‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 121 sur 219 · LE SQUELETTE LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE SQUELETTE LABOUREUR

Dans les planches d'anatomie

Qui traînent sur ces quais poudreux Où maint livre cadavéreux

Dort comme une antique momie,

Dessins auxquels [a gravité

Et le savoir d’un vieil artiste, Bien que le sujet en soit triste, Ont communiqué la Beauté,

On voit, ce qui rend plus complètes Ces mystérieuses horreurs, | Béchant comme des laboureurs,

Des Ecorchés et des Squelettes.

De ce terrain que vous fouillez, Manants résignés et funèbres, De tout l'effort de vos vertébres, Ou de vos muscles dépouillés,

Dites, quelle moisson étrange, Forçats arrachés au charnier, Tirez-vous, et de quel fermier Avez-vous à remplir Ja grange ?

Voulez-vous (d’un destin trop dur Epouvantable et clair emblème!) Montrer que dans [a fosse même Le sommeil promis n’est pas sûr;

Qu’envers nous le Néant est traître; Que tout, même [a Mort, nous ment Et que sempiternellement, | Hélas ! 11 nous faudra peut-être |

Dans quelque pays inconnu Ecorcher la terre revèche

Et pousser une lourde bêche Sous notre pied sanglant et nu?

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