‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 4)Chapitre 65 sur 86 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Do Camp cellulaire, et des Carient.

ttahs un siècle tout préoccupé de balance , de solde et de grivelage , c'est une affairé d'intérêt majeur qu'un bé-* néfice de 20 millions pour les actionnaires de la Phalange d'essai, qui peut-être n'auront pas versé 2 millions en avances pécuniaires. L'examen de eette branche de profits mérite bien un chapitre à part.

Indépendamment des récompenses à recueillir du globe et dont l'une sera le remboursement des actions à douze fois le capital ; indépendamment des récompenses honofiques et lucratives à la fois , comme- celle d'un Pentarchat par action (II, 382) et d'une souveraineté dix ou vingt fois plus étendue pour celui qui aura pris dix ou vingt actions d'origine ; indépendamment du profit de revente qui pourra s'élever au décuple, sans priver l'actionnaire primitif de ses droits au Pentarchat, et qui transmettra seulement les droits d'intervention accidentelle dans le mécanisme de la Phalange; indépendamment de tous ces bénéfices colossals et d'autres dont je supprime le tableau , les actionnaires de la lre. Phalange

auront un bénéfice de plaisante espèce à prélever sur les curieux, et Ton va voir que je cave beaucoup trop base» l'estimant à 20 millions , monnaie de France^ ^

Quelques arlequins de libéralisme vont^dire qu'il ne sera pas noble d'imposer les curieux dans une entreprise qui doit décider du bonheur du monde, et qui doit d'ailleurs être amplement récompensée par le globe ; que ce serait petitesse et mesquinerie aux actionnaires- de spéculer sur le tribut des curieux. Ce sera , au contraire , une juste représailles La Phalange d'essai devra prouver aux civilisés qu'elle sait les apprécier ce qu'ils valent. Elle devra, pour leur confusion, les assujettir à un de ces tributs mercantiles dont la théorie insidieuse est aujourd'hui la seule science révérée. II faudra , pour l'adieu à la civilisation, la berner honorablement et de franc jeu. Elle n'admire que ceux qui savent pomper l'argent d'autrui. Il faut, pour la scène de clôture, souffler à tous ses beaux esprits 20 millions versés de franc jeu, et aussi spontanément que l'argent donné à la porte de l'opéra.

Notre siècle n'estime que celui qui sait gagner de l'argent, perfaset nef as; il est, en termes de commerce, habile garçon , bonne tête , lors même qu'il a gagné par des voies déshonorantes. Il faudra donc , pour confondre les mercantiles civilisés , que la Phalange d'essai leur impose, par forme d'indemnité , un tribut d'entrée.

Les actionnaires auront été critiqués par les beaux esprits et raillés par les sots; ils feront bien de rendre la pareille à eette maligne engeance, en l'obligeant à payer cher pour voir ce nouvel ordre qu'elle aura raillé avant de le connaître.

D'ailleurs, on aura des frais à faire pour se garantir des importuns; il faudra entourer tout le canton d'une fraise»

Hi ASSOCIATION COMPOSÉE.

ou d'une palissade étayèe de piliers d'espace en espace < à défaut, on aurait sûr les bras des légions de curieux, qui encombraient le canton à tel point, qn'il serait impossible aux groupes et Séries d'opérer régulièrement. On sera obligé d'employer des barrières pour se garantir de ces flots de curieux : on en laissera entrer quelques milliers, mais à bonnes enseignes, et en les distribuant de manière à n'être gêné par eux, ni en matériel, ni en passionnel".

On aura non-seulement des curieux à admettre, mais des envoyés de toutes les contrées du globe ; car, en tout pays, ayant de fonder les cantons d'Harmonie, on ne manquera pas, selon les règles de la prudence, d'envoyer un homme chargé d'examiner , non pas le matériel des dispositions d'Harmonie , qu'il sera fort aisé de communiquer par gravures ou lithographies , mais le mécanisme passionnel qu'aucune relation ne pourra décrire convenablement , et qu'il sera bon d'avoir vu avant de fonder un eenton. Il faudra d'ailleurs observer de près les fautes de distribution que ce canton d'essai aura pu commettre , s'en assurer par une vérification locale et oculaire. Toutes les régions du globe jugeront qu'il vaut mieux hasarder le voyage d'un mandataire , habile observateur, que de s'exposer à faire des fautes en distribution matérielle ou passionnelle. On aura donc pour les régions civilisées et barbares , plus de 2 à 300,000 envoyés à satisfaire » et un nombre de curieux au moins triple ; car l'Harmonie des passions étant le spectacle le plus surprenant qui puisse exister pour des civilisés et barbares, tous les individus en santé qui auront le moyen de faire le voyage , seront vivement tentés de le faire , et on peut compter sur une masse de 6 à 800,000 curieux , outre les 2 à 300,000 en-

voyés. Réduisons, si Ton yèut, & moitié; ce sera environ 4 a 500,000 visites à recevoir.

Parions du local qu'on assignera pour Cernent à ces légions de passagers, et de la rétribution *qu'on devra exiger d'eux.

Si on était en pleine Harmonie , dans une génération élevée aux précautions contre le feu, je conseillerais à la Phalange d'essai de placer le camp cellulaire à 4a frise , au-dessus du 3e. étage, en jacobine ou croisée de demihauteur.

11 doit contenir quatre rangs de cellules, divisées d'abord par un large corridor central et continu, qui partage les doubles rangs , subdivisés entre eux par groupes dé 3 ou de 7 ; 2 sur 3, ou 3 sur 4 ^ laissant une croisée libre entre chaque groupe. Cette croisée éclaire deux cellules extrêmes du 2e. rang; les deux moyennes, ou la moyenne en 3 sous 2, sont éclairées par la fenêtre vacante du mur opposé.

II faudrait ici une lithographie; négligeons ce détail, d'autant mieux que ladite méthode ne conviendra pas pour loger des civilisés, fort imprudents quant aux précautions contre l'incendie^ Il sera mieux de les réunir par chambrées, comme les militaires, à une douzaine de lits par salle.

Je spécule ici sur un essai de grande Harmonie , à 15 ou 1600 personnes, et un édifice de grandeur assortie , dont je regrette de ne pouvoir pas donner le plan , parce que les dispositions des corps de logis ne sont pas les mêmes que celles de nos grands palais ou monastères.

Si on ne fait qu'un petit essai de degré minime 3 , à 200 personnes (402), ou une Harmonie hongrée de 400 personnes, les curieux ne seront guère moins empressés:

ils seront même proportionnément plus nombreux pour le petit essai , cçr j'estime qu'il en attirera au moins 200,000. " Il faudra docl^dans tous les cas , même dans un essai minime, s*mettre en mesure de recevoir et héberger ces curieux qui, venant pour s'instruire sur le mécanisme des Séries et passer trois jours dans leur canton, ne seront pas exigeants sur le logement ; car ils n'y entreront qu'à l'heure du coucher, toute leur journée devant se passer à observer et à parcourir les Séries.

En grande Harmonie , le camp cellulaire doit régner non-seulement dans toute la partie supérieure du palais , nommée frise , mais encore au-dessus des étables, où ce camp est quelquefois à double et triple étage dans les Phalanges de grand passage, qui, dans ce cas, peuvent contenir facilement 12000 cellules, et loger commodément 24000 passants.

Ce logement sera une spéculation très-importante pour la lre. Phalange, car elle aura en manœuvre passionnelle deux à trois ans d'avance sur les autres Phalanges; elle sera donc la seule bonne à visiter pour les renseignements et l'instruction pratique.

Une masse de 500,000 curieux admis successivement pour trois jours, à 200 fr. par personne (c'est-à-dire 100, 200 et 300 fr. , selon les degrés de fortune; en moyen terme 200), non compris leur dépense, produiraient une recette de 100 m illions. Supposons le quart de ce produit, 25 millions, cène sera pas un bénéfice ànégliger.

On a vu, en 1814, 1815, 1816, sortir de la seule Angleterre au moins 100,000 curieux pour venir voir Paris. Que sera-ce donc de l'harmonie des passions, chose la plus digne de piquer la curiosité? C'est un ordre domestique si surprenant , si éloigné de nos coutumes,

LITRE I. SECTIOH I. 475

civilisées , que tout individu qui aura le moyen de (aire le voyage , ne manquera pas d'accourir.

Jusqu'à présent les curieux n'ont pu adBjyer dans les ouvrages de l'homme que du beau matériel. Pour la première fois ils pourront voir le beau passionnel , dire qu'ils ont vu Dieu en personne et dans toute sa sagesse ; car, qu'est-ce que l'esprit, la sagesse de Dieu, sinon l'harmonie des douze passions, leur développement complet sans aucun conflit et en accord aussi parfait que celui d'un excellent orchestre ? Ce bel œuvre est le seul qui puisse donner aux humains une idée de la gloire et de la sagesse de Dieu.

Nous connaissonsjusqu'à présent sa sagesse matérielle qui éclate dans l'harmonie des sphères célestes et dans la mécanique des objets créés; mais nous n'avons aucune idée de sa sagesse politique et sociale. Nous ne connaissons en ce genre que l'esprit démoniaque dont nos sociétés sont l'image , par leur mécanisme de fausseté , de pillage et d'oppression. Nous ne verrons l'esprit de Dieu que dans l'Harmonie des Séries passionnelles , dans leur unité, leurs vertus, et le charme qui les stimule sans cesse à l'industrie utile. En réfléchissant sur l'enthousiasme dont cette innovation fortunée va remplir le globe , ce n'est pas trop de compter sur 500,000 curieux qui viendront admirer l'équilibre et l'Harmonie des passions développées sociétairement, par Séries contrastées, riva- Usées, engrenées, évitant les sept vices de l'industrie individuelle (202).

On ne pourra admettre les curieux qu'en petit nombre la première année, parce que la Phalange ne sera pas exercée, n'aura pas pris son aplomb, noué ses intrigues; mais dès le printemps suivant , où elle rentrera en exer-

ctce avec des habitudes formées et une marche assurée, on pourra admettre les masses de curieux au parcours intérieur, e^reduanl le prix d'admission selon les fortunes ou les concessions de parcours, et en faisant gérer les cuisines et tables du caravenserai par des traiteurs civilisés, qui con6nés dans ce local ne gêneront en rien les relations de la Phalange primitive.

Lorsqu ensuite on formera d'autres Phalanges, elles seront pendant longtemps en arriére de celle d'épreuve , d'autant mieux que la terre entière voudra s'organiser à la fois. On manquera de bois de construction; il faudra aller faire une forte coupe dans les régions de l'Amazone et du Hississipi : ce travail , à force de dissémination des ouvriers exercés, marchera lentement; dès lors la lro. Phalange , si elle est fondée en haut degré , sera longtemps la plus avancée en Harmonie , et la seule digne de curiosité.

C'est une spéculation sur laquelle devront réfléchir les actionnaires. A n'en juger que par le concours des Anglais venus à Paris après la pacification, l'on pourrait espérer des seuls Anglais une recette de 15 millions, et par conséquent 60 millions de l'Europe entière; j'ai dit 20 à 25 millions, pour caver au plus bas.

11 sera indispensable d'astreindre les civilisés à cette contribution , car on serait excédé par leurs sollicitations et leurs importunttés. Mais quand ils verront qu'on peut à peine admettre ceux qui paient cent , deux cents ou trois cents francs par jour , ils se rendront à cette observation, la plus convaincante pour des êtres habitués à juger tout au poids de l'or.

Entretemps , cette collecte mercantile ne sera qu'un dés menus profits de la Phalange d'épreuve; son bénéfice

principal consistera dans la récompense à recevoir du globe > aussitôt que la Hiérarchie sphérique^sera constituée ; et quiconque aura concouru d'une^S^^ère quelconque à cette initiative d'où dépend l'avmlment aux destinées , sera assuré de recevoir une souveraineté héréditaire de degré plus ou moins élevé. Je renvoie sur ce sujet aux chapitres qui traitent de la division du globe en Harmonie , et des titres de souveraineté dont la création sera obligée dans ce nouvel ordre (281).

A ce détail de l'édifice principal , il resterait à ajouter un tableau des édifices accessoires ; châteaux > easlels , belvédères , etc. Une Phalange régulière a quatre châteaux placés à demi-distance de ses limites» et à peu près dans la direction des quatre points cardinaux. L'on y porte le déjeûné ou le goûté, dans les cas où des cohortes du voisinage se sont réunies pour accélérer un travail. Chaque groupe a aussi son belvédère à l'un des angles du terrain où il gère une culture. Chaque série a son castel sur le point le plus central entre ses diverses cultures. On n'aura pas besoin de tout ce luxe dans un début ; et d'ailleurs notre tâche, ici, est d'étudier la formation des Séries et leur mécanisme; après quoi il sera facile de déterminer les édifices d'utilité ou de luxe qu'elles devront construire.

Tout en se bornant pour le canton d'essai à un Phalanstère en brique et des hangars au lieu de châteaux, rétablissement sera déjà assez attrayant pour que les actions en soient recherchées à des prix fous le lendemain de l'installation, et que la famille royale du pays vienne y demander par faveur un petit appartement.

f CHAPITRE VIII.

DUtriixioos agricoles des Séries , et Mariages des Groupes.

On rante nos progrès en agriculture; on les admire, comparativement à fimpéritie des barbares : est-ce donc être au chemin de la perfection, que d'être un peu moins stupide qu'un voisin ignare ? Si nous pouvions voir les cultures desHarmoniensau bout d'un demi-siècle, temps nécessaire pour la restauration des forêts, qui ne peuvent pas croître comme les choux, d'une saison à l'autre, nous serions bien surpris de reconnaître que la civilisation , avec son jargon de perfectibilité , est pleinement sauvage en diverses branches de culture, comme les prairies; et que sur d'autres objets d'intérêt très-majeur , notamment les eaux et forêts, nous sommes fort au-dessous des sauvages; car nous ne nous bornons pas à laisser comme eux les forêts incultes et vierges; nous y portons la cognée et le ravage, d'où résulte l'éboulement des terres, le déchaussement des pentes et la détérioration du climat.

Ce vice , en détruisant les sources et multipliant les orages , cause en double sens le désordre du système aquatique. Nos rivières toujours alternant d'un excès à l'autre, des crues subites aux longues sécheresses, causent des dégâts périodiques , et ne peuvent nourrir que très-peu de poisson qu'on a soin de détruire dans sa naissance, et réduire au dixième de ce qu'il devrait produire. Ainsi , nous sommes pleinement sauvages sur la gestion des eaux et forêts.

Combien nos descendants maudiront la civilisation, en voyant tant de montagnes dépouillées et mises à nu, comme celles du midi de France, que les armées d'Harmonie se-

roni obligées de recouvrir et boiser à grand'peine pendant plusieurs siècles ! Ce dégât tout réceAest principalement l'ouvrage des temps qu'on appelle iJEui siècle des lettres sous Louis XIV, et beau siècle de la philosophie sous Louis XV; ces deux beaux âges modernes seront nommés dans l'avenir les deux attilas de l'agriculture et des climatures qu'ils ont dévastées , en nous donnant pour consolation de belles théories, bien impraticables, sur l'aménagement des forêts.

Tel est l'effet constant de la civilisation : faire en tout sens le contraire de ce qu'elle enseigne ; indiquer le bien désirable, et favoriser, par le fait, les progrès du mal. Ignore-t-on ce qu'il faudrait faire? Est-il d'enfant qui ne sache qu'on devrait détruire chaque année les chenilles et les hannetons ; opération des plus faciles , et qui pourtant ne sera jamais exécutée en civilisation ! Tant s'en faut : les chenilles croissent en nombre, depuis qu'on leur a opposé en France 400 académies agricoles, créées en 1818. On dirait qu'elles narguent cette armée scientifique ; le mal va croissant.

Quand vous voyez pulluler les beaux systèmes sur l'économie, l'agriculture, la morale, prononcez hardiment qu'on choisira cette époque pour aggraver tous les fléaux contre lesquels déclament les rhéteurs. S'il paraît cent traités sur là restauration des finances , vous êtes assuré que la génération à qui on les dédie, va contracter par milliards des dettes publiques, et saper par ce vice les bases morales de la société, en même temps que les bases matérielles ou forêts.

Venons à la distribution agricole d'un canton sociétaire: J'ai parlé du matériel de ses édifices; il faut donner une idée générale de ses campagnes , pour compléter la notice

des aperças en matériel : de là nous passerons au mécanisme des S^s qui exploitent le canton,

La cultmàfbciètaire comporte trois modes amalgamés : i°; L'ordre simple ou massif, Dorique.

2°. L'ordre ambigu ou vague , . Ionique. 3°. L'ordre composé ou engrené , • Corinthien.

lo. L'ordre simple ou massif est celui qui exclut les entrelacements ; il régne en plein dans nos pays de grande culture, où tout est champ d'un côté, tout est bois de l'autre; quoiqu'on voie dans la masse des terres à blé, beaucoup de points qui pourraient convenir à d'autres cultures , et surtout aux légumineuses ; de même que dans la masse des bois, on trouve beaucoup de pentes douces qui pourraient convenir à une vigne; beaucoup de plaines intérieures qui pourraient convenir à une clairière cultivée , et améliorant la forêt où il faut ménager des es* j>accs vides, pour le jeu des rayons solaires, la circulation de l'air et la maturation du bois.

2°. L'ordre ambigu ou vague et mixte est celui des jardins confus qu'on nomme Anglais, et qu'on devrait nommer Chinois, puisque l'Angleterre a emprunté des Chinois cette méthode, fort agréable quand elle est employée à propos ; mais non pas avec la mesquinerie civilisée, qui rassemble des montagnes et des lacs dans un carré de la dimension d'une cour. L'Harmonie étant ennemie de l'uniformité emploiera sur divers points d'un canton et notamment dans les pays coupés comme le pays de Vaud, cette méthode chinoise ou vague et ambiguë, qui rassemble comme par hasard toutes sortes de cultures et de fonctions ; elle formera un contraste piquant avec les massifs (méthode 1 ) et les lignes engrenées (méthode 3 ).

5*. L'ordre composé et engrené est l'oppos&dii/sys-

tème civilisé , selon lequel chacun tend à se clorre et s'entourerait volontiers de bastions et batterie» & gros calibre. Chacun c parmi nous > veut, se retrandafr et faire une citadelle de sa propriété. On a raison en civilisation, parce que cette société n'est qu'un ramas de voleurs gros ou petits, dont les gros font pendre les petits ; mais en Harmonie, où l'on ne peut pas essuyer le moindre vol, et où un enfant ne volerait pas même une grappe de groseilles (on en verra la preuve au livre 2), on emploie, autant- qu'il se peut, dans les distributions de culture, la méthode engrenée , selon laquelle chaque Série s'efforce de jeter des rameaux sur tous les points, engage des lignes avancées et des carreaux détachés dans tous les postes des Séries dont le centre d'opération se trouve éloigné du sien (0.

L'ordre massif est le seul qui ait quelque rapport avec les méthodes grossières des civilisés; ils réunissent toutes les fleurs d'un côté, tous les fruits de l'autre ; ici toutes les prairies, là toutes les céréales : enfin ils forment partout des masses dépourvues de lien ; leur culture est comme leur système social , en état d'incohérence universelle et d'excès méthodique*

D'autre part, chacun d'eux sur son terrain fait abus de la méthode engrenée; car chacun voulant recueillir, sur le sol qu'il possède, les objets nécessaires à sa oonsom-

(i) Ces trois ordres sont comparables k ceux de l'architecture grecque. On n'a rien pu trouver de neuf après les trois colonnes grecques et leurs accessoires : les formes nommées Composite, Ionique moderne et Toscane , sont de légères modifications des ordres grecs. Il en sera de même de toutes les méthodes agricoles qu'on pourrait indiquer; elles ne seront que modifications des trois ordres ci-dessus.

m. ai

mation , accumule vingt sortes de cultures sur tel terrai» qui n'en doÉfeit pas comporter « trois. » Un paysan cultivera pêle^néle blé et vin, choux et raves, chanvre et pommes de terre , sur tel sol où le blè seul aurait convenu ; puis le village entier mettra en blé exclusivement quelque terrain éloigné qu'on ne peut pas surveiller contre le vol, et qu'il aurait convenu de mélanger de diverses plantations.

Une boussole principale des civilisés dans leurs distributions de cultures , leurs assolements , leurs époques de récolte, c'est le risque de vol. Dites à un agronome : Vous semez là du blé; j'y mettrais un verger; le terrain me semble convenable. Oui, répondra-t-il , mais je serais volé ; c'est un local que je ne peux pas surveiller. Reprochez-lui de vendanger trop tôt , de récolter ses vergers avant maturité, [ne pas faire trois cueillettes successives;] il vous dira : Vous avez raison; mais je serais volé, je n'aurais rien, et je suis forcé de cueillir mes fruits encore verts [et tous à la fois. ]

En Harmonie on ne court aucun de ces risques : les distributions de cultures s'établissent en pleine convenance avec le terrain, et rien n'empêche qu'on répartisse à chaque sol ce qui lui est assorti. Cette répartition s'opère selon les trois modes indiqués plus haut ; le massif, le vague et l'engrené , parce que l'Harmonie a besoin d'allier les Groupes et les Séries de divers titres , et de leur ménager des rencontres dans les travaux, afin de les intéresser les uns aux autres.

Une Phalange , exploitant son canton comme s'il était domaine d'un seul particulier, commence par déterminer à quels emplois convient chaque portion, quels alliages elle peut subir , quels accessoires on ajoutera à la culture pivQ-

taie. Ces alliages ont pour but d'amener divers groupes sur un même terrain , et de laisser le moin^ue possible un groupe isolé dans ses travaux, quoique ^bornés à une courte séance.

A cet effet, chaque branche de culture cherche à s'entrelacer et pousser des divisions parmi les autres. Ainsi le parterre et le potager , qui sont parmi, nous les deux divisions voisines de l'habitation, ne sont point, dans une Phalange , rassemblés et confinés aux attenances du Palais : tous deux poussent dans la campagne de fortes lignes , ou <Jes masses détachées de fleurs et de légumes, qui diminuent par degrés, s'engagent par détachements successifs dans les champs , vergers , prairies et forêts dont le sol peut leur convenir. Et de même les vergers, qui sont plus éloignés du Phalanstère ou Palais, ont à sa proximité quelques postes de ralliement , quelques lignes d'arbustes, [quenouilles] et d'espaliers, engagées dans le potager ou entre les lignes de fleurs et de légumes.

Cet engrenage agréable sous le rapport du coup d'œil tient encore plus à l'utile, à l'amalgame des passions. La Série des cerisistes peut avoir ses grands vergers à un quart de lieue du potager ; mais elle s'y rallie et place au voisinage au moins un poste de ralliement , un petit bouquet d'une cinquantaine de cerisiers d'espèces les plus convenables au terrain du potager. Ce local fréquenté quelquefois par des groupes de cerisistes met leur Série en liaison avec celle du potager. D'autre part , les potagistes ou lègumistes ont poussé vers le grand verger des cerisistes un ou plusieurs carreaux ensemencés d'objets convenables à ce terrain; de sorte que, par fois, un ou deux groupes de la Série des lègumistes vont se mêler à ceux des cerisistes, par coïncidence de travaux sur même terrain.

On doit établir ces engrenages en tout sens, distribuer les travaux de Manière que chaque Série pousse des masses ou lignes d? culture, et porte des groupes sur le terrain de ses voisines ou à côté de leurs travaux. Cet amalgame donne lieu aux rencontres des groupes et aux divers liens qui s'ensuivent.

On doit s'attacher surtout à ménager des rencontres de groupes d'hommes avec ceux de femmes , et faire engrener leurs cultures* Par exemple, si la Série des consistes est en nombreuse réunion à son grand verger, à un quart de lieue du Phalanstère, il convient que dans sa séance de 4 à 6 heures du soir elle ait vu se réunir avec elle et autour d'elle ,

1°. Une cohorte de la Phalange voisine, venue pour aider à la Série des consistes ;

2°. Un groupe de dames fleuristes du canton, qui viennent cultiver une ligne de cent toises de mauves, formant perspective pour une route voisine, et bordure entre le verger des consistes et le champ voisin ;

3°. Un groupe de la Série des lègumistes , venus <pour cultiver un carreau de racines qui prospèrent sur ce point;

4°. Un groupe de jouvencelles fraisistes, sortant de cultiver une clairière garnie de fraises, dans la forêt attenante au grand verger des cerises.

A cinq heures et demie , les fourgons partant du Phalanstère amènent le goûté pour tous ces groupes ; et comme c'est la Série des cerisistes qui préside en cette occasion, les groupes de fraisistes, mauvistes, lègumistes, n'étant que des détachements <de Série, de même que la cohorte venue de la Phalange voisine , -c'est au « caste! ou hangar » des cerisistes qu'on sert le goûté , repas léger ei

très-court; il a Heu de 5 heures 3/4 à 6 heures 1/4; tous ces groupes y sont rassemblés , et se disp^^feat après la séance de goûté , où ils ont formé des liens' amicaux et négocié des réunions industrielles ou autres, pour les jours suivants.

Observons que ces rencontres de groupes industriels ne sont pas des réunions d'amuselte , où l'on se borne , comme dans l'état actuel , à des négociations d'amour qui ne flattent que le jeune Âge : ce sont encore des ligues d'émulation cabalistique, où les divers groupes s'intéressent et se concertent pour le soutien des prétentions industrielles delà Phalange et des Phalanges voisines. Tout, en Harmonie sociétaire , se coordonne au bien de l'industrie; les amours mêmes, quoique plus actifs qu'en civilisation, concourent, et en tout sens, à stimuler le travail et accroître la richesse.

Ainsi s'accomplit le vœu de la 12e. passion , dite composite. Elle exige, dans l'industrie comme en toutes relations , des liens composés ou dualisés. Le lien ne serait que simple , s'il se bornait à exciter l'émulation industrielle par appât du gain; il faut y joindre des véhicules tirés d'autres passions, comme les rencontres amicales ou lès amours qui naissent de ces réunions, et qui attachent les femmes à une industrie où elles doivent déjeûner, à l'issue de la séance, avec des hommes qui leur sont agréables, tant de leur Phalange que des Phalanges voisines.

Plus d'un civilisé va dire qu'il n'enverrait ni sa femme ni sa fille à pareilles assemblées. C'est raisonner comme le père que j'ai cité (422) au sujet des dtnés de famille : à peine aura-t-il passé trois jours en Harmonie, qu'il trouvera avantageux pour lui et ses enfants de renoncer auxdtnés de famille.

Sous le même rapport , les pères seront les premiers à applaudir J^ps femmes et filles lorsqu'elles fréquenteront les Séries industrielles, parce qu'ils sauront que rien de ce qui s* y passe ne peut rester inconnu. Or, les femmes sont bien gardées en lieu où elles sont assurées que toutes leurs actions seront connues. C'est ce qui n'arrive pas dans une maison civilisée, où le père, s'il veut surveiller femmes ou filles, est trompé par tout ce qui l'entoure, et ne peut connaître ni les actions ni les intentions de ceux dont Use défie.

On verra plus loin (sect. 4e.) que les mariages étant très-faciles en Harmonie, même sans dot, les filles sont toujours placées de 16 à 20 ans, et que jusque-là on peut leur laisser pleine liberté , parce qu'elles se surveillent entre elles. Il n'est de garde sûre auprès d'une femme que l'œil de ses rivales , et on ne peut pas , en Harmonie , tromper sur la virginité ni sur la fidélité : quand les femmes en seront bien convaincues , les maris et les pères pourront négliger la surveillance , qui, en civilisation , n'aboutit qu'à les faire mieux duper.

Renvoyons ces débats aux chapitres de l'éducation, et continuons sur les dispositions générales.

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