‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 119 sur 219 · LES AVEUGLES · texte numérisé non relu

LES AVEUGLES

Contemple-les, mon âme; ils sont vraiment affreux Pareïls aux mannequins ; vaguement ridicules ; : Terribles, singuliers comme les somnambules ; Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d’où [a divine étincelle est partie, Comme s'ils regardaïent au loin, restent levés . Au ciel; on ne les voit jamais vers les pavés Pencher rêveusement leur tête appesantie.

Ïls traversent ainsi le noir illimité, Ce frère du silence éternel. O cité!

Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Eprise du plaisir jusqu’à latrocité, Vois, Je me traîne aussi ! mais plus qu'eux hébété, Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

Page 1