‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 5)Chapitre 37 sur 63 · HUITIÈME NOTICE · texte numérisé non relu

HUITIÈME NOTICE

ACCORDS INTENTIONKELS SCR tARTiPARTITIOn.

PRËAMBQIE. !Nous approchons du problème de réparlilion, sur la solution duquel repose tout le mécanisme sociétaire. Si les accords feiblissaient sur ce point, on verrait bien vtte crouler tout l'édifice.

INOUSTRIIL. IV/S. 3i7

La phalange d'^reuve ssxzît dissoute au boat de sa i ." campagne. Four lui garantir l'accoi'd de répartition , nouft aurons deux moyens plus que sufîisans ; le i ." est la GCPlDlTÉ qui ne manquera jamais chez les hommes ; or si OB trouve moyen de la transformer en gage de réparlilion équitable, on sera déjà assuré du règne de la justice. Le a.' moyen d'équilitwe en r^tartitios, sera la GSKÉKÛSITÉ qui o'est pas pralicable en civilisation; les civilisés ne jugeant que d'après leurs mœurs, pourraient la croire également impossible' en harmonie; il est donc indispensable de leur décrire eu abrégé ces accords de générosité, d'oùrésultera le concert intentionnel , avant même qu on ne procède à la répartition. Cet examen sera le sujet de quatre petits tableaux distingués en accords nMtérîeis,alïectneiu, mécanisans et onilaires.

GHAP. XXIX. De l'accord intentianml par les jouissances matérieiles.

liA. 1." vtHe d'accord en association, est l'enriehisseiBent;anssi voit-on, dans toute compagnie decommerce, les associés se brooilW, se séparer quand l'entreprise ne donne pas de bénéfice. L'accord inlentionnd ne pourra donc régner dans la phalange , qu'autant que chacan y rerra,danssaforraneet ses joniasances, un accroissement colossal , un revenu quadruple en effectif, trentuple et qnaranlui^e en relatif. Démontrons celle propriété du régime sociétaire, d^it expliquée, PréT. Art. 11. Jkne l'envisage ici qu'en parallèle de l'effectif au relatif.

Une famille vivant dans les bonnes provijKes de France, Tonraine, Anjou, est, quant à la vie animale, dix fois pins riche que si ellevivait à Londres. Elle aura dans les campagnes voisines de Tours et Saumur des ^îts et des vins an lO.* de ce qu'elle les paierait dans Londres; aossi Toit-<Hi beouconp de ^milles anglaises habiter en Tonraine, pour y fiûredes. épargnes tout en virant splendidemeni. Ucstdoocdes circoaBlances.qni

3l8 NOUTEA.U MONDE

peurent éievercerlaines branches de richesse au décopie relalif , sans qu'on ait rien ajouté à la fortune effective; et si à ces moyens se joïnl un quadruplement du revenu effectif, il élèvera la richesse an quarantuple relatif, puisqu'on aura quatre fois pins de facultés pécuniaires pour se procurer un bien-être décuple.

La richesse relative en régime sociétaire, peut dans diverses branches s'élever à un degré incalculable , même au centuple, en la combinant avec le quadruplement du revenu réel ;en voici deux exemples tirés des plus somptueux et des plus minimes objets de luxe.

Tb&KSPOET. Il eu coûte à Paris 6000 f. par an à tout ménage qui veut rouler carrosse, avoir seulement 3 voitures, une de ville, une de campagne et un cabriolet, entretenir les valets , renouveler les chevaux et équipages. Celte famille pourra en harmonie moyennant 600 f. paran,)Ouirderabonnementaux voitures de tousdq[rés, même de gala , et aux chevaux de selle.

Cette richesse décuple quant aux frais du matériel, devient vïngtuple si l'on porte en compte les avantages d'option sur un assortiment de voitures nombreuses de toute espèce, la dispense de débattre avecdes marchands et ouvriers trompeurs , la dispense de laquais , de leurs voleries et intrigues, de leur espionnage et autres ennuis de surveillance qui font dire avec raison que la valetaille est le fléau des grands.

£n fait de transport, les voitures et chevaux ne sont pas la seule voie sur laquelle il y ait des jouissancesà désirer; souvent les voitures ne sont qu'un pis-aller ennuyeux, comme dans Paris et Londres où la voiture n'est guères que plaisir négatif, moyen d'échapper aux boues, aux intempéries et aux longues courses, puis aux embarras de la campagne parisienne où la classe riche est emprisonnée dans ses châteaux , par les mauvaises routes et les pavés fatigans bordés de 3 haiesde boge dégoûtante. Les routes des environs de Paris sontle supplice du promeneur et dy chasseur ; cloaques de boue

INDUSTBIEL. III.* S. 3t9

pendant sept mois d'hiver, océan de poussière pendant 5 mois de belle saison , quelquefois dès le mois de Mars, comme en iSsS.

Le contraire a lieu en association où l'on ménage au transport des chemins avariantes, ayant troloirs à chariots, trotoirs à voitures légères, trotoirs à piétons, trotoirs à chevaux et zèbres , voies ombragées , sentiers arrosés , etc. Sur cette 3.' branche de transport comme sur les deux précédentes, le bien-êlre sera au moins décuple du nôtre : nous voilà déjà au trentuple de jouissance comparative sur le transport.

Une quat^me branche de charme est celle des communications couvertes, dans tout l'intérieur des logemens, étables, magasins et ateliers; le plaisir d'aller aux séances de travail, à l'église , en visite, aux réunions de spectacle , bal , etc. , sans s'apercevoir s'il fait chaud ou froid, sans courir aucun risque de rhumes ni fluxions au sortir d'un bal, d'où l'on s'en va chez soi par des couloirs chauffes. Si l'on s'en retourne à une lieue de là , on monte en voiture dans un porche chauffé où les animaux partagent le bien-être des hommes. Je ne dirai pas qu'en ce genre de jouissance le bien-ctredesharmoniens soit décuple du nôtre, car il n'en existe point pour nous. Les déplacemens sont presque toujours gènans, souvent dangereux , même pour on roi ; car le roi de France n'a pas de porehe couvert et chauffé, il faut pour monter en cairosse, qu'il reçoive la neige et la bise:on voitdes femmes gagner une fluxion de poitrine au sortir du bal : un particulier dans nne matinée employée aux visites, aux affaires, est obligé de monter en voiture vingt fois, monter et descendre sans cesse des escaliers. L'on n'appréciera les embarras de ce genre de vie , que lorsqu'on pourra faire le. parallèle du charme des communications couvertes , et se convaincre qu'en édifices comme en toutes choses , la distribution civilisée est le monde à rebours.

En ajoutant ce bien-être estimé vingtuple, au tren-

3«0 nOUVEAU MONDE

tuple dcji ënumâ^ , nous trouToos la comitie de ftm*sance portée sa cinquantaple dans la partie des transports et dépiacemens ; et commeon aura , pour )o«îr de ce Iûcd- £tre,un quadruple revenu; lasoa)med'amélioralM>ii,en multipliant le quadrige eSfecUf par lecinquantuple relatif, ft'élèvera au deux centuple : c'est dire que l'accroissement de bien-être en harmonie est îocalcnlable : oantinuons sur le malériel, je passe aux menus détails.

Les rois avecleur attirail d'o£Etciers de bouche, œ peuvent pas se procurer une chère aussi délic^e que sera celle du bas peuple harmonien. Ils ne peuvetH pas aroir option surdivers bouillons i parfum natu|^ ou lëgumineux ; on masque leurs bouillons par des jus et des coulis, leurs cuisiniers n'auraient ni le talent ni la patience de leur faire un assortiinent en bouillons purs de viandâ( et légumes. Ces cuisiniers de cour sont encore plu inférieurs sur beaucoup de inet»qu'ils croient au-dosMU de leur dignité. Cependant l' estomac d'un priace «>mme d'un bourgeois a besoin de variété ; on se blase sur tes mets recherchés comnie sur les roaununâ : demièresient une grande princesse en voyage, placée à uue table somptueusement garnie par les soins des préfets tA des œires, leur disait : ■> Tout cela est bien beau , mais yt » préférerais des pommes de terre. » Elle n'en trouvera pas aisément dans Paris où ce légume est si maladroitement cultivé et recueilli. D'ailleurs ses cuisiniers ooonaûtroat-ils la méthode qui couerve le parfua» du végétal, c'est la cuisson sous la cendre, opéralion des plus dilBciles et dédaignée d'un euisinîerroyal.S'informe-t-il en quelle espèce de terrain et selon quelle méthode un légume a été cultivé? Ces rafËnemens de qualité <fu'uD roi civilisé ne peut pas se procurer , seront assures au plus pauvre des barmoniens. ISe ntangeât-il qu'une omelette, une salade, Il pourra se direyV sais èùn mkux servi que les rois civilisés. En effet on ne eotuiaîtpas <^** nous les distinctions de saveur sur les otuËi provenant de divers systèmes de nutrition des poules; an^ roi

IKDUSTRIBZ.. III.» S. 321

est obligé de se conlenter '(t'œu£> achetés aa hasanl , et dont quelques uns sont de mauvais godt, avec une belle apparence.

En calculs de mécanique des passions, la régularité exige qu'on établisse les preuves sur les 3 extrêmes de chaque série. J'ai cité en parallèle de jouissances , l'une des plus fastueuses , celle des équipages et voitures de gala ; je vais descendre à l'une des plus vulgaires , n'ea déplaise aux beaux esprits qui ne peuvent pas se&çonner à celle règle du contact des extrêmes, règlequi, disent-ils, n'est pas  la hauteur de la philosophie : elle va dédaigner nn parallèle trivial, un sujet tiré du teslamentburlesque de Scarron qui lègue

•• A Molïére le cocnsge ,

« Au gros SaÎDt-Anuuid , da (rooiage : u Si le fromage est digne de la poésie, et même de la muse lyrique, ( voyez l'ode de Lebrun sur Je triomphe de nos paysages.ycompris le fromagcdeVanvres sorti des mains de Galatée, ) ce mets champêtre pourra d'autant mieux figurer dans ma prose bourgeoise, où l'on va voir une croûte-de fromage s'élever ta hauteur de la plus sublime philosophie, en nous dévoilant le néant des grandeurs civilisées. 1

Humainement parlant : la 'thèse est, qu'un roi , avec tous ses trésors, ne peut pas servir à sa table du fromage satisfaisant pour ses convives; car il faut en service harmonique de fromage, présenter trois séries, i.° des espèces, 2.* des vaiiétés de chaque espèce, 3." des âges de chaque variëté.Cette distinction eu 3 échelles, exigera environ cinquante morceaux de fromage fraîchement coupés, lors même qu'on ne tablerait que sur (rois/ espèces, comme Gru/ère. Gex et Brie, les plus employées' à Paris 01^ l'on voit, sur les meilleures tables, et sans doute cheK le roi, servir a peine trois morceaux de fromage, sans aucune échelle ni d'espèce, ni de qualités, ni d'âges. Les plus pauvres harmoniens jouiront de cette variété refusée à nos rois. I^e fromage étant ou très-sain

3ïa TtOCVEAU MONDE

OU très-malsain, selon son aflînilé avec les facultés dîgesÙTcs de chaque sujet , ilouze convives auront besoin de douze qualités de fromage qu'ils ne peuvent rencontrer que sur une girandole contenant, sous diverses cJorbes, un assortiment d'une cinquantaine de variélés, en 3 séries d'espèces, qualités et âges; variété dont jouira chaque jour le moindre des harmonicas , et qui n'est pas possible aujourd'hui , même à un roi .

11 importe de remarquer, sur les plus minimes détails, comme cette minutie de fromage, que le bas peuple harmonien sera en tous genres de jouissance bien plus avantagé que nos grands et nos souverains. Un homme oserait-il dire à la table du roi , ces 3 fromages nesont pas -ce qu'il me faut, je veux la sorte trèssalèe, yeuxmojrens, larmes abondantes , chair compacte sans êiasticUé et roa~ geatre vers la croûte? Un tel homme serait traité de manant , on doit trouver tout bon à la table du roi , si on veut obtenir une sinécure. C'est ainsi que les civilises sont à chaque pas harcelés par les convenances, obligés de modérer leurs passions. Le charioe des harmoniens sera de ne les modérer en rien , et de pouvoir exiger telle qualité sax la croûte et la mie de fromage. Ils la trouveront sur ra.s$orliment en triple sérip et de mccne sur tout autre mets.

Concluons maintenant sur ce qui touche aux accords intentionnels qu'auront fait naître les jouissances matérielles, graduées de manière à procurer â tous des charmes à chaque moment, car le charme de la vie matérUUe est de pouvoir à tout instant satisfaire minutieusement ses plus petites fantaisies. Les rois sont fort loin de ce genre de bonheur qu'on n'obtient que des Séries passionnées, etce sera un des motifs pour lesquels un roi, après avoir vu la phalange d'essai , ne reverra ses palais, sa cour, son étiquette qu'avec un profond dédain.

On voit que j'ai estimé au dessous de la réalité, en disant quadrupîement de richesse effective et t/uaraniuple~ ment de joui&sances,car dans plusieurs branches, comme

INDUSTRIEL. ^II.'S. SîS

les communicfltionset transports, on cxcùderale centuple. Les mots vingtuplc, quaranluple que j'emiiloic, sont une cxpressionmodcste pour adoucir une vérité éblouissaute.

On voit aussi que le mécanisme sociétaire oluerve exactement les règles de contact des'extrêmes et lien des parties : les jouissances qu'il procure s'étendent à toutes les classes et aux plus minimes détails.

£n combinant avec ces plaisirs sensuels , l'absence de soins matériels dont les pères et mères seront délivrés, le contentement des pères dégagés des frais de ménage, éducation et dotation; le contentement dès femmes, délivrées de l'ennuyeux ménage sans argent, le contentement des enfans abandonnés à l'attraciion , excités aux rafBnemens de plaisirs, même en gourmandise; enfin le contentement des riches, tant sur l'accroissement de la fortune que sur!» disparition de tous les risques et pièges dont un civilisé opulent est entoure; il est aisé de pressentir que la phalange d'essai n'aura dès le ] ."mois d'autre sollicitude que de maintenir un si bel ordre; et sachant que son maintien va dépendre uniquement de l'accord en répartition, elle s'inquiétera des moyens d'opérer cet accord dont on doutera pendant le cours de la i.** campagne, parce qu'on ne l'aura pas encore vu; la répartition ne pouvant se faire qu'en janvier ou février, après la clôture de l'inventaire.

On verra donc les séries, les groupes, les individus, se concerter sur cetaccord, prendre à l'envi les résolutions les plus généi'euses, l'engagement à des sacrifices pécuniaires */u» ne seront poinl nécessaires : chacun luttera de dévo&ment inlenlionnel et de résolutions désintéressées. Chacun, à l'idée de retomber en civilisation, sera effrayé comme à l'idée de tomber dans les brasiers de l'enfer ' chacun proclamera qu'il souscrit d'avance à *andonner s'il faut, moitié de son bénéfice. Dès lors le vœu d'unité l'accord intentionnel sur le maintien de 1 unité, s'élèvera au plus haut degré. Nous allons remarquer le même résultat dans les relations autres que les matérielles.

N..,j-,Goot^le

324 ' NOUVEAU MOKDE

CHAP. XXX. De l'accord affectueux opéré par la fusion des 3 classes.

Nous [>a5sons des plaisirs [des sens aux plaisirs de lame, aux impulsions de générosîïc qui ennaitroat, et qui disposeront à un accord intentionnel en répartition.

Le premier acheminement est de laire disparaître les antipathies de classe à classe : les Petites Hordes , 243 atteignent ce hut en s'emparant des travaux méprises : c*est lever le principal obstacle à la fusion des classes , et aux intentions conciliantes en partage des bénéfices.

Pour faire entrevoir la farilité d« cette fusion, partons de quelque point de fait. Nous voyons que les caractères les plus nobles, comme Henht IV, sont ceux qui inclinent le plus k se familiariser avec leurs inférieurs, valets ou autres, pourvu quils rencontrent des subalternes dignes de cette bienveillance. LoviS XVI était aussi trèsfamilier avec ses inférieurs , tels que les serruriers qui l'aidaient à sa forge. Il s'amusait à jeter les coussins du lit à la tâte de son valet de chambre Cléry qui lui ripostait de même.

Ces exemples dénotent que la classe opulente serait heureuse si elle était entourée de subalternes assez probes, assez désintéressés pour qu'on piit sans inconvénient se rapprocher d'eux en quelques relations. Le contraire a lieu dans l'ordre civilisé , où les domestiques sont un cortège importun et suspect pour les grands, obligés de maintenir une police très-sévère parmi ces dangereux serviteurs.

J'ai dé}à décrit, 390, le charme que procure la domesticité passionnée ; insistons par quelques détails.

Danxm ftt florimane : lorsqu'il habitait Paris, il dépensait beaucoup au soin de son jparterre, il était mal secondé) trompé par les vendeurs, et volé par les jardiniers ou valets : aussi avait-il fini par se dégoûter de la culture des fleurs sans cesser de les aimer.

INDUSTHIEL. m.* S. 325

Installé à la phalange d'essai , Damon se passionne de plus belle poar les fleurs, parce qu'il esL secondé par des adeptes ardens , qui loin d'exciter sa défiance vont au devant de tons ses désirs , et exercent avec intelligence tontes les branches de travail dont il nereut pas se charger. Il n*a aucun démêlé d'intérêt avec eux , puisque tous les frais sont au compte de la phalange ; il est aimé et considéré d'eux par ses connaissances qai leur sont précieuses; il est festoyé d'eux comme appui de la corporation ; il affectionne chacun des sous-groupes, surtout les enfans empressés d'aller , aux apparences de grande pluie, placer les tentes sur les lignes de fleurs: cette rénnîon de florimanes est pour lui une seconde famille, il y élit des adoprifs en industrie.

Par exemple : Aminte, jouvencelle pauvre, l'une des. plus habiles sectaires, est enthousiasmée de Damon ; elle oublie qa'il a la soixantaine, elle voit en lui le soutien de ses cultures chéries ; elle veut s'en reconnaître ; et comme elle est membre du groupe des caméristes ou pagesses, elle se charge de la cha'mbre de Damon, du soin de sa garde-robe. ( Les jonctions de balayage, etc. sont dévolues aux petites hordes ). Aminte est donc par passion la gouvernante de Damon ; ce n'est pas lui qui la paie, elle serait déshonorée par un salaire ; elle a comme d'autres son dividende au groupe de* caméristes, carclle ne sert pas le seul Damon, mais il est celui dont elle affectionne particulièrement le service. Sa passion pour la culture des fleurs se réfléchit sur Damon qui est par ses lumières et sa fortune , la colonne de cette industrie.

Damon recueille ici double charme, deuxservîces passionnés,l'un au parterre 9vec Aminte et autres coopérateurs qai secondent si bien ses vues, l'autre à son appartement dont la belle Aminte a adopté la survrâllance et lessoins domestiques.

U ne s'ensuit pas qn'Aminte|sera maîtresse de Damon: Mm service est hors du cadre des amours; îl est bien probable que Damon convoitera Aminte , mais quelque

ëpîsodc qui survienne à cet égard , ïl aura le charme de trouver en clic double service passionné, double sujet d'enthousiasme pour elle , au parterre et ,aux appariezncns. Il trouvera donc son bonheur à êlre familier avec une personne qui fait pour lui fonction de deux domestiques dfilisés , d'un garçon jardinier et d'un valet de chambre ; el it ne manquera pas de la reconnaître pour adoptât industrielle, titre qui lui assure une part quelconque dans la succession de Damon.

Observons qu'ici je n'ai mis en jeu que des liens d'amitié, de coopération iadustriclle, qui seraient bien plas ferts chez l'enfance, car c'est chez les enfans que l'amitié

f)Cul prendre un bel essor j elle n'y est contrariée ni par a cupidité, ni par l'amour, nîpar les intérêts de famille. L'amitié dans le bas âge confondrait tous les rangs, si les pères n'intervenaient pour habituer leurs fils à l'oi^ueil. Dans l'âge d'adolescence, l'amour vient confondre les rangs , et mettre un monarque au niveau d'une bergère qu'il recherche. Nous avons donc, même dans l'ordre actuel, des germes de fusion des classes inégales; on en trouve jusque dans l'ambition ; elle habitue le supérieur à se fâmiliaiiser avec l'inférieur en affaires de parti , eu intrigues électorales ; on a vu les Scipion et les Caton aller au devant d'un rustre et lui serrer la main pour ohtenirson suffrage ; que de bassesses commettent les lords anglais , pour capter un èoarg-pouni! tout en le payant chèrement.

Nous avons donc dans l'état actuel, beaucoup de germes tendant à ébaucher la fusion des classes, mais par des voies d'abjection, de sordide cupidité. On voit déjà ces vils moyens opérer des rapprochemens entre gens de classes antipathiques; ces rapprochemens seront vingt fois plus faciles quand on opérera par des moyens nobles, des liens de franche affection, comme ceux que je viens de décrire eotre Damon et Aminte.

Outre ces liens formés par Damon sur la culture des fleurs, jil en aura forme vingt autres sur divers travaux

INDTJSTRIEI,. III.*S. 327

ilaiis chacun desquels il se sera lié avec la plapart des scciaircs. H y aura coniracté des affections coqraratire*, cl re lien est d'autant plus actif en harmonie que chamn recueille de ses compagnons un tribut de flatteries bien sincères, parce que l'exercice parcellaire borné à une seule branche du trarail , applique chaque sectaire i la branche où il peut erceller,

La flatterie perpétuelle ou récolte journalière d'encens est on des principaux charmes du riche hannonien ; elle dérive de deux sources, àa «on habileté dans les travaux parcellaires, ( chacun excelle dans les parcelles attrayantes pour lui ),etdes serrices qu'il rend à ses séries,' à ses groupes , en munificence industrielle. Damon homme riche a pu faire des dépenses pour tirer de payslointain des espèces de fleurs précieuses dont la régence n'aurait pas fait les frais; 4 ce titre, il est considéré de to«s les sectaires , ils le choisissent pour chef d'apparat, colonel de la grande série des florimanes ; chacun d'eux est conservateur passionné de ces espèces rares que Damon a fait Tenir, et qui en civilisation seraient votées ou fripées par les valets, Damon est donc payé de son présentipardonbte lien affectueux, par sa gratitude pour descoopëratrars zélés, intelligens, et parleur amitié, leur considération et celle des voisins rivaux ; il recueille d'eux tous un tribut de flatteries , et il en recueille autant dans beaucoup d'antres séries où il est sociétaire depremiu- ordre par son habileté parcellaire : c'est ainsi que ce prétendu vice maudit par la morale

•I Détestables Sattenrs présent le plas foneste 1

■ Qu'ait pu faire anx honiali» la colère céleste, devient comme tons nos soi-disant vices un encouragement à l'industrie , une source d'harmonie sociétaire ; les pauvres même sont combles de flatterie dans les groupes où ils excellent ; mais en civilisation il n'y a d'encens que pour le riche , et on ne lui en donne que pour le dnper on l'exciter au mal.

Si tant de moti& affectionnent les riches anx pauvres ,

il en est bien davanlage ponr affectionner les pauvre» aux riches ; tels sont les suirans :

Esprit de propriété sociétaire, part au bénéfice. Service indirect du riche envers le pauvre , 390, Éducation de l'enfant pauvre par les riches adoptans. Adoption indostrielle et participation d'hoirie. Fruit recueilli des dépenses du ridie poui-la phalange. Desserte des tables de i." degré, livrée à demî^rix,~ . Festins corporatife payés par les riches, Flatterie cabalistique distribuée par les riches. Abandon de part aux en&ns pauvres ( 5.* Section ). Tant de liens nouveaux établirant bien vite l'unité entre CCS deux classes dont les relations n'engendrent aujourd'hui que haines réciproques, spoliations et perfidies.

Ce qui charmera nn homme riche dans l'état sociétaire, ce sera de pouvoir accorder pleine confiance à tout ce qui l'entoure, oublier toutes les astuces dont on est obligé de se hérisser dans les relations civilisées, sans pouvoir éviter les duperies. Dans la phalange , un riche s'abandonnant en pleine confiance, n'aura jamais aucun piège i redouter, aucune demande importune à essuyer; les petites hordes pourvoient aux secours nécessaires; ce cas est bien rare parce que les barmonjens pourvus d'un minimum suffisant, n'ont rien à demander à personne en afiaires d'intérêt, assurés qu'ils sont de recevoir en chaque branche d'industrie attrayante, une rétribution proportionnée à leur travail, à leur talent, et à leur capital s'ils en ont. C'est une jouissance pour eux que l'absence de protection , la certitude que toute protection serait inutile à leurs rivaux comme à eux-mêmes, que la rétribution et l'avancement seront équilablement répartis en dépit de toute intrigue : l'on verra ce mécanisme dans les notices 9 et 10.

Les liaisons entre inégaux seront donc très-fâdles en harmonie:los réunions y séduiront l'homumpar tagaité, te bien-être, la politesse et la probité <i's classes inférieures, par l'appareil fastueux du ir^ivnJ , et le concert

iKDtiSTRiEL. IV.* S. Sag

des sociélaîres.LeipliispïTiTres seront fiers de Icor nouvelle condition et des baotes destinées de leur phalange qui va changer la face du inonde. Us tiendront i se dîstif^uer des civilises par une probité', une «iquité qui seront l'unique voie de bénéfice. (Voyez S.' S-, g.' notice). Us aaroDtadi^té en peudetemps l'esprit et les manières de ceux qu'un coup de fortune fait passer subitement d'nne rhaumièrc dans un hôtel , et ce bon ton s'étaUira fort aisément chez la classe pauvre de la i." phalange, si on la choisit dans les régions où le peuple est poli, cooinie aux environs de Tours et Paris.

Ce sera en partie par haine pour le peuple civilisé , que les riches se passionneront d'emblée pour celui de la phalange : ils le considércrcHU comme une autre espèce d'hommes, et se familiariseront avec lui par redoublement dhorrenr pour la fausseté et la grofisièreté civilisée. Ils 'oublieront leur rang auprcs du peuple harmonie», aussi &cileiiient qu'ils l'oublient aujourd'hui près des grisettes polies qui sont pourtant femmesdupeuple, mais prétendant aux belles manières.

J'estime donc que la Aisioo s'ébauchera dès le a.'mois, que la classe riche sera la i." à s'indigner contre le principe de politique civilisée : Jlfaaitm'iljr ait beaucoup de pauvres pour fju'ily ait quelques riches, principe qui sera bien vile remplacé par celui-ci : Il faut que les pauvres JoiMissaU dune aisance gradua pour que les riches soient heureux.

Rappeko» qn'im des principaux moyens pour opérer cette fusion sera le progrès des enfans sur Tédocation naturelle on entraînement àl'indtutrie et aux études par loisir, sans aucune impulsion de pères ni de maîtres. C'est surtout ce prodige qui enthousiasmera les chefs de familles opulentes, et les disposera à la fusion.

L'accord de répartition n'échouerait 'pas , lors m£me qu'on ne parviendrait pas à opérer la fusion dès la i." année ;!on verra en g.' notice qu'il existe pour cet accord un moyen indépendant de la fusion des 3 classes; die

33o KOUVEAL- MONDE

ne pouirail pas s'opérer promptement , si la phalange

d'essai éuil composée d'une populace grossière.

Et en spéculant sur te choïx. d'un peuple poli , celte fusion mnnquera encore de 2 resaorts, carie peuple élevé en civiHsalion sera toujours en arrière de la haute édncalion, et d'autre part les familles riches passant à l'état sociétaire, n'auront point contracté avec leur peuple des liawons d'enfance.

Malgré ces deux obstacles la fusion sera déjà possible par suite de l'enthousiasme général , et bientôt les riches ne voudront connaître les distinctions de rang que dans lescérémouies publiques et les réunions d'éliqoeUe. Partout ailleurs , l'amitié collective l'emportera et donnera naissance à l» pasuon inconnue des civilisés, l'uni tà'sme dont je donne quelques aperçus au 32.' chap.

SI les relatnHis sociales sont chez nonsun sujet de discorde générale, c'est qu'elles vexent partout la majorité peur les plaisirs de la minorité. Cent personnes s'amu- EeMt dans un bal, mais cent cochers et valets se gèlent en plein air, ainsi que les chevaux stationnant à la neige, à la bise ;même ennui pour les cuisiniers et vatetsqui préparent la fëte,sans ancun goût pour ce travail ; il deviendrait attrayant dans les Séries passionnées, soit par les intri^es de préparation , soit par la distribution des édifices, mais surtout par la domesticité indirecte qui, dans diverses fonctions , transforme le riche en serviteur passionné du pauvre.

£t comme ces accords feront le charme du riche bioi Autant que celui du pauvre , on verra de part et d'autre ' égal empressement, concours d'intentions généreuses |M>nr faciliter la répartition d'où dépendra le maintien du bel ordre sociétaire; mais quel sera l'éionnement des coopératenrs , lorsqu'ils apprendront que pour établir concorde et justice dans cette répartition , il n'e^ d'autre ressort à eniremeure que la cupidité ou amour de l'argent, désir d'obtenir les plus grosses parts. On verra en 5. section, l'éclaircissement de cette étrange

INDUSTRIEL. lY.* S. 33l

ënigoie , qai sera géomë(riquement expliquée : n'en dér pAaïse à la morale, on verra que t'ainour de l'argent est la voie de justice et de verlu dans les Séries passionnées.

CHAP. XXXI. De l'accord intentionnel par le charme aie. mécanisme.

Nous toachoQs à l'un des côtés merveilteux du lien soâétaire : ce ne sont pas des prodiges qu'on va lire, mais de doubles prodiges. Nos esprits forts contestent à Dieu le pouvoir de faire des miracles ; on va voir chez le monde sociétaire une faculté plus surpreuantCr celle des DOUBLES MIRACLES, pouvoir d'opérer danschaque branche de rdatiom, deux prodiges cumutativement et non pas on seul.

Ce n'est pas sans raison que la nature nous donne du penchant ponrles féeries ; ces illusions romantiques sont nature de l'homme sociétaire, mais en sens fort diilérent de celui qu'ont adopte les romanciers qui ne nous présentent que des prodiges simples. Ils sont à cet égard, moins clairvoyans que le peuple, qui aperçoit et définit fort bien la destinée de l'homme, [bonheur ou malheur composé et jamais simple.

Ce principe est exprimé dans deux adages vulgaires , appliqués l'un à la richesse , l'autre à la pauvreté.

R : La pierre va toujours au tas.

P : Aux gueux la besace. « Al^ssas Ab^ssum incocai.

En effet : si un homme est riche, on lui jette à la tète les sinécures ; Bonaparte donnait aux riches banquiers des sénatoreries de 25ooo f. de rente : si un homme e&f pauvre, on ne veut pas même lui donner de l'emploi ; sa probité est suspectée, on ajoute l'outrage à sa misère : le bien et le mal ne sont jamais simples pour l'homme bocial,sa destinée est la dualité en bonheur ou en malheur le mode composé et non pas simple.

IgDoraDt ce principe, nos sciences politiques, morales , et métaphysiques , ont toutes donné dans le SI;hpli sue ,

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333 KOCTBjLD MONDE

dam l'erreur d'cnvisnger le moarenient social el ta nature humaine en mode simple , croire que t'homme est fait pour le bonheur simple ou pour le malheur simple: ce faux principe que je nomme SIMPUSME les a ctHiduïls d'égarement en égarement , jusqu'au plus honteux de tous , au maiâiaiîsme et à Xathasme, qui sont deux opinions simplistes, réduisant la nature à un seul prindpe, au matériel; et le siècle tombe dans cette absurdité ose vanter son roi suhlime ! Je reviendrai sur ce sujet : disnpons d'abord le préjugé de destinée simple ; démontrons par 3 exemples sar la richesse, la santé et l'écono- Doie, que dans nos relations domestiques et industrielles tout sera bonheur composé, charme dualisé, lorsque l'homme sent rendu àsa nature, aumécanisme'sociétaire.

I.' Double prodige en TÏchesst : les civilisés s'estiment heureux lorsque, pour fruit de leurs travaux, ils parvlennentàTaisance après quelques années de privations. Les 7/8 d'entreox sont réduits à supporter le dénûment pendant la jeunesse, pour n'atlciiidre en fin de compte, qu'à la pauvreté dans la vieillesse. On peut donc nommer dasse avantagée , celle qui , pour prix d'une jeunesse laborieuse , acquiert faîsemce ou petite foHune , dans l'^ge moyen, i ^q ans où l'on est encore à temps de jouir. Un tel succès est un 'demi prodige, vu les didicullés à surmonter; et il y a prodige complet, lorsqu'en débutant sans capitaux, on arrive par industrie â la grande fortune dès l'âgede 4oan8.Maission arrivait à la grande fortune de bonne heure, sans versement de capitaux, sans autre effort que dt se livrer immodérément aux plaisirs de tonte espèce, le charme serait double ; il y aurait prodige de faire grande récolte sans semailles apparentes, et prodige d'obtenir la fortune par l'exo^ice des plaisirs qui , en civilisation , la font perdre si souvent à qui la possède.

Chacun , en harmonie , voit s'opérer' en sa faveur ce double miracle; en effet, tes travaux y étant transformés en plaisirs lucratifs et attrayans , chacun arrive  la for-

INDUSTEIEL. IV.' S. 333

tune par Tcxercice des plaUirs , et on y arriTc de bonne heure , à 20 ans, à lo ans , et même à 5, puisqu'un tiar-. monien jouît detons les biens enviés par nous; voilures, cheranx, meules, bonne cbère, spectacles et fêtes continuelles; tous CCS agrémens sont en haraionie l'apanage du plus pauvre des êtres; il a les Toitnres, meules et cberauxde nwiûnu/n, râlant le traîn d'un Parisien renré à trente mille francs, et qui ne jouit pas d'un assortiment à option.

Et comme les plaisirs sont payés dans cet ordre social qui les utilise, comme on rétribue d'un dividende le» groupes qui s'adonnent à la chasse, à la musique, ainsi que ceux qui exercent i la cbarue devenue alirayante, il arrive :

■ ."Qnerharmonien, dès son jeune âge, recueille sans semailles, puisqu'il n'a songé qu'àse divertir.

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