‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 127 sur 219 · LE CRÉPUSCULE DU MATIN · texte numérisé non relu

LE CRÉPUSCULE DU MATIN

La diane chantait dans les cours des casernes, Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

C'était l'heure où l’essaim des rêves malfaisants

Tord sur leurs oreïllers Îles bruns adolescents;

Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge, La lampe sur le jour fait une tache rouge;

Où l’âme, sous le poids du corps revêche et lourd, Îmite les combats de la lampe et du jour.

Comme un visage en pleurs que les brises essuient, L'air est plein du frisson des choses qui s’enfuient,

Et l’homme est las d'écrire et la femme d’armer.

Les maisons çà et [à commençaient à fumer.

Les femmes de plaisir, la paupière livide,

Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide;

Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids, Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts. C'était l’heure où parmi le froid et la lésine

S'aggravent les douleurs des femmes en gésine;

Comme un sanglot coupé par un sang écumeux

Le chant du coq au loim déchirait l'air brumeux ;

Une mer de brouillards baïgnait les édifices,

Et les agonisants dans le fond des hospices Poussaïent leur dernier râle en hoquets inégaux. Les débauchés rentraïent, brisés par leurs travaux.

L’aurore grelottante en robe rose et verte S'avançait lentement sur la Seme déserte, Et le sombre Paris, en se frottant les yeux, Empotgnait ses outils, vieïllard laborieux.

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