CHAPITRE I
DES QD1TIB GBOGPES.
Sommaire de leurs propriétés principales.
Une théorie des Groupes!!! à cette annonce chacun s'attend à entrer dans des chemins de roses : mais les roses n'ont-elles pas des épines?
Il y en a très-peu dans cet abrégé : je l'ai dégagé du jargon méthodique, parce qu'il est de lecture obligée, même pour ceux qui veulent juger sur la préface et la table des chapitres. Je les ai prévenus (avant-propos) que cet abrégé fait partie- du traité , et qu'on ne peut pas le franchir.
Apprivoisons ces impatients : quel est leur but? C'est d'apprendre par quai procédé on établit te lien sociétaire, si impraticable selon les coutumes civilisées. On ne peut l'organiser que par emploi de groupes et séries dégroupes industriels [ à courtes séances ] ; il n'est pas d'autre moyen.
C'est assez dire quelle attention les étudiants doivent à cet abrégé , réduit à cinq chapitres, qui sont les fondements de l'édifice. On ne pourrait pas sans la lecture de ces cinq chapitres passer à celle du traité [qui lés suit]1.
Dans le plan tracé à l'avant-propos, j'ai adopté la in. i5
marche progressive par aperçu, abrégé et traité. L'aperçu a été donné (Introduction, 19 à 26).
Nous passons à l'abrégé qu'il a convenu de placer dans la théorie mixte : il ne tient ni & la positive , puisqu'il n'est pas concret, appliqué à l'industrie sociétaire; ni à la négative ou critique de fausses lumières ( 4re. partie).
J'ai annoncé, à l'avant-propos , que je prétendais, dans l'une des notices, faire la conquête des moralistes. Nous touchons à ce dénoûment ; et à la fin du chap. 3, la morale va capituler h discrétion avec h théorie des groupes, s'en déclarer l'ap6tre, et abjurer les méthodes philosophiques. 11 faut de sentir fort en moyens, pour se flatter d'opérer pareille conversion.
Notre siècle, très-porté à tenter dés recherches sur l'Association, ridiculise les branches primordiales de cette étude, les groupes et l'Attraction passionnée. L'on en fait dés sujets de plaisanterie. Parle* en France d'une théorie des groupes, vous êtes assuré qu'avant d'eatendre une observation sensée , il faudra essuyer, même de la part des savants , vingt bordées de fades équivoques et d'allusioas triviales è certain groupe qui est l'un des quatre.
Souvent ces verbiages sont des ruses par lesquelles un faible dialecticien esquive le débat qu'il ne se sent pas capable de soutenir* Chacun faisait de même du bel esprit aux dépens de Colomb, avant son expédition d'Amérique, et chacun trouva bientôt à décompter.
Tel sujet qui nous paraît plaidant au premier «oupd'œil, peut, après un mûr éxai&éti, devenir uftehamp de vastes et profonds calculs. Telle est la théorie des groupes, dont le moindre abrégé exigerait me ample
Majeurs }
ÇfeOUPES ET SÉRIES. 539
section; mais il convient, vu les préventions, de se borner d'abord à quelques détails suffisants pour désabuser ceux qui considèrent cette étude comme une amuselte, une grivoiserie*
Les groupes ou modes élémentaires des relations sociales sont au nombre de quatre , en rapport avec les éléments matériels de l'univers (II, 248). En voici le tableau analogique.
Groupes Eléments.
d'Amitié, affection imisexucUe , Terre. d'Ambition, — corporative, Air.
( d'Amour, — bissexuelle, Arôme.
I de Famille , — consanguine , Eau. Pivotai. X 8*. d'uiUTÉiSME ou fusion des liens. X Feu.
Le groupe pivotai n'est qu'un lien composé et non élémentaire ; il est applicable à chacun des quatre autres.
On ne peut pas découvrir d'autres liens chez l'homme social. S'il ne forme aucun de ces quatre liens , il devient, comme le sauvage de l'Àveyron, une bête brute à formes humaines. Il ne fait de progrés en sociabilité qu'autant qu'il parvient à former 1 , ou 2 , ou 3 , ou 4 groupes. C'était donc par l'analyse des groupes qu'il fallait débuter dans l'étude de l'homme social, tout à fait négligée , quoi qu'on en dise.
Les sens ne sont point isolément des ressorts de sociabilité , car le plus influent .des sens , le goût , besoin de se nourrir, pousse à l'anthropophagie. La sociabilité dépend donc de la formation des groupes ou ligues passionnées.
Les quatre groupes exercent alternativement l'influence dans les quatre phases de la vie; chacun d'eux est dominant dans l'une des phases , selon le tableau suivant.
Domtnance alternative des Groupes»
En Phase an ter. ou enfance, 1 a 15 ans, l'amitié.
En Phase citer, ou adolescence» f6 à 55 ans , l'amour. En Phase foyère M ou virilité, 56 à 45 ans, amour et ambition. En Phase ultér. ou maturité, 46 à 65 ans, l'ambition. En Phase poster, ou vieillesse, 66 à 80 ans, le famillisroe.
Ladite succession d'influence correspond à celle de bouton, fleur , fruit, graine , aux quatre âges de la végétation.
Ce tableau n'a pas besoin de commentaire. On ne saurait contester que l'amitié ne prédomine chez l'enfanee , comme l'amour chez l'adolescence; que l'ambition ne , régne sur l'âge mûr , et que la yieilfesse, isolée du monde , ne soit concentrée dans les. affections familiales, par inhabileté aux trois autres, même à Y amitié ; caries vieillards civilisés sont communément trop déGants pour se livrer à la franche amitié : on leur reproche avec raison de donner à corps perdu dans l'égoïsme, qui est l'opposé de l'amitié. Aussi se croient-ils de vrais philantropes , quand ils ont pourvu au bien de leur famille , selon le beau principe,
Faire le bien est si doux , Pour ne rendre heureux que nous Et les nôtres.
Conformément au 1er. principe des sophistes (II, 129), explorer en entier le domaine de'la nature, on doit, en étudiant les groupes, ne pas se border à une demi-exploration; il faut les analyser tous quatre, sans prévention pour ou contre aucun des quatre. Si Dieu les a créés tous, il faut qu'il ait prévu un emploi pour tous. Tel groupe, comme celui d'amour, étranger au succès de l'industrie morcelée, sera peut-être le p|ps précieux en
emplois d'industrie sociétaire; et par contre, tel groupe, comme celui de famille , qui nous semble en civilisation le plus puissant pour attirer à l'industrie (0, pourra bien se trouver le moins influent pour attirer au travail sociétaire, où les groupes se soutiennent réciproquement et doivent intervenir tous quatre , comme les roues d'un char.
Distinguons*les d'abord eu harmoniques et subversifs.
Un groupe harmonique est une réunion pleinement libre , et liée par une ou plusieurs affections communes aux divers individus dont se compose le groupe.
Si le groupe est harmonique , la dominante ou passion réelle est conforme à la tonique ou passion d'étalage.
Le groupe est subversif, lorsque la dominante est différente de la tonique.
Par exemple, rien n'est plus commun que les réunions de prétendus amis, tout pétris d'égoïsme, n'ayant de l'amitié que le masque, et de mobile réel que l'intérêt. Telles sont les assemblées d'étiquette , où l'on ne ressent pas l'ombre du dévouement qu'on y affecte. Chacun y vient dans des vues particulières d'ambition, de galanterie,
(i) Le groupe de famille n'excite à l'industrie que par frayeur de la famine ; aussi l'arrière -secret des politiques civilisés est- il d'exciter le peuple aux mariages et à la pullula tion , afin qu'il travaille par effet d'alarme pour le sort d'une famille. Un tel mobile est attraction subversive , et non pas harmonique ou fondée sur le charme attaché au travail. C'est pour cacher cette vérité, ce vilain côté de la civilisation , que les politiques s'insurgent en chorus contre ceux qui , comme Stewart et Malthus, aperçoivent le danger de l'excessive pullulation , et confessent franchement ce cercle vicieux qui ne tend qu'à multiplier les mendiants, alimenter les germes de révolution, et fournir à un conquérant de la viande à canon.
de gourmandise, tout en prétendant que l'amitié vive ef pore est son seul mobile.
Ces groupes ont une dominante contradictoire avec la tonique. En effet , leur tonique ou passion d'étalage est l'amitié; leur dominante ou ressort véritable est l'intérêt personnel.
En Tonique, une réunion de dobistes prétend n'aimer que la patrie, la fraternité, l'auguste philosophie et le salut du peuple souverain. En Dominante, ikne sont mus que par le désir de s'enrichir et d'envahir les fonctions administratives.
La contrariété de tonique et dominante constitue le groupe subversif, qui est ressort général en mécanique civilisée. Les quatre groupes y sont communément subversifs, et presque jamais harmoniques ou mus par des passions qui soient à la fois dominanteê et toniques.
On trouye pourtant quelques groupes harmoniques en civilisation , car H existe dans tout système social une exception du 8e. qui confirme la règle. Par exemple :
Dans une partie carrée , les deux couples d'amants res*» sentent vraiment les passions dont ils font étalage : ils ont réellement de famour d'amant à maltresse , et de ï amitié de couple à couple. Ils donnent un essor bien franc à ce» deux passions; elles sont donc à la fois dominantes et toniques. Cette unité constitue te groupe d'harmonie, très-rare en civilisation : il tfy figure pas même en dose du 16e. ni peut-être du 32*. ; et quand il y figurerait en dose du 8®*, l'exception confirmerait la règle ; d'autant mieux que, par fofc, I'ex:ceptioD s'étend à 1/4, ce qui n'empêche pas d'appliquer la règle aux trois autres quarts. Ainsi , parmi les quatres groupes , celui de famille est en exception ou déviation du cadre général , parce que son
lien formé par le sang est indissoluble. Ce n'est donc pas un groupe libre , comme les trois autres.
Rien de moins harmonique, parmi nous, que ce groupe de famille , qui pourtant est pivot social. On y voit communément les pères opposés aux goûts des enfants, sur les plaisirs , la dépense et la parure, sur le choix des amours et des maris: de là vient que les enfants, et souvent la ménagère , déguisent habituellement leur dominante, pour affecter la tonique voulue par le père. Dès lors le groupe est faux et subversif; il perd les propriétés des groupes harmoniques dont nous allons parler aux pages suivantes.
La distinction des groupes en harmoniques et siAver-* sifs nous donnera huit groupes au lieu de quatre. Nous aurons à étudier les propriétés des quatre groupes harmoniques, ayant même passion en tonique et dominante ; pois les propriétés des groupes subversifs , ayant la dominante hétérogène avec la tonique, selon l'usage civilisé.
Et comme la distinction sera la môme sur les huit autres passions radicales, dont cinq sensitives et trois distribuées , nous aurons , dans l'Alphabet de l'étude de l'homme, vingt-quatre passions radicales (0 et non pas douze.
(x) Les 24 passions correspondent analogiquement aux 24 consonnes , accolées par douzaines majeure et mineure ; be-pe , de -te , fe-ve. L'alphabet des articulations naturelles forme de là consonnes majeures, 12 consonnes mineures, 4 voyelles mixtes, 4 voyelles sous-pivotales , et la pivotale quadruple, est exactement conforme à l'alphabet passionnel de 5*. degré, formé de 52 passions et le pivot quadruple.
Je ferai connaître , dans le cours du traité , l'alphabet naturel ce son analogie aux passions. Ce sera un sujet intéressant pour les
Par exemple, en traitant de l'amitié, nous distinguerons t'Amicisma ou amitié harmonique; l'Amicâtre ou amitié subversive.
Et de même sur ta vue, nous distinguerons le Visuisme ou vue harmonique ; le Visu&tre ou vue civilisée, amie des vilenies, du mauvais goût, des villes et villages hideux.
Propriétés. Les groupes, lorsqu'ils sont harmoniques, tels que les formera l'état sociétaire, ont des propriétés régulièrement contrastées et graduées : j'en donne ici trois tableaux comparatifs, sur l'entraînement , le ton et la critique.
1°. L'entraînement : s'il s'agit de braver un péril , dans le cas de guerre, de brigands, d'incendie, on verra les quatre groupes soumis â des influences très-différentes.
Maj. Groupe d'amitié ; Cercle :
tous s'entratnent en confusion.
Maj. Groupe d'ambition; Hyperbole :
les supérieurs entraînent les inférieurs.
Min. Groupe d'amour; Ellipse :
tes femmes entraînent les hommes.
Mm. Groupe de famille ; Parabole :
tes inférieurs entraînent Jes supérieurs. Ces propriétés se développent même en civilisation, où tes groupes, quoique subversifs, conservent encore des appâts d'entraînement, parce que, dans te cas de danger ou d'enthousiasme , on oublie les rangs et tes préjugés ; on n'écoute plus que l'impulsion de la nature.
sophistes , qui ont tant disserte sur ta langue naturelle ; ils reconnaîtront qu'elle est calculée, et que par conséquent elle na pu exister chez aucune des peuplades primitives.
2°. Le ton. Chacun des groupes adopte, en relations internes, un ton et une manière.
Groupe d'amitié ou nivellement ; la cordialité et la confusion dès rangs.
Groupe d'ambition ou ascendance ; la déférence des inférieurs aux supérieurs.
Groupe d'amour ou inversion; la déférence du sexe fort au faible.
Groupe de famille ou descendance ; la déférence des supérieurs aux inférieurs. Il est impossible que ces tons s'établissent dans les groupes civilisés. Par exemple, dans celui de famille, les pères ne peuvent pas suivre leur impulsion naturelle, qui est.de céder constamment aux enfants : les convenances de l'éducation obligent le père à tenir l'enfant dans la dépendance, ou du moins dans le respect .L'état des choses est bien différent en Association, où le père, n'étant chargé ni de l'éducation ni de la remontrance, n'a d'autre tâche que de flatter l'enfant, et se livre sans danger au ton naturel de ce groupe , au gaiement ou déférence du supérieur pour l'inférieur.
Il est de même à peu près impossible , dans les groupes d'amour civilisé , d'observer le ton naturel , la pleine déférence du sexe fort au faible : aussi n'est-elle qu'apparente. Si elle était réelle , il en résulterait d'innombrables duperies, dont les- hommes savent bien se garder. La politique prévient ces duperies, en excitant les jeunes gens à ne point céder aux suggestions d'une maîtresse qui, si elle est pauvre, débutera par demander le mariage. Les Français sont très-habiles à esquiver ce piège; aussi sontils la nation la moins galante, celle où les femmes sont le plus trompées par les hommes»
3<>. La critique. C'est une des relations les plus importantes dans l'état sociétaire, où elle est source d'émulation et de perfectionnement. Voici en quel ordre elle s'y exerce.
Maj. Groupe d'amitié :
la masse critique facétieusement l'individu.
Maj. Groupe d'ambition :
le supérieur critique gravement l'inférieur.
Min. Groupe d'amour :
l'individu excuse aveuglément l'individu.
Min. Groupe de famille :
ta masse excuse indulgemment l'individu.
Les groupes civilisés, presque tous subversifs, n'ont pas ces propriétés : de là vient que certains personnages, comme les rois, sont tout à fait dépourvus du secours de la saine critique; tandis que les gens dénués de protection et de fortune sont criblés par la fausse critique ou détraction. Personne ne jouit de la vraie, sauf quelques exceptions, comme celle d'un écrivain riche et puissant. Lorsqu'on critiqua, il y a 3 ans , l'ode de Fontanes sur les tombeaux de St. -Denis, on se borna strictement à ce qu'exigeait la saine critique : mais Fontanes était un potentat scientifique. S'il eût été un écrivain sans fortune , on aurait traité son ode comme Geoffroy traitait les vers de Voltaire;
La nature, ayant voulu que la critique s'exerçât parles deux groupes majeurs, nous a donné de la répugnance pour celle qui vient des deux groupes mineurs : ils ne sont faits que pour aimer et flatter ; ils deviennent haïssables quand ils s'adonnent à moraliser et censurer; ils sortent de leurs attributions. La critique étant attribut essentiel des groupes majeurs d'amitié et d'ambition , n'est jamais
GROUPES Et SÉRIES. 347
désobligeante de la part de ces deux groupes, quand ils sont régulièrement organisés selon le traité des Séries passionnées.
Cependant la civilisation est obligée d'employer sans eesse l'un des deux groupes mineurs , celui de famille , à critiquer et remontrer l'enfant. Il en résulte double contre-sens en lien domestique; d'une part, irritation et rébellion secrète de l'enfanf , qui suit la loi de nature en dédaignant la critique du père et du précepteur; d'autre part, gêne et frustration du père, qui, remplissant à regret ce pénible devoir, n'en recueille pour salaire que l'indifférence de l'enfant. Ces inconvénients disparaissent pleinement dans l'Harmonie , où l'enfant fréquentant une trentaine de groupes et de Séries y rencontre une foule d'amis et sectaires très-sévères sur son impéritie ; leur franchise dispense bien le père de remontrances*
Chacun des quatre groupes est produit par l'impulsion de deux principes ou ressorts; l'un spirituel S, l'autre matériel M, dont suit le tableau,
Reaeorts élémentaire» des quatre Groupe»*
Hypomajeur ou Groupe £ amitié.
S Affinité spir. de caractères* M Affinité mater, de penchants industriels.
Hypermajeur ou Groupe d'ambition.
S Affinité spir-, ligue pour la gloire. M Affinité mater*, ligue pour l'intérêt.
Hypermineur ou Groupe d'amour* M Affinité mater, par la copulation.
S Affinité spir. par la céladonie (0.
(i) Ea d'autres termes, lien de cœur. Mais Fexpression lien
Hypomineur ou Groupe de famille.
M Affinité mater., lieu de consanguinité.
S Affinité spir., lien d'adoption.
•'" -, , n en identité Y.
X Essor des Groupes,
en contraste \.
On peut s'étonner que je compte ici les affinités industrielles pour ressort d'amitié : c'est un effet incompréhensible en civilisation , où le travail morcelé est un supplice et non un lien de plaisir. Il faut attendre là-dessus l'exposé de Tordre sociétaire , où l'industrie devient aussi attrayante qu'elle est répugnante dans l'ordre morcelé, si contraire à la nature de l'homme , que le sauvage dit à son ennemi : puisses-tu être réduit à labourer un champ! imprécation déjà citée, et qu'il faut rappeler sans cesse à nos philosophes, prônëurs de l'industrie morcelée et antisociétaire.
On voit à la. priorité des deux lettres S ou M, que le ressort spirituel lient le 1er. rang dans les deux groupes majeurs, et que le ressort matériel domine dans les deux groupes mineurs, moins nobles, par cette raison.
Si les deux ressorts interviennent combinément , le groupe est composé; s'il n'est stimulé que par l'un des
de cœur est bien équivoque en amour : il faut des noms qui évitent la confusion du matériel et du spirituel. Par exemple, pour le matériel , la médecine et la théologie emploient les noms de copulation et œuvre de chair. J'ai adopté le premier. On ne connaît guère de nom spécial pour l'amour purement spirituel , si rare et si douteux , qu'il n'a sans doute pas paru digne d'attention. Autrefois on Ta nommé, dans les romans, amour platonique et cèladonique; je me fixe au 2e. nom. Au reste, je répète que sur les nomenclatures j'admettrai toute correction régulière qui me sera indiquée.
dROtPES ET SÉRIES. 349
deux ressorts , il est groupe simple : il devient mixte, s'il est mu par deux ressorts de groupes différents ; il est sur-composé, si aux deux ressorts d'un groupe s'en joint quelqu'un d'un autre groupe ; et bi-composé, s'il réunit quatre ressorts de deux groupes différents. Les groupes simples, à ressort isolé, sont d'ordinaire Lien méprisable en dominance du matériel ; Lien de duperie en dominance du spirituel, Exemples. Deux associés de commerce , travaillant pour l'argent et non pour là gloire, sont en affinité simple d'ambition , en lien d'intérêt sans acception de la gloire'. Ce groupe limité au ressort matériel est un lien méprisable.
Deux artistes sont ligués par amitié et passion pour lia gloire : ils négligent des voies de fortune que la flatterie pourrait leur ouvrir; ils restent véridiques, indépendants et pauvres. C'est un lien de dupes, un mixte de deux ressorts spirituels d'amitié et d'ambition. Le mode mixte peut participer des vices du simple comme des perfections du composé.
Un amour sans sympathie , comme celui d'une prostituée qui ne se livre qu'à beaux deniers, est groupe simple et méprisable , parce que le ressort matériel en est Tunique mobile. Et par opposition, deux amants céladoniques et chastes sont un couple de dupes, si, n'étant pas entravés par des surveillants, Hs se bornent au lien spirituel ou groupe simple. Tout essor simple est toujours méprisé en matériel et raillé en spirituel, sauf rares exceptions.
Exerçons-nous sur pn mixte, à la dissection des groupes.
Deux hommes peuvent se protéger, se soutenir à titre de frères. C'est groupe de familisme , simple mater.
S'ils sont liés par convenance de caractère , c'est groupe d'amitié simple spir., combiné avec le lien de famille en simple matériel ; ce groupe devient mixte.
S'ils se soutiennent par ligue de pillage ou autre fourberie , c'est alliance cupide , groupe d'ambition en ressort mater. Ce 3e. lien élève le groupe au degré hypermixte. La morale civilisée confondra ees trois liens sous le nom de douée fraternité, quand il est évident que la fraternité ou lien familial n'y intervient qu'en tierce-partie.
Les détails élémentaires qu'on vient de lire sont les rooees de la science. Mais si Ton veut étudier la théorie d'Association qui n'opère que sur des groupes , il faut s'exercer à ne pas les confondre ni en genre, ni en mode, ni en degré. Je viens de définir le genre; passons au mode, qui n'exigera qu'un paragraphe des plus courts. X Mode général £ essor.
Les liens dans les quatre groupes s'établissent en identité ou en contraste. Par exemple, eu amitié : l'affinité de caractère s'établit par contraste ou lien hétérogène , aussi bien que par identité ou lien homogène. C'est un effet si connu qu'il est inutile de l'étayer de preuves.
Divers sophistes ont voulu fonder exclusivement les Keos sur l'identité de penchants : c'est l'erreur favorite des moralistes , qui veulent niveler tous les goûts, rendre les hommes tous frères, tous amis du brouet noir, comme si le caractère devait être identique chez tous.
D'autres veulent fonder tous les accords sur l'affinité de contraste ; entre autres , Bernardin de St. -Pierre , qui ne voit de germe d'harmonie que dans le contraste.
Rien de plus erroné que ces méthodes exclusives : les accorda de caractère et autres naissent de double source, des identités et des contrastes. L'état sociétaire emploiera
toujours ces deui ressorts concurremment et en alternat.
II suffit de ce peu de notions pour désabuser ceux qui considèrent Tétnde des groupes comme plaisante. On pourrait leur faire entrevoir sur ce sujet des calculs trèsprofonds et très-mathématiques dont j'épargne l'aperçu.
Résumons par une définition exacte et succincte.
Les groupes réguliers ou harmoniques» ceux qui ont la dominante conforme à la tonique , doivent remplir les trois conditions suivantes :
lre. Association spontanée sans lien obligé et sans attire engagement que celui des bienséances.
2e. Passion ardente et aveugle pour une fonction d'industrie ou de plaisir commune à tous les sectaires.
3e. Dévouement sans bornes aux intérêts du groupe; disposition à des sacrifices'pour le soutien de la passion commune.
Ce dévouement doit régner même dans le groupe de famille : seul des quatre , il a le vice d'immutabilité en lien matériel. Il faudra, en Harmonie, que ce lien forcé par te sang soit ramené par affection à la spontanéité; qu'il soit passionné chez les consanguins comme chez les adoptifs.
J'ai beaucoup abrégé ces détails élémentaires , et trop, peut-être; mais si l'oi* veut connaître l'art de s'associer, l'art d'où dépend le bonheur général ; si l'on veut enfin décupler promptement son revenu, il faut bien se résoudre à: étudier les trois leviers qu'emploie l'Association ; savoir :
les Groupes en genres, modes et degrés;
les Séries contrastées, rivalisées, engrenées ;
les Claviers ou gammes de caractères des sept titres.
Etude peu effrayante, d'après ma promesse (50) de l'épargner au lecteur , de me borner à la lui faire entrevoir, et de le guider par synthèse routinière. Au moins préludons à cette routine par une légère teinture des principes,