‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 4)Chapitre 69 sur 86 · ÇI?RA-PAUSE · texte numérisé non relu

ÇI?RA-PAUSE

seule voie de richesse collective, serait l'Association domestique agricole, c'est juh aveuglement qui tient du prodige.

Il est d'autant plus honteux pour la raison moderne, qu'elle n'a plus l'obstacle d'esclavage du cultivateur; nos savants l'ont prouvé aboli ; c'était un préliminaire indispensable aux tentatives de régime sociétaire.. Du moment où le cultivateur est libre et où l'on peut faire des essais d'Associations nombreuses par 500, 1000, 1500, il faut que les têtes économiques soient bien faussées, bien dépourvues de génie, inventif on de bonnes intentions, si elles cherchent des voies de richesse collective ailleurs que dans le lien sociétaire.

Elles se bornent, pour toute réplique, à l'objection suivante : « On » ne peut pas associer deux ou trois ménages; comment pourraft-on> » sans démence, prétendre à en associer 200 et 500? »

Cette opinion qui parait sensée au premier coup d'oeil est le comble de la déraison, et, pour en juger par un seul indice; observons que les grandes économies ne pouvant s'opérer que dans les grandes réunions sociétaires et nullement dans les petites, le Créateur a dû distribuer son plan d'Association pour de nombreux rassemblements, comme 200 ou 500 ménages, et non pas pour deux ou trois familles qui, par exiguïté de nombre on insuffisance d'efforts, n'élèveraient pas le bénéfice d'Association au 50e. de ce qu'il sera dans une grande réunion de 12 à 1 500 personnes ( redite nécessaire ) .

Il faut donc, à moins de supposer-Dieu privé de discernement, reconnaître en principe que son plan ne peut s'adapter qu'à de grandes réunions, et que si on ne sait aucun moyen d'associer deux ou trois familles, c'est une induction à penser que Dieu, selon le vœu<de l'économie et de la raison, n'a composé sa théorie sociétaire que pour le grand nombre (II, 22) et non pour le petit. Cette observation n'a pas été faite par nos timides spéculateurs; ils se sont laissé rebuter par un obstacle apparent, qui mieux apprécié devait soutenir leur espérance.

Autre indice : l'Association, quoiqu'impossible entre deux ou trois familles, n'est pas pour cela impossible dans d'autres emplois; on la voit exister dans certaines branches d'industrie commerciale, telles que les compagnies de banque, d'armement, d'assurance et autres entreprises qui réunissent jusqu'à 1000 et 2000 actionnaires. On la voit aussi s'établir dans les maisons de commerce, qui lient en pacte sociétaire dix et vingt co- intéressés , et même davantage; car certains commerçants ou manufacturiers ont des comptoirs dans une domaine de villes ou ports de mer, et peuvent compter en chefs ou sous-chefs , au moins 50 sociétaires actif s, non compris les associés passifs et accidentels, comme ceux qui n'ont intérêt que sur tel vaisseau ou telle portion de la cargaison.

UYIIEI. 507

L'Association industrielle est. donc faculté de l'homme : jusqu'à quel degré peut-elle être poussée eu agriculture, manufacture etcommeree, mais surtout en régime domestique , où l'incohérence des ménages cause des déperditions et frais si incalculables?

Des observations précédentes, il est aisé de conclure que l'Association n'est profitable qu'à l'appui du grand nombre , sauf la condition de fidélité de gestion et véracité en relations; d'où il suit que, si Dieu a fait une théorie de lien sociétaire, il n'a dû l'adapter qu'à de grandes masses, organisées de manière à trouver dans leur union des garanties de gestion fidèle et de vérité pratique.

Cette clause de fidtle gestion peut nous sembler un obstacle insurmontable; et sans doute il le serait dans un ordre social comme le nôtre, où tout invite à la friponnerie, et où l'on est raillé pour avoir fidèlement géré; mais il faut croire (et c'est un principe des philosophes mêmes (II, 152) que la nature n'est pas bornée aux moyens à nous connus. La sagesse divine peut donc avoir cent moyens de résoudre tel problème insoluble pour la raison civilisée; et l'on verra, liv. 2e., au traité^des Séries pass., que cette fidélité absolue de • gestion dont l'idée nous fait crier à l'impossible , devient la chose la plus facile et la mieux garantie , dès que les volontés divines sont connues et que les Séries pass., sont organisées.

Il règne sur cette recherche des voies divines, un concours de préventions injurieuses à la Providence : les uns, par superstition, croient qu'elle nous a condamnés aux privations en cette vie; les autres, par philosophie s croient qu'elle nous a destinés à un bonheur médiocre; de là vient que les deux partis se sont accordés à repousser l'idée d'un code sociétaire dont les résultats seraient vraiment dignes de Dieu, c'est-àdire immenses en générosité et en magnificence , comme les aperçus que donne l'hypothèse d'Association.

L'orgueil philosophique s'oppose à pareille étude; admettre que l'Association soit possible et qu'il faille en rechercher les méthodes, c'est admettre que la civilisation ne soit qu'une subversion sociale , et que ses 400,000 tomes de philosophie soient des théories d'ordre subversif. Elles seraient suspectées du moment où on apercevrait quelque moyen d'arriver à l'Association ; de là vient que les savants en repoussent l'étude, avec d'autant plus d'obstination, qu'ils y voient double inconvénient pour eux ; le danger de ne pas réussir et de consumer inutilement leurs veilles sur un problème épineux, puis le danger de décréditer leurs théories de morcellement industriel ou état civilisé et barbare.

D'autre part, la religion se trouve en collusion involontaire avec tes philosophes ; eue prêche avec raison qu'il faut se contenter de peu dans l'état actuel, et dédaigner les biens de ce monde, puisque nécessaire-

CIÎRA-PAtfSE.

nient les 0f i0«. des civilités en doives* être privés. Le sacerdoce ignore que cette pauvreté est limitée ans quatre société» lymbiques (II, 55) ; et les regardant comme destin irrévooaMe et malheur sans remède, il opine dans le sens de la philosophie, à se contenter de peu, négliger les perspectives d'immense- fortune, debonheurgéaéral,etparcontre-co«p négliger les calculs sur l'Association. Cependant le sacerdoce, loin de la proscrire spécialement, comme ont faitlesphilosophes , a au contraire excité les hommes à tout ce qui pouvait favoriser les réunions. Il n'est pas moins certain que l'un et l'autre, par des voies opposées, ont entravé cette étude, avec cette différence, que le sacerdoce ne Ta point fait par système ni par intrigue littéraire, mais seulement dans l'intention de consoler tes humains d'un mal-être auquel il ne voyait pas de remède.

Signalons sur cette matière les deux erreurs les plus plausibles et l'inconséquence de ceux qui lesont accréditées; ce sont : L'induction tirée du petit obstacle a» grand; L'ébloui8sement par contraste du mal au Me».

4er. Tort. L'induction du petit nombre ou grand : il est sans doute bien impossible d'associer 2,5,4 ménages , et même rOà 42; on a- conclu de là qu'il serait d'autant plus impossible d'en associer 2 ou 500.

Les modernes, dans cette opinion, sont comparables aux navigateurs timides , cités an IIe. tome , et qui, avant Christophe Colomb, n'osaient s'avancer qu'à 200., 50O, 400 lieues- dans l'Atlantique: chacun d'eux revenait effrayé, déclarant que cette mer était un abime sans fin, etque c'était folie de s'y aventurer. Qu'un pins hardi eût poussé à 00* et 800. lieues sans trouver l'Amérique, chacun aurait détfd&depius belle que l'hypothèse d'un nouveau continent était ridicule. Enfin , si un vaisseau plus téméraire eût poussé à 1000 et 4200 lieues , il serait de même revenu sans succès , et chacun aurait d'autant mieux classé la recherche au rang des folies ; .cependant , pour réussir , il suffisait de persisteret s'avancer jusqu'à 1800 lieues.

' Telle était la méthode à suivre dans les études sur l'Association. 11 ne fallait d'autre effort de génie que d'aller en avant , ne pas se décourager pour un échec sur de petites épreuves, ne pas conclure du petit au grand, mais poursuivre en graduant les essais. Si Ton échouait sur 4 familles, il fallait spéculer sur 8; échouant sur 8, spéculer sur t6; échouant sur 16, essayer sur 52, puis sur 04, puis sur 100. Arrivé-à ce point, on aurait réussi, sauf la découverte du procédé de Série passionnelle et* courtes séances, qui est aisé à trouver, dès que les essais portent sur 550t à 400 personnes. Pour peu qu'on eût tenté ces essais pendant un demisiècle, sur 00, 80, 1 00 familles, on serah> nécessairement parvenu à la découverte du mécanisme sériaire, qui sera décrit dans cet ouvrage.

Page 1