LES SAVANTS BT LES ARTISTES DUPES DE LA CIVILISATION
Antienne.-— « C'est convenu, diront les critiques : > nous avouons qu'on aurait dû s'occuper plus tôt de >' cette ètode de TAtiraetion passionnée ; qu'il est même » assez honteux de l'avoir nègrigée depuis quei te succès 9 de Newton sur la matérielle excitait à des recherches » sur la passionnelle.Finissims- en.de repbodie»» puisqu'on » est d'accord sur ce poiut ; ça > voyons'; prodiinez votre 1 théorie ! voilà deâ préambules stlffisants : au fait » sans « délai. »
Ainsi concluront les esprits Mrperficiels : ils ont eu la patience d'attendre pendant 25 siècles ; ils ne pourront pas patienter pendant âS> chapitre»! ils ont amoncelé et parcouru 400 mille tomes de divagations sur le bonheur; ils ne pourront pas accorder 400 pages aux indices et préliminaires de la découverte qui leur garantit le prompt avènement au bonheur! voil& des juge» vraiment impartiaux.
On sent bien oiX le b&t les. blesse : leur embarras n'est pas de soutenir la iedore d'ttn volume préparatoire ; ils en accueillent soutent trois et quatre en préambules , sur des sujets du pitts ninee intérêt. J*aî oui dire que , dans le roman de Clarisse Harlowe, comprenant douze tomes, il faut se résoudre à en dévorer six ^ fort insipides, parce que l'intérêt ne commence à nattfe qu'au 7°^®. Vous trou-
wnsiOÊÈùB. S49^
jêtea des anHkfra de lecteur» qnt soils«rirettl à eelle eor- Téie , et qui iirotil le» sa Vehunes tv»ti»ai9 de Clark^e» Harlowe , dans l>spdr é'èt^^slllMfak9dtessixâ1ltrlBtt
D'où vient donc leur impatience, pour «li «mie 00 préàtkàm sur un evn»ii|p)deiiiiit tomes? #eû ?ie&l, disje, cette inlolëraiiee en finit d'iDstructtonaprélinniieirett? Elle tifltt de ee que VmMsigeim flatte pe» l'anguste Pbi«^ hMopMeiMMleviie^ M^ torrents de Icmièreen jfaîettv de Tagiolage , de la banqueroute et des droAs de i^HomiM «an« mmtmttm. Si je voulais flatter tes tbéorîes: d'agiotage , de mendicité , de eonstilntion » je poerrrais faire agréer des prolégeunéftee aofisi immenses q«e f Encyclopédie.
Sans m'abaisser à ee rôle decainèitott^saiissaciscnre à aucune cooeession en finit d'opiitioD , je piéteeds dés eei article devenir le Cavori des Solistes, en te»r assurant ta double moisson de gloire et de fortune. Je vais leur expliquer corament le&nifflioBSt si rares aujourd'hui ebez les savants et artistes ^ vont pleuvoir sur eux ilaos l'état sociétaire. Les présents , dit^m , apaisent les bomme^ et les Dieux. Je vais montrer aux beaux esprits » ^ds les Fécooipenses'unitaires,. une niined'or si abôMbnte ek4eÉ iriomfdiôs si éclatants, qu'ils excuBeront l'âpwlé de mes critâques ; et , selon le principe des conpeiisâitîe«», ils abonneront, en âaiveur de ce nonveaa Pactole^ à tdérer quelques boutades sur tes torts d'une science dont les auteurs, à défaut de lumières, se recommandent an moins par des talents énûoeats ; )e iettr ai ménagé une* capitulaltoo pltis> que. si:rfB8anlé , par la^dtatiaetiefi de btar» sec-* taires en Eiqpeftliits et Ohsauraals (ISO). Ceux qoi' ne seraîmt pas satisfaits de eet at^^ommodement , cemqui hésiteraient à se ranger dans la classe modeste des So-«
550 PROLiGO]làll£â.
crate , des Arisiote » des Bacon » des Moiitais[Qe » des Con* dillae » des Montesquieu , des Jean-Jacques » des Voltaire et autres Expectants^, ceux-là^ dis-je, ne mériteraient pas qu'on brigttftt leur suffrage.
Les grands hommes précités qui » q>rés a?oir tant écrit pour chercher la vérité » en sont venus à confesser qu'ils ne trouvaient que d'épaisses ténèbres, se seraient-ils étonnés qu'avant de les initier à celte vérité enfin découverte, on les eût astreints à un volume de réfutations, d'indices et de dégrossissement ?
Quant aux présompteux qui s'offensent de la condition de dégrossissement , loin de quêter leur faveur , j'ai annoncé (avant-propos), que je ne transigerais pas même sur leur dernière chimère, sur le faux libéralisme isolé du mmimum proportionnel; et je me suis engagé à démontrer qu'il n'a jamais existé surle globe un trat^ l&éral; que toutes les doctrines sur ce sujet ne sont que préjugé chez les Expectants , et jonglme chez leS' Obscurants. C'est sur quoi nous préluderons dans le courant de cet intermède. II ne conviendrait pas de soutenir pareille thèse avant d'avoir passionné tes Philosophes pour la théorie sociétaire ; il feut les amener à souhaiter euxmêmes l'anéantissement de leurs systèmes, et à former en secret des vœux pour l'Association et sa pronipte épreuve. Il ne sera pas diflBcile de les rallier à cette opinion, et nous allons, dès cet entr'acte, beaucoup accélérer leur conversion.
Notre thème , dans la deuxième partie, sera de prouver fu'on n*aime point assez les richesses en CivSisation : c'est sur quoi je vais disserter dans rinlermède , et c'est d'abord aux savants et artistes que j^adresserai le reproche.
« Badinage ! réplique-t-on. Les sayants et ie» artistes » ne désirent que des riebesses : est-ii un homme assee « sot pour croire à leurs diatribes- contre le vU métal f dont 3s abonneraient si volontiers à remplir leurs * coffres ?»
On s'abuse étrangement en jugeant ainsi sur les proba^bilités : je vais prouver que la vanité l'emporte, et pousse les savants et artistes à sacrifier la fortune aux fumées de l'orgueil scientifique et de l'esprit de corps. Slls aimaient les riebesses avec ardeur , ils ne pourraient pas aimer la Civilisation qui les condamne ^écnlativement ât la pauvreté : du moment où ils se passionneront /^otir la fortune acquise par les f^oies de V honneur, ils seront tous d'accord de renoncer à la Civilisation et se rallier à la théorie sociétaire , aux dépens de leurs fausses doctrines dont ils sont tes premières victimes, puisqu'ils y perdent la richesse , premier vœu de l'Attraction.
C'est donc maintenant sur le défaut d'amour des richesses qu'il faut incriminer la Philosophie, pour la convaincre de ses duperies , exposées sommairement 146. Il faut amener ses disciples à aimer les dignités éini*nentes, et la fortune colossale que le nouvel ordre va leur assurer. Il faut à ce sujet procéder à une cure que Corneille appelle purgation des passions; guérir les Philosophes de leur vicieux système d'ambition civilisée , qui les entraîne toujours à isoler leurs intérêts de ceux des souverains et des grands. Tel est le faux libéralisme ou duplicité d'action, sur lequel je les critiquerai lorsque les voies seront suflisâmment Q^réparées, lorsque je les aurai amenés à souhaiter que leurs théories soient reconnues illusoires, et que la mienne soit éprouvée sans délai. Il faudra prèalablemept levir démontrer, dans
353 PROLicoviifBS.
article de oel iottormèilQ; fao'leuniiiléfAiS, jua^'àprèsenl 81 isolée de ceux des-^aods et des mioîMfes ; vont s'y railieF iatinètoeat*
Je dèlnKtenii par dèadMiser bos beau esprits d'un pré* jagé dont ils se dèferoot yolontiers : celui qui leur per« suade qu^'ils sest destinés li h pewrelé, ^'ils émea^ se eoBtenter de Imnées de gtoirë , tandia^w les sotsr ealaiSH sent des miHioDs.
Le principe est juste en poUHfft^ twHin^; il ne Test nullement dans Tètat sociétaire , où fes chances ne so&« plus pour ta sottise, mai» poiir le mérite. Cet ordre, déi» sa naissance , ccnbleFa des dons de liai fortwie tous le» savants et artistes , mènie eeœi de moyenne classe , et à plus forte raison ceux d'un mérite distingué Jh ne peuvent donc juger sabemeot de cette théorie, qu'autanl qu'ils se rallieront à ramoor de la fartono dent lefe^e«r va Lia ACCABLER ddos l'état sociétaire.
C'est ime thèse qu'ils ne seroot pas ffiidiés de roir démontrée. Quatre ariktes y seront fmployésr; deux ei» positif, et deux en négatif. Ce sufety plus pkisaefqiEie séfére , fera une pelâte div^rsios aux* aridîiès dogfliahtiques dont il a foiltt meuUer la ^première partie des prolégomènes.
P^SaUEE MOYSBI. POSKTOT flOMPLB.
Récompenses et Lastre des Sarantset Artistes, an Harmonle'sociétsîre.
CoDMMAÇOOs par ue eipoai^ deiewa héuéfioseï ftitaf^v; et du mode empleyé* dans l'Aaiocittftà(Mi peui^ dIatiihBQR le» réoQcipenaeeaieeîustMçe elpiïadigaifUitiaaDa qto'^llt^der* rieiMMAt iMi Cftrdeau pour la niasse qm les (burwt.
iNTeimÊBË. .35S
La poptilatîoD actuetle an globâ fowtrira , air dèbuf , environ 600 mHIe Cantons ca Phalanges île tSOIf personnes en moyen terme. Le nombre des Phalanges s'élèvera par la suite de 3 à 4 millions , quand la popuration du gtobe sera portée an grènd complet ; mon tes savants et artistes de la génération présente ne doivent è!»bKr leur compte que sur 609 miHe* Phalange», (ttst^iHiili«f6 du nombre actue! de gOO'ÉïiHiODrs â'hàfeftttnfs. '
Ttmie Phalange* dresse chaque année , à la majorité absolue des voix, un tableau des inventions, compositions et Douveaul/ès de science ou d'art qu'eNe a acemiIRev. Chacune de ces productions esl jugée par* ta Série compétente : une tragédie, par les Séries de Ktlératare' et de poésie ; et ainsi de toutes les nouveauléff. On verra , au traité des Séries passionneltes, comment s«' recudiltoiit les votes, et avec quelle céFérilé ou effectue ces opérations de suffrage universel, si pénibles , si lentes aujourd'hui , même! en vote partiel.
Si l'oun&ge pararft digne de récompeirse, on fixe fai somme à ad{juger h l'autefir. Par exemple, on franc 6 Racine , pour sa Iragédio de Phèdre.
Chaque Phalange , après avoir formé le tableau des prix qu'elle décerne , l'envoie â une* administration , qui fait (e dépomllement des votes^ de canton ei forme ie tableau provincial : ceitti-ei est envoyé à me adminîstralion de région, qui opère de même sur le dépMiHemetil des tableaux provinciaux. Ainsi lie recensement des votes arrive par échelons jusqu'au minisfére de Constuntinople (siège dv congrès d'unité sphérique), où se fait le dé^ pouillemient ultérieur, et ott Ton proclame fes noms^ auteurs couronnés par les suffrages de la majorité des Phalanges du globe. On adjuge à l'auteur le moyen terme
854 PftOLéGOMÈNES. .
des sommes votées par celte majorité. Si le tiers des Phalanges a voté un demi-franc ; le tiers an franc , et le tiers un franc et demi , la récompense adjugée sera d'un franc.
En supposant que le recensement ait donné un franc à Racine pour sa tragédie de Phèdre, et trois francs à Franklin pour l'invention du paratonnerre, le ministère fait passer à Racine des traites pour la somme de 600 mille francs, et à Franklin pour 18 cent mille francs, sur les congrès de leurs régions. La somme est répartie sur chacune des 600 mille Phalanges du globe , dès que l'ouvrage a obtenu majorité absolue , comme 300,001 voix.
En outre , Franklin et Racine reçoivent la décoration triomphale, sont déclarés Magnats du globe, et sur quelque point qu*ils le parcourent , ils jouissent dans toute Phalange des mêmes prérogatives que les Magnats de la contrée.
Ces récompenses , insensibles pour chaque Phalange , sont immenses pour les auteurs , d'autant plus qu'elles peuvent être souvent répétées. Il se peut que Racme et Franklin gagnent pareille somme l'année suivante, en s'illustrant par quelque autre production qui obtiendra le suffrage de la majorité du globe.
Les plus petits ouvrages , pourvu qu'ils soient distingués par l'opinion*, valent encore aux auteurs des sommes immenses ; car si le globe adjuge
à Lebrun deux sous pour telle ode ; à Haydn un sou pour telle symphonie ; Lebrun recevra 60 mille francs, et Haydn 30 mille francs, pour un ouvrage qui peut-être n'aura coûté qu'un mois de travail. Ils pourront gagner cette somme plusieurs fois dans une même année. Ainsi une fortune de lOmilr
IlftSRMftDE. 355
lions sera chose très-commune chez les savants, les littérateurs et les artistes de Tètat sociétaire, surtout quand la population portée au complet de cinq milliards, formant au delà de trois millions de Phalanges, yaudra à tel auteur, comme Virgile, dix mUlions de francs pour un bel ouvrage conmie l'Enéide, que je suppose récompensée à 3 francs.
Quant aux ouvrages eomme «eux d'un statuaire, qu'on ne peut pas mettre sous les yeux > du globe par voie de presse ou gravure, il existera d'autres moyens de les faire participer à la récompense unitaire. J'indiquerai les méthodes au traité des Séries (suffrages compensés).
Objection^ c Ce procédé rémunérateur ne sera-t-il pas un peu v.exatoire pour certains auteurs, notamment pour ceux qui, ayant dédaigné les caprices de la mode et évité quelque travers du goût dominant, risqueront fort de n'avoir pas la majorité absolue, comme il arriva de Racine , qui eut de la peine à vaincre la coterie Sévigné, toute dévouée à Pradon? Le globe sociétaire n'àura4-il pas aussi ses coteries, sectes, écoles et modes bizarres ? Celte variété souvent vicieuse est un effei nécessaire de la ii^. passion,, nommée AlUrnanêe ou Papillonne, qui devra , comme toutes les autres, avoir son cours. Il en résultera donc souvent que Fauteur qui n'aura pas flatté les travers de la mode , sera frustré en faveur de quelque production monstrueuse.
> A spéculer sur la loi de majorité absolue : si sur 600 mille Phalanges, Pradon , habile à flatter la mode et gagner les coteries, obtient 300,001 suffrages, et Racine 299,999, on verra, par suite de cette misérable intrigue, Pradon couronné et Racine éliminé. »
Cette objection n'est pas applicable à Tordre sociétaire;
356 PROftfeOlIÈllES.
elle^ poi»te s«r les chances de Civilisaiîoo ^ od le bon go4t relégué ohé» qMlqttes adtfles, ne s^étend jamais à la nNrilitAde. On veffù, aivtniilè d0 l*étiiiN»tvo»dis8 Séries, qu'elles onft la propriété de nàfaudr^r le bo» goût , même chez la ctMse popul«irdv ^ V^ ^^ diférenees de genre doMffiaiil cbe2 les htamoaieBs , ne donnerait pobt «océs au mauvais goût. La masse y sera élevée à apprécier plu- ^sieurs iroaRices éa genre , coamie classiques et romantiques, et de plus leg nuances d'espèce. Ette optera pour en rèctsBDfpenMT plusieurs; ce qui sera facile, mi ie peu de dépense. Les prinvrainiant énomespoiÉ* ies auteurs, ne sereiiC qn^ne bagateWs pour les Phalanges; car ils ne pourront jamais^ s'élever annueHeneiH à rniHu^ftimcs par can«M : or, qu'eslhce fa*uue summe de mitte fcaoca, pour un canton dont le revenu s'élèvera à 5 milbons , valmir ré#lfo , et quv, po«r le bien de ses. hobUudea et de ses besoins, se plaira a donner beaucoup de soins à l'encouff sg eu ie ii t des sciences; lettres et: arts,, qui daw ce iioiiver ofdre concounenl puiesamoicnl k accroltt e la ridasse géflévsde ?
Àjoueons que les rftgtes d'Hamrotrie acmidaiittoivaurs le boiliétne' de gràeè ou cTexoeplion , un ouvrage sera couronné àf la majorité moins on huitième; c'est-à-dire qu'au lieu de 300,001 suffiuges^^ il hn suObuit de 96^, SOI, pour obtenir le prîi comme s'il était: ht majorité absolue , qui dés-lors ne sera ph» 6xèe à i/â; mais à 7/i6*'v1'exeeptîoo Gomprise<. On évitera par ce moyen toute lésion cabatistitpie, aucune tntrigne ne pcovunt purtMir à séduire 39,300 caotieaa eu bteur d'un ouvragu de meuvaiagoât.
Admettons que l'auteur qui n'obtient que €116*^, 233 mille, soit encore un homme de mérite;, il n'est pas
frustré de récompense pour a?oîr manqaé la autorité ; il est seiileinûDt frustré A'ufkivetrmlité de^rëcooipease. Les eantons qui loi doBoent leur suffrage an qombre de 225 mille, pueront ce qu'ils auront voté. Si leur tedrme moyen est d'un franc, Tauiew recevra 260 mille francs, mais répartis seulement sur les YOiants, et .non sur la masse du globe 'entier, /qui «s.t d'accord de coopérer en masse partout où il y a«M|jorité absolue, fWHUS le hui-^ tiéme d'eiception.
Ces paiements particuliers n'ont pas Iieu« «i les ilotes de couronnement. aoni au-dessoud de 1/8^., soit 37,500, nombre qui est le 8^, 4e la miajarité absolue. Ainsi l'auteur qui n';obtieni sur la masse du globe que 30 miHe suffirages^ est censé élîmiiié, ei les 50 mille votans ne le portent pas dans leur budget de versem^at.
Il^t évident que ce naïade de récompense assure aux hommes à talent une immense H rapide Swkme* £lle sera d'autant. plus honorable, fue le savant ou.ariiste n'aura besoin ni de proteotion, ni de soilicitaiion : loin de là; toute faveur ne s^vicait qu'à humilier )lçs protecteurs et le protégé. Par ex^npie ,
Je suppose que Pradon, à force d^intrigiies, parvienne à intéresser pour sa Phèdre, une centaine de cantons voisins, où il a Jes anus et où il a obtenu qu'on jouât Ifi pièce; je suppose i^e cescant^iis aient la fisiiblesse de voter un prix à Pradon : que lui servira ce vote limité à 400 Phalanges, quand il lui en faudrait au moins 57,500 pour obtanijr seulement le prix partiel? Analysons lesrér sultals de cette intrigue.
Lorsque le dépouillement des votes partiel^ ^ra intprjmé dans chaque empire., on y verra qu'une Phèdre tnconaue, composée par un sieur Piuno», a trouviè des
358 PROLIÊGOMÈNES.
amateurs dans une centaine de cantons de telle proyihce , tous compères et voisins dudit Pradon. Une telle publication serait un affront pour les Phalanges qui l'auraient protège. Les cent cantons ne voudront pas s'exposer à ce camouflet , ni attacher leur suffrage à une pièce si médiocre que, loin de pouvoir espérer la majorité 300,001, ni même le 16®. 37,500 exigé en récompense partielle, -cette pièce n'est pas même admise à 30 lieues de là, dans les pays où Pradon n'a plus ni amis, ni coterie.
G'«st ainsi que, dans l'ordre unitaire, toute faveur ne sert qu'à confondre un mauvais auteur, sans le servir; tandis que l'homme à tadenit s'élève subitement à l'immensité de fortune etde gloire , sans avcune intrigue ni protection, li n'y a qu'un seul moyen de réussite ; c'est de charmer la majorité, les 7/16** du globe, où l'unité de langage et la généralité de bonne éducation assureront aux auteurs un nombre de juges trop immense pour qu'on puisse les capter autrement que par le mérite réel.
Les cas d'exception seront infiniment rares. Si «quelque haut personnage , comme un Omniarque'd'unité sphérique (Empereur du globe), s'avisait de faire une mauvaise comédie ou de mauvais vers (sottise trés^ossible), sa pièce, par importance de l'auteur, se répandrait, et il se pourrait qoe le globe eût Tindulgence de le couronner à la majorité : noais les personnages dignes de partialité aux yeux de toutie globe, seront excessivement rares, et une légère faveur qu'ils pourront obtenir, ne mettra aucun obstacle au succès des vrais t^ilents, qui aujourd'hui otH mille peines à percer, parce qu'ils n'ont ni les moyens de se former, ni des récompenses suffisantes, ni l'art des in- Irigues, sans lequel on ne parvient à rien en Civilisation.
Nota, (Il est entendu que le numéraiioe devant tripler
mTERMÈÛE. 3H9
de yalear dans Tètat sociétaire, selon la page i, un auteur, pour l'équivalent de 600 mille francs valeur actuelle , ne devra recevoir que 200 mille francs. Si on lui donnait 600 mille francs, valeur de 1821, il recevrait en effectif 1,800 mille francs , valeur d'état sociétaire. ( Voy. la page 1.)
Il est inutile de répéter que lesdites sommes s'élèveront au quadruple et au quintuple , à mesure que la population s'approchera du grand complet de S milliards : mais les estimations que je viens de faire sur une population de 900 millions , doivent déjà sembler assez brillantes A ces savants et artistes si chètivement récompensés, si frustrés en Civilisation.
Tels seront les avantages de cette unité qu'invoquent nos beaux esprits, et dont ils n'ont pas voulu chercher la théorie, quoiqu'ils l'aient rêvée en gros et en détail; car on les a entendus souvent exprimer le vœu d'un langage universel, d'une mesure universelle, ete. etc., et de toutes les dispositions d'unité qui ne peuvent nattre que de l'Association.
Les merveilles de l'Unité , qui doivent sembler si colossales dans les récompenses que je viens de décrire , le sembleront bien davantage quand j'analyserai plus loin les économies unitaires appliquées au globe entier, et quand il faudra , même sur des babioles , comme des œufs , des allumettes, des épingles, s'habituer à compter les bénéfices par milliards.
Je viens d'exposer la. magnificence des récompenses unitaires : chacun va se récrier sur cette profusion, et les prétendants mêmes diront que ce serait les combler le trop de richesses. Mais aujourd'hui ces auteurs ne trouvent pas que ce soit trop d'an gain de cinquante
oûllioiis pour un agioteur, ud accapareur, un usurier : ils admirent les perfectibilités de cette Civilisation qui jette cin^anie millions à la iête de gens malfaisants et quelquefois trés-igoorés. Jiissertons sur ce désordre.
Si Tétai sociétaire ou état d'Harmonie passionnelle a la propriété de récompenser par d'immenses trésors les Ibnciions nobles » celles des savants et artistes , il faut , par opposition, que l'état civilisé, destiné ft travestir et çontressencier les passions , prodigua Jes trésors aux êtres les plus vils et les plus nuisibles; & ceux qui, au lieu de travailler, ^omme les savants et artistes, pour l'utilité et le charme du genre humain , ne travaillent qu'à affamer iine contrée et rançonner l'industrie productive, sous prétexte de faire circuler. Voilà les hommes dignes de la laveur publique, dans les sociétés civilisée et barbare, où les effets de passions sont l'opposé de ceux que produirait le code social divin > qui ne favorise que la vérité et la justice, que les choses et les idées nobles : aussi nos anges de ténèbres, nos sophistes, n'aboutissenl-ils, avec leurs perfecUbûilés, qu'à concentrer de plus en plus les fruits de l'industrie dans les mains des frelons mercantiles, qui déjà entrent en partage d'influence avec, les gouvernements (207- 233) , et font décliner rapidement l'ordre civilisé vers sa 4®. phase, vers /a féodalilé composée, ou partage entre les deux classes nobiliaire et mercantile 207-211-214.
Continuons sur les perspectives qui peuvent désabuser les savants et artistes de leur engouement pour la Civili* sation, où ils sont la classe la plus victimée, surtout depuis qu'engagés dans l'esprit révolutionnaire, ils sont devenus suspects aux souverains , et que la politique est obligée de les tenir spéculativement dans un état de misère et d'abjection t en les leurrant de quelques fumées
mTERVÉ»>E. 361
de gloire, et transformaiil parles privations» Jenr vie en on long suppliée.
Les savants de France devront peser, dans cette affaire, une chance d'intérêt particulier, celle du langage unitaire.
Quelie^sera provisoirement la langue unitaire? li y a de grandes probabilités pour l'adoption de la langue française, qui pourra bien être admise praviêoirement. Il faudra au moins deux cents ans avant de parvenir à composer le langage définitif et régulier : en attendant, le choix devra se fixer sur une langue riche en bons auteurs. La France, d'après la supériorité incontestable de sa littérature, pourrait, dans divers cas, obtenir la préférence , qui serait une source de fortune subite, non*seulement pour les auteurs distingués, mais pour tous les menus écrivains et grammairiens capables de diriger un enseignement littéraire.
Spéculons sur cet aperçu. Toute région, à mesure qu'elle s'organisera , s'empressera d'attirer les hommes capables d'enseigner le langage unitaire, qui sera de nécessité urgente en relations sociales. Dès que le globe commencera sa métamorphose , dès que les nations civilisées, barbares et sauvages, fondues en ordre sociétaire, ne s'occuperont plus qu'à organiser les moyens d'enrichissement et d'unité , ce sera n'exister qu'à demi , que d'ignorer le langage de lien universel. Dés lors, tous les menus auteurs, les régents et grammairiens, qui en France végètent si tristement , se verront tout à coup assaillis d'pffres séduisantes par les pays non français, qui leur prodigueront les appâts de fortune, pour se procurer des instituteurs exercés , et capables de former en peu de temps un canton à la connaissance du langage adopté pour l'unité.
• Il 16
369 PKOÊjàaoïâmns.
il régnera , au débat de l' AssoeialioD , une impatieiuse extrême sur ce sujet, et Tune des mesures d'accéièratioo auxquelles tout canton aura recours, sera de se proeisrer une famille tirée des pays. où le langage français rèunil la pureté d'expression et la gi^e de proiipiK»ation , comme Paris, Reims, Blois, Berlin. Ce sera une source de fortune subite pour les Eamilles pauyre^ et de bon accent.
Si la langue française est adoptée, on sera partout empressé d'avoir une de ces familles , pour l'entremettre dans toutes les fonctions de la Phalai^e, et surtout parn^ Teiifance, à qui il conviendra de fair3 entendre des natifs de France , afin de la former de bonne heure k la pratique dalai^age unitaire.
Les termes vicieux de locaiitéfraiiçaise , lès pi^risisoMS, tourangismes, etc., ne seront pas un obstacle, parée qu'on en dressera un tabfeau pour les proscrire de commun accord, et en corriger la famille même i|ui sera iifitroduite pour l'instruction pratique.
Au résumé , ces chances de fortune subite sont si colosr sales pour les savants , les littérateurs, les artistes , et de plus pour les Français bien parlants , qu^on sera fondé à suspecter de malignité ou de démence tous ceux qui n'em^ brasseraiebt pas ardemn^ent cette per^ctive.
Gloire et fortune, tel est le but commun des ' savants ei artistes : on pourrait dire fortune et gloire^ pour s'ex-* primer plus exactement, pour classer au i^^. rang l'objet le plus désiré. Mais en Civilisation il n'est pas^d'usage de parler comme on penser de là vient que les auteurs civi* lises feignent et doivent affecter ile préférer la gloire ; au moins âV4Mieront-ils qu'il serait bon d'y joindre la fortune, car, selon certain adage, t argent ne gale rien.
jMTEimitdE. S63
Quelle est donc la bizarrerie de dos saTaois ei artistes, quand ils vantent la Civilisation qui ne leur assure ni gloire ai fortune, ei qui les ratlte hautenient sur leur paiivf été devenue proverbiale? Aussi dit-on : gueux nonme un peintre 9 dégueniUé comme un poëie , oroUé tomme un meMre de maihémaiiquee , log4 comme un savant, au grenier, tout prè$ des astres! (50 fr. par mois et un grenier, voilà tout ce qu'il leur faut , dit Lebrun. )
On voit à peine quelques-uns >d'entre eux , au plus un buitième, atteindre péniblement à une petite fortune. Cette exception confirme la régie de pauvreté générale ; car, en théorie de mouvement social, les 7/S^. sont comptés pour le tout.
Il n'est donc rien de plus naolesté par la Civilisation , point de classe plus maltraitée par elle , que ces savants qui la prônent et la décorent du nom de perfeciAUàë perfsi^ible. Depuis le prince des poêles, Homère, qui mendiait son pain, jusqu'au prince des sophistes, J. J. Rousseau copiant de la musique pour gagner sa subsistance , on a toi^oars vu le régime civilisé n'assigner aux savants et artistes que rindigeace'^t presque le mépris. Quelle faiblesse k eux, j'oserai même dire quelle bassesse, de vanter une société qui donne des palais aux agioteurs, puis des haillons aux hommes qui honorent l'esprit humain !
Us ne jugeront bien leur humiliante condition que lorsqu'ils connatiront la théorie de cet état sociétaire qui va les élever subitement à l'immensité de lustre et de ridiesse. Je viens de leur donner un tableau trës-incomplet du sort qui tes y attend : après en avoir lu ce peu de détails , ils ne s'étonneront plus si je les critique sur leur engouement pour la Civilisation qui les bafoue«
36 i : PROLiGOMÈHES .
CiTiENNE. — - Que de biens inespérés » quel orage de richesse va fondre sur ces savants, lettrés et artistes, aujourd'hui si disgraciés de la fortune! Maisne sera««e point une source de jalousie? Les autres classes , et prin-cipalement celle des grands , verront-elles sans ombrage cet enrichissement gigantesque de trois corporations^ aujourd'hui si pauvres?
Je pourrais répondre que l'autorité ne s'ombrage pas de la fortune bien plus colossale des agioteurs, et bien moins méritée : mais admettons Tpbjection , et répli«quons-y.
Go serait à moi maladresse , que de présenter tant de chances d'enrichissement pour une classe des moins puissantes de la société , si je n'ouvrais une carrière équivalente et même supérieure à la caste des gouvernants. Je vais les informer de oe que l'Association peut faire pour eux dés son début : ce sera le sujet du 2®. moyen (positif composé). Âpres l'avoir lu, les princes et les grands opineront, qu'en se passionnant pour la Civilisation, ils tomberaient dans une duperie pire encore que celle des savants, lettrés et artistes, qui inclineraient à en prolonger la durée.
Baillons la thèse à un principe déjà établi, celui des garanties composées.
On a vu, aux chapitres 10®. , 11®. , 12®. , que Dieu observe scrupuleusement ce principe et s'étaie en tous sens de garanties composées. Pourrait-il les négliger dans une affaire aussi importante que la fondation de l'ordre sociétaire,' événement le plus décisif qui puisse a voir lieu sur un globe , métamorphose qui doit faire succéder les lois de Dieu aux lois des hommes ?
Dieu n'a-t-il pas dû prévoir les obstacles que pourra
éprouver celle fondalion, el ayiser à les surmonlet* d'emblée? L'expérience d'qne éterbrté passée, l'épreuve déjà faile sur des milliards de globes , lui ont assez fait apprécier l'inlensilé des obstacles que peuvent opposer les passions civilisées : s'ils sont grands , Dieu a dû se munir de puissantes ressources pour les vaincre. Enfin il a dû, selon la régie (I'infra-destin 312, ménager un excédant de là somme d'appâts sur la somme de défiances^. Or , i'appftt devant être composé en tous sens, applicable aux diverses classes et non à une seule, Dieu^ a dû pourvoir à ce que la fondation de l'Harmonie pût tenter spécialement les grands, qui sont mattres en Civilisation; leur présenter une amorce encore plus séduisante que celle de la fortune pécuniaire qu'il assure aux savants et artistes^'
Bref, la jp^rspe<$tive d'Association doit entraîner, non pas une classe influente , comme celle des savants, mais toutes les corporations puissantes, et notamment celle des gouvernements. A défaut, l'appât ne serait que simple en sens collectif, puisqu'il n'agirait puissamment que sur les corps savants, dont l'influence n'est point aussi grande que celle des princes et ministres. Il faut , pour amorce composée classique, étendre l'appât aux uns et aux autres , et môme le rendre plus séduisant pour les chefs de l'autorité , puisque leur empressement à fonder TAssociation, sera gage de prompte épreuve.
Une invention vraiment tutélaire pour le genre humain doit remplir les vœux de tous les rangs et de tous lés ordres, femmes ei enfants; servir à la fois la cour, les grands , le sacerdoce , l'administration , l'armée , le propriétaire , le fermier , l'artisan et l'ouvrier. Dieu a dû se ménager les moyens d'emporter d'emblée tous ces suf-
366 pa€ii6owkiiES.
frages : il serait indigDe de sa sagesse de se ceoMBettr» dans une latle avec le scepticisme : il possède {246) la baguette tMgique , la faculté d'ifnptimer ÂUraction;il a dû s'en réserver Texereiee dans l'affaire de la fondaëen du caoton d'épreuve » opération d'où déj^eod r^vénement de chaque globe à la destinée heureuse. Quelles mesures a-t-'il prises pour y réussir , et entraîner simultanément toutes les classes de fa Civilisation ?
Saas entrer ici dans le détail de leurs iotévèts divers, nous aurons assez fait , si nous découvrons dans la feudation do canton d'épreuve , un sujet d'enthousiasme et d'émulation pour tes grands et Jes savants. Ces 4eux elasseis une fois prononcées et unies d'intention , seront phis que suffisanltes pour déterminer la prompte initiative.
D'^autre part, l'entreprise languirait si les perspectives ne stimuCaient pas à la fois la cour et les beaux esprits. De quel œil la cour verfait-elle un avenir tout d'or pour une classe d'heomes qu'elle n'aiectionne point? En vam représenterait-on aux^ grands l'avantage du triplement de revenu réel (pag. 1), qui s'étendra à tous les proprié^ taires ; h passion ne raisonne pas , et les grands n'envi* sageraient que eette mine d*or ouverte aux savants ei non aux courtisans.
D'ailleurs, n'est*il pas nécessaire , en Civilisation, que le lion ait la mieilleure part au gftteau , et que l'eutreptride qui va combler de tant de biens les auteurs célèbres, en assure de plus grands encore aux gouvernants qui l'auront protégée! Dieu n'a-t-il pas dû prévoir que l'autorité exigerait ici , comme dans toute affiiire , la part du lion?
Sans l'accomplissement de cette condition , les bien** iaits de l'Harmonie ne seraient point un gage de prompte épreuve , quelque régulière que pût en être la ibéorie.
INTERIlàl». S67
AuGmn prinoe , aacun ministre ne se passioniieratt pour un ordre qui débuterait par jeter des millions à la tète des sayants , lettre et artistes , sans donner plus encore à leurs supérieurs.
Sons ce rapport, le problème d'enriefaissoment subit devient composé classique ^ deyanl s'étendre à la fois aux deux classes des grands et des savants, condition sur laquelle }e ne saurais trop insister.
Mais où prendre de quoi gorger de trésors tant de personnages? Voilà déjà les beaux esprits tellement criblés de millions dans le premier article , qu'il ne devra rien rester pour ceux qui arriveront en seconde Kgne!
C^ n'est point & craindre , et je ne poserais pas le pnibléme si je n'étais bien assuré de le résoudre. Je sais combien les grands sont insatiables de richesses et de dîgnkés i k quoi servirait d'irriter en eux la cupidité , si Tordre sociétaire n'ofltait des moyens d'outrepasser leurs vœux dés son début» ainsi qu'ils vont en jugar dans l'article suivant.
Cet«articie exigera d'autmit plus d'attention , qu il nous fournira plus lob (Inter^pause), des principes à poser contre le faux lib&alUme, dont la réfotation méthodique est renvoyée à rextroduetion* Mais il est bon d'y préluder, ei e'est ce que je vais faire en établissant que la régie du vrm libéralisme est de doftner à tout le monde sans rien ôter à personne; principe fort contradictoire avec le système de certains libéraux , qui est d'ôter l'autorité aux uns pour la donner aux autres, et ne laisser, en dernière analyse, que la famine au peuple.
Des hommes trés-respectables par leurs bonnes inten* tioBs, sont inblués de ce vicieux système. Autant j'approuve leurs vues , autani je blâme leurs moyens. Je
vais les entretenir d'un ordre de choses qai débutera par donner beaucoup à ces grands dont la philosophie veut restreindre le lot, et donner en même temps beaucoup aux beaux esprits et au peuple. C'est à cet effet de libérahié composée , qu'on pourra reconnaître let>rat libéralisme.
Le moyen suivant, le deuxième, rentre tout à fait dans le genre gigantesque et incroyable; peu importe : on doit se rappeler que la théorie sociétaire n*a pas besoin de séduire des milliers de partisans, mais un seul.
Déj& j'ai observé , au sujet des candidats pécuniaires , que sur quatre mille , nombre auquel j'en estime la masse, il nous suffira d'en convaincre un, sans plus. Il en sera de même au sujet de l'amorce dont je vais traiter : elle va sembler effrayante, exagérée, à ceux qui n'ont aucune connaissance en géographie. Répétons-leur que, sur 4000 grands que peut contenir la Civilisation, il n'en faut qu'un pour consommer l'œuvre de fondation. Qu'importera que 3999 pygmées crient à l'exagération, pourvu que l'un des 4000 sache porter un jugement et cueillir la palme? Quelles que soient les préventions des civilisés, je ne cherche en tout sens qu'un homme sur 4000 : estce trop prétendre, et fut-on jamais mieux fondé à espérer, en disant, hominem quœro?
DEUXIÈME nOTEN POSITIF GOflIPOSÉ.
Récompenses de Sonveraineté aax coopérateurs de la fondation
d'épreuve.
Je vais mettf e en jeu un levier si puissant sur l'esprit des ambitieux, qu'ils oseront à peine y ajouter foi, tout
en brûlant d'impatience de voir le pronostic réalisé. Ici , les cœurs glacials de nos politiques vont palpiter comme ceux des amoureux de quinze ans.
Quel charme pour un grand , pour un ministre , que Tespoir d'un beau trône , du sceptre d'un grand empire , comme la mcmarchie héréditaire de France ou d* Autriche ! C'est ee que ne peut ni obtenir, ni prétendre le plus puissant favori.. Emm. Goboi, prince de la Paix, avait, dit-on, amoncelé une fortune de 400 millions; il n'obtint pas même un petit état souverain , comme Wurtemberg ou Bade.
Un ministre aujourd'hui serait coupable de former pareille prétention; car il ne pourrait la satisfaire quaux dépens de son souverain , ou par des guerres , des commotions générales dont le dénouement serait bien incertain et la tentative bien désastreuse. Les hommes qui ont longtemps et sagement gouverné , Sully, Richelieu , Golbert, n'ont pas même obtenu quelque principauté héréditaire de médiocre étendue, comme Gotha ou Weîmar.
Cependant, un ministre qui Voudra scruter et confesser son arriére-pensée, dira qu'il est las de ne commander qu'en sous-ordre; d'avoir encore , tout ministre qu'il est , vingt partisans à ménager, vingt rivaux à déjouer, et qu'il serait fort doux pour lui d'être enfin chef suprême et inamovible d'un bon empire comme la France, ou tout au moins d'une souveraineté moyenne, comme Piémont, Bavière, Portugal.
Pour estimer ce que les grands peuvent aujourd'hui prétendre en ce genre , il faut nous transporter en idée à la 4^. année après l'épreuve de l'Association , soit 1827, selon l'échelle suivante :
370' PAOhicoÉiHEff.
An 4823, préparatifs da canton d'essai.
i833y installation; épreuve définitive.
1824 y imitation générale par les eiyilisés.
iS25 , adhésion des barbares et sauvi^es.
4826, organisation de la hiérarchie sphérique.
4827, versements d'essaims coloniaux.
Teiïe est la marche que suivra l'opération ; et si on la suppose commencée en 4822, il faudra, dés Pan 4827, aviser à distribuer les souverainetés des régions à coloniser.
L'analyse de cette distribution et des principes qu'on y observera , va garantir aux grands cette bonne fortune que je leur annonce : elle va démontrer que celui d'entre eux qui voudra protéger l'essai de l'Association , peut dés à présent se considérer comme souverain d'un empire bien supérieur à ceux de Chine ou de Russie, et que les agents secondaires qui auront coopéré au succès de Féntreprise , obtiendront , en divers degrés , des sceptres héréditaires dont la hiérarchie sphérique aura une quantité énorme & distribuer, par suite des colonisations attrayantes.
Exposons d'abord le système des colonisations en Harmonie.
Autant il est facile aujourd'hui d'entratner aux antipodes une foule de misérables & qui on fait espérer de trouver du travail et du pain, autant il serait impossible, dans l'état sociétaire, d'arracher de leurs foyers des fiimilles très-heureuses, vivant dans les délices. Tout barmonien sourirait de pitié à l'idée d'aller chercher fortune au bout du monde : il jouira , sur le sol natat, d'une existence préférable à celle des monarques civilisés : ne serait-ce pas à lui insigne folie , que de se transporter
»lTEltAÈ0B. S 71
dans les déserts de h Gayane pour y ie»ler des dèlricberaentoy y lutter contre les moustiques et serpentssonnette f les inaréeages et ia fièvre jaune ?
Cependant, un incident forcera rèmigration ; elle sera obtigëe par le rapide acerotssement de population. Les enfants sont si bien soignés dans l'état sociétaire , qu'il n'en meurt pas le dixième de ce qu'en moissonne la misère des petits ménages cÎTilisés, En conséquence , le progrés de la population sera colossal , et on s'apercevra , dès le début de l'Harmonie , qu'il faut ariser aux versements coloniaux; à défaut de quoi les pays déjà au complet, comme la France, ne tarderaient pas à être encombrés; tandis que les surcompleUr comme Lombardie, Ni^>les, Wurtemberg, Silésie, Flandre, Âlsace-Bade, Piémont , Normandie , seraient engorgés dès le début , parce que l'Harmonie, dont le mécanisme exige de vastes forêts, prairies, bassins, etc., ne peut pas comporter la mesquine distribution des cultures civilisées, ni l'accumulation des fourmilières de pauvres gens.
On saura en outre (j'en donnerai la preuve), que la population sociétaire ne doit augmenter que pendant un laps d'environ 250 ans , sept générations, non compris la présente, et qu'il faut employer ces sept générations à porter le globe au grand complet, parce que dès la 9^. génération (celle-ci comprise), les femmes deviendront de moins en moins fécondes : l'excès de tigueur les rento plus aptes au plaisir ,> mais beaucoup moins à la conception; de sorte qu'à la 9®. génération d'Harmonie, le genre humain ne produira phis que la quantité d'enfants i^ooreuseraent nécessaire à maintenir le complet existant.
On devra donc mettre à profit les huit générations
772 PROLtoOSÈNES.
plantureiMes, et notamment les premières , qui seront les plas fécondes; car, à mesure que la race gagnera en vigueur, elle perdra en fécondité. Nous en voyons la preuve de fait chez les femmes civilisées : sur huit stériles, il y en a sept de robustes. Ce sont toujours les plus grandes, les plus fortes, qui sont les plus tardives à enfanter.
Un autre obstacle sera Texcellence de nourriture , qui cause fréquemment la stérilité des femmes. Celles de la campagne, vivant d'un pain grossier, sont toutes fécondes : celles de la ville, qu'il faut, dit Molière, nourrir à* orge mondée et de erème sucrée, passent quelquefois trois ou quatre années de mariage avant de concevoir, et cessent de bonne heure , malgré les secours officieux de bons voisins et amis de la maison , prêtant aide et assistance au mari.
Fondée sur ces considérations, THarmonie s'occupera d'emblée à coloniser. D'ailleurs, le méphitisme des régions incultes obligera à spéculer sur une colonisation intégrale , pour garantir l'état sanitaire du monde matériel, et accélérer le raffinage climatérique (note A, 98).
Venons aux moyens d'exécution. D'après le bonheur dont jouiront les harmoniens , ils ne pourront coloniser qu'en transportant des essaims complets, des Phalanges entières, bien assorties en progression de caractères, de fortunes,' d'âges, etc. , et aptes à exercer par mécanique de Séries passionnelles. Or, cet assortiment exige environ 1500 personnes pour tenir au complet le clavier général des 810 caractères (338), avec ses suppléants et acolytes; ( non compris les deux ftges extrêmes, l^^ chœur, ibambins, 16®. chœur, patriarches, qui ne sont pas comptés en clavier de caractères).
INTERHÈDE. 375
Poar dëteraiiner un essaim à se transporter aux antipodes, à la Nouvelte-Honande ou la NouTelle-Zèlande , ou seulement à Fa Guadeloupe » il faudra lui assurer trois avantages.
10. L'accroissement subit de fortune. On verra, au chapitre des colonisations par annuités , que ce transport sera un triplement rëel de fortune pour tous les émigrants.
SP. Vinstalhtion suBUe eiinsensible. Pour la garantir, on aura dû préparer à l'essaim un Phalanstère ou grand palais aussi commode que la demeure qu'il aura quittée ; plus, des plantations etétables en bon état, dont Tessâim colonial n'aura qu'à poursuivre la culture.
Z^» Le transport agr érable. Chaque essaim devra partir avec des flottes nombreuses , et trouver en arrivant des armées industrielles dont la présence étant un gage de (%tes habituelles, répandra beaucoup de charme sur les premiers mois de séjour, qui sont les seuls insipides.
Toutes ces précautions, qui seraient impraticables pour un souverain, seront très -faciles à la hiérarchie sphérique, ainsi qu'on en pourra juger aux .chapitres spéciaux. Elle seule peut organiserles armées attrayantes extérieures : elle exercera donc la police générale des colonisations; elle jouira, par suite, du droit de distribution des sceptres héréditaires dans les régions à coloniser, où elle fera verser les superflus des huit premières générations. Elle répartira d'abord les essaims par lignes d'intersection sur trois phalanges de front, afin d'éclairer le pays et agiomérer les hordes sauvages. On les disséminera en petit nombre dans chaque essaim , et par douzième au plus, comme 120 sauvages pour 1500 harmoniens : total, 1620 sociétaires.
D'après cet exposé, il est éviilent que la distribution
374 PHOiisûiifaM^ff.
de 8oa?eraiQette des pays coioiûsës de?Fa être faite par la hiérarchie spbëriqaey aux yeux de qui le principal titrer de recommandation sera d'ayoir coopéré d'une manière quelconque à la fondation^de rHarmonie, & la délivrance* du monde social.
Quels seront les degrés, le nombre, Tétendue, les bénéfices, les attrtbotions de ces souyerainetés ? Avant de m'engager dans ces détails (dont je ne prétends pas traiter dans cet intermède), il a couTenu de prouver d'abord :
Que la colomsatio» soeiétanre ne peut être opérée que par entremise de la hiérarchie spbérique.
Que la nomination aux sceptres de divers degrés sera dévolue à ladite autorité suprême.
Qu'elle ne pourra préférer que les individus recommandés par coopération active & Fessai de fondation.
C'est une proie bien immense que ces souverainetés à distribuer en Harmonie : je vais en donner le tableau régulier; mais pour y préluder, observons que diverses régions des plus vastes n'ont pas un seul titulaire légitime. L'Australie, encore inculte, peut former, à elle seule, plus de IS empires égaux & la France. Voilé donc dans cette tie déserte un lot de quinze sceptres égaux é celui de France, et dont on pourra jouir titulairement en Europe, avant d'aller en prendre possession. Au reste, dès qu'il y aura seulement cent Phalanges de fondées dans une contrée neuve , le séjour en sera cent fois plus agréable que ne peut l'être en Civilisation celui de Paris ou Londres.
L'Australie, dira-t-on, est bien éloignée do nous : mais l'Afrique , l'Amérique , si fréquentées par nos commerçants, sont bien voisines ; et un homme qui obtiendra un bel empire sur l'Amazone ouïe Mit^issipi, n'aurapas grand déplacement à subir pour aller en prendre possession.
HfTBlUriSDV* 375
El les titulaires actuels, Espagne , Éiat^-Uois» Angle^ terre I Ils ne seront titohires que d'une portion èquita* lente aux surfaces mises en culture , sauf Tindennité de colonisation (0. Ainsi les deux couronnes d'Espagne el Portugal pourraient tout au plus réclamer deux empires dans la Colombie (Amérique mèrid.), qui en fournira plus de quarante qpjand eHe sera mise en culture.
Et comme l'état insalubre du globe » la nécessité de prompt raffinage, obligeront à coloniser méthodiquement, les titulaires actuels qui n'auront aucun odoyen de procéder à ces colonisations, ni de former des années aitrayanieê exiérieureê, seront obligés de traiter de leurs terrains vacants arec la hiérarchie sphérique. Elle leur assurera d'ailleurs de si grands avantages, qu'aucun d'entre eux ne pourra songer à différer le traité , ni le défrichement colonial qui sera d'urgence pour la restauration des climatures. Tous les Princes, au contraire, chercheront à s'associer aclionnairement dans le travail de colonisation générale ; chaque Souverain aimant bien mieux vendre comptant ses déserts et s'y ménager des souverainetés futures , que de spéculer sur les lenteurs du défrichement colonial, qui ne pourra être facile et prompt que sous la direction de la hiérarchie sphérique.
(i) Nous avons foule de publîcistes , et jamais aucun d*eux n'a donné on plan de droit public sur les émancipations coloniales , indemnttffs de colonisation , calculées selon Tépoque de fondation, les travaux de découverte , les soins d*exploitation , le temps de jouissance, les produits d^impôt , la durée du monopole, etc. etc. Il en est résulté de singulières injustices, dont la principale est que TEurope a reconnu les droits de l^pagne qui sont prescrits en toute règle ; tandis qn^elle a légitimé Témaneipation des colonies anglaises , a une époque ou la métropole nVtait nullement indemnisée. Aussi i^Angletcrre obtiendra -t-elle en congrès d'unité sphérique, un dédommagement pour cette lésion.
Estimons, d'après ces aperçus, la masse de souverainetés héréditaires à distribuer, leurs degrés, leur étendue.
Les cultures existantes n'embrassent pas un cinquième des' terres, y compris les glaciales, qui seront bientôt dégagées par un événement plus décisif que la culture intégrale composée, note â,'87«
Il reste donc au moins quatre cinquièmes du globe à coloniser et pourvoir de Souverains en Harmonie.
Déduisant quelque chose pour les concessions aux grands titulaires de déserts, on trouve au moins les trois quarts du globe à pourvoir de Souverains en pays colonisés , dont le défrichement s'effectuera avec rapidité. ' Évaluons d'abord le nombre des souverainetés dans chaque degré ; et distrayant un quart pour les titulaires , il restera trois quarts & allouer aux coopérateurs d'Harmonie, qui certes ne seront pas assez nombreux pour une proie si copieuse.