‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 4)Chapitre 9 sur 86 · SECONDE PARTIE. PRÉ-ÀMBULE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE. PRÉ-ÀMBULE

bleaux, entre autres celui des caractères et phases de civilisation ( II, 207), détail complètement ignoré, et sans lequel notre politique ne se connaît pas elle-même, ne sait pas si l'ordre social est en âge de progrès ou de déclin.

Ces omissions auront pu être aperçues des êtres les moins initiés aux sciences , et les amener à conclure que tant de branches d'études négligées (voyez les tableaux II, 120, 142, 164, 218, 219, 248), pourraient bien contenir le secret du bonheur social , si vainement désiré.

Les lecteurs, même superficiels , auront compris encore que, dans le monde matériel comme dans le monde social , tout se détériore à vue d'œil; que les climatures sont dénaturées et méconnaissables; que les hivers usurpent la place des printemps ( 1821 ) et souvent des automnes (1820) , qu'au lieu de prendre des mesures pour extirper l'ancienne peste, la civilisation laisse introduire de nouvelles pestes, fièvre jaune et typhus ; que ce surcroît de calamités physiques, ajouté au redoublement d'impôts et de calamités politiques , est un signe incontestable de dégradation en mouvement matériel comme en social.

Ce sont là des points de fait, des vérités palpables et suffisantes à éclairer tout homme qui voudra préjuger sur le débat établi entre l'industrie morcelée et l'Association qui va métamorphoser de mal en bien le monde matériel et social. Chacun, en récapitulant ces effets croissants du mal , suspectera les sciences d'où naît ce désordre qu'on a le front dénommer perfectionnement social : chacun sera tenté de prêter l'oreille à la nouvelle science, qui doit réaliser tous les biens que l'ancienne promet en vain.

Sur ce, l'on réplique par un argument qui parait concluant, et qui semble infirmer toutes ces belles espérances. On objecte : « Chacun se • serait donc trompé , et vous en sauriez donc plus à votis seul que tes » savants de tous les siècles ? »

« Chacun se serait donc trompé! » Pourquoi non? Serait-ce la première fois? N'en disait-on pas autant à Colomb, quand il annonçait l'Amérique, et à tous les inventeurs qui ont prouvé que chacun s'était trompé avant eux? C'est le propre de chacun et du monde entier, que de se tromper pendant plusieurs mille ans sur les dispositions les plus urgentes et les plus faciles , comme la soupente et l'étrier. Assurément, chacun s'était trompé jusqu'au 12e. siècle par oubli de ces deux inventions si précieuses , et pourtant si à portée de tout le monde.

Il suffirait de cette étourderie entre mille autres pour prouver que le monde entier peut être un monde sot, étourdi et aveugle sur les minuties comme sur les grandes choses. Eh! combien ne l'a-t-il pas été sur l'Association? Si on en eût manqué la découverte après de pénibles recherches, il y aurait déjà maladresse, puisqu'il existait (II, 142) seize

à CIS-LÉGOMÈNES.

voies d'exploration et de réussite. Or, quelle est l'étourderie d'un globe qui n'a pas même songé à chercher la seule invention d'où dépendait son bonheur, pas flairé une seule des 46 voies?

N'a-t-on pas vu le monde entier commettre des erreurs bien plus choquantes? Citons-en une de celles qui régnent encore, et qui aurait dû depuis plusieurs mille ans être rectifiée par tout homme, femme ou enfant ; c'est la coutume de considérer la droite comme côté d'honneur. 11 faut que Dieu en ait jugé tout autrement, car il a placé à gauche le cœur, foyer de mouvement et le plus noble des viscères. Si les civilisés ont raison de préférer la droite, il faudra donner raison à ce médecin de comédie, qui veut placer le cœur à droite. On voit, au contraire, que dans tout le système de l'univers comme dans le corps humain, la gauche est le côté d'honneur. Aussi toutes les planètes présententelles la gauche au soleil levant. ( Le seul Herschel fait exception, pour causes qui seront expliquées en cosmogonie. )

Qu'on cesse donc de s'étonner si le monde entier se trompe sur la destinée sociale, problème dont la solution n'était pas à portée de tous, quand on le voit se tromper sur des vérités palpables, comme la prééminence de la gauche sur la droite. Combien compterait-on de ces erreurs, soit générales , comme la préférence donnée à la droite ; soit spéciales et Iwrnles à un art, comme la stupide coutume de noter la musique sur onze lignes; ce qui oblige à faire usage de huit clefs, tandis qu'en notant sur douze lignes, dont deux intermédiaires, 6, 7, en blanc, tout serait ramené à une seule clef (correction qui sera expliquée).

C'est surtout dans l'étude de l'Association qu'il importe de se défler de ces préjugés flatteurs pour l'ignorance générale; de ces arguments dictés par l'orgueil, comme celui-ci : « Tout le monde se serait donc » trompé ! Eh ! qui étes-vous , pour prétendre donner des leçons an » monde entier ? »

Je réponds : Qu'étaient ceux qui inventèrent la soupente et l'étrier ? Peut-être un sellier et un maquignon, qui sur ces deux points, sur l'équitatjon et la voiture, en savaient plus que le monde entier, et lui prouvèrent qu'il s'était trompé ; car ils élevèrent le transport à cheval et en voiture , du mode simple au mode composé.

Il n'est donc pas nécessaire d'être un génie transcendant, pour remontrer le monde entier, et en savoir plus que lui sur quelques points, notamment dans les branches d'étude dont il ne s'est jamais occupé, comme l'Association , branche où le premier qui enfin s'avise de tenter des recherches doit avoir tout l'avantage des premiers qui arrivèrent au Pérou : ils avaient beau jeu de trouver les mines d'or.

Il est assez doux à l'orgueil d'établir dans la classe savante comme /Jans le corps politique , une noblesse et une roture , et de vouloir écon-

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