‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 125 sur 219 · L'AMOUR DU MENSONGE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DU MENSONGE

Quand je te vois passer, Ô ma chère indolente, Au chant des instruments qui se brise au plafond Suspendant ton allure harmonieuse et lente,

Et promenant f’ennui de ton regard profond;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore, Ton front pâle, embelli par un morbide attrait, Où les torches du soir allument une aurore,

Et tes yeux attirants comme ceux d’un portrait,

Je me dis : Qu'elle est belle ! et bizarrement fraîche! Le souvenir massif, royale et lourde tour,

La couronne, et son cœur, meurtri comme une pèche, Est mür, comme son corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d'automne aux saveurs souveraines ? Es-tu vase funébre attendant quelques pleurs, Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines, Oreiller caressant, ou corbeille de ar

Je sais qu’il est des yeux, des plus mélancoliques, Qui ne recèlent point de secrets précieux

Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques, Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, 6 Cieux!

Mais ne suffit-il pas que tu sois l'apparence, Pour réjouir un cœur qui fuit la vérité?

Qu'importe ta bêtise ou ton imdifférence ?

Masque ou décor, salut! J'adore ta beauté.

Je n’aï pas oublié, voisme de la ville,

Notre blanche maison, petite maïs tranquille;

Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus

. Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus, Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,

Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe, Semblait, grand œil ouvert dans le ciel curieux, Contempler nos dîners longs et silencieux, Répandant largement ses beaux reflets de cierge Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,

Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, Nous devrions pourtant [ui porter quelques fleurs.

Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs, Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres, Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres, Certe, ils doivent trouver Îles vivants bien imgrats,

De dormir, comme 1ls font, chaudement dans leurs draps, Tandis que, dévorés de noires songeries,

Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,

Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,

Ils sentent s’égoutter les neiges de Fhiver

Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille

Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir, Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,

SI, par une nuit bleue et froide de décembre, Je Ia trouvais tapie en un com de ma chambre, Grave, et venant du fond de son lit éternel Couver l'enfant grandi de son œil maternel, Que pourrais-je répondre à cette Âme pieuse, Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

BRUMESTET PEUTES,

O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue, Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau

D'un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue, Où par les longues nuits [a girouette s’enroue, Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau Ouvrira largement ses aïles de corbeau.

Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres, Et sur qui dès longtemps descendent les frimas, O blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres, — Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux, D'’endormir la douleur sur un lit hasardeux,

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