‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 81 sur 115 · PREHIÈRB PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREHIÈRB PARTIE. NOTICE III

Dissertons sur la première de ces lacunes, sur le défaut d'unité. entre les passions et la raison.

L'ordre civilisé et barbare, en nous soustrayant à l'impulsion de l'Attraclion pour nous placer sous le régime de la raison humaine et de la contrainte , nous met en scission avec la Divinité et nous isole du cadre d'unité de rUniyers.

L'unité ne pouvant pas admettre deux moteurs con-^ traires » comme l'Attraction et la violence , il est évident que tout ce qui est régi par violence est hors d'unité avec Dieu et l'Univers , et que si nous voulons nous rallier à celte unité, il faut découvrir un régime social aitraciionnd ou dirigé par la seule Attraction.

Nos prétentions à l'unité nous faisaient donc un devoir d'étudier l'Attraction passionnée (115, 116) , surtout depuis le succès de Newton. Tout faisait pressentir qu'elle recelait quelque grand mystère. En considérant qu'elle est interprète et moteur d'harmonie pour les créatures supérieures et inférieures à l'homme, puisqu'elle harmonise par sa seule impulsion les astres et insectes sociaux, nous avons bien sujet de nous étonner qu'elle ne dicte pas de même des lois d'unité à l'homme qui est créature moyenne entre l'astre et l'insecte. Cette privation apparente nous conduit à opter sur l'alternative suivante :

Ou Dieu a exclu le genre humain du régime unitaire , si l'Attraction qui est seule interprète des Jois d'uniie sociale n'en révèle point à l'homme : dans ce cas , le Gréa* teur serait injuste envers nous; sa providence ne serait pas universelle , puisqu'elle ne s'étendrait pas au plus pressant de nos besoins collectifs, à celui d'un code social divin et révélé.

ûsx bien si l'Homme est admis par Dieu à participer au

â44 PROLÉGOUtoES.

Tégime unitaire de l'UnÎTers , il fout que le règme d'unité sociale auquel Dieu nous destine , se trouye interprété par le calcul de cette Attraction, oracle de Dieu, et non encore étudiée.

11 n'y a pas à hésiter sur l'option entre ces deux opinions : la première est inadmissible ; nous ne pouvons pas prétendre que Dieu nous ait privés d'un code social révélé et unitaire , tant que nous refusons d'interroger l'oracle divin, l'Attraction, seule interprète connue entre Dieu et les créatures , pour ce qm concerne l'harmonie industrielle et sociale (car il faut observer que je ne parle pas ici des révélations religieuses ; dies sont tout & fait étrangères au sujet qui nous occupe )•

Si nos savants avaient donné à cette étude un seul de leurs 25 siècles decont reverse philosophique ; s'ils avaient sans aucun succès cherché de tout temps^ par des travaux méthodiques et des essais sur l'Attraction , quel est le mécanisme social où elle tend , et qu'après ces pénibles recherches ils n'eussent rien découvert de satisfaisant, ils seraient tout au plus autorisés à opter spr l'alternative suivante :

Ou d'une imprévoyance de Dieu qui aurait manqué à composer pour l'homme un code social révélé par l'Attraction, comme il l'a fait pour les astres et insectes ;

Ou d'une impéritie de la raison humaine qui aurait manqué jusqu'à présent la découverte de ce code , comme elle a longtemps manqué tant d'autres inventions, entre autres la boussole nautique , si vainement cherchée pendant plusieurs mille ans.

Dans le cas de pareil échec sur la recherche du code divin, il y aurait plus de chances pour accuser la raison d'impéritie et de méthodes vicieuses, que pour accuser

Page 1