fr. à Paris et 36 à Londres. Son repas de 24 personnes et lui 25e. devrait coûter 400 fr.; il faudra en déduire le prix du dîné qu'ils ne prennent pas aux tables publiques, ce qui donnera par approximation :
1°. L'écot de sept sectaires abonnés à la table
de lre. classe, tarifée à 3 fr. . . . 21 fr. 2°. L'écot de huit sectaires en 2e., tarif. 2 fr. 16 3°. L'écot de dix sectaires abonnés en 3e. , tarif.
4 fr 10
47 fr.
La dépense ne s'élèvera donc qu'à 53 fr. au lieu de 100 fr. Les gens riches trouvent à chaque pas en Harmonie une foule de ces économies qui seraient impraticables en civilisation, où l'on ne peut pas dire à 24 invités : c Je vous donne un dîné plus beau que celui de votre mé-
> nage ou de votre auberge ; payez-moi , en déduction de
> mes frais, le montant de ce que vous auriez mangé chez
> vous. » Cette compensation qui , dans Tordre actuel , serait plus que sordide , existe pleinement en Harmonie.
Comment chaque Série, chaque Groupe, réussissent-ils à se partager les gens riches , utiles dans ce nouvel ordre à la perfection des diverses branches d'industrie ? L'on
ta penser que tous les gens riches se porteront à quelques travaux, comme les orangeries et serres chaudes, les par-* terres et vergers. Il n'en sera rien; les riches comme les pauvres s'adonneront à toute sorte de travaux, parce qu'on s'enrôle e» Harmonie à une quarantaine de sectes. On va voir, aux deux sections de l'éducation, qu'il existera des appâts suffisants dans chaque industrie pour y attirer quelques riches; donnons-en provisoirement les indices.
Si l'éducation civilisée développait , dans chaque enfant, ses penchants naturels, on verrait presque tous les enfants riches se passionner pour divers travaux très-populaires, tels que maçonnerie, charpente, forge , sellerie, J'ai cité Louis XVI qui aimait l'état de serrurier : un Infant d'Espagne préférait celui de cordonnier; tel roi de Danemark se plaisait à fabriquer des seringues; l'ancien roi de Naples aimait à vendre lui-même , au marché , le poisson de sa pêche ; le prince de Parme , élevé par Condillac aux subtilités métaphysiques , aux perceptions d'intuition de cognition , n'avait de goût que pour l'état de marguillier et frère lai.
La grande majorité des enfants riches donnerait dans ces goûts vulgaires , si l'éducation civilisée n'en contrariait pas le développement , et si la saleté des ateliers et la grossièreté des ouvriers ne créait des répugnances plus fortes que les attractions. Quel est l'enfant de prince qui n'ait du goût pour l'une des quatre fonctions que je viens de citer, maçon, menuisier , forgeron, sellier, et qui n'y ftt des progrès , s'il voyait dès son bas âge ce travail exercé dans de brillants ateliers , par des gens polis, qui ménageraient toujours aux enfants un atelier miniature, avec de menus outils et de menus travaux?
Chaque Série industrielle doit disposer , dans le Séristère , un local pour les bambins et chérubins qui voudront mordre à l'hameçon. Ces enfants y rencontrent quelque doyen de l'art, tiré des trois tribus de Révérends, 44, Vénérables, 15, et Patriarches, 16, qui se plaft à les former au travail. L'atelier est distingué en espèces et variétés : si c'est une secte de forge , son Séristère ou salle générale de Série contiendra des salles de genre , pour serruriers, maréchaux et forgerons ; puis dans chaque salie, des ateliers d'espèce pour les subdivisions; et partout , l'atelier minime ou miniature , destiné aux petits enfants. Ces salles seront tenues, sinon avec magnificence, au moins avec propreté et méthode.
On sait qu'un groupe d'enfants ne cherche pas le luxe des édiGces; il préférera aux lambris dorés de petites truelles et petites gâches , avec un petit tas de mortier à broyer ; une menue forge et de menues enclumes qu'on lui ménagera à côté des lignes de grands forgerons. Ces enfants seront triomphants de pouvoir fournir quelqu'une des pièces d'un ouvrage fabriqué à leurs côtés dans le grand atelier; en outre , ils auront pour véhicule d'émulation l'aspect d'enfants plus grands , âgés de 6 , 8 et 10 ans , et exerçant déjà dans quelques travaux de la forge.
Un appât aux enfants comme aux pères sera le luxe de chaque Série en parade. Celle des forgerons parait aux jours de sa fête en costume de Cyclopes; elle figure ainsi sur le théâtre de sa Phalange : ses salles représentent des antres effrayants , qui plairont aux enfants mieux que les meubles somptueux d'un salon.
En exerçant ainsi les enfants en bas âge , on leur ménage toujours un levier d'amour-propre , une portion
facile du travail. Construit-on un édifice , on leur réserve un pan de mur peu important; on y conduit leur groupe en grand appareil , en le faisant défiler à la parade matinale , avec ses petits outils et ses costumes de travail. Ces enfants , après avoir exécuté avec enthousiasme ,. dans une courte séance , la tâche qu'ils ont sollicitée , sont aussi fiers que s'ils avaient construit l'édifice entier , dont ils disent déjà : « C'est nous qui avons bâti ce monument. » On verra ces détails d'attraction à la section suivante ; bordons-nous aux influences dû faste des Séries, et supposons une action.
Louis XYI , âgé de 4 ans , habite là Phalange de Trianon; il est passionné pour la forge, et s'introduit dés le bas âge dans les ateliers des forgerons de Trianon; il épouse ardemment les rivalités de leur secte contre les cantons voisins; il excelle de bonne heure dans ce travail, auquel une forte attraction l'a conduit ; mais il est fatigué d'entendre vanter la magnificence des cerisistes de Marly, à qui Dorante a fait don de châteaux et ornements prônés partout. Louis XYI veut que les forgerons de Trianon deviennent la Série la plus brillante de France. Parvenu à l'âge de 19 à 20 ans, où il peut disposer d'une portion de sa fortune , il l'emploiera à faire briller sa secte favorite; et, après avoir pris le consentement de la Régence qui doit sanctionner toute construction entreprise par un adolescent, il fait bâtir un Séristère ou atelier général , semblable aux antres que représente l'opéra dans les forges de Yulcain; il y ajoute un costume de parade pour la décoration de la Série. Ce faste devient un stimulant pour les sectes.de forgerons des autres Phalanges , et de proche en proche on s'efforce de donner partout du lustre aux travaux de la forge.
Pareille émulation a lieu entre les Séries de toute espèce. Il suffit qu'un homme opulent en fasse briller quelqu'une , pour entraîner tous les cantons voisins à la rivaliser en quelque manière , sinon en luxe, au moins en propreté» en perfection. Cette manie gagnera en Harmonie tous les hommes à grande fortune; elle portera le luxe sur le travail et les ateliers , aujourd'hui dégoûtants de pauvreté , de grossièreté et de saleté.
Ce faste des travaux sera une semaUle industrielle, puisqu'il'concourra à passionner les enfants comme les pères pour l'exercice de l'industrie productive. Alors chacun* au lieu d'employer son superflu à . construire des châteaux individuels qui seraient inutiles en Harmonie, dépensera en bâtisse de beaux ateliers, beaux belvédères, beaux hangars pour ses sectes favorites.
Cet effet, général dans le mécanisme des Séries pass., donne au luxe une direction productive. Le luxe d'Harmonie se porte sur le travail utile , sur les sciences , les arts, et notamment sur la cuisine. Le luxe concourt, avec une foule d'autres véhicules , à rendre ces fonctions attrayantes pour l'enfant comme pour l'adulte. L'enfant r dans le bas âge , se plaira â parcourir tous les ateliers de &a Phalange , s'initier â tous leurs travaux dans chaque atelier minime, y acquérir la dextérité, la vigueur et les connaissances pratiques, et devenir, quelque riche qu'il soit, un producteur apte à exécuter les travaux comme â les diriger.
Là finira la distinction de producteurs et consommateurs qui existe chez les civilisés : il n'y a dans l'Harmonie que des producteurs ; et l'on verra plus loin que l'éducation naturelle , dont le système est un pour les cinq tribus de l'enfance, initie les princes comme les plébéiens à toute
sorte de fonctions , et leur assure santé , dextérité et lumières; triple avantage dont les prive communément l'éducation civilisée.
Du moment où l'aptitude corporelle s'unit, chez les princes , à l'attraction industrielle , ils sont producteurs en môme temps que consommateurs , et le corps social ne fait plus différence de ces deux fonctions : elles se trouveront partout réunies dans chaque individu. Là finira la plus ridicule de nos duplicités sociales, celle qui crée une classe destinée à consommer sans rien produire. Comment une société qui opère de la sorte , ose-t-elle parler d'économie politique dont elle s'éloigne en double sens:
En prodiguant les garanties de protection et de bienêtre à la classe qui ne produit rien ;
. En refusant les garanties de minimum et de travail à la classe qui produit tout ?
C'est double bizarrerie : mais, réplique-t-on, cela est inévitable en civilisation. Je le sais mieux que personne ; aussi observé-je aux philosophes, que s'ils veulent atteindre à l'économie et à la saine politique, ils ne le peuvent qu'en découvrant une issue de cette civilisation , qui est un galimatias de toutes les absurdités anti-économiques et anti-politiques.