‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 110 sur 219 · L’AVERTISSEUR · texte numérisé non relu

L’AVERTISSEUR

Tout homme digne de ce nom

À dans le cœur un Serpent Jaune,

Installé comme sur un trône,

Qui, s'il dit: «Je veux !» répond : «Non!»

Plonge tes yeux dans les yeux fixes Des Satyresses ou des Nixes, La Dent dit : «Pense à ton devoir! »

Fais des enfants, plante des arbres, Polis des vers, sculpte des marbres, La Dent dit : « Vivras-tu ce soir ? »

E CE 4 2° 4 Quoi qu'il ébauche ou qu'il espère, L'homme ne vit pas un moment Sans subir l’avertissement

De linsupportable Vipère.

130 LES FLEURS DU MAï.

CEIBPOIPBLLEFS

Un Ange furieux fond du ciel comme un aigle,

Du mécréant saisit à plem poing les cheveux,

Et dit, le secouant : «Tu connaîtras la règle!

(Car je suis ton bon Ange, entends-tu ? ) Je le veux!

Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,

Le pauvre, le méchant, le tortu, l’hébété,

Pour que tu puisses faire à Jésus, quand il passe, Un tapis triomphal avec ta charité.

Tel est l'Amour! Avant que ton cœur ne se blase À la gloire de Dieu rallume ton extase ; C'est la Volupté vraie aux durables appas!»

Et l’Ange, châtiant autant, ma foi ! qu’il aime, De ses pompgs de géant torture l’anathème ; Maïs le damné répond toujours : «Je ne veux pas!»

SPLÉEN ET IDÉAL. 131

BIENFPLOTNEDACT

C’est ici la case sacrée Où cette fille très-parée, Tranquille et toujours préparée,

D'une main éventant ses seins, Et son coude dans les coussins, Ecoute pleurer les bassins :

C’est la chambre de Dorothée.

— La brise et l’eau chantent au loin Leur.chanson de sanglots heurtée Pour bercer cette enfant gâtée.

Du haut en bas, avec grand soin, Sa peau délicate est frottée

D'huile odorante et de benjoin.

— Des fleurs se pâment dans un coin.

PXEXIX

IERCGOUTERE

Pascal avait son gouffre, avec lur se mouvant. — Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve, Parole ! et sur mon poil qui tout droit se relève Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.

En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, Le silence, l’espace affreux et captivant.…

Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.

J'ai peur du sommeil comme on a peur d’un grandtrou, Tout plei de vague horreur, menant on ne sait où; Je ne vois qu'infini par toutes les fenêtres,

Et mon esprit, toujours du vertige hanté, Jalouse du néant l’insensibilité. | — Ahlne Jamais sortir des Nombres et des Etres!

Page 1