‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 42 sur 115 · I^ÉEMIÈRË PARTIE. NOTICE II · texte numérisé non relu

I^ÉEMIÈRË PARTIE. NOTICE II

j^élëe plus civiquement chez les vertueux républicains de Sparte , qui rassemblaient deux mille esclaves des plus fidèles. On les promenait dans la ville , couronnés de fleurs , ensuite on les égorgeait pour en diminuer le nombre , et on se défaisait des plus fidèles parce qu'on n'osait pas les déchirer de coups dans les bagnes. Yoilà quels furent , pendant mille ans , les nobles calculs de la Philosophie sur la liberté matérielle. Tout bon républicain applaudissait à ces massacres , et sans la religion chrétienne les choses en seraient peut-être encore au même point.

Si l'on eût consulté sur l'affranchissement des esclaves, les oracles de la sagesse, les Platon, les Aristote» ils auraient répondu par ce grand mot à* impossibilité dont la France a hérité. Le lumineux Aristole regardait si bien les esclaves comme bêtes de somme , gens étrangers à l'espèce humaine, qu'il posait en principe, qu'aucune vertu ne peut convenir à un esclave. Il voulait les réduire en bêtes brutes, exclues du raisonnement et de la vertu même. Il était donc bien loin de songer à des recherches philantropiques sur les moyens d'opérer l'affranchissement personnel démontré possible , puisqu'il existe dans tout l'occident d'Europe et autres lieux.

Nous n'en sommes icisqu'àune branche simple et trèssimple de liberté , car il s'agit de la corporelle seulement, et non de la sociale dont nous parlerons plus loiir.

Les Philosophes, après avoir vu sous les derniers Césars que cette liberté corporelle jugée si longtemps impossible était chose très-praticable, auraient dû reconnattre combien leur science est en défaut dans ses préventions d'impossibilité , dans sa coutume de croire la nature bornée aux moyens connus (132) : ils ne tinrent aucun compte de cette leçon ; et ce qui prouve leur se-

crête indifférence pour la liberté, c'est qu'ils ne songèrent pas & analyser et transmettre les procédés qui avaient opéré cette métamorphose. On en a des notions superficielles, mais très-insuflîsantes en pratique; aussi a-t-on échoué , de nos jours , quand on a voulu affranchir corporellement les Nègres. Ce fut en 1789 que la Philosophie tenta Tentreprise : au lieu de s'enquérir des méthodes convenables , elle ne mit en jeu que l'esprit de parti, sans aucune vue de philantropie judicieuse ; elle n'aboutit qu à faire de St.-Domingue une arène de carnage, sous le prétexte banal de liberté.

La voilà convaincue de pleine impéritie sur ce qui touche à la liberté corporelle ou matérielle , et aux procédés d'affranchissement soit subit, soit progressif. Répétons, comme grief très-notable , qu'après avoir cru pendant mille ans cet affranchissement impossible, elle n'a pas su observer et transmettre les méthodes qui l'avaient opéré sans effusion de sang ni commotion politique.

Â*t-elle montré plus d'habileté en fait de liberté sociale? Cette question nous conduit à distinguer trois genres de liberté , subdivisibles en espèces. Et pour ne pas affadir le lecteur par des minuties didactiques, je ne donnerai les détails d'espèce qu'à mesure qu'ils naîtront du sujet. Bornons-nous d'abord à trois genres.

io. Liberté simple ou corporelle, sans liberté sociale. C'est le sort du pauvre qui a un très-petit revenu , le strict nécessaire, la ration militaire. Il jouit d'une liberté corporelle active, parce qu'il n'est pas forcé au travail, comme l'ouvrier privé de tout revenu. Du reste il n'a aucun essor de passions. Phébon est bien libre d'aller à l'opéra ; mais il faudrait un écu pour y entrer : or Phébon n'a tout à point que de quoi se nourrir et vêtir bien mes-

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