‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 77 sur 115 · Vigueur simple* a* Vigueur composée · texte numérisé non relu

Vigueur simple* a* Vigueur composée

3« Longévité simple. 3. Longévité composée.

^ Sagesse simple. ^ Sagesse composée.

Dissertons sur la différenee du simple au composé dans la jouissance de ces trois souhaits.

1**. Richesse simple : chacun ambitionne une grande fortune: eê yœu , s^il était généralement exaucé , deviendrait fort illusoire ; il fermerait les voies de bien-être a tout le monde; par exemple : où prendrait- on été ouvriers et des domestiques , si la daaae pauvre •• trouvait subitement cousue d^or , ou pourvue de riehessea véenea ,. denrées | étoffes , etc* T

Ainsi , le 1*'. souhait réalisé pour toui le monde ^ ae Bontmliseraife de lui-même. Quant au a*., la vigueur, elle serait de peu de prix, vu la diminution des jouissances , Poisiveté des ouvriers devenu» tous riches , et la nécessité de se servir soi-même.

Nous sommes donc bien neufs sur cette question dn bonheur collectifs et nos désirs contradictoires avec le but , sont encore ansai absurdes qu'au temps où Esope et Phèdre en badinaient. Nous se^ rions bien confus si Jupiter nous. prenait tons au mot sur le premier de nos souhaits , qui est toujours la fortune.

Avisons donc à former des souhaits qui , réalisés. yvotir tous^ puissent remplir le but de chacun. Il faut, à cet effet , souhaiter le bien en mode composé , et non en simple. Notre tort nVst pas , comme on Pa cru , de trop désirer ^ mais de trop peu désirer, et de ne former que des souhaits de mode simple, dictés par Tégoïsme.

Ambitionnons donc une fortune qui dëcoule de source composée; styoir :

1. Des moyens de consommation ou richesses réelles \ a. Du charme de production on attraction industrielle*

De ces deux sources de richesse, la i'*. seule existe en CÎTilisalion : nous connaissons le plaisir d^étre riche \ mais nous ignorons le plaisir d'enrichir soi et ses pareils, par T attraction industrielle ou passion pour le travail, métamorphose' eu plaisir dans tous ses détails, même en service domestique. On verra au traité , que ce service est rempli d^attraits dans Pëtat sociétaire*

Il résultera de cette attraction industrielle , que la classe pauvre pourra mener joyeuse vie sans argent; car le plaisir productif ou travail attrayant fournira aux plaisirs non productifs , aux festins et fêtes. Les plaisirs se serviront Pon par l'autre , du moment où la bonne chère et les divertissements ne seront pas plus attrayants que le travail productif. Il est évident que cette seconde espèce de plaisir fournira aux frais des premiers , et il suffira de se divertir sans cesse pour ne rien dépenser en balance de compte*

Dans ce cas , la richesse deviendra composée , découlant de double source , du travail et du plaisir même qui , aujourd'hui , con— sume les fruits du travail ou détruit le goût du travail*

Ainsi se trouvera résolu le problème d^enrichir tout le monde en ajoutant aux plaisirs de tous , et de satisfaire le premier des trois souhaits collectifs , qui ne peut se réaliser qu^en ressort composé et non en simple.

Analysons pareil vice dans les deux autres souhaits ; nous comprendrons ensuite pourquoi la nature inflexible et voilée d'airain ( i63 ) pour ceux qui lui adressent des vœux simples , n^a plus ni voiles , ni rigueurs pour qui demande le bonheur composé*

2^, Vigueur simple: nous désirons la force d'un Hercule; c'est peu sans le contre-poids aux excès : toute vigueur en Civilisation se perd par son essor même, par la provocation aux abus de plaisir, et par l'excès continuel qui règne dans les travaux. Il n'est pas de gens plus tôt usés, estropiés, que les hercules, entre autres les boxeurs*

La vigueur composée doit se renforcer par ses emplois quelcon» ques; par une afHuence de plaisirs et de travaux faciles, variés et gradués de manière à prévenir tout excès. Dans ce cas, on devient d'autant plus robuste qu^on figure davantage dans les plaisirs. Tel

P&EinÈBE PAITIE. tftAHS^llÉDIAIfTE. SS5

est Tefiel d«B oonrics tëances des Séries Passionnelles , soit en fêtes , •oit en traytus* Dans un repas d^une heure de durée , Tavidité est ralentie ; la gloutonnerie est prévenue par tlne conversation piquante , vivement intriguée , et qui fait distraction à Pappélit , sans le modérer par raison. L^heure écoulée , d^autres plaisirs entraînent et font déserter la table, d^où Ton sort sans excès, malgré la délicatesse de la chère. CVst ainsi que cinq repas chaque jour , deviennent gages de vigueur pour un harmonien, tandis que deux repas énervent le civilisé qui eu fait abus faute d^ exercice composé.

L^accroissement de la vigueur dépend donc d'un coatre-poids qui en modère Tessor au travail et au plaisir , qui fasse diversion opportune par un plaisir contrasté et mis en balance. La Civilisation sait rêver ce bien \ mais il est propriété de Tordre sériaire , et non de Tordre incohérent, où Pexercice des travaux et des plaisirs est tonjours en mode simple , provocateur des excès , minant la santé , ne fût-ce que par ennui , et empêchant dès Tenfance , les corps de s^élever à la vigueur.

3^. Longévité simple: nous demandons à Dieu une longue exis-« tence qui, aux approches de la mort, doit nous causer des regrets en raison de notre fortune. Ce contre-temps serait encore plus sen-> sible au début de THarmonie : u Voilà, dirait la vieillesse , un bon-^ heur immense dont nous n^auronspas joui*, nous en verrons Taurore sans y prendre part: nous sommes casser , inhabiles au plaisir : ce nouvel ordre, tout en assurant la vigueur à ses élèves natifs, ne nous rendra pas nos sens de ao ans. ?}ous sommes nés un siècle trop tôt; nous touchons au terme; il faudrait renaître pour jouir de tant de biens, et personne ne revient de l'autre monde. Ji

Est-il certain que personne n^en revienne ! ! ! M Si cela était, Vexiréme bonheur des harmoniens en ce monde , serait pour eux un gage de malheur idéal , dès quMIs avanceraient en âge. Les tableaux qu'on nous fait de l'autre vie , excluant Tessor des principales passions sensitives et affectives , formeraient un parallèle effrayant avec les jouissances dont Pharmonie va combler les habitants de ce monde. Chacun préférerait laMétempstcoseou Immortalité composée^ k une immortalité simple qui nous exilerait à jamais de cette terre devenue un séjour de délices : chacun souhaiterait de renaître sur la terre avec le corps d^un Alcibiade ou d''une Àspasie.

Ainsi les deux premiers souhaits , désirs de richesse composée et de vigueur composée , ne peuvent se réaliser sans entraîner le troi-

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ti«ai0 , U loogëvittt composée ou immoruliU en alieraat daas r«A ol Ttalra mondiQ : cncoro ce souhait implique-^i-U la garaniie à*nn bonheiir aupérieur dans Taiiue vie à celui dont oo jouira dapa celle? oî ; à défaut de quoi U mort devknàrait un sujet d^alarme^

Si Tordre sociétaire peut remplir ocs trois souhaits , il aura par le frit réalisé le pivotai ^ la sagesse composée , qui n^est que rae— . complissemeni simultané des trois autres*

Ced ramène en scène le problème de la métempsycose, effleuré par les anciens, qui i^ont souillé de mille fables absurdes , notamment les Braminea qui envoient Tâme d'un homme dans le corps d'un moucheron* Les Pythagoriciens se bornant a Thypothése dea transmigrations humaines , avilissaient encore le dogme par des jongleries , par de prétendus souvenirs impossibles en cette vie \ ce n^eet que dans l^autre qu^on a souvenir des difierentes ezistencea qn^on a eues snr la terre.

Ce qu^ii y a déjà de certain sur la métempaycose , c^est que tout le monde en a le désir : tout moribond , riche et libre , voudrait revivre dans un oorps bien robuste , et retrouver sa fortune au retour en 00 monde : resclave et Pindigent souscriraient d^autan^ mieux ii renaître avec un beau corps, Tinde'pendance et la fortune: on les verrait touSf à cette condition, opter de grand cœur pour une nouvelle vie sur la terre, et différer d^un siècle Tavénement au bonheur de Tauire monde.^

Sons partirons de cet effet d'attraction bien incontestable , pour établir le théorème des attractions proportionnelles aux destinées ^ principe que je déduirai de la 3". notice , et dont la violation supposerait Dieu contradictoire avec lui-même. Ce sera le premier théorème à établir pour traiter de la métempsycose ou immortalité composée*

Uais déjà que de questions sur ce sujet, que d'impatience l J^en ai vu l'effet chaque fois quej^ài touché cette corde: on en plaisante au premier abord; puis, après quelques débats, la curiosité succède au sarcasme; chacun voudrait se voir convaincu dVrreur , surtout au moment où on apprend que le monde va passer au bonheur : Pespoir dV renaître devient aussi consolant quHl aurait été désolant dana Pétat actuel, où la perspective de revivre dans le corps d^un esclave d'Alger, ferait de la métempsycose un épouvantail pour toute la classe opulente*

Aussi Dieu a-t-il voulu q^ue la -théorie qui nous démontre la mé-

F&BMIÈRE PAllTUt. TftARS'-lléDUMTE. ^7

tempsycose, ne pût être découverte qu^à la toite de celle qvti , ^levMit rhuriienitë entière feu bofibeur, ëveilUrt ckes tôils lei hawèifis le d^sir de transmigration on renaissance périodi^e en ce monde , et alternai entre les délices de Toneet TaatYe vie, pendant la carrière de 70 à 75 mille ans d^Harmonie aasî|^ëe è la planète.

Gonsolea-TOQS donc , Sybarites snrannës d^nn et d^autre sexe , et vous yiaillards qui aves été yictimes de la Civilisation : la mort u^aura plus rien d^alarmant pour vous , diaprés Tassurance de revenir bientôt participer à l'Harmonie naissante, et fournir, dans un corps d^ Antinous ou de Phrynë, des carrières heureuses de i44 ans , terme moyen prèsumable de vitalité en harmonie.

Sur ces connaissanOes promises , Tempressement n^admet aucune rè(;le , et chacun voudrait pénétrer au sanctuaire des mystères de la nature , avant d^avoir franchi le paryis du temple. Chacun sollicite quelques détails provisoires sur la théorie des transmigrations, puis sur les jouissances de Tautre vie , puis sur les plaisirs inconnus de cette harmonie où nous renaîtrons périodiquement. Les hommes s^enflamment aux aperçus de gastrosophie cabalistique \ les femmes, aux aperçus de sympathies artificielles. Tous veulent qu^on leur explique , a riostant même , une théorie à laquelle plusieurs volumes devront les préparer ; si on tarde un moment , ils en concluent qu^on manque de preuves.

Rassurons-les sur le plus important problème, celui de la métempsycose ou immortalité composée. Quelles que soient contre ce dogme les préventions dominantes, préventions que j^ai partagées comme tout autre, je puis promettre aux plus défiants , que parvenus au dernier tome de cet ouvrage , ils croiront à la métempsycose aussi fermement qu^aux vérités mathématiques.

Selon mon plan de gradation, je donnerai, a la fin de cette 1". partie , un aperçu très-succinct des résurrections et transmigrations progressives qui nous sont garanties \ il est nécessaire d^y préluder par une étude de TAttraction , sujet de la 3*« Notice.

Les peuples du nord , Anglais , Allemands , accéderont volontiers à ces délais, à ce mode progressif sur une question si délicate , et qu^il serait imprudent de traiter avant d'avoir disposé les esprits; mais les Français sur ce sujet commettent tous la même faute, la précipitation; tous oublient que la nouvelle science, a sa grammaire dont il faut d^abord consentir Tétude. C^est dans le calcul de TAttraction et des Séries passionnelles que nous trouverons la clef de ces

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brillants mystères : disposons-nous donc à des recherches s^?ércs snr cette attraction , dont je yais traiter abstractivement dans la 3*. Notice.

Et poar fruit de celle-ci, ne perdons pas de vue, qu^autant de fois Tesprit humain étudiera la nature en mode simple , autant de fois il arriyera aux voiles d'qirain et à Panlipode des yues de la iiatnret

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