‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 55 sur 115 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Erreur capitale sur la Liberté. Dcni du droit au Travail.

La.controyerse de liberté ayant coûté tout récemment quatre millions de tètes sacrifiées à des sophismes politiques et à des jalousies commerciales, il importe de

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débroiriller exactement ce chaos de doctriDes erronées sur la liberté et le commerce.

L'usage civilisé est de s'^égorger pour Tfaonneuir d'un dogme ayant d'en connattre ni le sens, ni les emplois; témoins les guerres nées de débats sur la transsubstantiation et la consubstantialité, Notre siècle a spéculé de même -sur les droits de l'homme ; on s'est massacré pour les obtenir et on ne les connaît pas.

J'ai démontré qu'en théorie de liberté on n'a pas même de notions élémentaires : on ne sait pas distinguer la liberté

En corporelle et en sodale , En active et en passive, En simple et en composée , En convergente et en divergente.

Avant d'avoir procédé h ces définitions indispensables» en verse des iots de sang pour assurer au peuple ce qu'il ne demande pas ; car loin de désirer la souveraineté ni même la pleine liberté (composée convergente), il ne prétend qu'à celle du degré simple, dite corporette active ( i55) , dont il ne jouit que les jours de fête et sous con* ditioD d'avon* amassé quelque argent pendant la semaine; car s'il manque d'argent le dimanche , il manquera aussi de subsistance, et n'aura point la liberté corpof^ile active dont le premier droit est de manger quand on a faim et qu^on voit des comestibles étalés.

Pfégligeons ces distinctions de liberté, assez mentionnées dans les Chapitres V et VI : bornons celui-ci à l'erreur la plus choquante, l'omission de reconnaître le droit au travail, seul droit précieux pour le pauvre.

L'Ecriture nous dît que Dieu condanna le prenier honnue et sa postérité à travailler à la sueur de leur

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front; mais il ne dou§ condamna pas à être privés du trayaii d'où dépend notre subsistance. Nous pouvons donc , en fait de droits de l'homme , inviter la Philosophie et ia Civilisation è ne pas nous frustrer de la ressource que Dieu nous a laissée comme pis-aller et châtiment, et à nous garantir au moins le droit au genre de travail auquel nous avons été élevés.

Si je n'ai pas mentionné ce droit au tableau 164 , c'est que le travail est un droit cumulatif, résultant des quatre droits cardinaux y chasse , pêche , euetitette et pâiure. Le travail est donc droit hyper-cardinal, comprenant les quatre branches de travaux auxquels nous avons droit natoreK

Outre ces quatre voies d'industrie positivé. Dieu donne aux nations sauvages un droit d'industrie négative , qui est le vol exiériewTy pour lequel tous les Sauvages ont un penchant trés-marqué , même ceux qui se rapprochent de la période 1^^. (Eden). Les Otahitiens qui avaient plusieurs caractères d'Edenisme , volaient avec une telle activité, qu'on voyait les femmes faire une demi-lieue & la nage pour aller arracher un clou du vaisseau. Telle est la simple nature , tant prônée par nos moralistes : die donne à l'homme le droit et le goût du vol , et les civilisés ne sont que trop fidèles à ses impulsions.

Aittsi> ^r nos sept droits naturels, on en trouve quatre qui tendent à nous garantir l'industrie active que nous reftise la Civifisatton , ou qu'elle ne nous accorde qu'à des conditions dérisoires , comme celle d'un travail tributaire dont le produit est pour un matlre et non pour l'ouvrier.

Nous n'aurons i'équivnlent des quatre droits cardinaux, que dans un ordre social où le pauvre pourra dire à ses

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compatriotes , à sa phalange natale : « je suis né sur cette terre ; je réclame Tadmission à tous les travaux qui s'y exercent y la garantie de jouir du ûruit de mon labeur; je réclame Tayance des instruments nécessaires ù exercer ce travail , et de la subsistance en compensation du droit de Tol que m*a donné la simple nature. » Tout Harmonien , quelque ruiné qu'il puisse être , aura toujours le droit d'aller tenir ce langage à son pays natal , et sa demande y trouvera plein accueil. -

Ce ne sera qu'à ce prix que l'humanité jouira vraiment de ses droits : mais dans l'état actuel , n'est-ce pas insulter le pauvre que de lui assurer des droits à la souveraineté , quand il ne demande que le droit de travailler pour les plaisirs des oisifs ?

Nous avons donc passé des siècles à ergoter sur les droits de l'homme , sans songer à reconnaître le plus essentiel , celui du travail , sans lequel les autres ne sont rien. Quelle honte pour des peuples qui se croient habiles en politique sociale ! Ne doit-on pas insister sur une erreur si ignominieuse , ponr disposer l'esprit humain à étudier le mécanisme sociétaire qui va rendre à l'homme tous ses droits naturels, dont la Civilisation ne peut ni garantir, ni même admettre le principal, le droit au travail?

]'ai dû en faire l'objet d'un chapitre spécial, pour signaler l'extrême ignorance des modernes en théorie de liberté : la nécessité de reprendre les idées à leur origine^ et d[ oublier tout ce quon a appris sur la liberté, comme sur tous les problèmes qui touchent à l'étude de l'homme. Ce n'en était pas un médiocre que celui du libre exercice des droits naturels, combinés avec l'exercice de la grande industrie. Mais tout effrayant que pouvait sembler, ce problème , on serait arrivé à la solution partielle ou to-

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taie, si on eût suivi qœlqa'un des douze principes dont la philosophie s'impose à elle-même l'obsenrance. Rappelons-les successivement, en les appliquant au grand problème de liberté qui a tant occufié notre génération.

10. Exploration intégrale: « rien de fait, nous dit- » on, tant qu il reste quelque chose à faire. » C'est bien pis quand il n'y a rien de commencé. Or, nos publicistes n'ont pas même songé à donner une détinition graduée de la liberté, de ses trois genres et de ses espèces (154, 15S) : ils ont également oublié de déGnir et reconnaître le principal des droits de l'homme , le droit au travail , sans lequel les autres ne sont que dérisoires. Voilà des gens bien exacts sur ce qui touche à l'exploration intégrale , premier de leurs devoirs !

20. Consulter t expérience : ils s'obstinent à la dédaigner et persistent dans leurs méthodes , cent fois confondues à l'épreuve , surtout depuis l'essai des chimères d'égalité et de fraternité, qui démontraient assez qu'on avait manqué les routes de la vraie liberté , qu'il fallait les chercher dans les sciences non explorées , comme celle de l'Attraction et tant d'autres également négligées (142).

30. Aller du connu à f inconnu, par analogie : ils s'y sont refusés, en s' obstinant à nier que la Civilisation assez CONNUE , assez éprouvée depuis trois mille ans , ne pouvait conduire qu'aux sept fléaux lymbiques (51), et qu'après une si longue épreuve, on ne pouvait espérer les sept biens opposés (53) que de quelque société encore inconnue, dont il fallait faire la recherche. On devait en augurer la découverte selon l'analogie, qui nous dit que le genre humain, après avoir parcouru cinq sociétés, pourra bien en découvrir et organiser d'autres , qui seront

peut-être celles où doit régner la liberté incompatible avec la Civilisation.

4^. Procéder par analyse et synthèse : ils n'ont pas même analysé les sept droits naturels, dont la réunion compose la liberté simple, isolée du minimum (164)« S'ils ne savent pas encore analyser les ressorts de la liberté simple, <]Qi est celle du Sauvage, comment s'éléveraientils à la synthèse d'une liberté composée, qui doit amalgamer le minimum proportionnel avec les sept droits du Sauvage ou droits de nature ?

S<>. Ne pas croira la nature bornée aux moyens connus: elle n'est donc pas bornée aux trois nK>des industriels qu'on nomme Civilisé, Barbare et Patriarcal : et puisqu'aucun de ces trois régimes ne garantit aux industrieux la plus faible des trois libertés, la ccH'porelle simple active (1S5), il faut chercher dans l'étude des sciences négligées > d'autres mécanismes sociaux encore inconnus, et qui pourront assurer aux industrieux cette liberté dont ils sont si éloignés en Civilisation»

6<^. Simplifier les ressorts : nous n'envisageons ici le priocipeque sous le rapport de la liberté appliquée à l'industrie. Il fallait donc spéculer sur l'emploi de l'attraction industrielle, qui offre le double avantage de simplifier les ressorts en évitant les voies de contrainte, et de garantir la liberté, en ce que le travail attrayant (155, 456) , ne cause ni géoe corporelle, ni peine d'esprit; il est pour l'industrieux un amusement , un libre exercice de ses (acuités. Le problème de liberté des industrieux eiîgeait donc, avant tout, qu'on . s'étudiât à appliquer l'attraction à l'industrie , et qu'on procédât à l'élude de r Attraction passionnée , si obstinément négligée.

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