‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 36 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I

II ne faut pas s'étonner que sur ces douze issues , Dieu nous ait ménagé cinq voies où Ton opère par la contrainte : il sait qu'elle est penchant dominant des civilisés; il a dû, en habile économe, en sage distributeur, utiliser ce ressort de contrainte qui est le seul révéré et employé dans la politique civilisée; or, la période civilisée étant celle qui commence à raisonner, et qui a l'instruction suffisante pour chercher les issues de Jymbe , il a bien fallu lui en ménager d'assorties à son goût pour la contrainte : les cinq dernières soni de ce genre.

La plus plaisante et la plus expéditive des cinq aurait été la p^qtidsîtian forcée, La réunion et consignaftion de tous les sophistes des quatre facultés , Métaphysique , Morale, Politique et Economique. On les aurait détenus comme les Cardinaux en conclave oUigé; je ne dis pas en isolement individuel , mats en réclusion dans un vaste édifice , jusqu'à ce qu'ils eussent découvert une société autre que la Civilisation. Ils se seraient ingéniés forcément , bien convaincus qu'il fallait des inventions et non des sophismes ; et en moins de six mois ils auraient réussi , pour peu qu'ils eussent pris pour guide un seul des douze principes exposés au chapitre précédent : je dis un seul^ et le quel que ce fût, car chacun des douze conduisait à quelqu'une des douze voies d'issue, et même à plusieurs.

Est-ce exagérer que de prétendre qu'on n'en a jamais suivi un seul ? J'en vais choisir un pour point de comparaison; c'est le huitième, qui nous ordonne de nous rallier à la nature, II n'est pas de principe si généralement admis, et pourtant il n'est sorte de platitudes et d'imbécilités qu'on ne nous conseille, sous prétexte de nous rallier à la nature. J'en vais citer entre cent mille, une qui a du moins l'avantage d'être bien écrite.

144 t^ROLÉGOMÈNES.

Àh ! si d^unc pauvreté dure

Nous cherchons à nous affranchir, Rapprochons-nous de la nature,

Qui seule peut nous enrichir.

Forçons de funestes obstacles^ Reservons pour les tabernacles

Cet or, ces rubis, ces métaux :

Ou dans le ^ein des mers avides Jetons ces richesses pcrGdes,

Unique élément de nos maux.

J.-L. RoiiRsitc.

Excellent moyen de se rallier à la nature. Il faut jeter notre argent dans la mer, dans la rivière, ou bien le donner en entier aux églises, et nous laisser sans le sou pour nous affranchir d'une pauvreté dure ! Les Moralistes répliqueront-ils qu'on ne doit pas prendre l'avis au pied de la lettre? En ce cas, quel usage faire de leurs livres, s'il ne faut pas y croire? Il y a, répondent-ils, assez de bonnes choses auxquelles on doit croire. Non , il n'y en a point , et pour preuve je donnerai trois analyses de Fénélon , prises au hasard' dans le chef-d'œuvre de la Morale , dans le Télémaque. Tout y sera aussi complètement absurde que dans cette belle strophe de J.-B. Rousseau.

D'où naissent toutes ces aberrations ? De ce qu'on n'a jamais obligé les écrivains à définir l'objet dont ils traitent. Aucun d'eux ne sait ce que c'est que la nature intentionnelle de l'homme, qui va être expliquée au chapitre suivant. Tant qu'on ne les oblige pas à définir exactement cette nature, doit-on s'étonner qu'ils nous débitent mille sornettes risibles , sous prétexte de nous rallier à la na- 4ure ; qu'ils conseillent aux riches de jeter leur argent par les fenêtres, et mille autres folies, comme les lois de Mentor à Salente , où il ordonne d'arracher les Tignes,

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