‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 13 sur 115 · Paix constante · texte numérisé non relu

Paix constante

>^ X Philantropie collective et individuelle ;

X Y Unité d'action sociale.

Tels seront les effets de l'Association dans les périodes 7,8, 9. Le tableau de ces biens réduit au rôle d'antiquailles très^dangereuses, toutes nos conceptions sophistiques décorées mal-à-propos du nom de nouveautés , puisqu'on n'en voit résulter sur tous les régimes que les neuf fléaux lymbiques énoncés (51 ) , et les quatre sociétés qui engendrent ces neuf fléaux.

54 DITEODBGTIOlf.

J'ai dèmoDtrè que TAge moderne» malgré ses subtiles distinGtioDS sur le sens et le pouvoir des mots y a pris le mot nouveauté pour la chose , et s'est prévenu contre le bien qu'il aurait dû solliciter» Ce n'est là qu'une des millç duperies oii il est tombé par sa folio confiance aux sciences incertaines ; et surtout par l'étourderie de ne pas as^ treindre les sophistes à une épreuve locale sur un petit terrain , avec clause de peine afflictive pour celui dont les théories seraient reconnues trompeuses » et entretieuT draient les neuf fléaux civilisés au lieu de produire les neuf bienfaits sociétaires (53).

Nous sommes bien moins tolérants sur des duperies de médiocre importance et qui ne louchent qu'à l'intérêt pécuniaire. Par exemple : si un marin pour se donner du relief, s'avisait de changer les noms d'un Archipel comme celui d'Olahiti, et qu'il vint au retour annoncer dans Londres la découvevle d'une cinquantaine d'Iles nouvelles, remplies de mines et blocs d'or; s'il engageait les armateurs à équiper des vaisseaux » les charger d'étoffes et denrées en échange desquelles ces insulaires donneront des blocs d'or à. profusion; si enfin , sur son assertion , l'on expédiait force vaisseaux , et qu'on le récompensât d'avance par une sinécure bien reniée ; quelle serait l'in-* dignalion lorsqu'on verrait Tannée suivante , les vaisseaux revenir, et annoncer que le prétendu Archipel nouveau n'est autre que tel groupe d'iles déjà bien connues, et où l'on ne trouve ni blocs d'or ni débouchés commereiaux.t

Sur ce rapport, chacun opinerait à punir le trompeur ,. le priver de ses fonctions lucratives , Tenvoyor aiu galeros, et peut-^re au gibet qu'il aurait bien mérité ; cependant il n'y aurait dans cette mystification , que plaie d*argent , lésion en affaires d*iAtérét.

INTRODUCTION. USi^

Les duperies sociales causées par de vicieuses théories» sont bien autrement préjudiciables : ud système erroué en politique, peut engager la société dans des révolutions qui coûteront des fleuves de sang ; c'est & qttoi tendent sans cesse les faux novateurê ,■ qui ne mettent en scène que la civilisation affublée d'un autre masque. Au lieu de la douce fraternité qui , depuis 1793, a perdu son crédit , ife présentent aujourd'hui des perspectives de richesse nationale ; de balance , contré^poids ; garantie , équilibre : après un funeste essai de ces sornettes politiques» on recondatt qu'elles ne sont toujours que la civilisation avec son cortège de nieuf fléaux radicaux ,

Indigence, Ifourberie, Oppressbn, Carnage, etc. (51), et qu'au lieu de méthode curàtive y ces auteurs de vieille-' ries travesties ne savent qu'envenimer les antiques plaies, dont l'humanité ne peut espérer de guérison que dans une invention qui lui ouvrira une issue des lympes so^ ciales, une issue du labyrinthe civilisé, barbare et sauvage.

Appliquons ce principe à quelqu'un des fléaux récent» comme les dettes public^s. Pense-t-on que l'Angleterre puisse jamais se libérer de sa dette sans le secours d'une nouveauté? Loin de là : elle se verrait sous peu entraînée dans des guerres dont le résultat serait l'accroissement de la dette, d toutefois il est*possibIe de l'accroître sans être forcé à la banqueroute.

Il en est de même des autres états qui se flattent A* amortir : à la vérité, ifs opèrent chaque année une petite' réduction bien imperceptible; misérable palliatif, résistance ilhisoff e aux progrès du mal ! Je compare ces amortisseinents à la prétention des enfants qu'on voit souvent élever une petite digue en cailloux pour barrer le Rhiq ou le Rhône; et vraiment ils barrent un instant le bord-

S6 inTRODUCTlGU.

da coarant , mais la moindre yague emportera leur Irële ouvrage. Tel serait le sort des systèmes fioanciers; une bonne guerre viendrait inopinément bouleverser les menus calculs d'amortissement ^ balayer tous les systèmes de restauration, et forcer loos les gouvernements à des banqueroutes , ou à des redoublements d'impôt qui feraient éclater de nouvelles révolutions. Contre cette calamité, tous les préservatifs deviennent inutiles , si om laisse envenimer le* vice principal, la pénurie fiscale , que l'état des choses tend malheureusement à. aggraver en tous pays.

Les états européens, et surtout rÂngfeterre, sont donc tous réduits à désirer une véritable nouveauté, pour se délivrer du fardeau insupportable des dettes publiques^

Mais par te mot véritable nouveauté , j'entends une invention qui présente garantie contre la fraude , un procédé susceptible d'épreuve locale et partielle, une opération étrangère aux affaires politiques, admissible s<Mis tous les gouvernements , sous l'Inquisition même , car elle ne s'^ombragerait pas d'améliorations en cultore et en économie domestique. * J'entends surtout une opération qui bornée à l'industrie , ne puisse présenter aucune chance d'intervention aux brouillons démagogiques ; telle sera TÂssociation ^^colé-, absolument étrangère à tous ces systèmes, dont tes auteurs n'ont d'autre but que d'agiter le monde social, se mettre en scène pour obtenir quelqu'emploi , et rire aux dépens des dupes qui ont pris un échafaudage de belles phrases pour de la nouveauté.

Depuis si longtemps que l'autorité et le monde policé sont abusés par les jongleurs, on n'en a jamais puni aU" cun : semblables à Grispiu' , qui justifie ses pilules et ses assassinats par le mot medieus sum , les sophistes politi-

ttltRODUCTIOlf. 37

ques ont une sauvé-garde assurée dans le moiphilosophus sutn. Faut*il s'étonner que depuis vingt-cinq siècles /ils aient préféré la facile carrière du sophisme , à celle des inventions où ils auraient pu échouer malgré de pénibles travaux.

La précaution de punir les jongleries systématiques , les charlatans qui promettent la nouveauté sans jamais la donner y aurait valu double avantage aux modernes: délivrer le corps social des agitateurs littéraires, et tourner les esprits à la recherche des théories vraiment neuves et salutaires. Pour peu qu'on eût réprimé les historiens politiques y on aurait obtenu en nouveauté, /a chose au lieu du mot : leur impunité est cause qu'on n'a obtenu que le mot au lieu de la chose , et que le monde policé reste embourbé dans la civilisation , dont il aurait depuis longtemps trouvé l'issue , si l'autorité eût forcé les perquisitions en assujettissant les auteurs k l'épreuve locale; et à la punition , en cas que leur théorie ne réussit pas à ex* tîrper, en tout ou en partie, les neuf fléaux de civilisation.

Les gouvernements civilisés commencent à entrevoir leur duperie, et se défier enfin des sophistes qu'ils avaient encouragés dans l'antiquité et même dans le cours dudemier siècle. Aujourd'hui, désabusés par les équipées révolutionnaires, ils reconnaissent que les sjrstèmes de perfectibilité, avec leur masque de nouveauté, ne sont toujours qu'un réchauffé de vieilles chimères qui ont ensan^ glanté le monde. Mais en disgraciant ostensiblement ces sortesd'écrits, onleur assure encore deux encouragements indirects : l'un est l'impunité, garantie aux théories contradictoires avec l'expérience ; l'autre est la défaveur jetée sur les nouveautés » quand il faudrait au contraire les provoquer, proscrire les antiquailles philosophiques, et n'ad-

58 iifTRooincTioif.

mettre à l'épreuve que les théories qui, par des procédés absolument neufs, garantiraieiit une issue de etvilisatîoir.

J'ai dû m'appesantir sur cette duperie des modernes, qui diffament d'avance le bien qu'ils ne savent pas obtenir, et qui redoutent la nouveauté sociale qu'on leur a mille fois promise et jamais donnée.

Quant aux sophistes , s^ils avaient eu<^ quelque bonne foi , ils auraient depuis longtemps suspecté leur science d'après les démentis que lui donnait l'expérience; ils se seraient ralliés à l'opinion d'un de leurs coryphées, Soerate, qui regardait en pitié ses propres lumières, et disait modestement, ce que je sak, c'est que je nesaiê rien.

Il ne voyait déjà dans la philosophie qu'une vaine science; qu'en aurait-il pensé s'il eût été témoin comme nous de ses bévues modernes, des tourmentes révolutionnaires, et des scandales naercantiles: monopole, dettes publiques, banqueroute, usure, agiotage et autres maux que la philosophie prétend adoucir, et qu'elle empire de phis en plus ; semblable à ces médecins ignorants dont le malade est réduit à déplorer les services.

C'est à regret que je débute ici sur un ton désobligeant pour deux classes de savants, les économistes et les politiques : mais l'Association industrielle est une opération si opposée à leurs théories , q^ë l'auteur se compromettrait à chaque instant s'il essayait de transiger avec les doctrines des philosophes.

Après tout , qu'importe^ à ces savants la chute prochaine de leur science ! Gç6it-on qu'ils en soient sincèrement les apôtres ? Loin ^de là , ils en connaissent mieux que d'autres les ridici^Bs; et quoiqu'ils soient engagés par état à la soutenir, elle leur est secrètement odieuse, par la flétrissure dont l'expérience vient de la frapper :

elle est poar eux un fardeau phis pesant que n'est l'Atlas sur les épaules d'Hercule ; ils n'aspirent qu'à déserter décemment les drapeaux de cette vieille sirène, qu'à s'ouvrir, une carrière plus honorable et surtout plus lucrative.

D'ailleurs 9 il reste aujourd'hui très-peu de philosophes en litre; on trouve des continuateurs, mais aucun chef de secte comme les Platon et les Aristote , les Rousseau et les Voltaire. Ainsi , en attaquant la science, on ne heurte guère les disciples actuels qui sont bien rallentis,. et peuvent s'isoler d'une rêverie dont ils sont commentateurs et compilateurs, mais non pas auteurs. Nul doute qu'ils ne sacrifient volontiers la controverse antique et moderne, les 400,000 tomes de philosophie, pour une science neuve et utile qui ouvrira des voies de fortune' subite au genre humain , et aux philosophes mêmes que l'Association va combler de richesses pour l'utilité de leurs talents oratoires, tout en réprouvant leurs doctrines.

S'il est vrai, comme l'assurent ces savants, que leurs volumineuses théories n'aient d'autre but que la recherche de la vérité ; ils ont dû présumer que cet amas de systèmes deviendra inutile du moment où la vérité sera découverte , et où l'on connaîtra le moyen de la faire do-

miner en la conciliant avec l'amour des richesses, en la rendant plus lucrative que la pratique du mensonge. Un tel effet ne peut avoir lieu que dans l'Association dont on n'osait pas même soupçonner la possibilité. Au premier essai qui en sera fait sur un hameau de quatre cents villageois, on se convaincra que l'amour des richesses tant diffamées par les sophistes , devient le meilleur garant du règne de la vérité, dans le régime sociétaire.

€>ès que ce régime sera organisé sur une petite réunion de quatre cents personnes, on verra se dérouler le plan

60 INTRODUGTlOir.

de Dîea sar l'emploi des passions , sur leur couconr». ayec Tindustrie et la yërilé. Â cet aspect, la raison humaine sera confondue d'avoir tiouté de F universalité de la providence ; et d'avoir pensé que Dieu avait créé nos* passions, sans leur assigner un mécanisme d'harmonie industrielle et sociale. Eh voyant ce bel ordre , ce concerta d'inégalités graduées, les sophistes n'auront plus qu'à^ s'humilier ;'et Tathée même saisid'un pieux enthousiasme,, courra au temple s'éerier avec Siméon : c Seigneur , j'ai M assez vécu, puisque j'aî vu le chef-d'œuvre de votre 1 sagesse : l'harmonie sociétaire des passions, la voie » d'unité et de vérité que vous avez, préparée pour le^ V bonheur de tous les peuples. »

ARTICLE Iir.

Intérêts spéciaux de PADgleterrc et de la Francf^^

Gardons -nous d'enthousiasme, dans une âiseussk>ii où il ne faut apporter que de la justesse arithmétique^ Posons sévèrement les thèses qu'il faudra démontrer au sujet de l'Association.

J'ai plusieurs fois répété , comme redite nécessaire , que les études se réduiront à prendre connaissance d'une seule opération qui est la série passionnelle unitaire ; qu'il suffira d'apprendre à former et développer les séries; apprendre comment une réunion d'associés inégaux en fortune ^ doit disposer ses travaux domestiques et agricoles, pour produire, consommer et distribuer par séries.

Le premier effet digne de notre attention dans le mécanisme des séries passionnelles , c'est le triplement de produit ; le moyen d'obtenir un revenu réel de 500,000 fr. sur tel terrain qui n'en rend que 100,000 en civilisation :

IHTROBVCnON. 61

je ne décrirai pas d'avance les biens qu'on ya deroir à cet accroissement de richesse» chacan peut les entrevoir; je m'arrête seulement à celui qui est promis en tète de cet article, c'est Fextinction^ subite des dettes publiques; faisons-en l'application à la France.

Elle produit estimatiyement 4 milliards et demi en industrie civilisée et morcelée ^ elle produira donc de 13» À 14 milliards en industrie sociétaire ou combinée* Ceti accroissement de fortune sera presque subit » car l'Asso^ dation une fois éprouvée et démontrée sur un village ,« se répandra ensuite avec la rapidité de l'éclair. On est si unanime en amour de gain !

Sur ce revenu de 13 à 14 milliards, l'impôt estimé aujourd'hui un milliard avec les 128 millions de frais, etc., s'élèverait donc à S milliards. Le gouvernement pourra bien le réduire à moitié, soit 1,500,000,000; et c'en sera assez pour éteindre les dettes subitement , car une dette est liquidée quand les époques de prochain paiement et les intérêts sont si bien garantis.

Entre-temps, la nation devenue colossaiement riche par le triplement de produit , s'enrichira encore de la réduction des impôts à moitié. Dans cet état de fortune , elle offrira au souverain l'abonnement général : une somme annuelle de 1,500 millions fournie par trimestre , à jour fixe et sans frais , par chaque canton versant dans le chef- Eeu de sa province.

(Il est inutile de répéter les différences de la valeur réelle et de la valeur représentative; voyez pour cet objet la page 1 . )

Le fisc épargnant les 128 millions de frais, etc. , et beaucoup d'autres dépenses , tant de la guerre que de la marine , n'aura pas plus de 500 millions de charges

réelles, pour 4,500 milUotu de renirèes; il verra donc son revenu élevé tout à coup au triple relatif, par Topération /]ui aura réduit de moitié la masse des impôts.

Voyez la note (t) ci-bas, sur les intérêts et bénéfices des agents supprimés.

Je cite cette merveille entre cent , pour intéresser le lecteur à ce mécanisme des séries passionnelles , d'où naîtront tant de prodiges. 11 en est un autre dont il faut iaire mention sans délai , et qui concerne spécialement les nations endettées.

L'ordre sociétaire, tout en triplant le produit réel de l'industrie, fournit en outre une ressource particulière pour acquitter gratuitement la dette publique de la nation

(i ) Voici, diront les critiques, un étrange sujet d^aiarmepour les agents du gouvernement. Vous allez soulever contre vous tous ses employés , si vous parlez d^une amélioration qui doive causer des suppressions d^agcnts fiscaux, militaires et autres.

Tant s'en faut que ce soit pour eux un sujet d*alarme , (a suppression tournera entièrement au profit des agents congédiés; ils y^ trouveront mutation cumulative et triple bénéfice; jugeons -en par application à la France.

Si la dépense est réduite li 500 millions par les suppressions, et que le souverain se trouve rente a 1,500 millions d*impôt, il aura amplement de quoi satisfaire les agents congédiés, tout en affectant le nécessaire a Fextinction progressive de la dette publique ; il leur conservera donc ^ tous leur traitement en viager, Ty vois et ils y voient eux-mêmes triple avantage, savoir :

1®. Emoluments maintenus et dispense d^ezercer la fonction qui deviendra sinécure, titre honorifique.

a<^. Garantie du traitement perpétuel , si incertain aigourd*bui vu les suppressions fréquentes causées par les luttes de parti. Cette garantie comprendra tous les bénéfices licites, fournitures, droits, rembes et profits tolérés.

3*. Bénéfices des nouvelles fonctions attrayantes, auxquelles

IRTRODUCTION. 63

qui aura pris rioitiatife, en fondant le canton d'épreuve. Quelqu'ënorme que puisse être eette charge , excédâtelle le colosse de dette anglaise , qu'on évalue à 20 milliards, et que j'estime 24 (0, elle sera soldée gratuitement et d'emblée par un transfert dont il n'est pas temps de donner connaissance; et qui .sera expliqué dans le cours de cet ouvrage (2e. tome). Il transformera la dette de la nation libérée en une créance aussi solide que le meilleur domaine, et là dégagera de l'intérêt eomme du capital qui sera remboursé en< entier la iO®. année.

Cet aperçu , dont les démonstrations seront fournies à la rigueur, doit piquer d'émniation les états grevés d'une forte dette publique , notamment l'Angleterre qui suc^ combe sous le faix.

Tagent supprime pourra vaquer dans Telat sociétaire, ou abonderont les emplois lucratifs pour tout individu de la classe qui a quclqu'éducation.

Il y aura donc en réalité triple bénéfice pour tout agent congédié; mutation d'emploi et cumul de traitement. Aussi tous ceux à qui on en détaille le compte, expriment-ils aussitôt le vœu d*étrc supprimés a ce^ trois conditions bien préférables à Tavancement qu'ils peuvent espérer.

D'ailleurs, chacun a-t-il de Tavaucement assuré en civilisation? Combien de fonctionnaires ont plutôt la déchéance à redouter : le ministre même peut-il se flatter d'être en place Tannée suivante?

Ce sont donc les agents mêmes du gouvernement qui sont dans le cas de désirer l'épargne de leurs fonctions , et l'accroissement de revenu qui en résultera pour eux ; la dispense de fatigues responsabilité, etc.

(i) Vingt-quatre milliards, dont 20 en budget fiscal ; â en dettes communales; â en dettes consciencieuses ou froissements de révolutions, et spoliations noii encore prescrites.

64 nmioi>UGTioN.

. Tel est le prix assuré & la contrée qui prendra Tinitia* iife de TÂssociation , et à qui le monde sera redevable de son aYénement à cet état fortuné. Une puissance qui, ayant que la théorie d'Association ne soit découverte , emploie cinq cents familles en essais sociétaires, doit-elle hésiter à employer le septième de ce nombre, soixante et dix à quatre-vingts familles, à l'épreuve de cette association, lorsqu'enfin le procédé en est inventé? S'il est prouvé dans ce traité , qu'une épreuve si facile peut dégager subitement et gratuitement la nation anglaise d'un fardeau de 24 milliards de dettes, quels seraient ses regrets, si elle venait à manquer ce coup de partie en se laissant devancer dans la carrière ?

Cette palme lui semble d^autant mieux dévolue , qu'un de ses savants. Newton, a préparé les voies au calcul de TÀssociation, par la découverte de la théorie d'attraction matérielle.

Newton, en démontrant que l'attraction matérielle a la propriété de régir l'univers en harmonie , donnait à présumer que l'Attraction passionnelle dont on n'a jamais fait aucune étude, couvrait aussi quelque grand mystère. C'est de quoi l'on va prendre connaissance dans là théorie de Association , qui n'est autre chose que le calcul analytique et synthétique de l'Atlraclion passionnelle.

Outre l'imminence d'une banqueroute qui serait inévitable dans le cas de nouvelle guerre, d'autres motifs de circonstance invitent l'Angleterre à prendre l'initiative; j'en vais remarquer trois tirés :

1<^. De l'exploration de l'Afrique ; 30. De l'état précaire de l'Indostan ; 30. Des tentatives de passe au nord.

1^. L'exploration de V Afrique. On ne sait trop quel

âppfttottqdene instruction secrète, dirige tant de voyageurs aifglais vers Tintërieur de l'Ârrique. Les corps savants ne Voient dans ces expéditions que curiosité louable , et zèle pour le progrès des sciences; d'autres estiment que ces nombreux voyageurs sont commissionnés pour le service des spéculations commerciales; d'autres enfin croient , avec quelque raison, que l'Angleterre cherche & s'emparer des nombreux Potoses que recèle rAfrique intérieure^ et qui, étant tous intacts, fourniraient une proie immense à une puissance européenne qui pourrait les découvrir et se concerter avec les roitelets du pays pour l'exploitation en partage de bénéfice.

Le triste sort de Mungo Parck et de tant d'honorables voyageurs employés à ces expéditions y doit tourner les vues de l'Angleterre vers le moyen qui lui est offert. L'Association par sa propriété d'attirer et fixer subitement les Sauvages à l'industrie, policera en moins de cinq ans tous les Africains demi-*barbares, ou pleins barbares. Si donc l'essai de fondation est fait en i822, on peut assurer qu'en 1827 les voyageurs pourront parcourir l'Afrique intérieure en pleine sûreté , et y trouver partout des nations plus hospitalières que les civilisés , gens hospitaliers jusqu'à la bourse.

II resterait à expliquer à qui appartiendront les mines d'or africaines, lorsque le pays sera policé et accessible à tout le monde : chacun va répondre qu'elles appartiendront aux indigènes, qui, une fois policés et initiés aux sciences, pourront bien exploiter leurs mines sans recourir aux Européens.

Solution erronée et qui ne sera point admise en congrès d'unité sphérique.Hn effet, les nations que l'ordre sociétaire va élever à l'état policé , les Africains que l'Associa-

Je vais traiter ce sujet dans une grande note qu'il con-^ fient de détacher de l'introduction ; et comme la question de passe permanente au Nord se lie au problème de triple récolte, il faut expliquer d'abord ce quef j'entends par triple récolte , qui sera l'un des bienfaits de l'Ordre sociétaire.

Supposons une amélioration de climatures telle que la mauvaise saison du 45®. degré (Lyon et Bordeaux) soil Induite à six semaines, de la mi-décembre à la fin janvier ^ de manière que les arbres au 45®. degré ne se dépouillent que du i®'. au 15 décembre, que la végétation se rétablisse pleinement au 1®^. Février, et continue sans interruption, sans frimât s de Mars ni Lune Rousse.

Dans ce cas, la moisson des céréales se ferait à Lyon et Bordeaux avant la fin de Mai, comme en Barbarie.

Dès les premiers jourà de Juin, l'on pourrait semer des légumes et objets de prompte venue ; et dans le cas de température à commande, variée sans excès, on verrait arriver à maturité au bout de deux mois , ces légume» formant la deuxième récolte.

La troisième, semée dans le courant d'Août, germerait avant Septembre et serait recueillie dans le courant de Novembre.

Objectera-t-on que la terre serait épuisée par cette fréquence de semailles? Non : les terres, après la restauration climatérique et l'avènement & l'état sociétaire, auront trois secours qu'elles n'ont pas aujourd'hui : l'af-fkience et l'excellence des engrais; les labours en défoncement (méthode Fellenberg), puis un secours pluà précieux, celui d'une température graduée et fréquem-* ment variée, qui fera abondei^ les sels, aujourd'hui appauvris et absorbés par les excès climatériques.

INTRODtCTICm. 69

Daûs les estimations données sur le produit de TAsso-' cialion, j'ai tablé sur la température actuelle ; mais à spéculer sur la restauration climatèrique , le produit de Tordre sociétaire s'éléyera, en mode simple, au quintuple au lieu du triple. Cette restauration devant être lente et successive , on ne la porte pas en compte du bé* néfice subit.

Il reste à expliquer comment Tétat sociétaire , en modifiant l'atmosphère par une culture intégrale du globe , nous fera obtenir ce bienfait des températures à eom^ mande; c'est-à-dire si heureusement variées et proportionnées, qu'elles sembleront obéir à la baguette magique.

Ce problème, je l'ai dit, se lie à celui de passes praticables au Nord. II existe déjà une de ces passes; l'autre est peut-être, à l'heure qu'il est, reconnue {)ar le capitaine Parry. Mais il s'agit de les dégager de leurs montagnes de glaces ; opération qui donnera à la (bis les deux passes et la triple récolte.

Il faut consulter à ce sujet la grande note A (pag. 85); comme elle traite amplement des passes du Nord, et que ce sujet ne concerne que les marins, les armateurs, les physiciens, les géographes et les agronomes, j'ai dû l'isoler des discussions qui sont de compétence générale.

Je suppose que les lecteurs ont lu la note A, ils en conclueront que la découverte de l'Association semble arriver tout à point pour satisfaire à tous les besoins et réaliser tous les projets de l'Angleterre ; ou bien que la situation politique et les plans de l'Angleterre semblent disposés tout exprès, pour assurer au monde l'épreuve subite de la découverte d'où dépend son bonheur.

C'est donc à l'Angleterre que cette théorie doit être

70 UVTROI>UCfION.

dédiée et recommandée,. Je ne disUngae pas ici entre le Roi et la Nation , puisque Tun et l'autre ont dans cette affaire des intérêts distincts et des mtérêts comnmns.

Le Roi , intérêt distinct , par le besoin d'assurer à sa dynastie le sceptre héréditaire du bel empire de Tlndostan.

La Nation, intérêt distinct, dans l'ouverture prochaine des deux passes de la Mer Glaciale.

. Enfin le Roi et la Nation, intérêt commun à l'extinction gratuite de la dette, et & l'acquisition des mines d'Afrique en participation.

Voici donc pour la politique des yoies de grandeur et de richesse positive. Jusqu'ici on n' avait spéculé que sur les voies négatives , sur le moyen d'appauvrir ses voisins par des rançons de monopole, de balance commerciale et d'extorsion^ mercantiles. Une science récente , l'Économisme, a engouffré notre siècle dans ces sordides calculs, dans une politique malfaisante qui ne favorise que les spoliations de toute espèce, depuis les pirateries d'Alger jusqu'aux pirateries des agioteurs, non moins scandaleuses. Les auteurs de cette science n'ont sans doute pas eu de telles intentions; il n'est pas moins certain, que leurs théories sur la richesse des nations , i^nt accrédité que les rapines légales et les infamies mercantiles ; et que de tous les égarements de la raison , il n'en est pas de plus funeste que celui des doctrines d'Économisme , qui ayant pour tâche de s'occuper de l'Association, base de toute économie, ne se sont occupées qu'à établir, au lieu d'Association, le morcellement industriel, et par suite la pauvreté et la fausseté.

Je vais dans les prolégomènes attaquer ces erreurs qui ont abusé le plus éclairé des siècles : les modernes , ici ,

jtmkùbvcnm. 71

sont d'autant phis coupables, que la théorie de Newton les mettait sur la yoie ; elle excitait à achever l'étude de r Attraction , à passer du calcul de la matérielle i celui de la passionnelle y dont la synthèse détermine le procédé d'Association domestique agricole. Cette étude étant un nouveau monde scientifique , et ses tableaux un sujet d'étonnementy comparable à celui que les découyerles de Colomb et de Gama causèrent au i5®. siècle , j'invite le 19®. .à se rappeler la faute commise envers les Colomb et les Galilée , à considérer qu'un inventeur est nécessairement en discord avec tout son siècle ; trop heureux le 19®., si le léger aflroni d'une contradiction scientifique lui garantit la fin prochaine des misères humaines , Tavènement à Tunité universelle et aux destinées heureuses.

La transition sera prompte , et c'est un avantage précieux pour la génération actuelle , qui , harassée par une tourmente révolutionnaire de trente ans, a besoin de jouir sans délai. Les régénérateurs de 89 nous promettaient le bonheur pour nos arrière-petits-neveux; ici la chance est bien différente : les aïeux mêmes, les octogénab^s , pouvant toujours se promettre quelques années de vie , seront assurés de jouir du bonheur sociétaire ; d'en voir au moins l'aurore et l'effet le plus brillant , qui sera la métamorphose subite et la stupéfaction générale.

J'use du mot stupéfaction , car on ne peut pas caractériser autrement la honte et le dépit dont les esprits seront frappés en voyant le mécanisme sociétaire ; leur oonfu* sion d'avoir douté de la Providence, d'avoir pensé qu'elle avait oublié de composer pour nous un système de relations industrielles et domestiques, apte à régulariser l'essor des passions , et à pourvoir aux besoins du peuple dans les diverses classes.

72 INTRODVCTIOir.

En voyant ce bel ordre, l'ènormité dé richesses qu*il produit , et la beauté des accords qu'il sait tirer des passions les plus dédaignées, quelle sera la déconvenue des sophistes, à qui la multitude ne cesisera de redire : c Vous » qui étiez oracles du bonheur des nations , et enfoncés » dans les profondeurs de la science, comment n'y ayez- » vous pas vu qu'il y a un Dieu ; que sa providence doit > s'étendre à tout, principalement aux relations hu- » maines , et que la tâche de la raison était de chercher » et déterminer le code industriel que ce Dieu a fait pour »> nous ! »

L'aspect des effets merveilleux qu'offrira le canton d'essai,

i^. Triplement de richesse réelle, 29. Attraction industrielle , 50. Concours mécanique des passions , X Unité d'action , suffira pour transformer les Sybarites mêmes en ouvriers actifs qui voudront coopérer aux dispositions qu'exigera la fondation de leur canton.

Ainsi , l'imitation générale sera , figurément parlant , aussi prompte que l'éclair. Le premier canton fera sur les trois sociétés, Civilisée, Barbare et Sauvage, l'effet d'une étincelle dans un magasin à poudre ; elles seront absor^ bées simultanément, et au bout de cinq ans le globe entier sera organisé : la Civilisation le sera au bout de trois ans.

Cette opération , si bien adaptée â l'impatience des Français , ne sera pas , sur annonce , goûtée de leur nation. Elle méprise les inventeurs nés en France; elle n'estime leurs découvertes que lorsqu'elles ont passé la mer et qu'elles reviennent en costume anglais, I es Fxan-

çaîs fie veulent accueillir aucuoe inventioD dans sa naiss«»ce« et revendiquent après coup toutes les découvertes : sont<-îIs de bonne foi quand ils prétendent,

Qa^ la vaccine attribuée à Jenner est d'un Français n(»niAé Rabaud;

Que le bateau à vapeur mis en scène par Fulton , est d'un Français nommé le <^omte de Jouffroy ;

Que renseignement mutuel, sorti des écoles de Lancastre, est d'un Français nommé Saint*Paulet, etc. etc.?

Que ne revendiquent-ils pas ? Le plagiat en France conteste les plus minimes trophées* La soupe économique, dite Soupe Rumfordy était, mi vu et su de l'Eu- Tope , une invention du comte de Rumford; personne ne lui disputait cette médiocre palme ; et voilà qu'un Parisien nous prouve , en 1818, que cette soupe est due à un apothicaire de la Rochelle.

On attribuait à Bacon T honneur d^un arbre encyclopédique; on se trompait : un autre Parisien nous apprend, «n 1818 , que cet arbre est du sieur Savigny de Rethth

Les Français, en matière de plagiat, ne s'épargnent pas plus entr'eux qu'ils n'épargnent les étrangers; témoin la ruche pyramidale , disputée à M. du Couédic , et tant de j>rocés scandaleux sur les larcins littéraires.

Les plagiaires sont si actifs, qu'ils se démasquent souvent par précipitation. En 1817, un Neuchâtelois se signant MaUlardoz, annonça une découverte sur lé mouyement perpétuel : aussitôt un Parisien réclame et s'en attribue l'honneur. Depuis ce temps, on n'a entendu parler ni du Neuchâtelois, ni du Parisien; preuve de la sincérité du réclamant*

D'autre part , s'il entre' en scène un charlatan , chacun /accorde à le prdner. En 1811, un hâbleur nommé Chai-

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mas, se disaDt inventeur du mouvement perpétuel, parcou^ rait la France avec une mécanique à 42 leviers coudés : elle était artistemenl construite, et la tricherie bien gazée : il k montrait pour un écu. Plusieurs journaux de Paris en firent l'éloge; mais il alla à Genève , où la fraude fut aussitôt reconnue.

Telle est la France : on n'y trouve que détraction pour les inventeurs, et protection pour les charlatans. L'histrion Cagliostro y fit de nombreux partisans.

On peut , au sujet de ces démêlés de plagiat et de re« yendication , inviter les Français à opter sur l'alternative suivante.

Si les revendicateurs , comme MM. Rabaud, de Jouffroy, Saint-Paulet, etc., sont les vrais titulaires, la France est par le fait détractrice de ses inventeurs , en les astreignant à obtenir une épreuve en pays étranger , avant d'être accueillis et brevetés dans leur patrie.

Si ces revendicateurs ne sont que plagiaires, la .France est par le fait protectrice de tout plagiaire qui veut enlever aux étrangers le fruit de leur génie. Elle ferait mieux de protéger ses hommes de génie , que de spéculer sur la spoliation des étrangers.

Lequel des deux rôles est celui de la France? Je ne sais, mais à coup sûr c'est l'un des deux; et d'après les trois revendications que je viens de citer, et qui ont trouvé plein accueil à Paris , la France est systématiquement ou détractrice des siens , ou plagiaire des étrangers. C'est à elle à opter sur l'un des deux torts ; et peut-être estelle coupable dé tous deux. On doit donc fort peu compter sur elle pour l'épreuve de l'Association : je vais pourtant examiner ses intérêts spéciaux dans cette affaire.

Il est bien indifférent, quant au produit territorial de la

France, que Tordre sociétaire soit fondé par toute autre puissance : du moment où ia théorie aura été éprouvée sur un village et sanctionnée par reipérience , toutes les nations en profiteront également , et tripleront leur produit industriel aussi bien que la puissance fondatrice.

Hais il n'est pas indifférent de gagner le prix de fondation , surtout pour les deux puissances les plus endettées , Tune lie 24 milliards , et l'autre de 12 : et si je n'avertissais pas les Français de la mystification dont ils courent le risque, ils pourraient me reprocher d'avoir agi en malintentionné, d'avoir abusé d'un travers de leur nation pour la laisser tomber dans le piège ; car ce sera pour eux un véritable trébuchet que la raillerie , et même le délai; en perdant le temps à gloser ou disserter, tandis que d'autres agiront, ils manqueront le prix de fondation.

C'est les bien servir que de hasarder quelques aveux désobligeants, pour les préserver d'une fausse démarche. Si je leur donnais de l'encens dans cette dédicace, ils n'en feraient aucun cas ; ils en sont rassasiés. Sur cent ouvrages nouveaux , il en est quatre-vingt-dix-neuf qui pr6-< diguent les bouffées d'encens à la nation française : je ne suivrai pas ce banal usage , n'ayant ni goût ni aptitude au rôle de flatteur : je me bornerai, selon l'Evangile, à leur rendre le bien pour le mal.

Un inventeur français ne peut , au début , espérer dans sa patrie que les trois lots suivants :

i. Etre diffamé par les Zodes, dés la publication.

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