‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 144 sur 219 · ABEL ET CAIN · texte numérisé non relu

ABEL ET CAIN

Race d’Abel, dors, bois et mange; Dieu te sourit complaisamment.

Race de Caïn, dans la fange

Rampe et meurs misérablement.

Race d’Abel, ton sacrifice Flatte le nez du Séraphin!

Race de Caïn, ton supplice Aura-t-1l jamais une fin ?

Race d’Abel, vois tes semailles Et ton bétail venir à bien:

Race de Caïn, tes entrailles Hurlent la faim comme un vieux chien.

Race d’Abel, chauffe ton ventre À ton foyer patriarcal;

Race de Caïn, dans ton antre Tremble de froid, pauvre chacal!

Race d’Abel, aime et pullule !

Ton or fait aussi des petits.

Race de Caïn, cœur qui brüle, Prends garde à ces grands appeétits.

Race d’Abel, tu crois et broutes Comme Îles punaises des bois!

Race de Caïn, sur les routes Traîne ta famille aux abois. :

jar Ah ! race d'Abel, ta charogne

Engraissera le sol fumant !

Race de Caïn, ta besogne N'est pas faite suffisamment;

. Race d’Abel, vorcr ta honte : .

Le fer est vaincu par l'épreu !.

Race de Caïn, au ciel monte.

Et sur la terre jette Dieu!

RÉVOLTE. 217

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