CHAPITRE IX
Alliage des trois ordres agricoles.
L'état sociétaire, ainsi qu'on vient de le voir, exige l'emploi des ordres, 3 engrené, 2 mixte et 1 massif. Pour faciliter l'amalgame de ces trois méthodes, on les marie autant que le terrain le permet.
S'il peut admettre dix sortes de végétaux ; si h diversité des pentes et expositions d'un coteau peut comporter
sur divers points, 1°. les fèves, 3°. la navette, 3°. les ognons, 4°. les haricots, 5°. les pommes jfiP. les pêches, 7°. le blé, 8°. l'orge, 9°. le mais, loÇTla vigne, on ménage sur les pentes nord et sud , est et ouest du coteau, toutes ces sortes de cultures, avec des belvédères adaptés à chacune , et un caste! sociétaire , entretenu proportionnellement aux frais des divers groupes dont le coteau réunit les cultures.
Une telle disposition est d'ordre mixte ou ambigu 2e.
L'Association procède méthodiquement dans l'emploi des trois ordres : en plaine, elle entrelace les cultures par mode engrené, par lignes droites ou courbes, échelonnées ou serpentées , selon que le terrain le comporte. Sur un coteau , les alliages sont Yagues et tiennent de la méthode mixte , nommée Anglaise ou Chinoise , qui exige des variantes selon les pentes, les expositions, les moyens d'arrosage.
Ainsi, les entrelacements, soit en ligne droite et croisée (méthode composée ou 3e. ), soit en compartiments vagues et pittoresques (méthode mixte ou 2e. ) , forment une variété dont l'aspect est aussi récréatif que celui de la méthode civilisée est monotone. Elle a pour vice dominant l'abus du 1er. ordre , dit massif ou simple. Toujours elle agglomère sur un point et en vastes amas un seul végétal comme le blé, dont les variétés pourraient convenir à d'autres points du canton.
Ou bien la culture civilisée tombe dans l'excès contraire, dans le mixte diffus, [ordre cisaillé,] sur un terrain circonscrit; comme dans le cas ou 300 familles villageoises cultivent 300 masses de choux sur 300 points , dont à peine 30 sont convenables à cette production.
L'état sociétaire, exploitant un vaste canton comme s'il
était domaine d'un seul homme et sans risque de larcin, peut adqfjtitre combinément remploi des trois modes. Leur amal^me garantit l'utile et l'agréable; il réunit les avantages du produit à ceux du coup d'œil , à la facilité de marier les groupes en réunion locale, de combiner leurs intrigues, les activer Tune par l'autre ; c'est l'union du beau et du bon.
Cette distribution serait impossible en civilisation, vu l'exiguïté de certaines cultures, comme les jardinages et vergers, que le risque de vol et le défaut de fonctionnaires spéciaux obligent à restreindre au 10e. de la proportion naturelle.
Mais en Harmonie , où Ton consomme beaucoup et où l'on exporte beaucoup, il faut, s'il se peut, développer en détail chaque branche de culture, sauf à faire un choix des variétés qui alimentent le travail par série ; c'est pourquoi un seul végétal, comme l'artichaut, pourra donner lieu à former des lignes engrenées et des détachements disséminés, qui fourniront les diverses qualités nécessaires à [occuper les divers groupes] d'une Série. Ces divisions réparties sur un espace d'une lieue carrée pourront s'entrelacer eu cent manières avec les lignes et détachements d'autres végétaux, et favoriser en tout sens les rencontres de groupes , leurs mariages industriels.
On engrènera donc , autant que possible , toutes les cultures de fruits, de légumes, de céréales et de fleurs ; les pâturages, les bois, les bassins et poissons spéciaux, etc., afin de faire croiser les groupes en tout sens, et donner de l'activité à leurs intrigues.
Lorsqu'on ne pourra pas pratiquer cette méthode composée ou engrenée, qui est la 3e, et la meilleure, on se ralliera à la méthode mixte ou 2e. qui favorise déjà les
tiens, et on ne se fixera à la méthode civilisée ou simple, ordre massif, qu'autant qu'il serait ^possible de mieux faire. ~c*.
Encore , dans les cas où l'ordre massif sera nécessité par la nature du sol, aura-t-on soin d'y faire diversion par des lignes de bordures, des autels de fleurs et autres ornements.
D'ailleurs, l'ordre massif n'est pas désagréable et devient même noble, quand il est placé à propos et entouré convenablement : il n'est insipide en civilisation que par affluence en toutes cultures , et privation de parures en entourage.
Les femmes n'interviennent guère qu'en accessoire dans l'ordre massif, qui comprend les emplois fatigants ; elles s'y entremettent pour le soin des bordures , des réserves et des autels CO de secte.
L'alliage agricole des sexes conviendrait fort peu en civilisa tion , où les mariages sont difficiles ; il n'y serait
(i) Les femmes et enfants cultivent les autels champêtres que chaque groupe et chaque Série élèvent au centre ou aux angles de leur terrain favori , et qui: sont utiles pour allier les sexes , faire participer l'un aux travaux de l'autre.
Sur ces autels', on place au sommet d'un monticule de fleurs et arbustes, les statues ou les bustes des patrons de la secte, des individus qui ont excellé dans ses travaux et Font enrichie de quelques méthodes utiles. Ces images sont pour la secte un objet de culte agricole. Un groupe ne commence point son travail sans avoir brûlé l'encens sur l'autel de ses Dieux de secte : l'industrie étant aux yeux des harmoniens la plus louable des fonctions , l'on a soin d'y allier sans cesse l'esprit religieux et les mobiles d'enthousiasme, comme le culte des hommes qui ont servi l'humanité en perfectionnant l'industrie.
qu'une source de libertinage , de môme que la réunion des âges div££s. Les vieillards civilisés ne tirent aucun parti de reîptatres avec la jeunesse ; au moins ne sontelles profitables qu'aux gens riches.
Il n'en est pas ainsi dans l'état sociétaire. On verra à la section du ralliement passionnel que tous les âges ont des liens d'amitié en Harmonie , et participent tous au charme des réunions de divers sexes. De là vient qu'on s'attachera principalement â entrelacer les trois modes industriels :
1 , Simple ou massif; 2 , ambigu ou vague; 3; composé ou engrené.
Nous avons déjà , quant au matériel, une ombre de ces entrelacements , dans les vignes en hautain , où l'on mélange des lignes de blé, de légumes, de millet, etc., sous des allées de cerisiers , pruniers et autres arbres € auxquels est lié un rang inférieur de ceps, t Ces alliages sont une faible image du matériel d'un des trois ordres agricoles, mais non pas du passionnel; car ils ne produisent chez nous aucune de ces réunions de groupes divers qu'ils rassemblent fréquemment dans l'état sociétaire, où la séance en finissant est égayée par les petits repas de déjeûné et goûté qu'on envoie en fourgons suspendus. Les trois autres repas, délité, dîné, soupe, ne sont jamais servis hors du Phalanstère, à moins de nécessité.
L'ordre sociétaire sait établir l'alliage des trois sexes et des cultures diverses, dans les branches qui nous en paraissent le moins susceptibles , comme une grande prairie ou une pièce de vigne obligée par la nature du soK On trouve toujours moyen d'opérer des alliages et entre-' lacements dont la description serait insipide pour le lec-
leur qui ne connaît point ces usages. D'ailleurs, ces détails d'amusements agricoles contrastent fort iyec la misère de nos paysans ; mais ce n'est pas par la %sère qu'on peut arriver à L'Harmonie des passions. |^
Quelles que soient les distributions de culture, il faut toujours un édifice d'entrepôt et de vestiaire, à portée du point de rassemblement. Un groupe de vingt dames doit se réunir à 6 heures 1/8 du matin en telle clairière , pour y cultiver des fraises ou des framboises ; mais ces dames arriveront de plusieurs points différents ; car au sortir du repas de délité et de la parade matinale à 5 heures , elles se seront distribuées dans divers ateliers ou sur divers points des jardins et vergers : il faut donc à ces dames un petit hangar ou belvédère servant de vestiaire, avec une pièce distincte pour les hommes qui feront partie de ce groupe , et en outre une salle commune pour les rafraîchissements et le conseil*
Les mariages ou rencontres industrielles des groupes ont lieu dans les relations de toute espèce par d'autres voies; car on ne peut pas assembler deux manufactures dans le même local, ni les marier en exercice d'industrie comme les groupes champêtres ; mais il est mille moyens d'opérer ces ligues tant en industrie qu'en plaisir : admettons-les avant l'exposé , et étudions-en les conséquences.
Si telle Série de oerisistes ou de poirisies ne jetait pas quelques détachements, quelques masses d'arbres au voisinage des potagers et des parterres ; et si r d'autre part , les Séries de fleuristes et légumistes ne portaient pas quelques lignes ou carreaux vers les grands vergers de cerisiers et poiriers, on perdrait des deux côté» nonseulement le charme des rencontres industrielles, mais
l'intérêt pour les travaux respectifs qui servent de distraction et 4e leviers d'intrigue.
Les grappes et Séries prennent dans ces rencontres la même amitié que les régiments qui ont coopéré dans une affaire. Le but est d'amener toutes les Séries à se soutenir entre elles, s'intéresser les unes aux autres, et atteindre par cette amitié collective au gage d'Harmonie , qui est la répartition des dividendes en raison directe des masses , et inverse du carré des distances de capitaux. Ce n'est qu'en multipliant les liens qu'on peut arriver à cette répartition équilibrée, Section 8e.
On doit donc donner les plus grands soins à ménager ces c engrenages de culture > et entrelacements de groupes qui excitent l'amitié, l'intérêt réciproque. On pratiquera ces mariages de groupes , même sur un seul travail ; par exemple , dans les orchestres que nous confions exclusivement aux hommes, et dont divers instruments, comme le violon, seront communément affectés aux femmes.
A défaut d'un plein mariage ou balance numérique des sexes, l'on en approchera du plus au moins, et l'on se ménagera quelques adjoints de l'autre sexe , même dans les travaux qui paraissent convenir exclusivement à un seul, comme le soin de la cave. Si les cavistes d'une grande Phalange sont au nombre de 200, on verra au moins une vingtaine de femmes former un groupe affilié à cette Série , et en exercer quelque branche de travail , comme dans la gestion des vins blancs mousseux , qui sont attrayants pour les femmes.
II en sera de même de certains travaux tout féminins aujourd'hui , comme la buanderie et autres , qui trouveront quelques acolytes parmi les hommes. Selon la régie d'exception , quelques hommes se trouveront passionnés-
tlVREI. SËCÏIONÏ. 493
pour une branche de ce trayail; ce ne sera pas d'emblée, mais lorsque l'Attraction aura atteint son propre développement chez une génération harmoniques^ éduquée , selon les procédés décrits au 2e. livre. Alors ra parfaite division des travaux ménagera dans chaque genre quelqu'espèce applicable au sexe incompétent sur le tout; cette transition ralliera la Série à l'autre sexe. On n'aura pas besoin de tous ces engrenages dans une Phalange d'Harmonie hongrée ; mais nous sommes d'accord de décrire la haute Harmonie , pour descendre de là aux procédés de la moyenne et de la basse.
De même que les Séries s'attachent à opérer entre elles des mariages de groupes et de sexes, des entrelacements de culture , ainsi les groupes opèrent entre eux des amalgames et échanges de sectaires. Les séances étant limitées à une heure ou deux, chacun peut tenir à 40 et 50 branches d'industrie et s'intéresser à leur succès. Cette méthode d'engrenage universel est loi de la 11e. passion, ditePapillone, et de la 12e., dite Composite. Or, on doit se souvenir que la boussole générale d'Harmonie est de développer sans cesse en matériel comme en passionnel, les trois passions distributives , tant décriées par les moralistes , et dont l'essor est pourtant le seul gage de cette unité et de cette vérité, si vainement rêvées et si faciles à établir.